Conférence de presse de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les résultats de l'évaluation du programme des Génopoles, Evry le 21 mars 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les résultats de l'évaluation du programme des Génopoles, Evry le 21 mars 2003.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstances : Remise du rapport de l'European Molecular Biology Organisation (EMBO) sur les génopoles à Evry le 21 mars 2003

ti : Monsieur le Président,
Messieurs les Directeurs généraux,
Mesdames et Messieurs,


Le choix du site d'Evry, pour tenir cette conférence de presse consacrée aux résultats de l'évaluation du programme des Génopoles, n'est pas neutre. En effet, Evry n'est pas seulement connue comme l'une des génopoles françaises, mais comme LA GENOPOLE, l'archétype qui a initié la création du réseau national des génopoles.

Il y a bien longtemps que je souhaitais venir à votre rencontre et saluer sur place les formidables conquérants de la connaissance des mécanismes les plus intimes de la vie qui sont associés à la création de l'activité de la génopole d'Evry. Seules les contraintes de ma tâche m'en avaient privée.

Je mesure aujourd'hui tout l'intérêt de cette visite. Nous sommes engagés dans une formidable bataille pour la santé de nos concitoyens, pour la sécurité de notre alimentation, pour la préservation de la vie. Et la génomique est un atout de premier plan.

Grâce à ses chercheurs et à ses entrepreneurs, la France doit en tirer le meilleur parti. Le Gouvernement auquel j'ai l'honneur d'appartenir est décidé à lui en donner les moyens et à promouvoir l'organisation la plus efficace possible de notre effort national.

J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ce matin à Evry certains des laboratoires de recherche dédiés à la génomique. Les années d'enfance de cette jeune science ont été dominées par l'acquisition massive de données de séquences : ainsi, après l'annonce dès juin 2000 de l'obtention d'une "version de travail", nous allons dans quelques semaines célébrer l'achèvement de la version finie du génome humain.

Même s'il reste encore un effort considérable à accomplir dans le domaine du génotypage humain et dans le séquençage d'autres espèces, la génomique est aujourd'hui entrée dans une phase de maturité, beaucoup plus orientée vers l'étude de la fonction des gènes et leurs interactions. Ces travaux, qui affrontent la complexité du vivant avec les nouveaux outils de biologie à grande échelle, débouchent sur une vision systémique du vivant et donnent progressivement à la biologie une réelle capacité de prédiction.

Cette nouvelle compréhension du vivant, fondée sur une connaissance exhaustive des génomes, amènera au cours des prochaines années des avancées considérables, notamment dans les domaines de la santé, de l'agro-alimentaire ou de l'environnement. La réflexion conduite pour la préparation du plan de lutte contre le cancer, souhaité par le Président de la République, a, par exemple, mis en relief les progrès déterminants qu'apportera à court terme la génomique fonctionnelle dans la caractérisation des tumeurs, afin de mieux cibler les traitements.

Si la France peut aujourd'hui être fière d'être présente dans le domaine de la génomique et de la post-génomique, c'est d'abord grâce au professeur Jean Dausset et ses élèves, Daniel Cohen, Jean Weissenbach et Mark Lathrop, et aussi grâce à l'AFM et à ses exceptionnels présidents, Bernard Barataud et Eric Molinié.

Presque tous sont aujourd'hui présents sur le site d'Evry et cela témoigne déjà de la forte attractivité de cette première Génopole.

Le démarrage des recherches en génomique en France s'est donc fortement appuyé sur l'initiative de l'AFM qui décida de mobiliser des millions de donateurs pour déclarer la guerre aux maladies neuromusculaires. Trois étapes importantes ont marqué ce cheminement :

· La création du premier grand laboratoire de génomique en France, et probablement dans le monde, Généthon I, qui a permis de produire la première cartographie physique fine du génome humain entre 1991 et 1993.
· Puis le laboratorie Généthon II a été mis en place pour localiser les gènes responsables des maladies génétiques, avec de grands succès dans le domaine des maladies dites rares.
· Enfin, pour pouvoir guérir en remplaçant le gène fautif ou la cellule malade, Généthon III a été lancé.

Ces trois laboratoires, construits ici à Evry, ont permis d'attirer des scientifiques de renom mais aussi des industries qui ont voulu implanter leurs centres de recherche. C'est le cas notamment de GENSET, qui fut l'une des premières compagnies industrielles issues de la génomique.

L'Etat a su prendre le relais de cet effort caritatif en créant le Centre National de Séquençage en 1997, puis le Centre National de Génotypage en 1998. Finalement, Pierre Tambourin fut missionné en 1998 pour faire d'Evry un pôle national de formation et de recherche en génomique. Je ne peux que saluer les efforts qu'il a déployés et j'ai pu ce matin constater de mes yeux le succès de son action.

En à peine 4 ans, l'université nouvelle d'Evry a développé une filière dynamique en biologie ; plus de 20 laboratoires de recherche, la plupart labellisés par les organismes publics, et plus de 40 entreprises, essentiellement de biotechnologie, sont déjà installés. Une politique de communication tournée vers la société a accompagné ces efforts et a fait d'Evry un lieu reconnu de la génomique en Europe.

