Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à RTL le 12 mars 2003, sur la réforme des retraites, notamment l'allongement de la durée de cotisations, le régime des fonctionnaires et le sommet pour l'emploi du 18 mars. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à RTL le 12 mars 2003, sur la réforme des retraites, notamment l'allongement de la durée de cotisations, le régime des fonctionnaires et le sommet pour l'emploi du 18 mars.

Personnalité, fonction : FILLON François, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité

ti : R. Elkrief-. Vous vous attendez à des attaques politiques, à des attaques de l'opposition, des syndicats, sur les retraites notamment ?

- "C'est le jeu. Nous rentrons dans une période de réforme de structure. Nous avons fait, dans un premier temps, des réformes qui étaient des ajustements par rapport à un certain nombre de handicaps qui avaient été mis en place par la majorité précédente. Au fond, on a fait un peu de la réparation. Maintenant, on rentre dans les grandes réformes de structure sur les retraites, sur le dialogue social, sur l'organisation de l'emploi, la formation professionnelle, la Sécurité sociale. Donc, naturellement, les débats seront vifs."

On commence par ce baromètre RTL-Notre Temps-Le Monde, premier numéro aujourd'hui, et nous aurons un rendez-vous chaque mois avec nos auditeurs pour leur en donner les résultats. Cette fois-ci, premier résultat : l'inquiétude domine, néanmoins, apparemment, 71 % des Français sont prêts, sont d'accord pour aligner la durée des cotisations entre privé et public. Evidemment, dans ceux qui répondent il y a une majorité d'employés, de salariés du privé, qui sont pour. Mais enfin, les fonctionnaires, aussi, apparemment commencent à évoluer.

- "Je trouve que le chemin pour la réforme est de plus en plus ouvert. Les Français sont inquiets, ils ont raison de l'être. Il y a 12 millions de retraités en 2000, il y en aura 21 millions en 2040. Naturellement, l'inquiétude domine, et le sentiment d'urgence domine dans le sondage. On sent que les Français veulent que cette réforme soit faite. Peut-être que la seule inquiétude qu'ils manifestent à l'égard du Gouvernement, c'est celle de savoir s'il aura bien le courage d'aller jusqu'au bout et de faire une vraie réforme. Deuxièmement, ce qui est très intéressant dans ce sondage, c'est que les Français privilégient, quand même, finalement, l'allongement de la durée de travail, de la durée de cotisation, par rapport à la perspective d'une baisse des pensions. Ils le font massivement dans le secteur privé, mais ils le font aussi dans le secteur public."

Et pour vous, c'est nouveau, c'est important ?

- "Pour la première fois, me semble-t-il, depuis que [dans] ces baromètres, ces sujets, ces questions sont posés, il y a une majorité d'agents du secteur public qui accepte l'idée de l'équité. Au fond, de la convergence des durées et des conditions de calcul des pensions."

On va préciser que ce baromètre est réalisé par la Sofrès. Ces durées et ces conditions, c'est 40 ans ou plus ? Je veux dire, cette durée de cotisation, puisqu'on nous parle d'harmonisation aujourd'hui, les salariés du privé sont à 40 ans, donc, est-ce que c'est 40 ans ? Vous proposerez aux fonctionnaires de les conduire de 37,5 à 40 ans ou vous envisagez de nous emmener tous à 41 ans, par exemple, comme disent certains ?

- "Non, on n'envisage pas de nous emmener tous à 41 ans. Aujourd'hui, tous les pays européens qui sont engagés dans la réforme des retraites, ont choisi d'allonger la durée des cotisations et ils ont choisi de le faire pour une raison simple, assez évidente : la durée de vie s'allonge. Au fond, ce que chacun cherche à faire dans cette affaire, c'est de ne rien changer. C'est-à-dire, maintenir l'équilibre entre le temps de travail et le temps de retraite. Aujourd'hui, le temps de travail est le double du temps de retraite. Ce que toutes les réformes dans la plupart des pays européens cherchent à atteindre, c'est à maintenir cet équilibre. Alors, comme naturellement, la durée de vie augmente, il faut - pas aujourd'hui, mais demain -, dans des conditions restant à préciser, avec peut-être la mise en place de structures indépendantes pour observer la réalité sur l'allongement de la durée de la vie..."

Une agence des retraites, une commission ?

- "Ce peut une autorité indépendante, ce peut être une structure paritaire, qui, régulièrement, proposera des réajustement de la réforme. Ma conviction, c'est que dans cet esprit, il faudra, un jour, aller au-delà de la durée de cotisation dont on parle aujourd'hui."

