Interview de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie à "France 2" le 9 avril 2003, sur l'Irak, l'appel au boycott américain contre les produits industriels français, le rôle de l'Onu après la guerre, le plan innovation du gouvernement et sa stratégie en matière de politique industrielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie à "France 2" le 9 avril 2003, sur l'Irak, l'appel au boycott américain contre les produits industriels français, le rôle de l'Onu après la guerre, le plan innovation du gouvernement et sa stratégie en matière de politique industrielle.

Personnalité, fonction : FONTAINE Nicole, LECLERC Gérard.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

ti : G. Leclerc-. G. Bush et T. Blair, hier, ont dit que l'ONU aurait un "rôle vital" dans la reconstruction de l'Irak, alors qu'on craignait que les Etats-Unis ne monopolisent cette reconstruction. Vous êtes satisfaite ?

- "Je voudrais tout d'abord dire qu'aujourd'hui la question de la reconstruction de l'Irak est encore prématurée. C'est l'action humanitaire qui est tout à fait prioritaire. Au sujet de ce qu'ont pu dire MM. Blair et Bush, je dirais que ma conviction est que, demain, le rôle des Nations Unies devra être central et pas seulement "vital" dans la reconstruction politique et économique de l'Irak."

Y aura-t-il une place pour les entreprises françaises qui risquent d'être écartées compte tenu de la position de la France ?

- "Il doit y avoir une place pour toutes les entreprises qui sont susceptibles d'apporter un concours efficace. Et je crois pouvoir dire que c'est le cas de beaucoup d'entreprises françaises."

Autre souci lié à ce conflit : les appels au boycott aux Etats-Unis contre les produits français. Ca vous inquiète ?

- "Nous sommes, bien sûr, vigilants mais pas vraiment inquiets. Aujourd'hui, on constate qu'il s'agit d'opérations isolées. Je serais tentée de dire par ailleurs qu'un boycott serait contre-performant, compte tenu des liens très étroits qui existent entre l'économie américaine et l'économie française."

Que peut faire la France ? A-t-elle des moyens de rétorsion ?

- "Pour le moment, nous n'en sommes pas aux moyens de rétorsion. Encore une fois, il n'y a pas de véritable réalité de boycott. Mais nous restons très vigilants."

On en vient à votre plan. Au moment où la croissance française est en train de chuter, où les entreprises ont fortement réduit leurs investissements, vous présentez, aujourd'hui, un Plan en faveur de l'innovation. Quelles en sont, rapidement, les objectifs et les principaux axes ?

- "Justement, en effet, ce plan s'inscrit, bien sûr, dans une conjoncture de dégradation économique, malheureusement, aggravée, bien entendu par les effets de la guerre d'Irak. Il s'agit de mesures qui produiront des effets à moyen terme, et qui tentent à renforcer la compétitivité des entreprises et l'attractivité du territoire. On constate aujourd'hui, et d'ailleurs les industriels nous le disent, que toute entreprise doit impérativement pouvoir innover, c'est-à-dire ajouter cette valeur de l'intelligence, cette valeur de la qualité, si, bien entendu, nous voulons rester concurrentiels par rapport aux pays qui ont de très faibles coûts salariaux."

Justement, est-ce que ce plan est la hauteur des enjeux quand on sait que la recherche en France décline depuis plusieurs années, qu'il y a des coupes qui sont en préparation, notamment pour le CNRS et que les entreprises françaises ont déjà, sont en train de réduire leur budget de recherche-développement ?

- "Ce sont des mesures très incitatives. D'ailleurs, aujourd'hui, nous allons faire le bilan, parce que nous avons lancé une grande concertation auprès de plusieurs milliers d'industriels, d'entrepreneurs, qui nous ont dit que ces mesures allaient dans la bonne direction..."

C'est-à-dire, ce sont surtout des exonérations fiscales.

- "Absolument. Concrètement, encourager les entreprises à innover, des exonérations fiscales ; encourager les "investisseurs providentiels" comme on dit entre guillemets - l'équivalent des "business angels" - à s'installer, à investir dans les entreprises. Et surtout, aussi, simplifier l'accès aux aides. J'ai été tout à fait frappée de voir beaucoup d'entreprises nous disant : c'est un véritable parcours du combattant pour pouvoir accéder aux concours financiers qui vont nous permettre d'apporter ce plus de l'innovation."

Toutes les semaines sinon tous les jours, on apprend des difficultés, des restructurations, des suppressions d'emplois. On a en tête Metaleurop, Matra, Giat, le textile. Que peut faire le ministre de l'Industrie face à cette situation ? On se souvient que J.-P. Raffarin a dit qu'il fallait que "les ministres se décarcassent"... Alors, comment vous vous décarcassez ?

- "Je crois que ça va au-delà de "se décarcasser". C'est mettre au point une politique industrielle, essentiellement fondée sur trois axes, quatre axes même, je serais tentée de dire. Tout d'abord, anticiper autant que faire se peut, les restructurations. Les restructurations malheureusement sont incontournables dans le contexte de la globalisation des échanges. Donc, les anticiper. Susciter des projets industriels, inciter à la formation initiale et permanente des salariés. Et puis le deuxième axe, lorsque malheureusement, il n'a pas été possible d'anticiper, c'est le reclassement prioritaire des salariés et c'est la revitalisation des territoires fragilisés. J'y contribue beaucoup en allant sur le terrain et en voyant comment je peux mettre à la disposition des bassins d'emplois fragilisés, les moyens de mon ministère. Le troisième axe, justement, c'est d'encourager l'attractivité, la compétitivité des entreprises, je le disais tout à l'heure. Ce sont des mesures comme : l'innovation, mais il y en a beaucoup d'autres, comme l'économie numérique, par exemple, qui est un vecteur de croissance extraordinaire. Et au-delà, c'est la dimension européenne et internationale. Et je souhaite que nous puissions mettre au point, très vite, ce que j'appellerais une politique européenne, une politique industrielle européenne."

Et quand dans le textile, la CGT réclame un "Plan textile" comme il y a eu un "Plan sidérurgie", par exemple ?

- "Aujourd'hui, ça ne serait pas raisonnable, ça ne serait pas possible, dans le contexte de Bruxelles. En revanche, nous pouvons faire beaucoup de choses, dans le cadre des négociations, par exemple, avec l'OMC. Nous pouvons demander une certaine réciprocité dans l'ouverture des échanges, pour ces secteurs, justement un petit peu fragiles mais qui ne sont pas du tout condamnés. Et il n'y a pas de fatalité du déclin. Et puis, c'est la lutte contre la contrefaçon également qui est importante. Enfin, c'est l'innovation qui est très importante dans ces secteurs que vous venez de citer."

Enfin, vous vous occupez de l'énergie. Il n'y pas de souci, semble-t-il, pour le pétrole avec la crise irakienne. Vous avez pourtant lancé un débat national sur l'énergie, et vous dites qu'il y a des prévisions alarmantes.

- "J'ai lancé un débat, oui, parce que nous allons devoir faire des choix énergétiques, et nous souhaitons pouvoir faire ces choix avec les citoyens. C'est un grand débat de société. Aujourd'hui, quelles seront les grandes orientations énergétiques de la France pour les 30 prochaines années ? Cela doit être décidé, en toute transparence. Et, encore une fois, les citoyens ont beaucoup de choses à nous dire pour que nous puissions diversifier notre bouquet énergétique."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 avril 2003)

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