Conférence de presse de M. Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, et interview à Europe 1 le 3 janvier 2003, sur le bilan de ses rencontres avec M. Laurent Gbagbo, président de Cöte d'Ivoire, et avec l'ensemble des forces politiques ivoiriennes et sur le principe de la tenue d'une conférence internationale à Paris en vue du règlement de la crise en Côte d'Ivoire, Abidjan le 3 janvier 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, et interview à Europe 1 le 3 janvier 2003, sur le bilan de ses rencontres avec M. Laurent Gbagbo, président de Cöte d'Ivoire, et avec l'ensemble des forces politiques ivoiriennes et sur le principe de la tenue d'une conférence internationale à Paris en vue du règlement de la crise en Côte d'Ivoire, Abidjan le 3 janvier 2003.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Voyage de M. Dominique Galouzeau de Villepin en Côte d'Ivoire les 3 et 4 janvier 2003.

ti : [Conférence de presse, Abidjan le 3 janvier 2003]

Comme le président Gbagbo l'a dit, il y a, compte tenu de la gravité de la situation, une situation extrêmement difficile et les violations du cessez-le-feu ces derniers jours, les accrochages, les atteintes aux Droits de l'Homme, montrent à quel point la situation est grave et doit nous mobiliser tous.

Dans ce contexte, la France préconise des mesures d'urgence pour permettre au cessez-le-feu d'être pleinement respecté et je suis heureux que le président Gbagbo puisse apporter son soutien à ces mesures indispensables.

Demain, je verrai les mouvements rebelles à Bouaké. J'ai rencontré, il y a quelques instants, l'ensemble des forces politiques ivoiriennes pour essayer de renouer et de relancer le fil de la négociation. Le président Gbagbo l'a dit, il faut qu'une nouvelle page s'ouvre pour la Côte d'Ivoire, il faut donc qu'un nouvel espace politique puisse être ouvert. C'est pour cela que la France propose qu'à partir du 15 janvier puisse se tenir à Paris une table ronde réunissant l'ensemble des forces politiques sous l'égide des organisations africaines comme la CEDEAO, les Nations unies, l'Union africaine pour soutenir les efforts des uns et des autres, pour trouver les voies d'un règlement politique des questions difficiles qui sont au coeur du problème ivoirien. Nous souhaitons que, dans la foulée de cette réunion, dans les jours qui suivront, très rapidement, une conférence de l'ensemble des chefs d'Etat de la région et des chefs d'Etat africains concernés, là encore en liaison avec les Nations unies, avec l'Union africaine puissent entériner, soutenir le plan de paix et de réconciliation qui pourra être adopté à Paris.

Je crois que les conditions sont aujourd'hui réunies pour que cela soit possible. Chacun voit bien à quel point la situation dramatique à laquelle est confrontée la Côte d'Ivoire ne peut durer, et nous sommes là, Français, pour témoigner, je le dis et le redis, la France est clairement le pays le plus engagé, le pays qui marque sa volonté d'être aux côtés de la Côte d'Ivoire pour lui permettre de sortir de cette spirale de violence. Le temps est venu de nous mobiliser tous ensemble et je souhaite que toutes les forces politiques ivoiriennes soient aujourd'hui réunies.

En appelant hier l'ensemble des chefs d'Etat de la région, j'ai constaté l'unanimité qui se fait sur le besoin de cette réunion de Paris, l'unanimité sur le besoin aujourd'hui d'accélérer le processus de sortie de crise de Côte d'Ivoire, sachant que le grand principe de notre engagement vis-à-vis de ce pays n'est en aucun cas, à aucun moment, de vouloir nous substituer aux efforts des Ivoiriens, aux efforts des Africains eux-mêmes. Nous sommes là pour soutenir les efforts des uns et des autres, convaincus que nous sommes qu'il n'y a pas de solution militaire durable à la crise et qu'il faut rechercher une solution politique.

C'est dans ce sens que nous travaillons.

Q - Quel sens doit-on donner à votre présence à Abidjan et quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés en venant ici ?

R - Le premier objectif, c'est de renouer les fils de la négociation politique. La conviction de la France est qu'il n'y a pas de solution militaire à la crise ouverte que connaît aujourd'hui la Côte d'Ivoire. Nous l'avons vu ces derniers jours avec les violations flagrantes du cessez-le-feu, avec les accrochages, avec les atteintes aux Droits de l'Homme. Il y a urgence. La France est mobilisée et veut permettre à la Côte d'Ivoire de retrouver le chemin de la paix et de la négociation.

