Déclaration de M. Pierre-André Wiltzer, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur les relations entre la France et le Bénin et le développement de la coopération entre les deux pays, Paris le 11 décembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Pierre-André Wiltzer, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur les relations entre la France et le Bénin et le développement de la coopération entre les deux pays, Paris le 11 décembre 2002.

Personnalité, fonction : WILTZER Pierre-andré.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Visite en France du président du Bénin : allocution de Pierre-André Wiltzer à l'occasion du dîner offert en l'honneur de M. Mathieu Kerekou au ministère des affaires étrangères à Paris le 11 décembre 2002

ti : Excellence, Monsieur le Président de la République,
Madame,
Madame et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Distingués Invités,
Mesdames, Messieurs,


Monsieur le Président de la République, je suis particulièrement honoré et heureux de vous recevoir ce soir, dans ce Palais des Affaires Etrangères, au nom du gouvernement français tout entier et plus particulièrement du Premier ministre M. Jean-Pierre Raffarin, et du ministre des Affaires Etrangères M. Dominique de Villepin. C'est le deuxième voyage officiel que vous effectuez en France, après celui que vous avez fait en octobre 1996. Il marque une étape importante dans les relations entre nos deux pays.

Il y a quelques semaines, au cours de ma visite au Bénin, particulièrement riche d'enseignements pour moi, j'ai eu le grand avantage de vous rencontrer. Durant les audiences que vous m'avez accordées, nous avons évoqué la situation du continent africain, examiné l'état de notre coopération et tracé des perspectives d'avenir. Aujourd'hui, en répondant à l'invitation du président Jacques Chirac, vous nous faites l'honneur de revenir en France, en compagnie de Mme Kerekou, que je salue respectueusement.

Ces deux rencontres à quelques semaines d'intervalle, et celles qui se déroulent au niveau ministériel en marge des multiples réunions qui ponctuent le calendrier international, démontrent, je crois, qu'une nouvelle impulsion a été donnée aux relations entre nos deux pays. Telle est, vous le savez, la volonté affirmée par le président Chirac, comme il vous l'a dit dans les entretiens que vous avez eus avec lui.

Votre pays, Monsieur le Président de la République, s'apprête à vivre une phase importante du renforcement de sa démocratie, en organisant pour la première fois, dans quelques jours, des élections municipales. C'est une étape essentielle en effet que celle de la décentralisation qui permet aux citoyens de désigner les élus locaux chargés de gérer les collectivités locales.

Déjà, voilà douze ans, vous avez initié lors de la fameuse "conférence des forces vives de la nation béninoise", une transition démocratique qui représente un modèle pour l'Afrique de l'Ouest. Depuis 1990, le Bénin a connu à deux reprises une alternance politique dans un climat de paix et de tolérance remarqué par tous les observateurs internationaux. Les élections qui ont eu lieu depuis, se sont déroulées dans le respect de l'opposition et de l'expression d'une opinion publique dont les droits sont désormais reconnus. Les " états généraux de la presse ", qui se sont tenus chez vous il y a deux semaines, ont pu démontrer la vitalité des médias béninois, qui jouissent désormais d'une véritable liberté.

La France rend hommage à vos efforts en faveur de la démocratie et se réjouit de voir le Bénin bénéficier, par sa stabilité politique, d'une situation économique et financière parmi les plus encourageantes du golfe de Guinée. Votre pays apporte la preuve évidente que le continent africain n'est pas en proie à une malédiction. Trop souvent, l'actualité se concentre sur les fléaux et les tragédies qui frappent certains pays d'Afrique, oubliant injustement les efforts courageux et les réussites. Les graves difficultés économiques et les troubles politiques vécus par certains pays ne doivent pas nous faire perdre de vue que tous les pays africains ne sont pas en crise. Nous savons en effet qu'il existe aussi une Afrique qui, de façon discrète et persévérante, accomplit de remarquables progrès dans sa modernisation, une Afrique déterminée à prendre le chemin de la démocratie et des droits de l'homme, une Afrique qui refuse de considérer la pauvreté comme une fatalité. Le Bénin, en est l'exemple même.

Cela ne vous empêche pas, Monsieur le Président, de vouloir, "aller plus loin", pour reprendre une expression qui vous est chère. Vous avez en effet à c¿ur d'entreprendre, avec toute l'énergie qui est la vôtre, les réformes nécessaires au développement de votre pays. La France vous soutient dans vos efforts en vue de donner au Bénin les moyens d'entrer de plain-pied dans la mondialisation, mais une mondialisation maîtrisée et humanisée. Ce combat nous est commun.

