Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière dans "Lutte ouvrière" les 6, 17, 24, et 31 janvier 2003 sur la marée noire issue du Prestige, sur le refus des salariés d'EDF-GDF d'une remise en cause de leur retraite, sur la manifestation prévue le 1er février pour soutenir les retraites, sur les licenciements industriels à Metaleurop et Daewoo. | vie-publique.fr | Discours publics

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Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière dans "Lutte ouvrière" les 6, 17, 24, et 31 janvier 2003 sur la marée noire issue du Prestige, sur le refus des salariés d'EDF-GDF d'une remise en cause de leur retraite, sur la manifestation prévue le 1er février pour soutenir les retraites, sur les licenciements industriels à Metaleurop et Daewoo.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte parole

ti : Editorial des bulletins d'entreprises

(06/01/2003)

PROFIT PRIVE CONTRE INTERETS DE LA COLLECTIVITE

Chirac a fait mine de s'étrangler d'indignation devant les "hommes d'affaires véreux", ces "voyous des mers", responsables des marées noires, Raffarin s'est fait photographier sur une plage souillée, donnant un coup de pied rageur dans une boulette de fuel. A défaut de prévenir ce genre de catastrophe, à défaut même d'y faire face une fois qu'elle s'est produite, ces gens-là savent se mettre en scène pour dégager leur propre responsabilité et surtout celle du système qu'ils servent.

Mais, derrière les phrases ronflantes et l'agitation médiatique, la population des 200 km pollués est abandonnée face aux conséquences de la marée noire qui, après avoir souillé les côtes de Galice en Espagne, est en train de souiller les côtes du sud-ouest de la France. C'est un désastre pour des milliers de femmes et d'hommes qui vivent des ressources de la mer et du littoral et une catastrophe pour la faune et la flore marines. Et de façon durable, d'autant que le navire-poubelle Prestige n'a encore déversé que moins de la moitié de sa cargaison !

Pour faire semblant d'agir, l'Etat a débloqué une somme dérisoire et a annoncé l'envoi de 200 militaires. Mais, comme l'a fait remarquer le maire du Cap-Ferret, cela ne fera qu'un militaire par kilomètre de plage à nettoyer. Et, à sa protestation sur l'insuffisance des effectifs mis à sa disposition, il s'est vu répondre que l'armée est occupée sur d'autres théâtres d'opérations : la Côte-d'Ivoire, l'Afghanistan et peut-être l'Irak !

Le problème n'est même pas seulement dans l'insuffisance criante des moyens une fois que le mal est fait mais de l'empêcher de se produire. Et trois ans après le naufrage d'un autre navire-poubelle, l'Erika, ça recommence à l'identique. Et tout cela parce que, pour faire un peu plus de profit, ceux qui transportent des marchandises sur mer font appel aux affréteurs ou aux armateurs qui coûtent le moins cher, quitte à ce qu'ils utilisent des bateaux rouillés, amortis depuis longtemps, hors d'état de naviguer par gros temps et avec un personnel mal payé et peu qualifié.

Des "voyous des mers" ? Sûrement. Mais, malgré le système opaque qui protège les transporteurs, des pavillons de complaisance aux sociétés de contrôle bidon, on sait qui les utilise ! L'Erika transportait du pétrole pour TotalFinaElf. Chirac, si porté sur les effets de manche, a-t-il fait traduire en justice son PDG ou son conseil d'administration ? Pourtant le siège de cette société est ici, en France ! Il ne les a même pas contraints à payer intégralement les dégâts directs et indirects que le trust pétrolier a causés. Trois ans après la catastrophe de l'Erika, nombre de victimes attendent encore d'être dédommagées. Pour ces voyous-là, responsables de dégâts à grande échelle, Sarkozy n'exige pas la "tolérance zéro".

Ces gens-là nous inondent de discours sur la supériorité de l'économie basée sur le profit privé. Mais l'actualité de ce week-end, en faisant coïncider la marée noire avec la prise en otages de dizaines de milliers d'automobilistes sur les autoroutes, vient d'illustrer doublement à quel point les intérêts privés s'opposent à l'intérêt collectif. Qu'une simple chute de neige, tout de même prévisible en janvier, puisse paralyser la circulation, de surcroît sur des autoroutes payantes, sans que les moyens de dégagement nécessaires soient mis en oeuvre, sans même que les usagers soient informés ou que ceux qui ont été bloqués toute la nuit soient aidés, montre que les sociétés privées qui gèrent ces autoroutes ne sont efficaces que pour encaisser les péages. Et si les aéroports eux-mêmes sont démunis devant une situation somme toute banale, c'est que la recherche de rentabilité pousse leurs gestionnaires à faire des économies sur le matériel et sur l'embauche de personnel.