Au-delà des 40 ans, dans quelques années ?

- "Mais ce n'est pas nécessaire pour les années qui viennent."

Donc, dans le projet de loi qui devra être discuté, déposé en Conseil des ministres en mai et discuté à l'Assemblée nationale en juin, en juillet, en session extraordinaire ?

- "En juin."

En juin, avant la fin du mois de juin ?

- "Absolument."

Donc, avant la fin du mois de juin, vous proposerez clairement le passage aux 37,5 ans à 40 ans ?

- "On est en train de discuter avec les organisations syndicales, avec les partenaires sociaux, et on étudie évidemment toutes les hypothèses proposées par nos partenaires. Certains privilégient l'augmentation des cotisations, d'autres cherchent, en modifiant l'assiette des cotisation, à trouver de nouveaux modes de financement. On étudie ensemble toutes ces pistes. On étudie leurs conséquences sur l'économie française, sur le long terme..."


Certains disent que vous n'avez pas l'argent aujourd'hui, même pour payer cette réforme.

- "L'objectif de cette réforme n'est pas de dépenser plus d'argent."

C'est d'en économiser, mais dans un premier temps...

- "C'est de faire des économies au moins sur l'horizon 2008-2010, à partir du moment où vraiment les choses se tendent. Donc, on examine toutes les possibilités et à la fin du mois de mars ou au début du mois d'avril, le Gouvernement proposera le cadre de la réforme, c'est-à-dire, avancera des propositions précises, montrera quelles sont les voies qu'il privilégie pour aller dans le sens de la réforme. La réforme que nous proposerons au mois de juin, ce sera un cadre général, avec des principes, avec un certain nombre de mesures d'application immédiate, et avec des mécanismes permettant de faire en sorte que cette question des retraites ne soit plus une question dramatique, ne soit plus l'occasion de tensions et de crises, à chaque fois qu'il faudra faire évoluer les règles. Car, là encore, aucun pays européen, aucun pays développé, n'a conçu une réforme des retraites qui soit une réforme des retraites pour toujours."

Un mot quand même sur les fonctionnaires : on disait qu'ils étaient prêts, et en même temps ils grognent, ils ne sont contents sur un certain nombre de questions qu'ils traitent notamment avec J.-P. Delevoye. Est-il question de supprimer maintenant, puisque le budget de l'Etat est en difficulté, des emplois de fonctionnaires ?

- "Non, il n'est pas question de supprimer des emplois de fonctionnaires. La question qui se pose est celle du rythme de renouvellement des fonctionnaires dans le cadre de la réforme de l'Etat et de la décentralisation. Les cartes sont en train d'être rebattues, les responsabilités vont être profondément modifiées, et donc il y a un certain nombre de changements qui vont intervenir. Mais on ne supprime pas des postes de fonctionnaires."

On n'en renouvelle pas ?

- "On peut ne pas renouveler au même rythme les postes dans tous les domaines."

Dernière question sur le sommet pour l'emploi le 18 mars : J.-P. Raffarin a annoncé des moyens financiers supplémentaires. On voir ce matin : 80 000 contrats emplois-solidarité supplémentaires, par exemple ? Vous confirmez ?

- "Il ne s'agit pas vraiment, s'agissant de contrats emplois-solidarité, de moyens supplémentaires. Le Premier ministre avait indiqué au début de l'année qu'on engagerait 20 000 CES par mois, jusqu'à ce que la situation de l'emploi permette d'en faire moins."

Oui, mais là, on va en faire plus.

- "La situation de l'emploi continue de se dégrader. On n'en fait pas plus, on en fait 20 000 par mois jusqu'à la fin de l'année."

Quels autres types de moyens supplémentaires ?

- "Les autres types de moyens supplémentaires vont surtout porter... D'abord, cette table ronde va porter sur le fond. C'est-à-dire qu'on va discuter avec les partenaires sociaux des moyens d'améliorer la compétitivité de l'économie française pour qu'elle crée plus d'emplois, et qu'elle crée plus d'emploi dans le secteur marchand, parce que c'est la question essentielle. Deuxièmement, je proposerai un certain nombre de réformes ou de continuer dans la réforme des emplois aidés, dans la réforme des aides à l'emploi, avec la création du CIVIS qu'on a annoncé, et qu'on va pouvoir mettre en place, notamment grâce à ces moyens."

Vous la proposerez mardi prochain ?

- "Grâce à une amélioration du CIE, qui permet aux entreprises embauchant des chômeurs de longue durée, d'être mieux aidées. Et à travers quelques initiatives dont je réserve la primeur à la conférence."


(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 12 mars 2003)

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