Interview de M. Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, au quotidien "Le Figaro" le 18 décembre 2002, sur le bilan de sa tournée dans cinq pays du Golfe persique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, au quotidien "Le Figaro" le 18 décembre 2002, sur le bilan de sa tournée dans cinq pays du Golfe persique.

Personnalité, fonction : MUSELIER Renaud.

FRANCE. SE aux affaires étrangères

ti : Q - Vous venez de vous rendre dans une région que la crise iraquienne rend particulièrement sensible. Comment y avez-vous été accueilli ?

R - Mon impression générale après ma tournée dans le Golfe est que la France y est considérée et respectée. Le nom de Jacques Chirac est salué partout avec ferveur. Notre pays est respecté pour son indépendance mais aussi pour son rayonnement culturel. Cette partie du monde a besoin de la France. Mon voyage était opportun. J'ai pu transmettre à mes interlocuteurs un message personnel de Jacques Chirac, et expliquer la position de la France, notamment au sujet de l'Iraq.

Q - Comment la politique française au Proche-Orient est-elle perçue ?

R - Les pays du Golfe ont été très sensibles à l'action diplomatique de la France. Ce sentiment a été encore renforcé depuis le vote de la résolution 1441 des Nations unies. Nous sommes ceux qui ont permis le retour des inspecteurs en Iraq. Tous ces pays y sont très attachés, ainsi qu'au règlement de la question israélo-palestinienne, qu'ont évoqué tous mes interlocuteurs.

Q - Y compris au Koweït, qui est autant favorable à une intervention contre l'Iraq, et nourrit toujours une certaine ranc¿ur à l'égard de Yasser Arafat ?

R - Le Koweït est le pays de la région qui souhaite le plus une intervention. Les Koweïtiens considèrent Saddam Hussein comme une menace, et ont d'une certaine façon un compte à régler avec l'Iraq. Mais ils ne souhaitent pas pour autant une action américaine unilatérale. Ils sont parfaitement conscients qu'une approche multilatérale est préférable. C'est en cela qu'ils ont apprécié l'initiative française. Notre rôle dans la préparation de la résolution 1441 a été très apprécié. Nous avons fait ce que nous devions faire. Une dernière chance a été donnée à Saddam Hussein, et le calendrier que nous avons contribué à établir a jusqu'à présent été respecté.

Le ministre koweïtien des Affaires étrangères m'a aussi assuré que son pays se souvenait que la France figurait, aux côtés de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, parmi les principaux libérateurs du Koweït.


Q - Les autres pays du Golfe partagent-ils cette vision ?

R - Les Emirats arabes unis font le même raisonnement. Ils remercient la France pour son rôle aux Nations unies. Au Qatar, où les Américains ont déployé un poste de commandement inauguré par Donald Rumsfeld la semaine dernière, on partage la même analyse. "La France est le pays le plus proche de nous", m'a dit l'émir.

Mais tous ces pays sont aussi très préoccupés par la question israélo-palestinienne. Ils ont l'impression qu'il y a deux poids et deux mesures concernant ce dossier. Je leur ai rappelé qu'en tant qu'élu de Marseille, ville qui compte 150.000 musulmans et 80.000 juifs, j'ai une sensibilité particulière pour les problèmes du bassin méditerranéen. J'ai expliqué la position de la France, et l'intérêt que nous portions à l'initiative du Quartette. Ils sont attentifs à cette initiative, même s'ils ne sont guère optimistes quant à cette nouvelle tentative.

Q - La position commerciale de la France s'est considérablement érodée ces dernières années dans la région. Avez-vous évoqué ces questions avec vos interlocuteurs ?

R - Oui, j'ai évoqué les principaux contrats, depuis l'armement jusqu'à l'eau en passant par le retraitement des ordures. La France reste commercialement très forte. 80 % du matériel militaire du Qatar est français, ainsi que 100 % des avions de la compagnie aérienne nationale. Nous sommes encore un pays puissant et influent. Il existe dans les cinq pays du Golfe que j'ai visités un réel attachement envers la France et son indépendance.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 décembre 2002)

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