Q - Quels types de réunions préconisez-vous ? Avec les parties, avec les chefs d'Etat, en France, en Afrique ?

R - L'agenda doit être extrêmement serré. Notre objectif, c'est dès la mi-janvier, de pouvoir réunir à Paris les principales forces politiques ivoiriennes de façon à essayer de régler les grands problèmes immédiats qui se posent à la Côte d'Ivoire. Dans la foulée, on pourrait réunir les grands chefs d'Etats de la région, avec le soutien des organisations régionales et internationales, la CEDEAO, les Nations unies, l'Union africaine pour ouvrir la voie à une nouvelle ère en Côte d'Ivoire qui permette à tous les Ivoiriens de retrouver le pays qu'ils ont connu, un pays de tolérance, un pays d'ouverture qui est celui auquel nous sommes si attachés.

Q - A partir du 15 et jusqu'à quand ?

R - L'idée, c'est d'aller vite car il est important que tout le monde soit mobilisé dans des délais rapides ; nous souhaitons pouvoir, au terme de la semaine du 15 janvier, ouvrir les négociations politiques avec l'ensemble des forces qui doit déboucher, environ une semaine plus tard, par la réunion des chefs d'Etats à Paris.

Q - Mais le cessez-le-feu n'est pas respecté en Côte d'Ivoire ?

R - J'ai évoqué cette question avec le président Gbagbo ce matin, j'ai insisté sur la nécessité de prendre des mesures d'urgence. Au-delà du scénario de sortie de crise que j'ai évoqué avec lui, qui sera marqué par les réunions de Paris, il est important que, tout de suite, nous donnions, et nous prenions les moyens, afin de faire en sorte que ce cessez-le-feu soit respecté par les deux parties. J'ai demandé au président Gbagbo que tous les mercenaires présents aujourd'hui en Côte d'Ivoire quittent le pays. L'Afrique ne peut pas être le terrain de chasse, comme elle l'a été depuis trop longtemps, des mercenaires en Afrique. Deuxièmement, j'ai demandé au président Gbagbo que les hélicoptères soient immobilisés ; nous ne pouvons pas être à la merci d'incidents aussi graves que ceux que nous avons connus il y a quelques jours, avec les tragiques conséquences sur la population civile. Nous souhaitons donc que ce cessez-le-feu soit pleinement respecté sur l'ensemble de la Côte d'Ivoire, à l'Ouest, au Nord.

Q - Et quelle a été sa réaction sur ces deux demandes ?

R - Le président Gbagbo s'est engagé à faire en sorte que ces mesures d'urgence puissent être rapidement prises, elles conditionnent la bonne poursuite du processus.

Q - Comment analysez-vous et comment percevez-vous l'incident de tout à l'heure à la présidence ?

R - Quelques manifestants réunis à la sortie de la présidence ivoirienne, dans un mouvement qui n'avait rien de spontané, marquant leur émotion de ces manifestants, rapidement dissipé par le président qui a pu m'accompagner jusqu'à la résidence de France. Tout ceci est un incident aussi léger que rapidement oublié.

Q - Pas d'incident diplomatique ?

R - Non, nous n'en sommes pas là.

Q - La France va-t-elle proposer, lors de cette réunion avec les chefs d'Etat, des points précis pour un plan de sortie de crise ?

R - Tout à fait, l'idée de la France est de faire des propositions mais il appartient aux Ivoiriens eux-mêmes de déterminer les bases de ce qui pourra constituer un plan de paix et un plan de réconciliation. La France, depuis le début, l'a dit clairement, nous ne voulons pas nous substituer aux Ivoiriens et aux pays africains, nous voulons accompagner, soutenir, faciliter la tenue de cette réunion, aider à fixer un calendrier et un agenda, mais la responsabilité pleine et entière appartient aux différentes parties.

Q - Parmi ces points, les référendums ont été évoqués sur le droit au sol etc¿

R - Bien évidemment, parmi les questions qui doivent être évoquées, il y a l'identité, la loi foncière, tous les grands sujets politiques qui divisent la Côte d'Ivoire depuis de nombreuses années, qui sont au c¿ur des difficultés ivoiriennes et qui devront être traitées.

Q - Vous parlez d'une solution africaine mais ce matin sont arrivés 50 soldats ouest-africains ?