Alors, le rôle des dirigeants politiques est simplement de gérer l'indignation soulevée pour que, pendant qu'ils occupent le devant de la scène avec leur agitation stérile et leurs discours hypocrites, les groupes privés continuent à faire du profit, à enrichir leurs actionnaires, au détriment de la société.

(Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 9 janvier 2003)

(17 janvier 2003)

EDF-GDF: première gifle pour Raffarin... avant la suite

Le refus par une nette majorité de salariés d'EDF-GDF de la remise en cause de leurs retraites est une gifle pour le gouvernement. Et tous les salariés peuvent s'en réjouir.

Personne ne peut ignorer que la remise en cause de la retraite à EDF-GDF préparait une attaque générale contre tous les autres régimes de retraite. Le ministre du Travail Fillon avait d'ailleurs précisé que la réforme à EDF-GDF servirait de ballon d'essai pour préparer les esprits à cette réforme générale.

Ils s'y étaient donc tous mis pour que le " oui " l'emporte : les Chirac, Raffarin et la droite, les journalistes et les dirigeants de la CFDT, mais aussi de la CGT, répétaient que l'accord proposé était bon puisqu'il permettait d'éviter pire.

On explique en effet à l'opinion, depuis des mois, que les caisses de retraite courent à la faillite et qu'en 2010, et pire en 2040, il n'y aura plus assez de travailleurs en activité pour financer les retraites.

S'il était vrai qu'il y aurait moins d'actifs et plus de retraités à l'avenir - et il faudrait s'en réjouir car c'est le progrès social - on oublie de rappeler que, s'il y a moins de jeunes pour cotiser, ce n'est pas à cause de l'augmentation de la longévité mais à cause du chômage.

On oublie aussi de dire que, si les caisses de retraite se vident, c'est à cause de la baisse continue du montant des cotisations patronales.

Et surtout on omet de rappeler que, si la proportion des actifs a baissé par rapport aux retraités, la productivité s'est accrue de façon spectaculaire. Chaque travailleur peut constater par lui-même que les conditions de travail ont empiré depuis des années.

Et si les caisses de retraite se vident, celles des groupes industriels et financiers se sont remplies. De l'argent, il y en a donc, mais il faut le prendre là où il est.

A peine connu le résultat du vote des électriciens et des gaziers, Raffarin a déclaré qu'il n'en tiendrait pas compte. Drôles de démocrates, qui ne prennent en compte que les avis qui vont dans leur sens ! Cela n'a rien de surprenant de la part de gens qui, la plupart du temps, décident sans demander leur avis aux gens concernés, surtout l'avis des " gens d'en bas ", comme dit Raffarin. Ces politiciens n'ont que faire de l'opinion des salariés.

En revanche, ils sont aux ordres de cette " France d'en haut ", celle du baron Seillière. Leur démocratie, c'est cela et rien que cela. En affirmant qu'ils passeront outre à l'avis des salariés d'EDF-GDF, ils ne disent pas autre chose.

Mais la preuve vient d'être faite que, contrairement à ce qu'ils s'imaginaient, leur gouvernement pouvait fort bien tomber sur un os. Plus vite qu'ils ne le croyaient.

Certes, Raffarin, ses ministres et ses complices dans le camp syndical vont revenir à la charge.

C'est bien pourquoi il faut saisir toutes les occasions de montrer au gouvernement et au patronat qu'ils ne peuvent pas s'en prendre impunément à nos acquis et, en particulier, à nos retraites.

Samedi 1er février, toutes les confédérations syndicales appellent à manifester pour la défense des retraites.

Cette manifestation doit être une réussite. Mais aussi une première étape de la mobilisation générale.

C'est que nous sommes tous concernés, salariés du secteur public - prochains visés - ou du secteur privé.

Si on laisse faire, tous les salariés verront le montant des cotisations et leur durée augmenter encore, et le gouvernement s'en prendra aussi à ceux qui sont déjà partis.

Il faut donc que le patronat et les Raffarin-Chirac mesurent ce qu'il leur en coûterait de s'obstiner à s'attaquer aux acquis des travailleurs.

