Interview de M. Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, à LCI le 10 octobre 2002, sur son rôle diplomatique, la situation en Côte d'Ivoire, la crise irakienne, sa contribution au débat à l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, à LCI le 10 octobre 2002, sur son rôle diplomatique, la situation en Côte d'Ivoire, la crise irakienne, sa contribution au débat à l'UMP.

Personnalité, fonction : MUSELIER Renaud, HAUSSER Anita.

FRANCE. SE aux affaires étrangères; FRANCE.LCI, journaliste

ti : A. Hausser.- On vous entend peu, mais vous avez mis les rieurs de votre coté à la conférence des ambassadeurs, lorsqu'en parlant de votre ministre, D. de Villepin, vous avez dit "Dominique fait tout et moi je fais le reste". Alors dites-nous ce que vous faites !

- "Présenté comme cela, ça peut paraître peu sérieux, mais c'est quand même une démarche qui est assez difficile. D. de Villepin représente la France à travers le monde, il porte le message de J. Chirac, du Gouvernement français et de J.-P. Raffarin. Il a en charge tout ce qui est multilatéral, c'est-à-dire le G7, le G8, les grandes organisations internationales, tous les colloques très importants et notamment, bien sûr, toutes les zones de conflits. Ce qui fait que nous sommes pratiquement absents de toute une partie du monde, puisque nous n'avons pas la possibilité ni le temps de nous occuper d'un grand nombre de pays. Je vous donne un exemple très simple : l'ASEAN, qui représente 500 millions d'habitants - c'est la Thaïlande, la Malaisie, Singapour - ; eh bien, les ambassadeurs de ces pays en France n'avaient pas vu le ministre depuis près de cinq ans. Donc, si on veut s'occuper de nos compatriotes, des intérêts français, des relations avec ces pays qui, dans le monde, sont actifs, bougent, nous avons besoin de porter la voix de la France. Alors qu'est-ce que c'est le secrétariat d'Etat ? C'est une structure souple, légère, mobile, rapide et efficace, qui permet d'être présent partout pour porter et démultiplier la Maison France, le message de la France à travers le monde."

Vous êtes le grand voyageur ?

- "On est tous voyageurs. L'équipe au Quai d'Orsay : c'est D. de Villepin en tant que chef qui organise le dispositif dans le cadre de la volonté de la France ; vous avez N. Lenoir qui s'occupe de l'Europe, P.-A. Wiltzer qui est en charge de la francophonie et de la coopération et moi, du reste du monde. Cela fait beaucoup de travail."

Vous êtes allé en Géorgie récemment ?

- "Je rentre effectivement d'une semaine passée dans le Caucase du Sud - c'est ce corridor qui est entre la mer Caspienne et la mer Noire, c'est donc à l'extrême de la Méditerranée - voir trois pays qui sont en conflit, soit entre Etats, soit interrégionaux..."

Vous vous occupez aussi des conflits ?

- "Oui. C'est moins chaud que l'Irak, le Proche-Orient ou la Côte d'Ivoire..."

Les "petits conflits" alors ?

- "Le conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, le conflit à l'intérieur de la Géorgie, avec la vallée de Pankissi et les Tchétchènes ou l'Abkhazie et les Russes sont des endroits qui sont très importants pour la paix en Europe d'ailleurs, puisque c'est le corridor qui fait passer le pétrole entre la Russie et l'Iran. Donc, ce sont des messages de paix que j'apportais au nom du Président Chirac. J'ai rencontré le Président Aliev, le Président Chevardnadzé, le Président Kotcharian et nous avons réorganisé le dialogue là-bas, parce que ces pays aiment la France, ont confiance en J. Chirac..."

Vous avez été le médiateur ?

- "Médiateur, ce serait peut-être trop prétentieux par rapport à l'action diplomatique de notre pays. Mais en tout cas, j'ai apporté un message politique et diplomatique et les différents Présidents se parlent. On a réglé des problèmes, c'est clair. Donc, je crois qu'on a trouvé et apporté des solutions, puisque les Présidents ne se parlaient plus, et par mon intermédiaire, ils se sont parlés."

Il est question d'envoyer un membre du Gouvernement français en Côte d'Ivoire ; c'est vous ?

- "On verra ce que décidera le Gouvernement français. J'ai vu Dominique hier ou avant hier, je l'ai eu au téléphone et je lui ai dit que s'il fallait y aller pour voir nos ressortissants, que j'étais à sa disposition. On verra donc se qui se passe plus tard."

C'est très sérieux là-bas pour les ressortissants français et étrangers ?

