Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à Europe 1 le 13 janvier 2003, notamment sur la question des retraites, la baisse de la TVA dans la restauration, la position française sur la question du désarmement de l'Irak et l'avenir du Parti communiste. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à Europe 1 le 13 janvier 2003, notamment sur la question des retraites, la baisse de la TVA dans la restauration, la position française sur la question du désarmement de l'Irak et l'avenir du Parti communiste.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. PCF, secrétaire national

ti : J.-P. Elkabbach-. La mode est de répéter que J.-P. Raffarin et ses ministres les meilleurs se contentent de communication, qu'ils parlent et qu'ils font les beaux... Est-ce que c'est seulement cela ?

- "Quel manque de lucidité ! Ce Gouvernement agit. Il agit contre les intérêts du plus grand nombre. En quelques mois, il a ouvert le capital d'EDF et de GDF, il a remis en cause les 35 heures, supprimer le contrôle des fonds publics, porter des coups à la loi de modernisation sociale, arrêter les emplois-jeunes..."

Vous n'êtes pas d'accord avec les socialistes qui, eux, ne voit que la "com" ?

- "Non, il y a besoin d'une grande riposte par rapport à cette politique ultralibérale. Et nous allons prendre beaucoup d'initiatives. Nous tenons un grand meeting fin janvier, à la Mutualité, pour dire "non" à cette politique."

Mais les Français ont donné à cet exécutif une large majorité pour appliquer son programme et ses promesses. Il le fait. Qu'est-ce qui vous choque ?

- "Beaucoup d'hommes et de femmes dans ce pays ont été déçus par la politique menée par la gauche plurielle au gouvernement. La droite a été élue "par défaut" ai-je envie de dire, dans une situation très difficile..."

Largement...

- "On a parlé d'un séisme démocratique, avec la présence de l'extrême droite au second tour, la chute de la gauche, l'échec du Parti communiste. Aujourd'hui, ce Gouvernement parle beaucoup de la France d'en bas, mais en fait, veut passer en force des réformes qui vont dans le sens du désir du grand patronat. Aujourd'hui, beaucoup d'hommes et de femmes commencent à se poser des questions. Il faut ouvrir des espaces de débat et ouvrir des espaces d'initiatives."

Mais vous ne pensez pas que vous parlez comme il y a très longtemps ? Ce sont des dirigeants dans toute l'Europe qui ont été élus démocratiquement par leurs propres électeurs, leurs propres nationaux...

- "Il y a toujours des majorités qui se dégagent. Mais j'en ai assez de cette accusation, d'un discours qui serait rétrograde, parce qu'on dit la vérité. L'Europe, ce sont les gouvernements qui l'ont fait, y compris le gouvernement français..."

Mais ils ne sont pas arrivés en catimini ou comme des voleurs, ils ont été élus !


- "Mais il y a des majorités et il y a des minorités. Des gens ont peut-être voté à un moment, mais veulent aujourd'hui se défendre par rapport aux mauvais coups. A nous de leur ouvrir les espaces nécessaires. Je ne suis pas pour un discours soi-disant moderne, qui cache la réalité. Oui, nous sommes aujourd'hui sous le coup d'une politique ultralibérale ; ce Gouvernement veut laisser la place au capitalisme mondialisé. D'ailleurs, on voit bien que monsieur Raffarin va aller acclamer monsieur Seillière prochainement, lors de son élection. C'est vraiment bras-dessus bras-dessous entre le grand patronat et le gouvernement de la France aujourd'hui."

Sur les retraites, on voit bien que l'action est en route. En trois jours, on a entendu le président de la République, le Premier ministre et, hier soir, monsieur F. Mer. Avant juin, il y aura une loi sur les retraites.

- "C'est vraiment le témoignage d'un gouvernement qui ne veut rien entendre. Parce qu'il y a une consultation, les salariés de l'entreprise concernée par un accord sur les retraites disent "non", ils disent leur inquiétude par rapport à l'avenir, non seulement de leur retraite, mais aussi du régime des retraites en général et du statut de leur entreprise. Et on leur répond : "Passez, il n'y a rien à voir, nous, on passera en force" !"

Pour poser des questions claires et précises : les retraites concernent bien tous les Français, et pas seulement les salariés avec des avantages acquis, à EDF-GDF, à la RATP, dans la fonction publique ? Pourquoi être prisonnier, alors qu'il faut une réforme - tout le monde le dit -, pour des raisons démographiques, parce que l'espérance de vie n'est plus la même qu'il y a 57 ans... Pourquoi s'enfermer et être défenseur du statu quo ?

