Interview de M. Pierre-André Wiltzer, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, au quotidien "Les Echos" le 18 décembre 2002, sur la crise ivoirienne et l'aide publique au développement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Pierre-André Wiltzer, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, au quotidien "Les Echos" le 18 décembre 2002, sur la crise ivoirienne et l'aide publique au développement.

Personnalité, fonction : WILTZER Pierre-andré.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie

ti : Q - La crise ivoirienne a pris une nouvelle tournure avec l'émergence de nouveaux mouvements rebelles. La France semble empêtrée dans ce piège. N'a-t-on pas tout à perdre d'un engagement en demi-teinte ?

R - La France n'a pas un engagement en demi-teinte. Sa présence militaire sur le terrain a évité sans doute le déclenchement d'un bain de sang alors que plus de 20.000 Français vivent en Côte d'Ivoire. Nous avons donc pris nos responsabilités. Depuis le début de cette crise, la France a adopté une position claire qui se résume en quatre principes : protection de nos ressortissants et des ressortissants étrangers ; appui aux institutions démocratiquement élues dans le pays ; préservation de l'intégrité du territoire et de la stabilité régionale ; appui à la médiation africaine menée dans le cadre de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Cela reste notre ligne.

Le maintien de la stabilité sur le terrain et l'évolution difficile des négociations en cours nous ont conduits à renforcer notre dispositif militaire chargé de faire respecter le cessez-le-feu négocié par la CEDEAO, avec une triple mission : sécurisation des ressortissants français et étrangers, stabilisation du cessez-le-feu, facilitation du processus politique en cours. Ils nous ont conduits aussi à marquer notre disponibilité à accueillir à Paris une réunion des chefs d'Etat concernés, et à organiser une conférence des forces politiques ivoiriennes.

Cela dit, la solution de la crise ivoirienne ne peut être que politique. Il est clair qu'il faut ranger les armes et ouvrir des discussions, sans exclusive, sans préalable. Les Ivoiriens doivent refonder leur pacte républicain, mais de façon pacifique. La France n'a pas d'autre objectif que de les y aider, en étroit accord avec nos partenaires de la CEDEAO et les organisations internationales qui sont animés des mêmes intentions.

Q - La France a annoncé un relèvement de son aide publique au développement. Est-ce là le signe d'une nouvelle générosité ?

R - Sous le précédent gouvernement, l'aide française au développement a diminué constamment pour tomber, en 2001, à 0,32 % de notre PIB. Cela s'est produit alors que la croissance mondiale était forte et les rentrées fiscales abondantes. Malgré une situation inverse aujourd'hui, la France a choisi de relever de 50 % sur cinq ans son aide publique au développement pour la porter à 0,5 % du PIB. Le budget 2003 reflète cette volonté politique, avec un effort financier qui se situera l'an prochain à 0,39 % du PIB. En 2003, les crédits alloués au Fonds de solidarité prioritaire seront majorés de 26 % (190 millions d'euros au lieu de 150 millions) ; ceux qui sont affectés aux opérations de l'Agence française de développement augmenteront de 25 % (190 millions d'euros au lieu de 152 millions).

Q - Le souhait français de rééquilibrer ses efforts financiers au profit de l'aide bilatérale reflète-t-il des désaccords avec la Banque mondiale ou l'Union européenne ?

R - La France n'a pas l'intention de remettre en cause ses engagements internationaux. Si nous avons choisi de renforcer notre aide plutôt sur le volet bilatéral, c'est pour la rendre plus efficace. Notre choix traduit également le constat que tout le monde fait : l'aide multilatérale reste soumise à des procédures lourdes, longues et coûteuses. Au niveau du Fonds européen de développement (FED), dont le quart des contributions sont françaises, des réformes sont en cours pour répondre à ces critiques.

Q - A quelles réformes pensez-vous ?

R - A la fin de cette année, 11 milliards d'euros restent en attente de décaissement au niveau du Fonds européen de développement, soit parce que les projets ne sont pas prêts, soit parce que les études préalables ne sont pas terminées, etc. Or ces sommes pourraient servir à l'Union pour augmenter sa contribution financière à l'initiative sur l'allégement de la dette des pays les plus pauvres, au Fonds mondial pour la santé, au programme Onusida ou encore aux projets définis comme prioritaires au Sommet de Johannesburg sur le développement durable. Pour ce qui concerne la contribution française, nous étudions enfin la possibilité, en cours d'exercice budgétaire, de transférer sur l'aide bilatérale les sommes qui semblent ne pas devoir être décaissées au niveau du FED.

Q - Envisagez-vous d'amender les dispositifs d'aide au développement ?

R - Il n'y a pas lieu de s'attendre à des bouleversements. Mais nous menons une réflexion pour donner une nouvelle impulsion à la coopération décentralisée. Je viens de lancer une consultation avec les associations nationales d'élus locaux pour susciter des propositions. Je provoquerai une réunion dans le cadre de la Commission nationale de la coopération décentralisée en mars 2003. J'ai lancé une concertation du même type avec les associations qui pratiquent l'envoi de volontaires pour examiner comment nous pouvons développer le volontariat de jeunes ou d'experts seniors.

Q - La France s'apprête à prendre la présidence du G8. Quelles sont les grandes priorités défendues par Paris vis-à-vis des pays en développement ?

R - Le président Jacques Chirac n'a cessé de mettre l'accent sur la nécessité absolue de s'occuper du développement et notamment du continent africain. La France prenant la présidence du G8 dans quelques jours, le sommet d'Evian de juin 2003 sera fortement inspiré par cet objectif. Le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique sera à l'ordre du jour. A ce titre, un certain nombre de chefs d'Etat africains seront associés aux travaux. L'idée est de pouvoir discuter, lors de cette réunion, de projets concrets.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 décembre 2002)

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