Interview de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, à "Europe 1" le 31 décembre 2002 sur le bilan à tirer un an après le passage à l'euro et sur une éventuelle hausse des prix, sur sa crainte de voir le chômage augmenter et sur l'ouverture du capital d'EDF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, à "Europe 1" le 31 décembre 2002 sur le bilan à tirer un an après le passage à l'euro et sur une éventuelle hausse des prix, sur sa crainte de voir le chômage augmenter et sur l'ouverture du capital d'EDF.

Personnalité, fonction : FONTAINE Nicole, CHABOT Arlette.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

ti :
A. Chabot - Il y a un an, c'était le passage à l'euro, dans une certaine euphorie. On avait tous notre petit kit de pièces. Aujourd'hui, on s'aperçoit qu'il y a un certain scepticisme, c'est le moins qu'on puisse dire, puisque selon un sondage européen, 63 % des Français disent qu'ils ont du mal à manipuler cet euro. Comment jugez-vous cette évolution ? Que s'est-il passé en un an ?

- "Tout d'abord, je voudrais dire que nous étions, il y a un an, tendus vers la réussite de l'euro, ça n'était pas si évident. Je crois que ça mérite quand même de le rappeler. On se posait beaucoup de questions : comment les citoyens allaient réagir ? Est-ce qu'il y aurait des graves dysfonctionnements ? Finalement, tout s'est plutôt très bien passé, et même dans une très grande bonne humeur. Je crois qu'on peut dire que l'euro a réussi. Aujourd'hui, c'est très intéressant de faire, en effet, un bilan beaucoup plus qualitatif, avec un certain recul. On constate que les citoyens ont encore, en effet, une certaine difficulté pour la conversion, à partir de volume plus important, ils déplorent la poussière des petites pièces, l'oxydation rapide des pièces de 1, 2, 5 centimes, les billets de 500 euros qui sont refusés. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Et mon sentiment, c'est, qu'au fond, finalement, la signification profonde de la monnaie unique n'a pas été suffisamment soulignée."

C'est-à-dire qu'au fond, vous souhaitez, par exemple, que dans votre ministère - c'est peut-être ce que vous avez demandé à F. Mer -, qu'il y ait une nouvelle campagne d'information auprès des Français ?

- "Cette campagne, oui, je la souhaiterais. Elle ne doit pas forcément venir des politiques, elle incombe à tout le monde. Il y a trois éléments qui me semblent importants. Tout d'abord, tout de même, ce puissant facteur d'identité européenne, que représente la monnaie unique ; ensuite, le facteur de puissance, car l'euro est tout de même devenu la deuxième monnaie du monde, sur la voie de s'affranchir d'un gouvernement économique mondial, par rapport au dollar, ce n'est quand même pas rien ; et pour les industriels, là c'est la ministre de l'Industrie qui parle, je dois vous dire que vraiment une très large majorité d'industriels sont très heureux de l'euro, qui fait complètement partie de la vie des entreprises, avec un certain nombre d'avantages, de simplifications, d'harmonisation."

Qu'ont gagné les entreprises ?

- "La diminution du coût des commissions de change par exemple. La stabilité monétaire. Tout cela, les industriels le saluent avec satisfaction. Je pense que si on mettait plus en exergue ces aspects très positifs de l'euro, je suis convaincue que les citoyens retrouveraient leur bonne humeur, leur enthousiasme à l'égard de ce qui a été tout de même une des grandes révolutions tranquilles de la construction européenne de ces dernières années."

Le double étiquetage va maintenu sans doute jusqu'à la fin 2003. Etes-vous favorable à cette méthode ou dites-vous que c'est un peu paradoxal, que cela ne va pas nous aider à nous plonger complètement dans l'euro ?

- "Non, je pense qu'à partir du moment où l'adaptation à l'euro est une démarche finalement très individuelle, je pense que c'est plus raisonnable de maintenir cette référence."

On peut le prolonger même au-delà de 2003 ?

- "Il faut être très pragmatique. On s'aperçoit aujourd'hui, encore une fois, que l'adaptation mettra plus de temps qu'on ne l'avait pensé, lors des enthousiasmes des premiers mois. Ceci étant, ça n'est pas grave. Ce qui est important c'est, comme je le disais tout à l'heure, que l'euro soit vraiment devenu une sorte de partie intégrante de la vie des Européens. Et on voit d'ailleurs aujourd'hui, les entreprises suisses, britanniques, suédoises qui regrettent infiniment de ne pas être dans la zone euro. Croyez-moi, ça a aussi une signification."

L'autre élément de scepticisme des consommateurs français, c'est la hausse des prix. Officiellement, effectivement le passage à l'euro n'a pas eu vraiment de conséquences : 0,14 dit l'Insee ; une enquête publiée par Que Choisir, dit 8,2 %, en 18 mois d'augmentation des prix, et puis une enquête européenne montre que, de leur côté, les Français disent que le passage à l'euro a coûté une augmentation de prix de 11 %. On a du mal à s'y retrouver...

- "On a du mal à s'y retrouver, oui."

Mais ça veut dire quand même que pour tout le monde, "euro = augmentation des prix".

- "Cela veut dire que nous avions tout à fait raison. Vous vous souvenez qu'il y a un an, on avait lancé un cri d'alerte, qu'on avait responsabiliser chacun, en disant qu'il ne faudrait pas que l'euro soit l'occasion d'augmenter les prix. Et je me souviens, il y avait eu à cette époque une démarche de la SNCF qui avait été tout à fait dommageable... Il est sûr qu'en effet, certains ont profité de l'euro pour augmenter leurs prix. Il faut tout de même relativiser l'enquête de Que Choisir, puisqu'elle ne concerne que des grandes surfaces et des grandes marques."