Arlette LAGUILLER
(Source http://www.lutte-ouvriere-journal.org, 16 janvier 2003)


(24 janvier 2003)

Salariés du public et du privé, tous dans la rue le 1er février


Chaque salarié a de sérieuses raisons de se montrer inquiet sur l'avenir de sa retraite. Ceux du secteur public sont les prochains visés. La presse, emboîtant le pas au gouvernement, voudrait faire croire que les salariés du secteur public seraient des privilégiés parce qu'ils cotisent encore 37 ans et demi, alors que dans le privé il faut 40 ans de cotisation pour toucher une retraite à taux plein. Sauf que, il y a dix ans, les salariés du secteur privé cotisaient encore 37 ans et demi et que l'inégalité a été introduite en 1993, par Balladur. Si les cheminots et d'autres n'avaient pas réagi en 1995, les salariés du secteur public en seraient au même point que ceux du privé. Heureusement qu'ils ne se sont pas laissé faire !

Mais gouvernement et patronat reviennent à la charge. Il est fort probable que, échaudés par la mésaventure de Juppé en 1995, ils procèdent catégorie après catégorie, s'appuyant sur ce qui existe chez les uns pour s'en prendre aux autres, comme ils le font actuellement, en opposant ceux du public et ceux du privé. Ces derniers ont déjà pu constater ce que leur coûtait la réforme de Balladur. Pas seulement parce qu'ils doivent cotiser plus longtemps, mais bien plus du fait que leur retraite est calculée sur leurs salaires des 25 meilleures années, au lieu des dix.

Il ne faudrait pas pour autant s'imaginer que les salariés du privé n'auraient désormais rien à craindre du fait qu'ils ont déjà donné.

Le baron Seillière, le représentant du patronat, s'est chargé de dissiper les illusions de ceux qui en auraient : " Le secteur public, a-t-il déclaré, a un retard à rattraper, mais le secteur privé aussi est concerné... Nous avions calculé qu'il fallait arriver à 45 ans (de cotisation)... Des études indiquent qu'il faudrait aller à 42 ou 43 ans. Mais à condition de commencer tout de suite. " Raffarin, premier chef de gouvernement à se rendre à une assemblée du Medef - plus qu'un symbole - a approuvé.

Nous voilà prévenus ! Tous les salariés y passeront, les uns après les autres.

C'est bien la preuve que ceux qui prétendent qu'en s'attaquant à la retraite des fonctionnaires ils vont rétablir l'égalité et la justice sont des menteurs. L'égalité qu'ils préparent, c'est 43, voire 45 ans de cotisation pour tous, avec des retraites de misère. Ils mentent aussi lorsqu'ils prétendent que les caisses de retraites se videront d'ici à 2040 si on laisse les retraites en l'état. D'abord, qui peut prévoir ce qui se passera dans 37 ans ? Qui, en 1966, a prévu ce qui se passe aujourd'hui ? La proportion d'actifs diminue par rapport aux retraités, disent-ils. Mais s'il y a moins de cotisants, c'est qu'il y a des millions de chômeurs qu'il n'y avait pas en 1966 et que les salaires stagnent ou régressent. C'est aussi que la part des cotisations patronales a régulièrement été diminuée.

Et puis, si la proportion entre actifs et inactifs se réduit, la productivité du travail s'est considérablement accrue ; et du même coup, les profits des grandes entreprises et les richesses de leurs principaux actionnaires. Les voilà, les vrais privilégiés. C'est de ce côté-là qu'il faut chercher l'argent pour financer les retraites de tous, sans qu'il soit besoin d'allonger la durée de cotisation, ni de réduire le montant des pensions.

Il est nécessaire et possible de mettre un coup d'arrêt à l'offensive qui se développe contre les retraites. Le refus des électriciens et des gaziers d'accepter l'accord de dupes qu'on voulait leur imposer a été une première gifle pour le gouvernement, et pour tous ceux qui les incitaient à l'accepter. Et du coup, c'est un encouragement pour l'ensemble des salariés.

Samedi 1er février, les confédérations syndicales appellent à manifester pour la défense de nos retraites. Il faut faire de cette journée une réussite qui montrera au gouvernement, au patronat, et aux dirigeants syndicaux tentés de signer des accords qui bradent nos acquis, que nous ne sommes pas décidés à accepter que l'on touche à nos retraites.

Car la seule réforme acceptable serait le retour pour tous aux 37 ans et demi de cotisation, avec une retraite dont le montant permette de vivre décemment.