- "Je suis pour une réforme du système des retraites. La question est : quelle réforme ? Est-ce que la réforme, c'est nous coincer entre allonger la durée des cotisations, payer plus au niveau des cotisations pour les salariés ou est-ce qu'on peut faire la vraie réforme nécessaire pour les retraites, c'est-à-dire élargir l'assiette des cotisations et faire en sorte qu'on prenne de l'argent sur les revenus financiers, pour financer les retraites ? Voilà, je propose une réforme précise sur les retraites !"

Vous qui vous battez pour la justice, n'êtes-vous pas choquée de l'injustice qui consiste à avoir des gens qui paient 37,5 ans d'annuités et d'autres 40, dans le privé ?

- "Tout à fait, il faut donc mettre tout le monde à 37,5. Et c'est pour cela qu'il faut taxer les revenus financiers, comme je viens de vous le proposer."

D'autre part, trois syndicats sur cinq, les réformateurs des syndicats, y compris à la CGT, - D. Cohen était là il n'y a pas longtemps -, le patron d'EDF, monsieur Roussely, disent que l'accord est bon, qu'il faut l'appliquer. Et d'autre part, c'est légal.

- "Il y aussi des salariés qui existent. Peut-être qu'il faut admettre qu'ils ont le droit de dire leur mot dans la gestion de leur entreprise. Il faudra peut-être qu'on parle un jour du droit des salariés à participer à la gestion de leur entreprise, à son avenir. Je crois qu'ils se sont faits entendre, ils ont voté massivement, ils ont exprimé une opinion. La direction de l'entreprise, comme le Gouvernement, doivent en tenir compte."

Le statut d'EDF-GDF devrait changer vers septembre, a dit monsieur F. Mer. L'ouverture du capital qui, d'après lui, n'est pas la privatisation totale, n'est pas remise en cause. Et il disait hier soir, sur Europe 1, que l'Etat actionnaire gardera la moitié du capital. Est-ce que cela vous rassure ?

- "A chaque fois qu'il y a ouverture du capital, on est allé vers la privatisation, avec des résultats dramatiques pour l'entreprise et pour les services qu'elle rend. Nous avons, hélas, quelques exemples célèbres dans notre pays. Je pense à France Télécom. Je souhaite donc que, réellement, un mouvement se lève pour éviter la privatisation de ces deux entreprises. C'est une question d'intérêt général. La question de l'énergie, que ce soit le gaz, que ce soit l'électricité - et on pourrait par exemple parler du service de l'eau -, ce sont des ressources qui doivent être protégées, qui doivent mises en commun, d'où la nécessité que ce soient réellement des services publics, des services d'intérêt généraux."

Et ceux qui sont à l'intérieur, qui y travaillent, il faut aussi les protéger, plus que les autres ?

- "Ils se sont battus pour obtenir des acquis..."

Il y a 57 ans...

- "Ils défendent leurs acquis. J'espère que des travailleurs du privé pourront obtenir les mêmes acquis. C'est pour cela que je propose, pour tout le monde, 37,5 ans. N'opposons pas les salariés entre eux, n'opposons pas les hommes et les femmes entre eux. Essayons de faire ensemble, au contraire. Je crois que c'est ça l'important aujourd'hui. Il y a trop de divisions dans cette société. Essayons de construire tous ensemble."

Vous ne voterez pas ces lois, si elles viennent au Parlement ?

- "Non ! On s'y opposera !"

Mais on ne change rien ?

- "Je vous ai proposé un élément de réforme pour les retraites extrêmement important. Pourquoi ne veut-on pas l'aborder ?"

Le président de la République répétait, en Corrèze, oui à la retraite à 60 ans, absolument oui à la retraite par répartition, mais qu'il fallait la compléter. Et pour la compléter, F. Mer parlait hier d'une épargne encouragée par quelques avantages fiscaux, peut-être peut-on même imaginer une "prime épargne retraite", pour donner des chances équitables pour tous...

- "C'est-à-dire qu'on est en train de nous dire oui aux fonds de pension, c'est-à-dire que ceux qui pourront épargner le feront et auront peut-être des retraites qui leur permettront de vivre correctement ; et les autres verront des retraites de misère. Il faut garder ce système de répartition, c'est un système qui porte des éléments d'égalité et de justice. Il y a un problème de financement. Allons chercher l'argent là où il est inutile, c'est-à-dire dans les revenus financiers, et rendons-le utile socialement."