R - Vous avez raison, un premier contingent de l'ECOMOG est arrivé ce matin, d'autres renforts doivent arriver le 10. Notre souhait est que cette force de l'ECOMOG puisse arriver le plus rapidement possible en Côte d'Ivoire et la volonté de la France est bien évidemment qu'elle puisse assurer le relais des troupes françaises pour sécuriser le cessez-le-feu.

Q - Si avant la mi-janvier le cessez-le-feu n'est toujours pas respecté, que ferez-vous ?

R - A chaque jour suffit sa peine. Aujourd'hui, nous appuyons une sortie de crise, nous essayons de créer les conditions qui permettront de renouer le fil en souhaitant que chacun concoure dans ce sens. J'ai constaté avec satisfaction que toutes les forces politiques ivoiriennes que j'ai rencontrées à déjeuner ici à la résidence de France sont mobilisées dans ce sens, elles soutiennent unanimement et fortement les réunions de Paris.

Je rencontrerai demain les mouvements rebelles et je suis convaincu que tous ensemble, tous ceux qui ont à coeur de défendre la Côte d'Ivoire dans sa tradition, dans sa force, dans son rôle d'équilibre pour l'ensemble régional, auront à coeur de participer à cet effort.

Q - Il y a quelques semaines, vous étiez là, vous n'aviez pas rencontré les rebelles, cette fois-ci vous irez jusqu'à Bouaké ?

R - J'ai rencontré les rebelles lors de ma dernière visite à Lomé et j'ai participé aux réunions qu'organisait le président Eyadema. Je les reverrai donc demain à Bouaké.

Q - Et votre message sera-t-il le même que celui d'aujourd'hui ?

R - Mon message est un message de paix et de réconciliation, créons les conditions ; chacun voit bien les conséquences tous les jours de la crise, cette crise ouverte que connaît la Côte d'Ivoire, l'aggravation, les risques qu'encourent les populations civiles. Je crois qu'il est important pour la société ivoirienne, pour l'équilibre de l'économie ivoirienne, de pouvoir relancer très rapidement l'ensemble des forces de la Côte d'Ivoire. Il est indispensable, pour cela, que ces réunions de Partis qui permettront de relancer le dialogue entre les forces politiques, qui permettront aux différents chefs d'Etat de la région de s'associer à ce processus, puissent intervenir rapidement

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 janvier 2003)
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[Interview à Europe 1 à Abidjan le 3 janvier 2003]
Q - Nous sommes en direct avec Dominique de Villepin, le ministre des Affaires étrangères, à Abidjan, pour qu'il nous raconte ce qui s'est passé aujourd'hui. Monsieur le Ministre, bonsoir.

R - Bonsoir.

Q - Il y a deux aspects, c'est d'abord le rendez-vous assez mouvementé qui a eu lieu avec Laurent Gbagbo, en tout cas pour sa sortie, et deuxièmement, l'analyse de la situation, c'est-à-dire : est-ce qu'on est dans une Côte d'Ivoire où au fond les deux parties en présence vont en découdre ? Alors commençons par la première partie : que s'est-il passé lorsque vous avez rencontré Laurent Gbagbo et à la sortie ?

R - Ecoutez, je me suis entretenu, à mon arrivée à Abidjan, avec le président Gbagbo, un entretien qui a permis de faire le point évidemment sur la situation difficile de crise ouverte que connaît aujourd'hui la Côte d'Ivoire. Et je me suis rendu après, au déjeuner, organisé à la résidence de France à Abidjan pour rencontrer l'ensemble des forces politiques actuelles de la Côte d'Ivoire, et quelques manifestants ont rendu le passage difficile : il s'agissait, vous l'imaginez, d'une organisation qui n'avait, à mon sens, rien de spontané, mais qui s'est rapidement dissipée. Et avec le président Gbagbo, nous avons pu rejoindre à pied la résidence sans encombre.

Q - C'est-à-dire que c'est lui qui les avait installés là, parce que vous étiez venu lui faire des reproches sur les bombardements...

R - Vous savez, nous sommes dans une Côte d'Ivoire aujourd'hui où les esprits sont très échauffés, très tendus, très inquiets, et il y a donc beaucoup d'émotion actuellement, de la part des groupes, des manifestants, de la population civile, et je viens donc justement pour essayer de relancer le dialogue politique en Côte d'Ivoire. Il est important de rappeler qu'il n'y a pas de solution militaire durable au conflit que connaît aujourd'hui la Côte d'Ivoire. J'ai donc rencontré l'ensemble des forces politiques ivoiriennes, je reverrai tout à l'heure le président Gbagbo, je rencontrerai demain, à Bouaké...

