Point de presse de M. Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, le 12 décembre et interview au quotidien bahreinien "Bahrein Tribune" le 18, sur les perspectives de guerre en Irak, la résolution de la crise israélo-palestinienne, les échanges bilatéraux entre la France et Bahrein. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, le 12 décembre et interview au quotidien bahreinien "Bahrein Tribune" le 18, sur les perspectives de guerre en Irak, la résolution de la crise israélo-palestinienne, les échanges bilatéraux entre la France et Bahrein.

Personnalité, fonction : MUSELIER Renaud.

FRANCE. SE aux affaires étrangères

Circonstances : Tournée de Renaud Muselier dans 5 pays du Golfe du 9 au 15 décembre 2002 : voyage à Bahrein le 12

ti : (Point de presse à Manama le 12 décembre 2002) :

Merci d'être ici présents pour ce point de presse. J'effectue un voyage dans cinq pays du Golfe. Aujourd'hui, c'est ma troisième étape. Ce voyage et cette étape sont très importants pour rappeler le travail accompli, et la position de la France, aux Nations unies par l'ensemble des membres du Conseil de sécurité dans le cadre de la résolution 1441 sur l'Iraq.

Il était important aussi de revoir tous nos amis du Golfe, avec qui nous avons des liens particulièrement étroits. J'ai transmis au Prince héritier, Cheikh Salman, un message du président de la République française, M. Jacques Chirac, destiné au roi Hamad. Il s'agissait aussi de rappeler les liens qui unissent nos deux peuples, de rappeler l'histoire de nos relations et la force de notre alliance, de remercier Bahreïn pour ce qu'il a fait contre le terrorisme et rappeler notre position tant en ce qui concerne le Proche Orient que la crise avec l'Iraq.

J'ai été accueilli de manière particulièrement chaleureuse, tout à fait amicale. J'ai tenu à indiquer aux dirigeants de ce pays que nos compatriotes étaient heureux ici, qu'ils y vivaient bien et qu'ils avaient confiance dans son avenir. Je vais partir tout à l'heure pour l'Oman. Ce que je retiendrai de mon étape à Manama, c'est que nous avons les mêmes conceptions et les mêmes vues politiques sur la situation régionale et internationale. Sur le plan régional, c'est le respect du droit international, la force des Nations unies, le respect des principes de non-ingérence et de souveraineté. En ce qui concerne le Proche-Orient, je rappelle l'urgence et l'importance de résoudre politiquement le problème israélo-palestinien, car nous ne pouvons accepter cette dérive insupportable pour les populations. Nous entendons peser de tout notre poids diplomatique pour que, lors la réunion du 20 décembre, le Quartette valide la Feuille de Route que nous proposons aux parties en présence.

Sur le plan bilatéral, il est clair que nous devons densifier notre offre de formation destinée aux jeunes et favoriser le rapprochement entre nos étudiants et les étudiants bahreiniens qui demandent à aller en France. Nous avons validé une convention entre nos deux pays qui porte sur les investissements et leur protection. Nous avons aussi fixé un calendrier de travail et, à l'occasion de la "semaine française" qui se tiendra l'année prochaine au Bahreïn, nous aurons aussi certainement la possibilité d'intensifier davantage nos échanges bilatéraux. J'ai trouvé en face de moi des responsables politiques intelligents, qui ont une vision globale de notre dispositif et une ambition pour leur pays. Je me suis permis de leur dire à quel point j'étais impressionné de voir les photos de ce pays il y 30 ans et de voir ce qu'il est devenu aujourd'hui.



Q - En ce qui concerne la position de la France sur l'Iraq, le rôle de la France a été clair puisqu'il a ralenti l'impulsion des Etats-Unis de recourir à la force contre l'Iraq à travers la résolution 1441 et le retour des inspecteurs en Iraq. Aujourd'hui il y a une volonté américaine évidente d'intervenir en Iraq, il y a des signaux très clairs que les Américains continuent de privilégier l'option militaire et le fait de s'être emparé du rapport iraquien sur les armes qu'ils détiennent est aussi un signe fort à côté des autres informations qui circulent sur les préparatifs à cette guerre. Quelle sera la position de la France par rapport à toutes ces évolutions de la politique américaine ?

