Interview de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, à France-Inter le 14 février 2003, sur la création d'une chaîne de télévision farncophone, la francophonie et la musique comme produit culturel. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, à France-Inter le 14 février 2003, sur la création d'une chaîne de télévision farncophone, la francophonie et la musique comme produit culturel.

Personnalité, fonction : AILLAGON Jean-Jacques, PAOLI Stéphane.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti : S. Paoli-. Qu'elle s'exprime par la chanson ou dans le traitement de l'information par une chaîne internationale en langue française, quelle place la francophonie peut-elle tenir, doit-elle tenir dans la nouvelle organisation du monde, sa mise en réseaux, pour ne pas dire son rapport de force ? On ne nous parle que de la guerre de l'information aujourd'hui. Y aura-t-il ou pas une chaîne internationale en langue française pour contrecarrer la puissance d'un CNN, par exemple ?

- "Je le souhaite, le président de la République le souhaite, nous y travaillons. Cela dit, prenons garde ! Il ne faut jamais considérer que l'information est une arme. L'information est l'expression de la vérité, elle est l'expression de la conscience - c'est ce que vous en faites -, elle ne peut pas être instrumentalisée et devenir l'enjeu de la puissance internationale ou de l'action internationale. Cela dit, il faut veiller à ce que, dans le concert international de l'information, d'autres voix puissent se faire entendre que celle d'un certain nombre de grands médias anglo-saxons, notamment nord-américains."

Mais c'est vrai qu'une chaîne de télévision, comme une grande radio, peut exprimer une certaine vision du monde. Le Gouvernement considère-t-il qu'il y a là, dans la création d'une chaîne de cette nature, une sorte de CNN à la française, un enjeu politique ?

- "L'enjeu est culturel et politique. Il est culturel parce qu'il est bon, en effet, que notre langue - et vous avez évoqué l'importance de l'usage de notre langue pour la chanson mais également pour l'information - reste une langue de l'information internationale. D'autre part, il y a un véritable enjeu politique. Il faut bien veiller, en effet, à ce que des points de vue divers sur la vie du monde, sur la vie des hommes puissent s'exprimer demain et donner à réfléchir - la diversité donne à réfléchir. Donc, il y a un véritable enjeu politique dans la création d'une chaîne d'information internationale d'origine française ou d'origine européenne."

Mais est-ce que c'est un projet ou l'idée est vraiment lancée ?

- "L'idée est lancée. Nous y travaillons. Le sujet est complexe : le Parlement s'est emparé du sujet, a créé une commission de travail. Je pense que dans quelques mois, disons l'été prochain, nous y verrons plus clair et nous saurons ce qu'il faudrait faire, ce qu'on pourra faire."

Est-ce que vous avez déjà une idée de la forme ? Ce sera une chaîne publique ou une chaîne privée, un mélange des deux ?

- "Je constate tout simplement qu'aucun projet privé ne se présente à ce jour. Certains évoquaient la possibilité de faire de LCI cette chaîne d'information internationale en la mettant sur les canaux internationaux. Mais j'observe que LCI, qui est une très bonne chaîne d'information, est une chaîne nationale. Elle présente un point de vue français sur la vie du monde et sur l'actualité politique, économique, sociale, culturelle française. Donc, elle ne constitue pas cette chaîne internationale. Une chaîne internationale doit s'emparer du monde tout entier et donner un point de vue sur la vie du monde. Pour ma part, je l'ai également indiqué, je pense que cette chaîne aurait vocation à être amarrée au service public de la télévision. C'est à la télévision publique de prendre en compte et en charge un projet de ce type, en association d'ailleurs avec les autres sociétés nationales publiques qui font de l'information - je pense à Radio France International et à l'Agence France-Presse, grande agence d'information d'expression française, d'origine française, puisqu'elle émet aujourd'hui des informations dans d'autres langues."

Donc importance de la télévision, mais honneur à la radio. Pour la première fois, 50 % des chansons diffusées à la radio sont des chansons francophones. Pardon d'être, ce matin, autocentré sur le service public, mais c'est notamment grâce à France Inter qu'on a entendu de plus en plus de chansons francophones.

- "Oui, tout à fait. France Inter joue un rôle important dans le dispositif de diffusion de la chanson française. D'abord, la chanson française - il faut l'observer - a bénéficié au cours des dernières années, de la dernière année tout particulièrement, d'une formidable renaissance de la chanson à texte : des jeunes interprètes comme V. Delerm, Benabar, des moins jeunes mais beaucoup plus charmants comme C. Bruni, ont donné à la chanson à texte un retentissement nouveau et ces chansons ont rencontré un public très très important. D'autre part, nous n'avons cessé de poser la question de la diversité musicale. En effet, aujourd'hui, il y a un certain nombre de phénomènes de concentration de la production, de l'édition, de la diffusion de la musique qui peuvent conduire à une banalisation. Et c'est, de ce fait, le devoir des pouvoirs publics, du ministère de la Culture et de la Communication en l'occurrence, de veiller à ce que la diversité de la chanson puisse toujours accéder aux antennes et à l'exposition sur le marché du disque. C'était la raison, notamment, de la mission que j'ai confiée à J.-L. Foulquier, mission qui a d'ailleurs donné lieu très très rapidement à un certain nombre d'initiatives, dont la création d'une nouvelle émission "TTC", sur France Inter."