Cet exemple nous montre comment une politique volontaire, tant de l'Etat que des collectivités territoriales, peut relever un défi a priori difficile.

Le défi de la génomique a aussi été pris en compte plus largement au niveau national par le programme du ministère chargé de la recherche, lancé en 1999. A côté du soutien aux centres nationaux d'excellence déjà en place, le CNS et le CNG, le programme national de génomique a eu pour objectif d'accélérer la diffusion des méthodologies à haut débit, issues de la génomique, dans la communauté scientifique.

Pour cela le modèle de la génopole d'Evry, c'est-à-dire d'un site regroupant un fort potentiel scientifique autour de plates-formes technologiques, a été privilégié.

Il y a quatre ans, ce choix de développement d'un nombre limité de génopoles en régions, plutôt qu'une répartition dispersée d'équipements au sein de nombreuses équipes, était un pari qui rompait avec les pratiques habituelles en biologie.

Afin de guider la sélection des meilleurs sites pour la mise en place des nouvelles génopoles, un cahier des charges a été élaboré :

- les génopoles se définissent comme des instituts sans murs, centrés autour de plates-formes technologiques, qui doivent rassembler des équipes régionales autour de quelques projets scientifiques de grande envergure ;
- les génopoles doivent développer ou renforcer un pôle de bio-informatique ;
- elles doivent aussi dynamiser les formations universitaires - Licence, Master, Doctorat - dans le domaine de la génomique et de la bio-informatique ;
- enfin les génopoles doivent s'appuyer sur des structures de valorisation, de type incubateur, afin de faciliter le transfert de technologies et la création d'entreprises.

Au total, à l'issue d'un processus d'appel à candidature et d'expertise scientifique, six nouvelles génopoles ont donc été créées en régions : à Strasbourg, à Toulouse, à Montpellier, à Lille, à Marseille et enfin en Rhône-Alpes avec le dipôle Lyon-Grenoble. Ces sites sélectionnés ont bénéficié de dotations très importantes, en regard des budgets habituellement consacrés aux programmes incitatifs du ministère : ce sont plus de 80 millions d'euros qui ont été répartis au cours des quatre dernières années, dont la plus grande partie a été consacrée à des investissements sur des plates-formes techniques.

Cet effort considérable, selon un mode de répartition innovant, méritait une évaluation a posteriori particulièrement attentive. Dans un souci d'indépendance et de qualité, la partie scientifique de cette évaluation a été confiée à une institution scientifique européenne de grand prestige : l'European Molecular Biology Organisation, plus connue par son sigle EMBO.

Le Professeur Frank Gannon, qui est le directeur exécutif de l'EMBO, a pris en charge l'organisation de cette évaluation. Il est avec nous aujourd'hui et présentera dans quelques instants l'EMBO et son travail pour cette évaluation scientifique.

La présidence du comité d'évaluation a été confiée à une grande personnalité scientifique européenne : le Professeur Tim Hunt, prix Nobel de médecine en 2001. Tim Hunt était à Paris ce matin pour assister au Conseil scientifique du Consortium national de recherche en génomique, où il a présenté les résultats de cette évaluation. Malheureusement, il a été rappelé en urgence en Angleterre et n'a donc pu se joindre à nous cet après-midi. C'est donc Frank Gannon qui vous présentera les conclusions de l'évaluation des Génopoles par l'EMBO.

Enfin le Professeur Christian Bréchot, Directeur général de l'Inserm, est présent aujourd'hui en tant que Président du Consortium national de recherche en génomique. Il vous expliquera la mise en place de ce nouvel établissement de recherche, dédié à la génomique, qui assurera dorénavant le pilotage du réseau national des génopoles.

Avant de laisser la parole aux journalistes présents, je voudrais rapidement commenter ce que nous venons d'entendre.

Indépendamment des résultats de cette évaluation des génopoles, je crois que le fait même de soumettre un programme national à une telle analyse critique, effectuée par un panel d'experts étrangers de haut niveau, répond à une exigence nouvelle pour la qualité des actions scientifiques dans notre pays.

Je souhaite vivement que ce mode d'évaluation par des pairs, ouverte sur la communauté internationale, et d'abord européenne, se généralise dans nos pratiques. Seule une telle évaluation, fondée sur des critères d'excellence scientifique et exempte de tout conflit d'intérêt, est à même d'orienter nos financements de recherche, tant au niveau des actions du ministère que dans le pilotage interne des organismes publics, vers les meilleures équipes et les meilleurs projets. Cette exigence de qualité et cette ouverture internationale doivent aussi aguerrir nos chercheurs pour qu'ils s'insèrent mieux dans le contexte compétitif des collaborations européennes.

Je ne m'étendrai pas sur les points positifs des résultats de cette évaluation. Je retiendrai simplement que le concept de pôles régionaux financés à haut niveau, afin d'acquérir et de maintenir une compétence élevée pour les recherches en génomique, est largement validé.