Arlette LAGUILLER
(Source http://www.lutte-ouvriere-journal.org, le 24 janvier 2003)


( 31 janvier 2003)

37,5 années de cotisation pour tous, et pour une vraie retraite !


Même si ce n'est pas la première fois, ni malheureusement la dernière, il y a de quoi être révolté par la façon dont ont été jetés à la rue, du jour au lendemain, le millier de salariés de Metaleurop, dans le Pas-de-Calais. Même les ministres ont fait semblant d'être choqués par la méthode, s'empressant d'ajouter qu'il n'y avait rien à faire et que rien dans la législation ne leur permettait d'intervenir.

Pourtant, des lois, ils ne se privent pas d'en faire, et sur mesure, mais jamais contre les patrons et toujours contre les salariés. Les retraites coûtent trop cher à la société, disent-ils ; qu'à cela ne tienne, on va corriger cela par une loi.

Balladur en 1993 avait décidé d'augmenter la durée de cotisation pour les salariés du secteur privé. C'est à cause de cela qu'il y a aujourd'hui déséquilibre entre les salariés du privé et ceux du public. La logique voudrait que tous les salariés puissent bénéficier d'une retraite à taux plein après trente-sept ans et demi de cotisations. Mais non ! Après s'en être pris aux uns, ils veulent prendre aux autres. Et si on les laisse faire une fois de plus, ils remettront cela à la première occasion.

On nous répète que les caisses de retraite vont se vider, du fait que le nombre de cotisants en activité diminue par rapport aux inactifs. Comme les statisticiens disent, on oublie que les inactifs d'aujourd'hui ont été actifs durant la majeure partie de leur vie. Raffarin ose dire qu'il faut redonner le goût du travail, mais il y a des millions de chômeurs à qui ce n'est pas le goût du travail qui manque, mais un emploi. Et la faute à qui ? Et s'il y a moins de cotisants aujourd'hui, n'est-ce pas parce qu'il y a plus de chômeurs ? Leur nombre est d'ailleurs en train d'augmenter, au rythme des plans de licenciements qui s'accélèrent. À ceux dont on parle, comme ceux de Metaleurop à Noyelles-Godault, de Daewoo, d'Arcelor en Lorraine, d'ACT à Angers, il faut en ajouter des centaines d'autres dans de moyennes entreprises qui alimentent le flot grandissant du chômage. On montre peu d'images de cette marée noire sociale. Et pourtant elle est dévastatrice. Pour les centaines de milliers de gens qui la subissent, mais aussi pour les caisses de retraite.

Et puis on se garde bien de rappeler que, depuis des années, la participation patronale au financement des caisses de retraite a été régulièrement réduite, bien que les profits grimpent.

Les voilà, les vrais, les seuls privilégiés : les gros actionnaires des grandes entreprises. Ils se sont enrichis du travail des autres. Et s'il y a besoin d'argent pour financer les retraites à venir, c'est à eux qu'il faut prendre, pas à ceux qui n'ont que leur salaire pour subvenir à leurs besoins.

Il ne faut donc pas se tromper de cible, ni accepter une propagande qui vise à dresser les travailleurs du secteur privé contre ceux du secteur public. Si nous tombions dans ce panneau, nous pourrions être certains que le patronat et le gouvernement s'engouffreraient dans la brèche et s'en prendraient à nouveau aux retraites des salariés du secteur privé. D'ailleurs ils ne s'en cachent pas. Le baron Seillière a annoncé récemment, applaudi par Raffarin, qu'il faudrait augmenter la durée de cotisation à 42 ans, voire à 45 ans.

Avec le refus des salariés d'EDF-GDF d'accepter l'accord de dupes qu'on voulait leur imposer, gouvernement et patronat ont dû cependant constater que les choses ne leur seront pas si faciles.

La manifestation du 1er février concerne tous les salariés. Elle sera l'occasion d'une réponse du monde du travail face à l'offensive du patronat. Plus nous serons nombreux dans la rue ce jour-là, plus nous pourrons préparer d'autres luttes encore plus efficaces, et plus nous serons en position de contraindre le gouvernement et le MEDEF à rengainer leurs projets.

Il faut imposer le retour aux trente-sept ans et demi de cotisation pour tous les salariés, avec des retraites complètes.

Les actionnaires et leurs avocats prétendent que leurs profits sont sacrés. Mais le droit à une vie convenable après une vie de labeur l'est encore plus !

Arlette LAGUILLER


(Source http://www.lutte-ouvriere-journal.org, le 30 janvier 2003)


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