R - Je me permets de reprendre le verbe "ralentir". Nous n'avons rien ralenti, nous avons affiché notre position, nous avons affirmé notre volonté qui était de faire en sorte que les Nations unies, si possible à l'unanimité - ce qui a été le cas -, prennent une décision pour que l'unilatéralité dans l'action ne soit pas automatique. Aujourd'hui un mode d'emploi a été mis en place pour faire en sorte que l'Iraq explique ce qu'il détient dans son pays et le dise. Dans ce mode d'emploi, vous avez un calendrier et une méthode. Le calendrier est respecté et la méthode est respectée. J'ai eu la possibilité de condamner les propos de Saddam Hussein hier au Koweït. Saddam Hussein doit se plier à la résolution 1441. Pour nous, seul un système international fondé sur le respect du droit international et les dispositions des Nations Unies, est un mode de fonctionnement acceptable.

Q - Pour compléter la question qui a été posée par mon collègue relative à la position française sur l'Iraq, les projets de la Feuille de Route concernant la situation des Palestiniens et des Israéliens, est-il possible de nous exposer la position française de manière plus complète ?

R - Je vais ré-expliquer la position de la France qui a toujours été très claire. Aujourd'hui, il y a une situation inacceptable pour les peuples concernés. Cette dérive nécessite une intervention politique car, manifestement, les Israéliens et les Palestiniens ne trouvent pas cette solution. Il est donc nécessaire que ce soit un groupe d'amis, amis de la paix, de l'équilibre et de la justice, qui fassent des propositions politiques à nos interlocuteurs locaux. C'est le rôle du Quartette, c'est la mission qui est attribuée à la réunion du 20 décembre, et dans cette mission il y a cette perspective d'arriver à terme d'ici 2005 à avoir deux pays. Cette position a été présentée par la France, depuis longtemps et par le président de la République, M. Jacques Chirac, de façon très forte.

Q - La semaine française qui aura lieu ici l'année prochaine, quel est son programme ?

R - La France est pleine de surprises et j'espère qu'elle vous en réservera. Mais je vais vous en dévoiler quelques-unes. Naturellement, il y a un volet culturel. J'ai visité ce matin le musée et le site de Qalat Al Bahrain où des archéologues français mènent un travail de recherche sur le passé. Mais dans la culture, il y a aussi la pensée, la danse, l'écriture. Notre culture c'est le respect des autres et des différences. Il y aura tout le volet qui a trait au rayonnement de notre pays, de présentation de sa diversité, pour que vous le connaissiez mieux, avec ses paysages, ses régions, ses différences, ses industries, sa puissance, sa technologie, sa gastronomie. Il y aura aussi tout le volet bilatéral qui est concret et pratique. Quels sont les marchés pour les entreprises françaises ? Est-ce qu'elles vont travailler sur la désalinisation, sur l'hôtellerie, sur le tourisme ? Est-ce qu'elles vont travailler aussi sur les nouvelles technologies ou sur un nouveau dossier qui nous a été confié sur la redéfinition de l'urbanisme des cités ? Et puis, il y a un dernier volet mais c'est la surprise, c'est l'ambassadrice qui me le demande beaucoup, c'est d'organiser un grand match de football entre les équipes de nos deux pays.

Q - Lors de vos précédentes visites dans trois pays du Golfe, avez-vous évoqué le fait que les Etats-Unis se soient emparés du rapport iraquien ? Savez-vous s'il y aura des initiatives à ce sujet ?

R - Nous n'en avons pas parlé. Ce n'est pas un problème. Nous sommes membres permanents du Conseil de sécurité. Les Etats-Unis étaient plus pressés que les autres de l'obtenir. Cela peut étonner mais cela n'a pas de conséquences. L'important c'est son contenu : est-ce que ce rapport est vrai ou non ? Est-ce que nous pouvons vérifier sa véracité ou non ? C'est cela le véritable enjeu, le reste est secondaire.

Q - Pourquoi est-ce que vous considérez que ce n'est pas un problème ?