Ce point est capital car, comme le souligne le rapport de l'EMBO, il marquait une nette rupture dans les habitudes de soutien de la recherche publique dans notre pays.

Nous sommes donc encouragés à poursuivre dans cette voie et à concentrer nos moyens sur de véritables pôles d'excellence en génomique qui pourront jouer un rôle visible dans l'espace européen de la recherche.

A côté de la production de connaissance, le rôle essentiel des génopoles dans la création de jeunes pousses en biotechnologie est également reconnu.

Cet aspect devra aussi être renforcé dans le cadre global de l'action de mon ministère pour la redynamisation du secteur biotechnologique et pharmaceutique en France.

Je voudrais m'arrêter maintenant quelques instants sur les principaux points faibles relevés dans cette évaluation du programme des génopoles.

Le rapport insiste à plusieurs reprises sur le manque de réactivité des processus administratifs, qui se manifeste par exemple au travers des retards dans les transferts de fonds.

Le manque de souplesse dans la gestion du personnel, en particulier des techniciens et des ingénieurs affectés au fonctionnement des plates-formes techniques, est également noté.

Ces critiques doivent selon moi être prises très au sérieux, car elles reflètent un manque d'efficacité très pénalisant dans un contexte scientifique, celui de la biologie post-génomique, qui évolue particulièrement rapidement.

Nous avons déjà débuté, avec les quatre grands organismes impliqués dans les sciences du vivant, l'INSERM, l'INRA, le CNRS et le CEA, une réflexion sur les moyens d'améliorer la performance de notre dispositif de recherche, notamment dans le domaine biomédical.

Le cadre de cette réflexion vient d'être élargi au travers de la mission confiée au Professeur Claude Griscelli par Luc Ferry, Jean-François Mattéi et moi-même. J'attends, à l'issue de ce travail d'analyse, des propositions de mesures administratives, juridiques et financières qui nous permettront de mieux valoriser les moyens consacrés par la collectivité publique à la recherche biomédicale.

Dans l'attente de ces propositions, la mise en place du Consortium National de Recherche en Génomique, évoquée par Christian Bréchot, doit déjà nous permettre de consolider, de mieux coordonner et de gérer de manière plus réactive l'action nationale en faveur de la génomique et de la post-génomique.

Ce consortium est, par sa composante appelée Réseau national des génopoles, une structure légère de programmation et de financement qui autorise une gestion plus efficace de l'affectation des moyens. Il me paraît de plus essentiel que les quatre organismes de recherche membres du GIP, l'INSERM, l'INRA, le CNRS et le CEA, soient mis en situation de responsabilité pour élaborer la stratégie nationale en génomique et effectuer des choix importants, en s'appuyant sur l'expertise du Conseil scientifique du CNRG.

Dans le domaine de la bio-informatique par exemple, où des faiblesses et des redondances ont été notées par les évaluateurs de l'EMBO, le CNRG se doit de piloter une action forte, qui traite aussi bien le volet des programmes que le volet des compétences humaines, et qui vise à dynamiser et à rationaliser nos actions.

Le rôle du CNRG va également être essentiel pour décider du positionnement de la Clinique de la souris, mise en place par la génopole de Strasbourg, grâce à un fort soutien du ministère. Le caractère exceptionnel de ce vaste laboratoire, dédié à la production et au phénotypage de souris mutantes, a été reconnu par les experts de l'EMBO. Nous devons maintenant décider, avec le CNRG, dans quelles conditions ce centre d'excellence peut être mis à la disposition de la communauté, publique et privée, au niveau national ou européen.

La protéomique a émergé en quelques années comme un secteur majeur de la post-génomique. J'ai déjà exprimé l'importance que j'attache à voir la France se doter d'un centre d'excellence en protéomique et génomique structurale, pouvant assurer une recherche à fort contenu méthodologique.

Le site de Grenoble m'est apparu comme particulièrement bien placé pour assumer cette mission, en raison des nombreux atouts qu'il présente : en protéomique, avec l'Institut de Biologie Structurale et le CEA ; en bio-informatique, avec l'INRIA et l'IMAG ; en génomique structurale, avec la présence de l'ESRF et l'initiative "Partnership for Structural Biology" ; et enfin en nano et microtechnologies, avec le pôle Minatech. Il me paraît capital que le CNRG examine rapidement les modalités de mise en place de ce nouveau centre d'excellence.

Le CNRG, déjà doté de ses deux centres d'excellence, le CNS et le CNG, est donc l'outil commun aux organismes de recherche en sciences du vivant et des ministères de tutelle pour mieux piloter la politique publique de recherche en génomique.

Je souhaite que ce nouvel outil démontre rapidement son efficience et participe à l'adaptation de l'organisation de notre système de recherche aux besoins de notre pays.

Je vous remercie de votre attention et je laisse maintenant la parole à nos invités journalistes pour des questions et un dialogue avec nos invités scientifiques.


(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 25 mars 2003)

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