- "C'est très sérieux partout. Le monde est un monde compliqué, très rapide, avec des conflits partout. Là-bas, nous avons des intérêts économiques très importants, nous avons des amis en Côte d'Ivoire, c'est un pays très important et très cher à nos yeux. Nous avons tous nos ressortissants, pour lesquels nous avons une attention toute particulière."

Pour l'instant, la ligne ne bouge pas ?

- "La ligne par rapport à quoi ?"

Par rapport à la présence de l'armée française...

- "En tout cas, nous avons respecté nos engagements, nous avons engagé un dispositif qui permet au groupe des pays de l'Afrique de l'Ouest de faire une médiation - qui n'a pas abouti, mais elle a été engagée par notre action diplomatique - et nous avons mis tous les moyens à disposition pour que nos ressortissants ne soient pas en danger."

Concernant l'Irak, le débat a eu lieu à l'Assemblée, il a lieu au Sénat. La France critique les Etats-Unis implicitement, explicitement. Néanmoins, si l'ONU se range derrière les Etats-Unis ou à une solution guerrière, que ferons-nous ?

- "Cela ne se passe pas tout à fait comme ça. Nous faisons partie des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et notre position est très claire dès le départ : nous condamnons l'Irak, le régime de S. Hussein. Pour autant, nous voulons le retour des inspecteurs pour savoir ce qui s'y passe, nous le demandons dans le cadre d'une résolution. Mais nous voulons une seconde résolution, parce que nous ne voulons pas une démarche unilatérale, avec une action automatique, dans le cadre d'une non-volonté d'acceptation des décisions de l'ONU. Nous avons donc fait de la pédagogie au niveau des différents membres de l'ONU. Apparemment, D. de Villepin et son homologue russe se sont parlé, et nous sommes en train d'évoluer sur une solution qui est bâtie sur la raison, sur la pédagogie et sur la volonté de faire en sorte que l'ordre mondial soit respecté."

Tout d'un coup, comme ça, la raison descend du ciel ?

- "Non, mais quand vous posez les choses avec sérieux, en imaginant tout ce qui se passe, il faut bien se rendre compte que les Etats-Unis sont sous le choc du 11 septembre et que leur psychologie n'est pas la même que celle des Européens parce qu'ils ont vécu un traumatisme personnel beaucoup plus important que le nôtre. La lutte contre le terrorisme est indispensable, le respect des règles internationales. Si on est puissant, on doit respecter le droit. La paix, c'est le droit."

Etait-il raisonnable que vos amis députés aillent à Bagdad ? Il parait que tous les pays occidentaux ont des observateurs là-bas.

- "Cela a fait couler beaucoup d'encre. C'était une initiative très maladroite et fondamentalement malheureuse."

Vous étiez à la tête du RPR des Bouches-du-Rhône, qui était une des fédérations les plus importantes et aujourd'hui, vous n'avez plus voix au chapitre à l'UMP ?

- "Non, je suis dans les membres fondateurs de l'UMP, dans le conseil des fondateurs. Nous avons une réunion tous les mardis, où nous nous retrouvons tous pour fabriquer l'UMP."

On débat ?

- "Oui, bien sûr que l'on débat ! Mais beaucoup de choses se préparent aussi avant et on sent bien les résistances ou les réticences des uns ou des autres. Les UDF sont moins nombreux que les DL, qui sont moins nombreux que les RPR, les sensibilités sont très variables. Mais la seule chose qui compte, c'est que nous avons été élus à la suite de la victoire de J. Chirac sous une étiquette qui est celle de l'UMP, que les UDF nous ont demandée comme une espèce de parapluie pour faire en sorte que cela puisse fonctionner."

Pas tous.

- "L'immense majorité de ceux qui ont été élus, il y a une exception à la règle - mais il y a l'immense majorité. Nos électeurs ont envoyé un message très fort au soir du premier tour et au soir du deuxième tour en réélisant J. Chirac, très fort au troisième ou au quatrième tour. Ils veulent qu'il y ait l'union dans les différentes formations politiques qui dirigent..."

Cela veut dire "que personne ne bouge" ?

- "Cela veut dire que les électeurs nous ont dit "soyez ensemble, travaillez pour votre pays, ne pensez pas qu'à vous !". Eh bien, nous travaillons ensemble ! Nous l'avons fait à Marseille pendant un grand nombre d'années avec J.-C. Gaudin. On a gagné deux fois la ville de Marseille, dans des situations très difficiles ; on gagne dans nos triangulaires. Quand on apprend à travailler ensemble, quand on se parle, quand on travaille pour l'intérêt général, il n'y a pas de difficulté."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 octobre 2002)

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