Q - Donc, au Nord...

R - Les rebelles, au Nord, et nous voulons accélérer le calendrier, qui permettra de renouer les fils de la négociation. Nous proposons une table ronde très rapide, nous pensons qu'il faut que dès la mi-janvier cette table ronde puisse se réunir à Paris, avec l'ensemble des forces politiques de la Côte d'lvoire, et il faut que cette réunion soit suivie d'une réunion de tous les chefs d'Etat de la région, les chefs d'Etat africains concernés, sous l'égide des Nations unies. Il est important que d'ores et déjà, nous puissions préparer l'avenir de la Côte d'lvoire ; et, je l'avoue, j'ai rencontré ici, à Abidjan, beaucoup de bonnes dispositions. J'ai insisté auprès du président Gbagbo sur la nécessité de mesures d'urgence, nous l'avons vu mercredi dernier avec la violation du cessez-le-feu, qui a fait tant de victimes civiles ; il y a une situation extrêmement dangereuse, nous avons condamné très fermement cette violation. J'ai demandé au président Gbagbo que ce cessez-le-feu soit respecté des deux côtés, et en particulier, que soient renvoyés les mercenaires. Nous ne pouvons plus, nous, la France, accepter que continuent à sévir ainsi en Afrique, librement les mercenaires. Nous avons demandé que les hélicoptères soient immobilisés, car il y a aujourd'hui danger que ces hélicoptères soient utilisés contre des populations civiles. Il est donc important que chacun prenne ses responsabilités pour enclencher la phase politique indispensable.

Q - Alors, Dominique de Villepin, concernant les rebelles maintenant, ils ont déclaré à plusieurs reprises au cours de la journée que de toute façon, ils étaient déterminés à passer à l'offensive tant que Gbagbo resterait au pouvoir et ils ont même eu pour la France des mots assez durs, considérant dans cette affaire que finalement, la France les empêchait de faire le ménage ?

R - Vous l'avez dit, la situation est extrêmement complexe et difficile, la France est le pays qui aujourd'hui fait le plus pour la Côte d'Ivoire. La France a une responsabilité particulière vis-à-vis de ce pays, elle est donc engagée, non pas pour soutenir un régime quelconque, elle est engagée pour soutenir la paix, la réconciliation en Côte d'Ivoire. J'ai bon espoir que demain, ces entretiens permettront de faire avancer les choses. Je rencontrerai longuement les mouvements des rebelles pour les inviter à participer pleinement aux rencontres politiques, qui doivent permettre de déterminer l'avenir de la Côte d'lvoire ; il est important que l'ensemble des Ivoiriens, que tous ceux qui veulent la paix et la réconciliation dans ce pays, puissent être associés. Et j'ai la conviction que nous trouverons une écoute attentive.

Q - Alors dernier point, et merci d'être en direct avec nous, le dernier point, c'est : est-ce qu'il ne faut pas renforcer les forces françaises qui sont finalement au milieu, pour l'instant, entre les rebelles au Nord et les forces loyalistes, au Sud ?

R - La situation est complexe, délicate, il est important que le cessez-le-feu soit respecté, je l'ai dit, bien sûr, par les mouvements rebelles, mais aussi par les forces ivoiriennes, la violation du cessez-le-feu, mercredi, avec les conséquences dramatiques que nous avons connues, sont là pour nous le rappeler. Il est donc essentiel que les conditions du respect du cessez-le-feu soient réunies, et que les forces françaises - qui sont, je le rappelle, près de 2.500 hommes actuellement en Côte d'Ivoire, donc c'est un effort considérable que fait la France - puissent pleinement réaliser leurs tâches, et donc sécuriser ce cessez-le-feu sur l'ensemble du pourtour ivoirien. Ce que nous souhaitons et que je demanderai à l'ensemble des mouvements rebelles, c'est que ce cessez-le-feu soit appliqué par tous les mouvements, qu'il s'agisse des mouvements du Nord ou des mouvements de l'Ouest.

Q - Jacques Chirac vous a téléphoné, semble-t-il, après l'incident donc¿ ?

R - J'ai eu le président de la République tout à l'heure, et nous sommes évidemment en contact très étroit. L'engagement de la France, vous l'imaginez et vous le savez, et au plus haut niveau, marque bien la détermination française à faire avancer la Côte d'Ivoire dans la voie de la paix.

Merci
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 janvier 2003)

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