Interviews de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à Europe 1 le 21 novembre 2002 et à France le 26, sur les pratiques abusives des centrales d'achat des grandes surfaces. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à Europe 1 le 21 novembre 2002 et à France le 26, sur les pratiques abusives des centrales d'achat des grandes surfaces.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel, CHABOT Arlette, LABORDE Françoise.

FRANCE. FNSEA, président

ti : Europe 1 - Le 21 novembre 2002

A. Chabot-. Avant, ou peut-être à la place des routiers, effectivement, les agriculteurs, ce matin, bloquent les centrales d'achat des grandes surfaces. Alors, pourquoi ce blocage ?

- "Depuis le temps que nous réclamons que les choses changent en matière de relations entre la distribution et leurs fournisseurs, c'est-à-dire y compris les agriculteurs, mais aussi les entreprises d'ailleurs agro-alimentaires, on ne nous entend pas. Donc, je crois tout simplement, qu'aujourd'hui, les agriculteurs montrent leur ras-le-bol, quant à un dialogue qui, en fait, n'est pas celui qu'on souhaiterait."

Alors, qu'est-ce qui se passe ? C'est-à-dire qu'en gros, les grandes surfaces empêchent les agriculteurs de vivre, en cassant les prix ?

- "Nous aimerions bien pouvoir vivre comme les dirigeants de magasins - ce n'est pas forcément ce que réclament les agriculteurs -, ils veulent leur part du gâteau. Effectivement, la question du revenu des agriculteurs est posée, mais c'est surtout la manière, les pratiques commerciales telles qu'elles existent, que nous dénonçons. Il est clair que tout le monde, aujourd'hui, reconnaît qu'il y a des pratiques abusives et nous voulons que celles-ci cessent."

Qu'est-ce que ça veut dire les pratiques abusives ?

- "Eh bien, ça veut dire, tout simplement, qu'il n'y a pas de limite à la négociation. Prenons l'exemple : nous sommes en fin d'année 2002, avant même de démarrer la négociation 2003, la première demande d'une enseigne c'est de dire : " attendez ! j'ai fait tant d'activités avec vous pendant l'année 2002, vous me faites une ristourne de deux points, trois points, quatre points, voire plus ". Ca, on est sûr au moins que le consommateur n'en bénéficiera pas. Ce n'est pas acceptable et vous comprenez aussi, pourquoi, les consommateurs sont avec nous."

Pour qu'on comprenne bien, c'est que les négociations de fin d'année, les grandes enseignes vont dire aux producteurs : " bah écoutez, on a fait un gros volume d'achats avec vous; si vous voulez qu'on continue, il faut baisser vos prix ", c'est ça que vous lui dites ?

- "C'est exactement ça, ça fait partie de la pression que met..."

C'est du chantage, vous dites, quoi !

- "C'est, oui, n'ayons pas peur des mots, ça fait partie du chantage qui peut se traduire, très bien, par l'abandon du fournisseur en disant : " eh bien, écoutez, si vous ne nous faites pas ces conditions-là, nous prendrons un autre fournisseur " et le rapport de force, vous le savez bien, tout le monde le sait, le Gouvernement le sait, il est totalement déséquilibré. Il y a sur la place..."

C'est la loi du marché, quoi !

- "Il y a sur la place cinq, six acheteurs. En face de ça, par segment de marché, par grand marché, des dizaines de fournisseurs et puis quelques centaines de milliers d'agriculteurs, regardez à quel point ça peut être déséquilibré."

Mais c'est la loi du marché, c'est la loi de la concurrence, non ?

- "Nous ne sommes pas opposés au marché. Le marché doit faire son travail, mais lorsque c'est aussi déséquilibré que cela, il faut remettre les choses en place. C'est la raison pour laquelle, il y a deux ans, nous avions également manifesté, que nous avions obtenu la mise en place d'une loi que nous appelons de nouvelle régulation économique. Nous demandons d'abord que cette loi s'applique, or elle ne s'applique pas. Alors, que l'administration de M. Dutreil, le ministre du Commerce, fasse son travail de contrôle et qu'elle sanctionne, et je ne suis pas inquiet, il y en aura rapidement des sanctions et ça, déjà, ça ferait avancer, sans doute les choses."

Alors, parmi vos accusations vous allez plus loin, vous dites : il y a des " pratiques mafieuses ." Qu'est-ce que ça veut dire ?

