Déclaration de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, sur la nécessité de la sauvegarde du patrimoine des archives de la radio et de la télévision, à Paris le 1er avril 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, sur la nécessité de la sauvegarde du patrimoine des archives de la radio et de la télévision, à Paris le 1er avril 2004.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. UMP, membre du comité politique

Circonstances : Colloque international INA intitulé "Les archives de la radio et de la télévision : un nouveau patrimoine à sauvegarder", à l'Assemblée nationale le 1er avril 2004

ti : Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue à l'Assemblée nationale.

Monsieur le Président, permettez-moi aussi de saluer tout particulièrement les participants étrangers à ce colloque, notamment nos amis de la télévision et radio anglaises et italiennes. Votre présence est très importante, encourageante, car les problématiques dont vous débattez dépassent à l'évidence les frontières.

Quel est le rôle et la place des responsables politiques, la mission du législateur dans la sauvegarde du patrimoine des archives de la radio et de la télévision ? Permettez-moi de croire que notre mission est essentielle.

Les responsables politiques se doivent d'accompagner votre démarche pour relever le défi du temps et permettre l'accélération du processus de numérisation. Cet enjeu majeur dépasse toutefois largement nos seules frontières européennes. Tous les pays du monde y sont aujourd'hui confrontés. Certains en ont pris toute la mesure ; d'autres n'ont malheureusement pas la capacité d'y faire face et verront une partie de leur patrimoine inéluctablement sacrifiée. J'ai la conviction que la France, qui constitue le premier centre d'archives numérisées européen aujourd'hui - et même mondial dès l'an prochain -, peut contribuer à lutter contre cette menace.

Je me réjouis que l'INA ait d'ores et déjà choisi de mettre son expérience et son savoir-faire au service de cette ambition. A cet égard, la coopération engagée avec l'Afghanistan est exemplaire.

La nécessaire accélération du processus de sauvegarde des archives audiovisuelles est, pour reprendre le titre de votre seconde table ronde de cet après-midi, un défi mondial. Il s'impose avec la même acuité et surtout avec la même urgence à tous les pays modernes. Les échanges entre la RAI, la BBC et l'INA sont déjà nombreux, je le sais.

Vous vous êtes notamment engagés ensemble pour le développement d'outils permettant d'améliorer l'efficacité et les coûts de la numérisation. Je vous encourage vivement à poursuivre ainsi sur la voie tracée.

Les défis sont identiques, les problématiques techniques et budgétaires sont souvent comparables. Et c'est donc aussi ensemble que nous progresserons plus vite. Ensemble nous trouverons plus rapidement les solutions les moins coûteuses et surtout les plus en pointe techniquement pour affronter le principal acteur du débat de ce matin. Un acteur invisible et d'autant plus redoutable qu'il chemine inlassablement : je parle bien entendu du TEMPS. Un temps qui peut se muer en adversaire redoutable dès lors qu'il efface, au sens propre et physique du terme, les images et les sons !

Cette notion du temps nous interpelle au plus profond de notre destinée éphémère. Elle nous place en quelque sorte au pied du mur de nos responsabilités politiques envers les générations futures. C'est toute la difficulté, toute la noblesse du thème de ce colloque.

Votre mission, Mesdames et Messieurs, consiste à fixer les traces de l'Histoire en marche : construire et protéger l'avenir de notre mémoire ! Voilà la mission à laquelle nous devons tous nous atteler. La Représentation Nationale en mesure toute l'importance. Vous êtes confrontés à des enjeux qui dépassent, de loin, le simple cadre technique de la numérisation. Bien sûr, il y a inévitablement la question cruciale de son coût ou encore celle non moins importante de l'accessibilité au trésor par le plus grand nombre. Mais le principal enjeu est d'une toute autre dimension !

Car c'est bien de TRESOR qu'il s'agit.

Comment la représentation nationale pourrait-elle se désintéresser d'un dossier qui touche à notre mémoire collective ? Comment pourrait-elle se résigner d'avance à la disparition de pans entiers de cette mémoire collective ?

Peu importe les raisons en définitive, cette disparition quasi-programmée, si nous laissons les choses en l'état, d'une partie de notre patrimoine audiovisuel est à mes yeux inacceptable et inconcevable.