R - Nous croyons dans les Nations unies et nous estimons et que les enjeux sont plus importants que de savoir qui va avoir ce rapport. Pour moi ce sont des enfantillages, ce qui est important pour la suite, c'est la paix dans le monde. Est-ce que ce rapport est authentique et est-ce que les Nations unies peuvent le vérifier ? Là réside l'essentiel.

Q - Monsieur le Ministre vous avez dit que la Feuille de Route serait proposée aux parties. Comment allez vous faire ? Sur l'Iraq, à l'issue de vos entretiens avec les responsables de la région, avez-vous l'impression qu'il y a une acceptation d'une éventuelle frappe contre l'Iraq ou au contraire une opposition ?

R - Le Quartette représente les Nations unies, l'Union européenne, les Américains, les Russes. Nous sommes aujourd'hui dans une impasse inacceptable et la communauté internationale se doit de se mobiliser pour mettre fin à ce qui se passe et notre proposition est une proposition politique qui respecte chacun et qui permet à tous de trouver une solution honorable et nous devons faire en sorte qu'elle réussisse.

En ce qui concerne l'Iraq, ce que j'ai ressenti auprès de mes interlocuteurs, c'est que personne ne veut la guerre. Mais tout le monde dit qu'il faut à tout prix gagner la paix.

Q - Vous avez évoqué le processus de paix et les espoirs de la France dans ce sens. Vous avez insisté sur le but de votre tournée dans la région qui vise à conforter les chances de la paix par rapport au risque de guerre mais, dans la situation actuelle, et dans le cadre de la préparation américaine à la guerre qui apparaît chaque jour de plus en plus claire avec la signature d'un accord sécuritaire entre les Etats-Unis et le Qatar, pensez-vous, Monsieur le Ministre, qu'il y a encore une chance d'éviter la guerre ou pensez-vous que cette initiative française arrive avec un certain retard ?

R - L'initiative française s'est manifestée dès le début. C'était pour donner la force aux Nations unies. La résolution 1441 a été votée à l'unanimité. C'était là la volonté d'une puissance diplomatique, politique et économique comme la nôtre. Bien entendu, nous sommes tous attentifs au déploiement de forces américaines mais pour autant la guerre n'est pas inévitable. Donc nous ¿uvrons pour la paix et il faut savoir gagner la paix.


Q - Nous comprenons l'insistance de la communauté internationale, des Etats-Unis et de la France pour que l'Iraq se débarrasse de ses armes de destruction massive. Pourquoi ne retrouve-t-on pas le même enthousiasme pour détruire les armes de destruction massive dont dispose Israël ?

Y aura-t-il une participation française à la prochaine guerre contre l'Iraq, guerre qui aura nécessairement lieu ?

R - Le moins que l'on puisse dire c'est que vous êtes très direct. Et que dans vos questions vous ne laissez pas d'autre solution que la vôtre. C'est ce que j'appelle des questions fermées. Je me permets de les réouvrir. Je suis aussi sensible que vous au devenir du conflit israélo-palestinien. Nous sommes en face d'une situation qui peut déraper sur le plan international. Donc nous avons trouvé une solution qui, avec de la volonté, nous permette d'avancer et apporter une solution.

En ce qui concerne la guerre, à moi on me parle toujours de la guerre mais je parle toujours de la paix. A chaque jour suffit sa peine.

Q - Il y a un sentiment, voire une conviction, dans les pays arabes et dans le monde entier, que le but essentiel de l'intervention américaine est de dominer, de contrôler les sources d'approvisionnement de pétrole, en Iraq, en Iran ou ailleurs. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

R - Il y a les armes de destruction massive, il y a la souffrance d'un peuple parce qu'inflige Saddam Hussein à son peuple est épouvantable. Vous pouvez avoir une déstabilisation régionale parce que Saddam Hussein a fait la guerre a beaucoup de pays. Vous pouvez avoir de nombreuses raisons pour un engagement militaire mais ce qui est important c'est de respecter le droit international. Il faut qu'on respecte la souveraineté et il faut que tous ensemble, nous luttions contre le terrorisme. Parce que ça, c'est un mal profond qui n'a pas de frontières. Nous sommes tous liés dans un même combat.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 décembre 2002)

(Interview à Bahrein Tribune à Manama, le 18 décembre 2002) :

Q - Quelle est la position de la France sur la guerre qui se profile en Iraq ?