F. Mer a révélé que Bercy transmet aujourd'hui à Bruxelles un dossier pour que la TVA dans la restauration soit ramenée à 5,5 %, au début de 2004. Est-ce que vous soutenez au moins cette demande ?

- "Sur la TVA, nous demandons en effet qu'elle soit abaissée. C'est un impôt profondément injuste, parce que, quelque soit son niveau de vie, on paie cet impôt à travers la consommation. Donc, oui, tout ce qui permet de supprimer ou de baisser cet impôt est positif."

Concernant l'Irak, si les Nations unies et les inspecteurs confirment que S. Hussein possède des armes dangereuses et qu'ils votent une action militaire, conformément à la loi internationale, est-ce que la France doit y aller ?

- "La guerre ne peut pas être la solution. On l'a vu, il y a déjà eu la guerre du Golfe, cela n'a rien résolu. J'ai entendu ce matin que les inspecteurs demandaient plutôt un délai d'un an, pour continuer à faire ce travail d'inspection. C'est la voie de la sagesse et j'espère que la France aura la clarté de défendre cette position."

Contre le terrorisme, l'Europe et la France sont dans la coalition contre Al-Qaïda ?

- "Bien sûr, il faut lutter sans état d'âme contre le terrorisme. Mais une des façons de lutter contre le terrorisme, c'est aussi de faire en sorte que ce monde se développe de façon harmonieuse, qu'on puisse lutter contre les tensions et les haines, en faisant en sorte que chaque peuple ait le droit de vivre dans la dignité et en liberté."

Jusqu'à présent, sur le plan de l'Irak, est-ce que vous avez à redire aux propos et aux actes de J. Chirac ?

- "La France a un rôle singulier, une responsabilité forte à jouer. Elle est membre du Conseil de sécurité, elle peut jouer un rôle important pour que l'Europe parle d'une seule voix contre la guerre. J'attends cela du Gouvernement et du président de la République."

Mais jusqu'à présent, ça va ?

- "J'ai des inquiétudes, j'ai eu l'impression, à travers toutes les déclarations des voeux, qu'il n'y avait plus la même clarté et qu'il y avait quand même une certaine préparation de notre peuple à la guerre. J'espère que la France va se ressaisir."

Le Parti communiste - ce n'est pas un secret - est au plus bas, est au plus mal...

- "Bien sûr."

Pour qu'il retrouve de l'inspiration, du crédit, des électeurs, doit-il se rapprocher de l'extrême gauche ?

- "Non, je crois justement que le Parti communiste veut, de nouveau, avoir un lien très fort avec son électorat, avec les couches populaires. Il doit être lui-même, c'est-à-dire qu'il doit porter à la fois une contestation du système capitaliste, mais il doit surtout être un parti apte à construire des réponses, au quotidien, dans l'action, dans le débat, mais également porter une autre vision de la société, d'autres rapports entre les individus. Et nous travaillons à une visée communiste moderne. C'est cela, l'espace pour le Parti communiste."

Pour le congrès du PC, quel horizon vous lui donnez ? Atteindre 15, 10, 6 % de l'électorat en France ?

- "Pour l'instant, nous avons à reconstruire. Cela va nous demander du temps. Il faut très vite se préparer aux échéances de 2004, surtout avec le magouillage électoral qui se prépare, avec les réformes de scrutin qui visent, en fait, à éliminer les différentes sensibilités et à faire un bipartisme dans notre pays. Mais je pense que notre congrès doit surtout faire renaître de l'espoir, faire renaître de la crédibilité à une visée communiste."

Vous avez dénoncé, tout à l'heure, l'action du Gouvernement. Vous avez dit qu'il agit, que certains ne le voient pas, etc. Est-ce que vous croyez qu'au niveau électoral, ici ou là, cela a des effets ? Sarkozy, Perben, Raffarin ?

- "En effet, pour l'instant, beaucoup de gens, qui ont beaucoup de peur - peur par rapport à la sécurité, peur sociale, peur démocratique - se retrouvent dans ce discours simpliste à la Sarkozy."

Donc, cela marche pour Sarkozy ?

- "Pour l'instant. Mais je crois que ce sera sans lendemain, parce qu'on voit bien que ses mesures ne résolvent pas les problèmes de fond qui se posent à nos compatriotes."

En attendant, R. Hue est candidat à redevenir député ?

- "Il mène une très belle campagne. Je suis allée avec lui dans sa circonspection. J'espère de tout coeur qu'il va retrouver son siège de député."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 13 janvier 2003)

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