Le nerf de la guerre, l'argent... Je sais bien que cela se joue au niveau européen, mais quand pourra-t-on considérer que la musique est un espace culturel, qu'un CD, un disque est un produit culturel, et donc une TVA beaucoup plus basse ?

- "C'est mon combat depuis mon arrivée rue de Valois. Cela avait été un engagement du président de la République pendant la campagne électorale, que de considérer que le disque était un produit culturel au même titre que le livre. Et la démonstration nous en avait été faite d'ailleurs au cours d'un meeting où un intervenant avait apporté d'un côté les mémoires de Loana, en nous disant que c'était un objet culturel fiscalement - 5,5 % de TVA - et par ailleurs un enregistrement de Ravel - ceci n'est pas un produit culturel... La TVA est une question qui relève aujourd'hui de la responsabilité de l'Union européenne et non plus de la responsabilité nationale, sinon nous aurions depuis longtemps procédé à cet ajustement du taux de TVA. Depuis que je suis rue de Valois, je travaille avec mes collègues ministres de la Culture et les ministres des Finances des différents pays de l'Union, pour les convaincre, sinon de s'aligner à cette idée, au moins d'autoriser la France à mettre en oeuvre un taux de TVA réduit. Pour y parvenir plus rapidement, nous avons nommé un ambassadeur itinérant de la chanson française, il s'agit de F. Léotard. Si on a choisi F. Léotard, c'est parce que c'est lui, qui comme ministre de la Culture, en 1987, avait procédé à la première baisse de la TVA. La TVA, jusqu'en 1987, était à 33 % ; le disque était considéré comme un produit de luxe. C'est lui qui a procédé à l'alignement du taux du disque au taux moyen de la TVA. F. Léotard fait le tour des capitales de l'Europe, il y rencontre les ministres de la Culture, les ministres des Finances. Nous faisons des progrès : aujourd'hui, on peut estimer qu'à peu près la moitié des pays d'Europe sont disposés à nous autoriser à baisser la TVA ; du travail reste encore à accomplir mais j'ai bon espoir qu'on y parviendra."

Et L'idée du logo collé sur les CD, un petit stick qui fasse passer le message en disant "Quand est-ce qu'on en fait de la culture ?"

- "J'en ai lancé l'idée au Midem, il y a quelques semaines et j'ai invité tous les producteurs, tous les éditeurs de disques de l'Union européenne à apposer sur leurs productions, sur leurs disques, un logo sur le thème : "Moi, j'adhère au principe de la réduction du taux de TVA". La mise en place des disques sur le marché est assez lente, mais je le sais, un certain nombre d'éditeurs sont en train d'assumer cette proposition et de s'engager dans cette campagne de sensibilisation du public, sensibilisation à l'intérêt qu'il y aurait pour eux et pour le marché et pour les artistes, à baisser la TVA."

Dans les grands enjeux, la presse écrite : où en est ce projet, cette idée que vous avez eue de faire en sorte de relancer la presse écrite, notamment en vous tournant vers les jeunes, les étudiants - et pas simplement d'ailleurs les étudiants - pour faire en sorte qu'ils puissent accéder à des abonnements à des prix privilégiés ? C'est dans L'Express...

- "L'hebdomadaire a donné à ce sujet une information un peu hâtive, un peu précipitée. En tout cas, je suis en train de travailler avec l'ensemble des professionnels de la presse à la mise en place d'une grande opération nationale de promotion de la presse. En effet, aujourd'hui, l'érosion du lectorat est un phénomène très préoccupant. La vente d'un très grand nombre de quotidiens nationaux baisse, la vente d'un très grand nombre de quotidiens régionaux baisse. Il y a une véritable désaffection de nos concitoyens à l'égard de la presse écrite, et notamment de la presse quotidienne ; la presse hebdomadaire est en meilleure situation. Or vous le savez, la presse quotidienne - vous en faites d'ailleurs tous les jours la revue - est un formidable instrument de la vie civique, de la responsabilité culturelle ; elle exprime notre intérêt pour le monde, elle exprime notre capacité à nous intéresser aux autres, à ne pas concevoir que notre destin est un destin solitaire. Et au moment où on se plaint parfois de l'érosion de la vie civique, du désintérêt, des jeunes notamment, à l'égard de ce qui se passe autour d'eux, je croix que le retour à la lecture de la presse est un facteur de revitalisation de ce sens de la responsabilité. Nous allons engager une initiative nationale, dont je ne sais pas encore à ce jour précisément les modalités, mais là aussi, nous annoncerons ce projet d'ici l'été."

Un dernier mot sur la décentralisation : y aura-t-il un beau musée du design à Saint-Etienne, qui puisse rivaliser avec celui de Lisbonne, qui est magnifique ?

- "Le ministère de la Culture s'est engagé vraiment de façon résolue dans la décentralisation. Il y a quelques semaines, nous avons annoncé la création d'une antenne permanente du centre Pompidou dans une grande ville de l'Est de la France, à Metz. Je suis en train de travailler avec le directeur du Louvre à l'installation d'une antenne permanente du musée du Louvre dans une ville du sud de la France. Je connais le projet du maire de Saint-Etienne de créer une grande cité du design et je lui ai indiqué récemment que le ministère de la Culture y travaillera avec lui, et que nous allions essayer de créer un véritable pôle du design. Il y a déjà une biennale du design tout à fait exceptionnelle à Saint-Etienne ; nous allons travailler au projet de création d'une structure permanente à Saint-Etienne."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 février 2003)

Rechercher