Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, sur les relations entre l'école et l'entreprise et son rôle dans le développement de l'esprit d'entreprise, Paris le 5 mars 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, sur les relations entre l'école et l'entreprise et son rôle dans le développement de l'esprit d'entreprise, Paris le 5 mars 2003.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement scolaire

Circonstances : Forum sur l'énergie d'entreprendre organisé pour le bicentenaire de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris à Paris le 5 mars 2003

ti : Messieurs les présidents,
Messieurs les directeurs,
Messieurs les professeurs,
Monsieur le préfet,
Mesdames,
Messieurs,


Je suis très heureux d'être parmi vous ce soir et très honoré que vous m'ayez demandé de clôturer cette table ronde consacrée aux " nouvelles compétences ", qui s'inscrit dans ce vaste forum sur l'Énergie d'entreprendre que vous avez souhaité organiser pour célébrer le bicentenaire de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris.
Qu'un ministre en charge de l'enseignement scolaire s'adresse à un public presque exclusivement composé de responsables d'entreprises paraît aujourd'hui une chose bien naturelle. Je ne crois pas qu'il en aurait été ainsi il y a à peine quelques années, tant les esprits étaient différents.

Si le partenariat entre l'école et l'entreprise est devenu une démarche dont la nécessité est désormais unanimement admise, est-il besoin de rappeler à quel point son existence est récente ? Combien de préjugés et même de tabous il a fallu combattre pour faire admettre que le système éducatif devait prendre en compte les réalités et les besoins de l'économie ? Je me rappelle très bien le tollé que suscitait la mise en place, par Christian Beullac, des séquences éducatives en entreprise. On accusait ce dernier de livrer de la " chair à canon " au patronat !
Si les mentalités ont aussi radicalement évolué, c'est que les attitudes face à l'emploi, face à l'entrée sur le marché du travail ont considérablement changé. Angoissés par la menace du chômage, les jeunes et leurs familles demandent à l'école qu'elle prépare, autant que possible à l'insertion professionnelle. Cette demande est d'autant plus forte que la France est un des pays européens les moins bien placés en matière de chômage des jeunes. Par ailleurs, 150 000 jeunes continuent chaque année de sortir du système éducatif sans diplôme : ce problème nécessite que des réponses soient apportées au plus vite et nous en avons fait, Luc Ferry et moi-même, notre priorité.

Tout ceci ne veut pas dire -il convient d'être parfaitement clair sur ce point- que l'école doive viser prioritairement, dans la définition de ses missions et de ses apprentissages, l'efficacité productive. Ce serait contraire à sa mission qui est avant tout de délivrer une formation générale. Ce serait en outre inefficace au plan économique puisque nous savons que, même si la formation doit tenir compte des besoins immédiats du monde productif, elle doit plus encore, dans un monde en rapide évolution, assurer l'adaptabilité des personnes à moyen terme. Je suis convaincu que, plus que jamais, une formation générale, solide et diversifiée, est la meilleure garantie de pouvoir faire face à des situations professionnelles nouvelles ou même inédites.
Dans ces conditions, même du point de vue des entreprises et des salariés, l'opposition entre formation générale et formation professionnelle perd de sa pertinence. Là encore, le dialogue entre le monde enseignant et le monde professionnel s'impose à nous, moins comme un choix idéologique que comme une nécessité.
Cette nécessité, nous en avons tiré les conséquences depuis de longues années. La création des baccalauréats professionnels hier et, plus récemment, le développement de la " voie des métiers " en témoignent assez. Tout l'appareil de la formation professionnelle initiale repose sur une étroite coopération entre le monde professionnel et les établissements. Cette coopération a atteint un degré très poussé d'institutionnalisation et de formalisation, signe de son dynamisme et de sa richesse.
Conscient de son importance, le ministère de l'éducation nationale a créé en 1994 un bureau des partenariats, qui a en charge l'élaboration et le suivi du partenariat avec les organisations professionnelles et les entreprises. Il a signé pas moins de 35 conventions cadre et de 12 accords avec des partenaires aussi divers que la Fédération française du bâtiment, la Fédération du commerce et de la distribution, l'Association nationale des industries agro-alimentaires ou la Fédération de la plasturgie.
Ce partenariat solide et constructif permet à l'éducation nationale de prendre en compte les transformations qui ont eu lieu dans le système productif, qu'elles soient technologiques ou organisationnelles. De nouvelles organisations du travail ont en effet accompagné la mise en place de ce nouveau système productif, générateur de nouvelles normes pour définir le travail et la compétence. Dans des organisations fluides, flexibles, centrées sur le client et en interaction directe avec le marché, soumises à une concurrence de plus en plus intense et vouées à être toujours plus compétitives, réactives et dynamiques, les compétences requises des salariés ne sont plus les mêmes qu'auparavant.
Fondées sur de nouveaux rapports au marché, les nouvelles organisations productives doivent promouvoir la coopération des services, des équipes et des individus et être capables de s'adapter en permanence. Pour remplir ces conditions, de nouvelles compétences sont requises des salariés. Désormais, en plus de posséder la compétence technique, ils doivent faire preuve d'initiative, d'autonomie, de polyvalence, de travail en équipe, de sens des responsabilités, quel que soit leur niveau d'intervention.