Des produits de première nécessité quand même...

- "Oui, les grandes surfaces, les grandes marques, plutôt les produits alimentaires. Il faudra voir ça avec un peu plus de recul dans quelques temps. Mais il faut certainement être extrêmement attentifs. Mais je crois que l'euro a été plus un prétexte que vraiment le détonateur de cette augmentation de prix."

Je n'ai pas oublié, aujourd'hui et ce matin, que vous êtes ministre de l'Industrie. A un moment où le chômage augmente à nouveau - c'était au mois de novembre dernier, + 0,6 % - avec un retour, notamment des plans sociaux et donc des licenciements économiques. Etes-vous inquiète et préoccupée par cette augmentation du chômage pour 2003 ?

- "Oui. Je dois dire que ce qui me frappe et ce qui me peine infiniment, c'est de découvrir chaque semaine de nouvelles régions qui se trouvent malheureusement économiquement très fragilisées. C'est une fragilisation qui, dans certains cas, est due aux stratégies de grands groupes industriels, mais aussi aux difficultés que connaissent certains secteurs traditionnels. Je pense au textile, à la chaussure, l'horlogerie, à la fonderie de fonte. C'est dramatique, parce que chaque déstructuration atteint la région toute entière dans son tissu économique, social, humain. Et je dois vous dire que j'ai l'intention de consacrer cette année 2003 à me pencher très concrètement sur chacune de ces situations. Parce qu'on ne doit pas se résoudre à la fatalité de l'échec, du déclin de ces bassins de l'emploi, qui ne sont pas en déclin, ils sont en mutation. Et je considère de ma responsabilité première de contribuer, et nous avons les moyens au sein du ministère, des outils, pour aider à revitaliser les régions."

Que pouvez-vous faire ? Car vous n'allez pas dire ce que vous reprochiez à la gauche il y a quelque temps ! On ne peut pas créer des emplois, comme ça, par décision dans un bureau du ministère de l'Industrie...

- "Non, bien sûr. Il y a plusieurs étapes d'intervention. Il y a d'abord, l'accompagnement social, bien sûr, qui relève plus particulièrement de la responsabilité de mon collègue F. Fillon. Ensuite, il y a la phase où les différents acteurs locaux recherchent des solutions alternatives, des solutions de reprise - c'est valable pour la chaussure, tout récemment, c'est valable aussi dans d'autres secteurs. Et là, mon ministère peut être très actif pour contribuer justement à aider à la reprise de l'entreprise. Et puis, il y a une troisième phase, si cela n'apparaît pas possible, pour palier le risque de désertification et trouver des entreprises pour remplacer celles qui disparaissent. J'ai l'intention d'aller tous les mois dans une région, sur le terrain, avec des collaborateurs qui m'accompagneront ou qui me précéderont, qui resteront sur place, pour que très concrètement, on puisse voir comment on peut mettre en synergie toutes ces potentialités et vraiment contribuer à redonner un espoir fondé, je dis bien fondé, à des gens qui malheureusement trop souvent l'ont perdu."

Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction entre ce que vous dites ce matin et ce que fait le Gouvernement, quand il modifie la loi de modernisation sociale qui devait amortir justement le coût humain et social de ces licenciements économiques ?

- "Non, absolument pas. Justement, il faut trouver un bon équilibre entre l'accompagnement social dont j'ai parlé à l'instant et la nécessité de renforcer l'attractivité du territoire français et d'attirer les entreprises. Si on veut attirer les entreprises, il est bien évident qu'il est tout à fait indispensable, bien sûr, de libérer les énergies, de procéder à toutes les réformes auxquelles que nous avons déjà commencé à entreprendre au cours de ces dernier mois. Ce n'est pas du tout incompatible. D'ailleurs, il existe dans la loi de modernisation sociale, une disposition qui a été tout à fait maintenue, et qui fait que les grandes entreprises, lorsqu'elles délocalisent, sont tenues de recréer autant d'emplois qu'elles en ont supprimés. Et le ministère de l'Industrie accompagne cette démarche en concluant avec ces entreprises des conventions. C'est tout cela donc que j'ai l'intention de regarder très concrètement et d'essayer de mettre en oeuvre le plus efficacement possible."

L'un de vos grands chantiers sera l'ouverture du capital d'EDF, sans doute l'année prochaine. Peut-on avoir une date ou un petit calendrier, sachant qu'il faut d'abord passer le problème des retraites.

- "Oui, le calendrier sera d'abord de modifier le statut des entreprises d'EDF-GDF, et puis ensuite, en effet, de procéder à l'ouverture minoritaire du capital de ces entreprises, pour leur donner la possibilité d'être le plus compétitif possible."

Quand, à peu près ?

- "Dans un contexte mondial, c'est très difficile aujourd'hui de dire un calendrier. Disons, vraisemblablement, cela se fera dans le courant de l'année 2003, lorsque, encore une fois, nous aurons mené à bien le chantier très délicat et tellement essentiel des retraites."

Et si je vous demande en une phrase, parce que nous sommes le 31, votre voeu pour 2003 ?

- "Mon voeu pour 2003, c'est une France prospère bien sûr, des citoyens qui gardent un espoir très fort, que la France peut être très forte dans l'Europe, des citoyens qui soient tournés vers un avenir que nous essayons vraiment de leur préparer de toutes nos forces. Il y a beaucoup à faire ensemble. Nous souhaitons le faire avec eux. Je pense que vraiment le Gouvernement, le Premier ministre, J.-P. Raffarin, le président J. Chirac, qui s'exprimera ce soir, ont montré la bonne direction. Et je voudrais que les citoyens, au cours de cette année 2003, sachent que nous sommes résolument tournés vers l'espoir de leur tracer ce chemin."

(source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 31 décembre 2002)

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