- "Je dis simplement qu'à un moment donné, vous savez dans la facturation, on va à la facturation de services : on a l'animation du linéaire, la mise en place des produits dans le rayon etc. Et, à un moment donné, vous savez quand on ne sait plus comment justifier la mesure que l'on demande aux fournisseurs, eh bien moi j'appelle ça, simplement, de la fausse facture. C'est-à-dire on est rendu à un point où quand - je vais employer un mot barbare - les " marges arrières " - on ne sait pas ce que ça veut dire mais c'est, finalement, toutes ces ristournes, rabais, coopération commerciale qui sont réclamés aux fournisseurs, et bien, à un moment donné, ça prend de telles proportions ! On est rendu, quelquefois, à des chiffres qui sont supérieurs à 50 %, ce qui veut dire que, d'un prix de 100, le fournisseur ne perçoit même pas 50."

Certains disent même qu'on demande aux producteurs, par exemple, de payer certains personnels des supermarchés, c'est une accusation grave, c'est vrai, vous avez des preuves de ça ?

- "Je crois qu'on paye tout. En fait, la distribution fait seulement son métier de commerçant. Oui, c'est vrai, d'ailleurs c'est un mot très sympathique, c'est " le budget-bras " : on paye des personnels qui animent le rayon, comme nous payons aussi, je crois, la carte de fidélité. Dans cette affaire-là, les fournisseurs payent tout."

On écoutait tout à l'heure J. Bédier, parler au nom des grandes enseignes et dire : " on ne va pas quand même revenir à une économie administrée, comme dans les années 60 " ?

- "Mais nous ne souhaitons pas cette politique administrée. Nous demandons, d'abord, que les pratiques commerciales reprennent leur sens, que l'Etat fasse son travail et que, lorsqu'il y a des situations compliquées en agriculture - les crises, nous travaillons sur des marchés, ce n'est jamais linéaire, donc nous voulons aussi mieux gérer les crises, pour faire en sorte qu'on ne soit pas à la veille de toujours un peu plus de disparition d'agriculteurs, voilà ce que nous voulons. La politique contractuelle, dont parle J. Bédier, nous sommes d'accord, mais pas dans les conditions où il nous la propose. D'ailleurs on a eu l'exemple en fruits et légumes cet été, c'était assez bien parti, pour que l'on gère mieux le marché des fruits, alors que le marché de la nectarine, par exemple, était mal. Mais, malheureusement au bout de quelques semaines, les vieux démons reprennent le dessus, c'est-à-dire que finalement, ce rapport de force, dont je parle, retrouve toute sa place."

Mais quand on entend parler de prix moins chers et qu'on est consommateur, on se dit : c'est quand même pas mal de payer moins cher. Donc, finalement, il y a quand même des bénéficiaires. Vous dites " non " mais les consommateurs quand ils payent moins, c'est tout bénéfice, si j'ose dire, pour eux.

- "Malheureusement, les consommateurs n'en bénéficient pas. D'ailleurs madame Nicoli et les consommateurs se sont exprimés dès hier soir parce qu'ils ne sont pas dupes. Ils savent pertinemment que ce beau discours de la distribution n'est pas fait pour satisfaire le consommateur. Nous, nous souhaitons que, lorsque nous faisons des concessions à la distribution, effectivement, le consommateur en profite. Mais nous voulons, aussi, que les agriculteurs puissent gagner leur vie."

Vous allez tenir combien de temps ? On dit c'est pour trois jours, au bout de trois jours vous pliez bagages, c'est ça ?

- "Non, la durée n'est pas fixée. J'espère que dans la journée d'aujourd'hui, nous allons avoir des contacts avec le Gouvernement et, je l'espère aussi, avec les responsables de la distribution et on verra comment s'engage le dialogue."

Mais vous voulez une discussion ou, à votre avis, après ce que vous avez dit tout à l'heure, ce n'est pas la peine de discuter ?

- "Nous voulons des engagements, nous voulons que l'état d'esprit change, l'état d'esprit de la distribution, l'état d'esprit du Gouvernement."

Vous faites appel à qui ce matin ? A J.-P. Raffarin ?

- "Oui, mais aussi à ses ministres de tutelle, parce que nous sommes concernés, nous, par le ministre de l'Agriculture et puis c'est R. Dutreil, le ministre du Commerce. Donc les deux ministres et le Premier ministre, parce que je crois que c'est de cette ampleur."

Oui, donc vous attendez un coup de téléphone du Gouvernement, des négociations qui fassent appliquer la loi, sinon quoi, vous attendez que les routiers viennent vous rejoindre, dans le mouvement ?

