Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, sur la commémoration du 60ème anniversaire de la déportation des Juifs de France, Paris le 18 octobre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, sur la commémoration du 60ème anniversaire de la déportation des Juifs de France, Paris le 18 octobre 2002.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement scolaire

Circonstances : Séminaire des ministres de l'éducation nationale des Etats signataires de la convention culturelle européenne à Paris le 18 octobre 2002

ti : Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,


Monsieur Walter Schwimmer vient de le rappeler : nous sommes réunis ici pour tenir un engagement. Je vous suis infiniment reconnaissant d'avoir bien voulu effectuer le déplacement de Strasbourg, malgré vos lourdes tâches, pour concrétiser le travail engagé depuis plusieurs années. Que nous soyons aujourd'hui si nombreux, que tant de ministres et de responsables de haut rang aient accepté de répondre à mon invitation, constitue pour la présidence française du Groupe d'action international pour la mémoire de la Shoah, et pour moi-même, un encouragement et le signe du très haut degré de conscience des responsabilités qui nous incombent.

Pour mon pays, le fait que cette assemblée de ministres se situe l'année du 60ème anniversaire de la déportation des Juifs de France renforce l'impact des manifestations organisées dans chacun des départements, tout au long de l'année, par la communauté juive et de nombreuses associations locales ou nationales.

Plusieurs étapes récentes ont marqué la reconnaissance de la dette imprescriptible que la France a à l'égard des victimes de la Shoah.

La première étape, peut-être la plus spectaculaire compte tenu des hésitations des autorités publiques françaises à assumer leur propre responsabilité, a été marquée en juillet 1995 par la déclaration du président de la République, M. Jacques Chirac, qui participait à une cérémonie commémorative à l'emplacement de l'ancien Vélodrome d'Hiver, lieu de tant de souffrances et préface à l'extermination : " Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français (...) la France, ce jour là, accomplissait l'irréparable (...) ".

Cette reconnaissance de la responsabilité française a conduit à la mise en place en 1997 par le Premier ministre, M. Alain Juppé, d'une Mission d'étude sur la spoliation des juifs en France de 1940 à 1944, présidée par M. Jean Mattéoli, alors président du Conseil économique et social, Mission confirmée ensuite par M. Lionel Jospin. Réunissant une centaine d'experts, d'historiens, d'archivistes, cette Mission a accompli un remarquable travail d'exploration des archives privées et publiques permettant d'éclairer le problème des spoliations organisées dans le cadre de la législation de Vichy et des restitutions effectuées à la Libération. Le rapport général et les rapports sectoriels rendus en 2000 ont été suivis par le Gouvernement dans la totalité de leurs conclusions et recommandations. C'est ainsi qu'ont été mis en place une Commission d'indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l'Occupation, un dispositif d'indemnisation des enfants de déportés juifs, ainsi que la Fondation pour la mémoire de la Shoah, mobilisant près de 400 Millions de dollars, pour poursuivre inlassablement le travail de Mémoire qu'elle a si bien commencé. C'est dans ce même esprit de respect, d'ouverture et de générosité qu'ont été menées les négociations avec les autorités américaines sur les questions bancaires, aboutissant à l'accord franco-américain du 18 janvier 2001, que nous appliquons avec rigueur.

Enfin, c'est bien volontiers que nous nous sommes ralliés à l'initiative du Premier ministre suédois, M. Göran Persson, de création du Groupe d'action international pour la mémoire de la Shoah, dont la France assurera la présidence jusqu'en 2003, et aux conclusions de la Conférence de Stockholm.

Au delà de l'indispensable reconnaissance de notre dette et des mesures d'indemnisation des victimes, il nous appartient d'enseigner l'extermination des Juifs d'Europe par un effort continu et permanent auprès de la jeunesse de France. Le ministre chargé de l'enseignement scolaire que je suis est naturellement particulièrement sensible à cette obligation, même si, comme l'a rappelé Monsieur le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, il ne peut s'agir que d'une action globale dépassant largement le cadre proprement éducatif. Ce thème est bien présent et, je crois, véritablement pris en compte dans nos programmes et dans les enseignements dispensés aux jeunes gens. Il nous faut d'abord, pour éviter toute banalisation (car c'est là, me semble t-il, que gît le principal danger, avant même celui du révisionnisme, totalement disqualifié), faire apparaître le caractère proprement inouï et irréductible de l'événement que constitue la destruction programmée des Juifs d'Europe. Le mal absolu existe, et nous savons qu'il est parfois difficile de le faire comprendre à une jeunesse que le " tout est relatif " entoure et peut séduire. En même temps, il faut montrer que cette réalité s'inscrit dans une histoire, celle du nazisme, et il convient de l'enseigner sans dérive, ni erreur. Il nous appartient aussi d'enseigner l'histoire de l'Europe au XXe siècle, ses guerres, ses conflits, ses tragédies, mais aussi ses tentatives de synthèse, ses fructueuses rencontres, sa marche vers l'unité, en respectant le caractère propre de chaque événement et en ayant recours dans chaque cas à la documentation la plus précise et la plus rigoureuse.

C'est dans cet esprit, Mesdames et Messieurs les Ministres, que j'ai l'honneur de vous proposer d'adopter aujourd'hui le projet de déclaration qui vous a été remis, et qui a déjà fait l'objet d'une présentation au Comité directeur de l'éducation du Conseil de l'Europe. Si vous le voulez bien, nous pourrons tout à l'heure, conformément à nos engagements précédents, lancer officiellement cette " journée de la mémoire " dans les établissements scolaires dont nous avons déjà adopté le principe.

Je souhaiterais, enfin, remercier le Conseil de l'Europe, fidèle à ses principes fondateurs, puisqu'il a été créé en 1949 en réaction précisément au conflit qui a fait tant de victimes, d'avoir organisé cette manifestation. Celle-ci s'inscrit parfaitement dans les valeurs de défense des droits de l'Homme, de la démocratie et de préservation de l'identité culturelle européenne qui l'animent depuis ses origines.

On ne peut pas conclure sur un sujet aussi grave. C'est pourquoi je souhaite laisser à présent la parole à Elie Wiesel :
"Le contraire de l'amour n'est pas la haine
Le contraire de l'espoir n'est pas le désespoir
Le contraire de la santé mentale et du bon sens n'est pas la folie
Et le contraire du souvenir ne s'appelle pas oublier
Mais n'est autre que
A chaque fois
L'indifférence ".


Je vous remercie.

(source http://www.coe.int, le 27 décembre 2002)

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