Le président de la République, M. Jacques Chirac, a rappelé avec force lors de plusieurs conférences internationales récentes, à Monterrey comme à Johannesburg pendant le Sommet mondial sur le développement durable, et encore à l'occasion du Sommet de la Francophonie à Beyrouth, que l'aide au développement est un axe majeur de la politique étrangère de la France. Comme vous le savez, le gouvernement auquel j'appartiens s'est donné pour objectif d'augmenter de 50 % le montant de cette aide dans les cinq prochaines années. L'Afrique, qui bénéficie des trois quarts de notre effort, sera notre première priorité. Votre visite en France nous donne l'occasion de tracer avec vous et avec votre gouvernement les grandes orientations de notre aide. Ces moyens doivent nous permettre de donner un nouveau souffle à notre coopération : la Commission mixte franco-béninoise qui se réunira prochainement aura pour objet d'en définir les modalités.

Permettez-moi de vous dire, à titre personnel, combien je suis heureux d'avoir été chargé par le président de la République et par le Premier ministre de mettre en application, aux côtés du ministre des Affaires étrangères, M. Dominique de Villepin, la nouvelle impulsion donnée à notre politique de coopération.

Pour le militant de l'amitié et de la solidarité franco-africaines que je suis depuis toujours, il ne pouvait y avoir plus belle mission que celle-là et j'y consacrerai toute mon énergie et toute ma passion.

S'agissant du Bénin et de la France, le développement de notre coopération dans les domaines de l'économie, de l'éducation, de la santé est évidemment essentiel. Mais les relations entre nos deux pays vont au-delà.

Au cours de ma visite au Bénin, en octobre dernier, comme à l'occasion des voyages que j'avais pu y faire auparavant, j'ai pu mesurer combien les liens qui unissent les Français et les Béninois sont forts. Ils sont le fruit de plus d'un siècle et demi d'histoires mêlées, quelquefois pour le pire, souvent pour le meilleur. Nous pouvons aujourd'hui porter ensemble un regard sur ce passé. Un regard lucide en particulier sur l'époque de la conquête coloniale et sur l'abominable tragédie qu'a été la traite des esclaves dans les régions bordant le Golfe de Guinée.

Ce travail de mémoire, le Bénin l'a entrepris depuis plusieurs années. Ceux qui, comme moi, ont parcouru à Ouidah "la piste des soupirs" qu'empruntaient les esclaves avant d'embarquer sur les navires négriers, ceux qui se sont recueillis devant "la porte du Non-Retour", face à la mer, peuvent en témoigner.

La "Conférence des leaders sur la réconciliation et le développement" que vous avez organisée à Cotonou en décembre 1999, comme l'Agence béninoise que vous avez créée le 5 novembre 2001 pour pérenniser et concrétiser cette initiative portent votre marque personnelle. Je tiens à vous en rendre hommage.

Ce devoir de mémoire, plein de compassion pour les victimes de cette terrible épreuve subie par les Africains, il nous concerne aussi, nous Français, même s'il s'agit d'un passé lointain et si de nombreuses générations se sont succédées depuis lors.

Il ne nous fait pas oublier pour autant le dévouement, le courage, les qualités humaines de tant de médecins, d'instituteurs, de savants, de missionnaires, d'administrateurs qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes à cette Afrique qu'ils aimaient passionnément.

Mais il nous faut assumer pleinement le passé, tout le passé, avec ses ombres et ses lumières, pour pouvoir bâtir ensemble un avenir meilleur.

Cet avenir, il repose sur les projets que nos gouvernements réaliseront dans un nouvel esprit de partenariat. Un esprit qui inspire le NEPAD, que vous contribuez, Monsieur le Président, à faire entrer dans les faits. Mais l'avenir repose tout autant sur les multiples liens tissés entre nos deux peuples. La présence en France de quelque vingt cinq mille Béninois et celle de quatre mille Français au Bénin y contribuent grandement.

La notoriété croissante en France des artistes, des écrivains, des sportifs béninois, dont plusieurs sont présents ce soir et je les en remercie chaleureusement, en est une autre manifestation pleine de promesses.

Par delà les différences de nos cultures et de nos traditions, nous partageons une même langue que nous avons à c¿ur de promouvoir à travers le monde. La Francophonie offre à nos pays l'occasion de défendre le droit à la diversité des cultures et des langues sans que soit exclu, bien au contraire, le partage de valeurs universelles. Je me félicite de voir que le Bénin prend une part de plus en plus active dans la défense de l'usage du français : les activités du Centre béninois des langues étrangères (CEBELAE), qui enseigne le français à de nombreux africains anglophones, le montre de façon remarquable.

Monsieur le Président de la République,
Mesdames, Messieurs,


Les relations entre le Bénin et la France connaissent aujourd'hui un nouvel élan. Nous nous en réjouissons. Faisons en sorte que ces liens se resserrent davantage encore.

C'est dans cette heureuse perspective que je vous invite à lever vos verres à l'amitié entre le Bénin et la France.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 décembre 2002)

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