- "Ce n'est pas de même nature. Les routiers ont des négociations, j'espère qu'elles vont aboutir, je le souhaite pour les routiers ; nous aurons les nôtres, j'espère aussi qu'elles aboutiront dans les meilleurs délais parce qu'on ne le fait pas, par plaisir. La mobilisation n'est pas là par plaisir."

On dit parfois qu'effectivement, on peut envisager l'intervention des forces de l'ordre contre les routiers. On pourrait envisager de dégager par la force, selon vous, les dépôts des grandes surfaces que vous occupez ?

- "Je ne le souhaite pas, moi je suis favorable au dialogue et j'espère que le Gouvernement, prenant ses responsabilités, fera en sorte que des décisions soient prises et, qu'à partir de là, nous saurons quitter les différents lieux que nous occupons dans le bon ordre, parce que je souhaite que l'on respecte, effectivement, les biens et les personnes."

Les consommateurs entendent ce matin que, dans trois jours, il n'y aura plus de réserve, on n'aura plus de yaourts, on n'aura plus de lait ; est-ce que quand même, ils n'ont pas l'impression d'être des otages, encore une fois ?

- "N'exagérons pas ! On a souvent été accusés de manifester dans les magasins. Là, nous sommes sur, effectivement, des lieux stratégiques, que sont les plates-formes d'approvisionnement, mais nous sommes aux côtés des consommateurs, donc nous n'avons pas envie de priver les consommateurs des excellents produits que nous leur fournissons, parce que c'est ça aussi que nous voulons défendre, des produits de qualité au meilleur prix pour le consommateur, et c'est ça que nous voulons."

Question, évidemment, sur J. Bové. Vous êtes aujourd'hui, après avoir beaucoup combattu J. Bové, solidaire ? Vous dites : " il ne doit pas aller en prison. "

- "Mais, je n'ai jamais convaincu J. Bové. J. Bové s'en prend..."

La FNSEA, quoi...

- "Non, non, non, non ! C'est plutôt la Confédération paysanne qui s'en prend à la FNSEA."

Bon, aujourd'hui, il doit aller en prison ou il doit être gracié, selon vous ?

- "Non, mais moi notre position elle est connue depuis toujours, c'est qu'un syndicaliste aille en prison, ce n'est jamais bon, donc je crois..."

Vous dites, comme F. Hollande, un syndicaliste ne doit pas aller en prison.

- "Nous avons payé. J.-P. Capelle, il y a un an et demi, membre de la FNSEA, du département de l'Eure, était en prison."

Donc vous souhaitez que J. Chirac gracie J. Bové ?

- "J. Chirac prendra ses responsabilités."

Mais vous, vous êtes plutôt favorable ?

- "Je vous dis, J. Chirac prendra ses responsabilités, je ne suis pas président de la République, moi, vous savez !"

On va dire, quand on est agriculteur on peut tout faire, rentrer dans l'illégalité, on n'est jamais puni ?

- "Pas du tout ! Je crois qu'on a déjà beaucoup payé et nous n'avons pas envie d'être dans l'illégalité. Nous avons envie de satisfaire les consommateurs de notre pays, et pas seulement d'ailleurs ceux de notre pays, en produits de qualité."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 21 novembre 2002)

Interview sur France 2 - Le 26 novembre 2002


F. Laborde-. Nous allons revenir sur l'état de santé de l'agriculture française, après les différents mouvements qui ont opposé, la semaine dernière, les agriculteurs à la grande distribution et qui ont été l'objet de négociations. Finalement, [elles n'ont été] pas trop longues, un accord a été trouvé sans trop de difficulté.

- "Sans trop de difficulté, je ne suis pas sûr. Mais quand vous dites "pas trop longues", le dossier durait depuis longtemps. Nous avions, d'ores et déjà, soulevé le problème dès le mois de mai et nous avons eu un rendez-vous important chez le ministre R. Dutreil, il y a deux mois, qui n'avait absolument pas abouti. Nous avions eu une réunion désastreuse et, donc, là, il était temps que les agriculteurs se mobilisent, ce qu'ils ont fait sur tout le territoire. C'est peut-être pour cela, qu'ensuite, ça n'a pas duré très longtemps."

