Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à "Var-matin" et "Nice-matin" du 18 janvier 2003, sur les commandes d'hélicoptères Tigre et NH 90, la réduction de la commande d'A400M par l'Allemagne et l'éventualité d'une intervention militaire en Irak. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à "Var-matin" et "Nice-matin" du 18 janvier 2003, sur les commandes d'hélicoptères Tigre et NH 90, la réduction de la commande d'A400M par l'Allemagne et l'éventualité d'une intervention militaire en Irak.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Le ministre de la Défense aujourd'hui dans le Var

Michèle Alliot-Marie inaugure ce matin, en compagnie de son homologue allemand, l'école franco-allemande de l'hélicoptère Tigre au Cannet-des-Maures

Michèle Alliot-Marie : " Donnons des moyens à notre Défense "

A quelques jours de la célébration du 40ème anniversaire des accords franco-allemands, le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, et son homologue allemand, Peter Struck, vont visiter ce matin l'école franco-allemande de l'hélicoptère Tigre au Cannet-des-Maures (Var) et voler pour la première fois dans cet hélicoptère construit par Eurocopter. A l'occasion de la présentation de cette structure unique, Mme Alliot-Marie a répondu aux questions de Var-matin.

Var-Matin :
Madame la ministre, vous visitez ce matin avec votre homologue allemand au Cannet des Maures l'école franco-allemande de l'hélicoptère Tigre. Combien de ces hélicoptères de combat seront-ils livrés à l'armée française ? Qu'en est-il par ailleurs de l'hélicoptère polyvalent NH 90 qui doit remplacer les Puma et Super-Frelon en bout de course ?

Mme Alliot-Marie :
Je souhaite tout d'abord remercier mon collègue, Monsieur Peter Struck, d'être venu témoigner ici de l'amitié et de la solidarité entre nos deux pays.
Cette inauguration est en elle-même un symbole, à quelques jours du 40eme anniversaire du traité de l'Elysée par lequel le général de Gaulle et le Chancelier Adenauer ont scellé la réconciliation de la France et de l'Allemagne. Ils ont alors lancé une nouvelle dynamique, jamais démentie depuis, pour la construction d'une Europe attachée à la paix et à la sécurité.
Le programme Tigre, conduit dans le cadre de l'organisation conjointe de coopération en matière d'armement par Eurocopter société franco-allemande, s'inscrit dans une perspective de renforcement de nos capacités opérationnelles.
La livraison de la première commande de quatre-vingt appareils, dont les soixante-dix premiers seront produits en version antichar, débutera cette année. Le choix de la version des dix derniers appareils pourra être revu jusqu'en 2007. En plus de la formation des pilotes ici au Luc, nous avons prévu de mettre en place des structures de maintenance commune.
En ce qui concerne les NH 90, l'engagement de la France porte sur un volume de 95 hélicoptères, avec une première tranche de 27 hélicoptères. La version transport de troupes sera disponible en 2011, la version marine étant développée en premier à partir de 2005.

Quels sont vos rapports avec le gouvernement allemand qui prévoit une réduction de 6 milliards d'¿ de ses crédits militaires d'ici à 2006 ? Sur plusieurs projets d'armement importants comme l'A400M (Ndlr l'avion de transport futur construit par Airbus qui doit remplacer les Transall et Hercules), le gouvernement allemand est à la traîne...

Nos rapports s'inscrivent dans la durée, dans une véritable histoire commune. Comme l'a déclaré le Président de la République le 7 janvier dernier, " l'affirmation de l'Europe passe par l'approfondissement, aussi, de l'Europe de la défense. Une Europe capable d'agir, y compris sur le plan militaire, est nécessaire à l'équilibre du monde. Cela implique que chacun, dans l'Europe, dans l'Union européenne, prenne sa part, sa juste part, de l'effort indispensable, comme la France vient de le faire. Cette action pour dessiner l'Europe de demain, la France veut la mener d'abord avec l'Allemagne ".
Cette vision, partagée avec nos partenaires, a pesé utilement lorsqu'ils ont dû effectuer des arbitrages budgétaires. Les grands programmes européens n'ont pas été touchés. Ainsi pour l'A400M, la décision prise de commander au total 60 aéronefs n'a pas mis, malgré les difficultés financières réelles de notre partenaire, le programme en péril, ni sur un plan économique, ni sur un plan industriel.

Où en est actuellement le projet d'une politique de Défense européenne ?