Pour l'éducation nationale, ces changements sont essentiels, car ils modifient la manière dont on envisage la formation et dont on construit les diplômes. Ils sont pris en compte grâce aux relations que le ministère entretient avec les partenaires sociaux dans le cadre des Commissions professionnelles consultatives et du Haut Comité Education Économie, lors des échanges réguliers avec les fédérations et les associations professionnelles ainsi qu'avec les chambres consulaires et par l'intermédiaire de toutes les études qui sont mobilisées pour suivre l'évolution des entreprises et du travail.
Ces évolutions sont intégrées dans les formations et dans les diplômes, puisque le contenu des formations est rénové régulièrement, en moyenne tous les cinq ans. Quant aux diplômes, chaque année en voit créer de nouveaux tandis que d'autres disparaissent. L'offre de formation a ainsi été totalement transformée pendant les quinze dernières années. Depuis plusieurs années, l'enseignement professionnel se préoccupe de l'acquisition explicite des compétences transversales, pour favoriser l'adaptabilité et l'implication des futurs salariés.
Ces compétences, dont l'importance prend une place de plus en plus grande dans l'ensemble des secteurs d'activité et des métiers, s'acquièrent par plusieurs moyens :
- par l'apprentissage de savoirs généraux, indispensables pour évoluer et apprendre à apprendre ;
- par l'alternance école-entreprise, qui permet de mettre concrètement en articulation savoir, savoir-faire et savoir-être ;
- par la mise en place de nouveaux contenus d'enseignement, orientés vers la communication ou l'interactivité ;
- par des méthodes pédagogiques adaptées, qui donnent une grande place aux nouvelles technologies de l'information et de la communication, au travail en équipe, à la conduite de projets.

Pour répondre à la diversité des besoins des entreprises, différents types de diplômes professionnels sont proposés : des diplômes de métier coexistent ainsi avec des diplômes très transversaux, comme ceux dont ont besoin les industries de process ou les entreprises de services. Mais tous les diplômes incluent aujourd'hui des compétences transversales, bien sûr à des degrés divers selon les emplois qu'ils visent, pour rendre les individus plus performants et plus mobiles, dans l'entreprise dont ils dépendent comme sur le marché du travail, français ou international.
Au-delà de la prise en compte de ces nouvelles compétences, je voudrais dire pour terminer que l'école se soucie également de développer chez les jeunes l'esprit d'entreprise ou, pour reprendre l'expression que vous avez utilisée pour ce forum, le génie d'entreprendre. Certes, les entreprises elles-mêmes ont un rôle déterminant à jouer en ce domaine et elles le font avec beaucoup d'efficacité, notamment au travers des salons, des journées d'information et autres carrefours qu'elles organisent. Je crois que rien ne peut offrir aux jeunes une vision plus vivante et plus concrète du monde professionnel, rien ne peut leur donner davantage l'envie d'entreprendre que des rencontres et des échanges directs avec les acteurs de l'entreprise.
Mais il appartient à l'école aussi de développer la créativité et de nouvelles attitudes des jeunes face au risque et au changement, afin de les rendre entreprenants dans leurs projets professionnels. Ils seront ainsi mieux préparés à conduire des projets, à développer de nouvelles activités, voire à créer une entreprise. Il s'agit là d'un véritable enjeu national puisque, comme vous le savez, dans les dix ans à venir, 500 000 entreprises vont changer de dirigeants et qu'il importe donc de préparer cette relève.

Beaucoup de choses ont déjà été faites pour favoriser la connaissance de l'entreprise, valoriser l'image des métiers et des filières professionnelles et surtout encourager la volonté qu'ont les jeunes de prendre en main leur destin par l'initiative économique. Je pense à cet égard aux remarquables actions qui ont été menées sur le terrain comme Entreprises Cadettes, Entreprendre au lycée, Challenge Destination Entreprises Jeune Chambre économique ou encore les Mini-Entreprises. Je crois qu'il nous faut étendre et renforcer ce type d'initiatives. C'est ainsi que nous allons, Luc Ferry et moi-même, signer prochainement une convention avec le Secrétaire d'État aux PME, au commerce, à l'artisanat, aux professions libérales et à la consommation, afin de développer l'esprit d'entreprendre.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je tenais à vous dire ce soir avant que de souhaiter à la toujours très jeune et très dynamique Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris un très bon bicentenaire.

(Source http://www.education.gouv.fr, le 12 mars 2003)

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