Ils ont effectivement, pendant 2- 3 jours, bloqué une soixantaine de centres de distribution des grandes surfaces. Au c¿ur de votre revendication, il y a ce qu'on appelle "la marge arrière" - il faut peut-être expliquer, pour le grand public, ce que c'est. La grande surface négocie un prix officiel avec le producteur¿

- "Avec le fournisseur."

Oui, le fournisseur, et après elle demande une marge supplémentaire, c'est ce qu'on appelle "la marge arrière", pour continuer à être mis en rayon, elle vous demande de payer en plus du prix que vous demandez. C'est donc ça le principe. Qu'est-ce que vous avez obtenu ? Parce qu'on a entendu E.-M. Leclerc, qui a une grande enseigne, dire qu'au fond, vous n'aviez pas obtenu grand chose ; qui a raison, qui a tort ?

- "Je crois qu'on a obtenu beaucoup. Pourquoi ? Parce que nous dénonçons, depuis des mois et des mois, les pratiques abusives. Vous avez dit vous-même que les marges arrières c'est quelque chose de très compliqué à expliquer. D'ailleurs, il faut parler des marges arrières au pluriel : ce sont les différentes ristournes, rabais... On fait payer effectivement, au fournisseur, énormément de services qui, à certains moments n'existaient pas, ce qui m'avait d'ailleurs fait dire qu'on n'était pas loin de la fausse facture. Et, si M.-E. Leclerc se plaint, tout autant de cet accord, c'est justement parce qu'on a sans doute mis le doigt là où ça fait mal. C'est-à-dire qu'on a fait reconnaître, enfin, que ces pratiques abusives existaient. Et ce que nous avons obtenu, c'est que le gouvernement fasse enfin appliquer la loi, parce que nous avions¿"

C'est-à-dire qu'un contrat est un contrat, et il ne faut pas après exiger des ristournes¿

- "On n'a pas le temps de refaire l'histoire mais en l'an 2000, nous avions déjà développé le sujet, qui avait d'ailleurs amené le Premier ministre de l'époque à tenir des propos quasiment aussi durs que les nôtres, et qui avaient abouti à cette loi, que nous appelons de "nouvelle régulation économique". Cette loi a un an et demi, elle n'était toujours pas appliquée. Donc, aujourd'hui, on a des engagements. Et puis, ce que nous avons signé avec la grande distribution, c'est aussi, effectivement, que ces pratiques abusives existent et ils reconnaissent que si nous voulons qu'elles cessent, il faut qu'elles soient sanctionnées ; c'est le premier engagement. Le deuxième, c'est aussi de pouvoir gérer des temps de gestion de crise. Elle se limitait au secteur des fruits et légumes et là, nous avons obtenu, et du Gouvernement et de la distribution, qu'on puisse les gérer sur l'ensemble des produits frais. Rappelons-nous la crise dans le secteur de la viande bovine ou de la viande porcine. Autant de secteurs qu'il aurait fallu mieux gérer par rapport à ce que nous avons fait à cette période."

Vous êtes confronté à une réforme qui s'annonce un peu douloureuse, qui est la réforme de la Politique agricole commune, avec l'élargissement de l'Europe, l'arrivée de grands pays producteurs, comme la Pologne, qui est un pays essentiellement agricole. Et donc, il va y avoir des révisions un peu déchirantes. Est-ce que la grande distribution peut vous aider dans certains cas, en vous assurant des débouchés par filière ?

- "On a besoin de la distribution. La distribution, soyons clairs, ce sont aussi des partenaires. Donc, nous n'imaginons pas des marchés sans la grande distribution. Mais elle est en train de gagner beaucoup de temps, parce qu'elle a pris position dans ces pays qui vont entrer dans l'Union européenne bien avant nous."

Carrefour, Auchan, toutes les grandes marques sont¿

- "Carrefour, Auchan, Leclerc¿ Je suis allé en Pologne, fin août, c'est vrai que la distribution française est très présente là-bas. Donc, on peut à la fois avoir besoin de cette distribution, pour vendre nos produits, mais on ne voudrait pas non plus être sous la seule domination de cette distribution - et je le dis aussi aux producteurs polonais. Je crois qu'il faut que les agriculteurs soient capables de défendre une politique agricole, qui leur permettent de vivre de leur métier avant d'être simplement soumis à la distribution."

C'est-à-dire que, demain, on aura des manifestations d'agriculteurs européens élargies, les Français et les Polonais, c'est ce que vous nous annoncez ?!