R - Il n'y a aucune fatalité à la guerre. Au mois de septembre dernier, déjà, pour beaucoup d'observateurs la guerre était inéluctable. Mais nous avons su donner une chance à la paix grâce à la résolution 1441 de l'ONU qui constitue un message très clair adressé à Saddam Hussein, qui a été votée à l'unanimité et qui place l'Iraq devant ses responsabilités face à l'ensemble de la communauté internationale.

Dès lors, le retour des inspecteurs de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations unies (CCVINU) et de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a constitué un premier pas. Leur travail se déroule jusqu'ici dans de bonnes conditions. Parallèlement le document de Bagdad sur son potentiel militaire fait actuellement l'objet d'une évaluation par les experts.

Si l'Iraq ne se pliait pas à ses obligations, et notamment à la résolution 1441, alors il faudrait revenir au Conseil de sécurité pour examiner toutes les options, sans en écarter aucune.

Q - Quelles sont les vues des dirigeants des pays du Golfe que vous avez visités sur ce face-à-face entre l'Iraq et les Etats-Unis ? Est-ce qu'ils appuient la position de la France ?

R - J'ai trouvé chez tous les interlocuteurs, auprès des plus hautes autorités des pays que j'ai visités, un sentiment partagé de reconnaissance et de satisfaction pour l'action que la France a menée au cours des derniers mois en faveur de la légalité, de l'efficacité et de l'unité de la communauté internationale.

L'objectif de la France est d'¿uvrer sans relâche à la sécurité et à la stabilité de cette région du monde. C'est dans ce contexte que s'inscrivent nos efforts et que doivent s'inscrire les efforts de la communauté internationale pour obtenir le désarmement de l'Iraq.


Q - Est-ce que cette mobilisation sur l'Iraq ne risque pas de faire passer le règlement de la crise israélo-palestinienne au second plan ?

R - Ce n'est certainement pas la manière dont la France voit le problème. Nous sommes, en effet, tout autant mobilisés pour intensifier nos efforts en vue d'une solution politique au Proche-Orient pour éviter de créer un fossé, d'aggraver le sentiment d'injustice et pour stopper la dégradation de la situation.

Avec ses partenaires européens, la France a apporté sa contribution à l'élaboration de la feuille de route du Quartette. Nous estimons que la réunion ministérielle du Quartette le 20 décembre prochain est un rendez-vous important. Nous attendons qu'à cette occasion l'Union européenne, la Russie, l'ONU et les Etats-Unis adoptent cette feuille de route.

La paix, pour être durable, nécessite la création à côté d'Israël, d'un Etat palestinien viable, démocratique et pacifique. C'est une idée que la France soutient depuis longtemps et qui est désormais très largement partagée. Faire coïncider cette vision partagée avec la réalité du terrain, c'est là notre devoir, celui des parties, c'est le but que se fixe l'action de la France dans cette région.

Q - Que pensez-vous des relations entre la France et Bahreïn ?

R - J'ai tenu à accorder à ma visite à Bahreïn une importance toute particulière et à remédier, par ce déplacement, à Manama, à un dommageable déficit de visites ministérielles françaises dans ce pays. C'est dans cet esprit que le président de la République m'a demandé de remettre un message au Roi de Bahreïn, Cheikh Hamad, pour lui redire toute l'importance que nous attachons à nos relations bilatérales dans tous les domaines, sans exclusive, et à échanger, au plus haut niveau, nos vues sur la situation internationale, et en particulier cette région du Golfe si importante pour la paix et la stabilité du monde.

Dans cet esprit, les entretiens que j'ai eus avec les plus hautes autorités du royaume, ont été particulièrement fructueux et constituent à mes yeux un moment privilégié de la relance, à tous les points souhaitable, de nos relations bilatérales.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 décembre 2002)

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