Assumons nos responsabilités, faisons en sorte de gagner la course de vitesse engagée !

D'où notre volonté politique d'être à vos côtés, de vous appuyer autant que possible dans votre démarche de sauvegarde d'un patrimoine audiovisuel considérable en volume mais aussi, hélas, pour une trop large part aujourd'hui en danger.

Les dangers sont multiples. Danger d'oubli, si aucun catalogue n'en répertorie un contenu exponentiel. Danger de dégradation chimique avec le tristement fameux " syndrome du vinaigre ", d'où le combat pour le numérique. Danger de fossilisation si l'accès à un public plus large ne parvient pas à se développer. Danger enfin d'engloutissement et de débordement.

60 ans de radio, 50 ans de télévision. Et autant d'années d'histoire de la technologie !

Voilà un résumé de l'ampleur de votre chantier. Et de cette véritable révolution culturelle qui passe aujourd'hui par la numérisation.

Le législateur est sensible depuis longtemps à cette question de la survie de notre patrimoine audiovisuel. La France a d'ailleurs été assez exemplaire en la matière.

Ainsi, juste pour mémoire, je cite la loi de 1974, que Pierre EMMANUEL sera le premier à mettre en oeuvre après l'avoir largement inspirée.

La loi de 1982 confirme et renforce la mission patrimoniale de l'INA. Dix ans plus tard, la loi de 1992 octroie à l'INA une nouvelle mission publique avec la création du dépôt légal de la radio et de la télévision.

Le législateur français n'a cessé d'accompagner l'INA dans son parcours en lui offrant les outils de son adaptation, aussi bien aux nouvelles technologies qu'à un paysage audiovisuel en constante évolution.

Depuis sa création en 1974, l'INA a rempli efficacement sa mission de conservation et de mise en valeur de l'un des fonds d'archive radio et télévision parmi les plus riches et les plus anciens au monde.

Il convient aujourd'hui de l'aider à franchir une nouvelle étape.

Aujourd'hui, la dégradation inéluctable des supports menace de disparition une partie de ce trésor patiemment accumulé et qu'il nous revient de léguer intact aux générations futures.

835 000 heures de radio et de télévision confondues sont aujourd'hui directement concernées. Une course contre la montre est donc engagée pour préserver ce patrimoine.

Un plan de sauvegarde et de numérisation a été initié par l'INA en avril 1999. Ce plan est intégré au Contrat d'objectifs et de moyens que l'INA a signé avec l'État en avril 2000.

Mais nous savons tous, et vous les premiers, qu'en 2002 les fonds menacés, et nécessitant donc une sauvegarde urgente, ont été revus à la hausse et portés à près de 500 000 heures de radio et 335 000 heures de télévision.

C'est vous dire tout le chemin qu'il nous reste à parcourir ! La Représentation Nationale en a pleinement conscience.

Vous le constatez dans mes propos, mais j'invoque aussi pour preuve la présence de mes trois collègues François BAROIN, Christian KERT et Patrice MARTIN-LALANDE qui ont accepté de présider les trois tables rondes de votre colloque. Ils connaissent, suivent et s'investissent avec beaucoup de compétence sur tous ces dossiers. Je les en remercie vivement !

Mes collègues Michel HERBILLON, Patrick BLOCHE, Emmanuel HAMELIN, Michel FRANCAIX, Didier MATHUS, Alain CLAEYS, dont je salue la présence et dont je crois pouvoir vous dire que vous pouvez compter sur eux pour entretenir la vigilance de l'Assemblée nationale et, au delà, celle du gouvernement français sur ce sujet.

Je forme aussi le v¿u que ce dossier puisse trouver des relais et des appuis solides dans les parlements italien et britannique.

Mesdames, Messieurs,

L'avenir de notre mémoire collective est en jeu ! Ne laissons pas le débat aux seuls experts ou initiés. Il s'agit d'une cause nationale. Elle concerne tous les Français.

Sauvegardons tous ensemble la possibilité future d'avoir accès à ces archives qui sont le miroir de leur époque. Et donnons à nos enfants et petits-enfants la chance de posséder une culture réellement vivante !

(Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 3 avril 2003)

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