Ce projet avance bien et vite. La travail sur les capacités est en voie d'achèvement. Il faut donc d'abord que l'Europe passe maintenant aux actes, qu'elle démontre de façon concrète qu'elle a la volonté de ses ambitions.
Pour poursuivre résolument la construction de cette Europe de la défense, la France et l'Allemagne ont formulé des propositions pour la convention européenne sur les institutions présidée par le président Giscard d'Estaing afin que l'Union Européenne, à travers la perspective d'une défense commune, exprime " la solidarité de valeurs et d'intérêts " qui lie les Européens et développe " une vision globale de sa sécurité ".

La hausse de plus de 6 % des crédits de la défense a suscité un réel espoir chez les militaires. Devrez-vous vous montrer vigilante pour perpétuer cet effort budgétaire sans précédent sur les prochaines années ?

Dans le contexte actuel où les crises régionales pouvant porter directement atteinte à la sécurité des Français se multiplient, et où le terrorisme prend des formes de plus en plus diverses, il était capital que nous donnions à notre défense des moyens à la hauteur des besoins de protection de nos concitoyens et des ambitions internationales de la France, et qui répondent aux menaces que j'ai évoquées et contribuent à la construction de l'Europe de la défense.
Le Président de la République et, sous son autorité, le gouvernement se sont résolument engagés sur la priorité que constitue la défense de notre pays. Cela veut dire évidemment que le ministre de la Défense que je suis veillera et sur la continuité budgétaire et sur le bon emploi de chaque euro consacré à notre défense, à travers notamment les actions de modernisation du ministère. Nous sommes comptables devant nos concitoyens de l'effort qu'ils consentent en faveur de leur défense.

Jusqu'où la France est-elle prête à s'engager dans l'hypothèse d'une absence formelle de preuve de la présence d'armes de dissuasion massive en Irak ?

La question ne se pose pas en ces termes. La France, depuis le début, veut obtenir l'élimination des armes de destruction massive que l'Irak pourrait posséder en privilégiant une solution politique, fondée sur les résolutions de la communauté internationale. Une intervention militaire, du fait de ses conséquences humaines, stratégiques, politiques, en particulier vis-à-vis du monde arabe, ne doit être envisagée qu'en cas d'échec de toutes les autres possibilités, et seulement sur décision du Conseil de sécurité.
Cela suppose que l'Irak comprenne que c'est bien là une dernière chance qui lui est donnée de désarmer dans la paix et qu'il est en conséquence absolument indispensable que les autorités de ce pays apportent une coopération active aux missions d'inspection de l'ONU.
Je voudrais souligner que la France est le deuxième contributeur, avec les Etats-Unis, pour la réalisation de ces inspections. Elle fournit ses experts, des facilités et les informations dont elle peut disposer pour permettre l'accomplissement du mandat des Nations Unies.
Notre volonté est donc, je le répète, la réussite des inspections en application de la résolution 1441 des Nations Unies, et nous faisons toute confiance à MM. Blix et El Baradeï.
Si l'Irak ne satisfait pas à ses obligations, il reviendra au Conseil de sécurité d'examiner l'ensemble des mesures qui s'imposent. Aucune n'est a priori exclue, sachant que la France, membre permanent du Conseil de Sécurité et qui a toujours assumé ses responsabilités, entend garder sa pleine liberté d'appréciation; le Président de la République l'a rappelé encore récemment, l'emploi de la force ne peut être que l'ultime recours.

Qu'en est-il des légionnaires de Calvi blessés en Côte d'Ivoire ?

Nos légionnaires qui ont été blessés dans l'accomplissement de leur mission difficile sont l'objet d'une grande attention. La plupart sont désormais rétablis. Nous suivons toujours avec attention la santé d'un d'entre eux sérieusement blessé.
A tous, que j'ai rencontrés récemment, j'ai souhaité un prompt rétablissement afin qu'ils puissent reprendre leurs activités, comme ils souhaitent. Ces événements démontrent, s'il en était besoin, la difficulté du métier de militaire.
La sécurité de nos soldats est une préoccupation permanente pour tous, pour leurs chefs comme pour moi-même. Et chacun sait qu'en Côte d'Ivoire, nos légionnaires, nos marsouins et tous nos militaires ont par leur présence, évité à ce pays et à sa population une catastrophe plus importante encore. Leur action a permis que s'engage enfin une négociation. Celle-ci doit aboutir.

Quel est l'avenir de la présence des Armées dans le Var, premier département militaire de France ?

L'armée française et les établissements relevant du ministère de la défense sont très présents dans le Var et le resteront. Le changement de statut annoncé de DCN n'entraînera pas de modifications majeures du périmètre industriel de la nouvelle entreprise dans la région.

(Source http://www.défense.gouv.fr, le 22 janvier 2003)

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