- "Il y a déjà eu cette manifestation, parce que quand nous avons manifesté à Strasbourg pour l'avenir de la Politique agricole commune, les représentants d'agriculteurs des pays entrant étaient présents, les Polonais en tête. Donc, cela veut dire qu'il faut que nous travaillons non plus à quinze désormais mais bien à vingt-cinq, au niveau européen, pour dire quelle politique agricole nous voulons pour les agriculteurs. C'est-à-dire pour qu'il y ait des agriculteurs sur l'ensemble du territoire européen et qu'ils puissent vivre de leur métier, c'est bien ça l'enjeu."


Mais cela veut dire aussi, que vous les agriculteurs français, vous toucherez moins de subventions.

- "Les choses ont, en tout cas, été clarifiées. C'est-à-dire que nous savons que la politique agricole est en place jusqu'en 2006 et, qu'à partir de 2007, nous devrons travailler avec un budget qui a été arrêté par les chefs d'Etat et de Gouvernement, il n'y a pas très longtemps, à 25. Donc, il va falloir réviser, penser à adapter notre politique agricole. Mais les agriculteurs n'ont pas envie de vivre que d'aides, on a envie de vivre des produits que nous mettons sur le marché en lien avec, je dirais, l'assurance de produits de qualité, mis à la disposition du consommateur. Parce que ce que nous disons aussi, c'est qu'on ne peut pas produire des produits de qualité, respectueux de l'environnement et, en même temps, avoir des prix toujours plus bas. Ce n'est pas possible."

Il faut choisir entre l'exigence biologique, la faible rentabilité et les prix.

- "Il faut être capable d'apporter la diversité des produits qu'attend le consommateur. Le consommateur attend des produits de qualité et diversifiés ; c'est ce que nous lui proposons et nous lui offrons."

Je voudrais vous interroger sur le service public. Vous savez qu'il y a beaucoup de grèves aujourd'hui, dans les transports, par exemple. Cela vous concerne assez peu mais le service public en milieu rural, ça vous concerne parce que vous êtes de la région Bretagne, vous êtes entre Rennes et Saint-Malo, il y aura bientôt une loi rurale. Est-ce que vous vous inquiétez, dans le secteur rural, de l'idée qu'un jour, peut-être, les services publics ne viennent plus jusqu'à vous, dans toutes ses composantes ?

- "C'est les services publics et à la fois les services au public. C'est-à-dire que si on veut qu'il y ait la vie en milieu rural, il faut que les ruraux - et ce ne sont pas seulement les agriculteurs - disposent également des services publics. Donc, il faut pouvoir disposer d'agences postales, de services hospitaliers, etc. Donc, c'est tout ça dont on a besoin. Il y a une loi en préparation, par le ministre de l'Agriculture ; une loi sur le développement rural et nous comptons y participer. Nous en faisons d'ailleurs le thème de notre congrès de la FNSEA, pour le mois de mars ; le thème sera " la ruralité ". La ruralité c'est aussi la possibilité de fixer des activités économiques, de l'emploi en milieu rural pour qu'il y ait la vie."

Oui, parce que, pour maintenir des bureaux de poste, il faut aussi qu'il y ait des clients !


- "On a peut-être oublié l'essentiel : l'école. Si vous voulez qu'il y ait des jeunes agriculteurs qui s'installent, il faut déjà que l'école ne soit pas à des dizaines de kilomètres."

Et si on doit maintenir l'école, il faut qu'il y ait des jeunes agriculteurs qui s'installent.

- "Absolument ! Donc tout cela est très lié."

J. Bové demande la grâce, pour ne pas aller en prison, à J. Chirac. D'abord, est-ce que cette démarche vous étonne ?

- "Non, je crois que c'est une démarche possible, pour chaque personne condamnée à aller en prison, donc elle ne m'étonne pas du tout."

On a beaucoup dit que la FNSEA avait bénéficié de clémence en son temps, plus que J. Bové - on reçoit d'ailleurs du courrier dans ce sens. Est-ce que vous, à la FNSEA, vous avez eu des militants qui ont été condamnés à des peines de prison, qui sont en prison en ce moment ?

- "Dieu merci, on n'a pas de militants en prison, mais on a eu malheureusement, récemment, un agriculteur, je pense à J.-P. Capelle, mais cela a été beaucoup moins médiatisé, qui était en prison. Nous l'avons défendu avec force. Je crois que la justice est la même pour tous, donc, maintenant, je le dis et je le répète : un syndicaliste en prison ce n'est pas bon. Moi, je ne souhaite pas que les syndicalistes aillent en prison."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 novembre 2002)

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