Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à Europe 1 le 19 mars 2003, sur la situation économique internationale et ses conséquences sur l'emploi, la politique de l'emploi et la réforme des retraites. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à Europe 1 le 19 mars 2003, sur la situation économique internationale et ses conséquences sur l'emploi, la politique de l'emploi et la réforme des retraites.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité

ti : J.-P. Elkabbach - Sauf exil, suicide, assassinat de S. Hussein ou complot contre lui, dans 18 heures c'est la foudre militaire qui va s'abattre sur l'Irak. Les résultats en France, est-ce le début d'une récession, des entreprises et des salariés qui vont souffrir et beaucoup moins d'emplois ?

- "La situation économique internationale était difficile avant l'Irak. On est depuis près de deux ans dans une situation liée à la purge de la bulle qu'on a appelé la "bulle télécom". On avait le sentiment que la fin de cette purge était maintenant proche et que le redémarrage de la croissance était attendu dans la plupart des grands pays développés. La guerre vient ajouter un délai supplémentaire à ce retour de la croissance et une incertitude supplémentaire. Cela veut dire que naturellement, la guerre aggrave les choses. Cependant, je crois que tous les experts aujourd'hui s'accordent à dire qu'elle aggrave les choses pour une période qui devrait être une période assez courte."

Mais par exemple pour 2003, J.-P. Raffarin, le Premier ministre prévoit à peine 1,3 % de croissance ; F. Fillon, qu'est-ce qu'il prévoit en taux de chômage pour 2003 ? On dit 9,5, on dit 10 % ?

- "Il faut, dans notre pays, compte tenu de la politique qui est la nôtre en matière d'emploi, des rigidités de notre marché, il faut au moins 1,5 % de croissance pour que la France ne détruise pas d'emplois. Donc à 1,3 %, naturellement, le chômage va continuer d'augmenter, au même rythme que depuis deux ans d'ailleurs. Parce le taux de chômage de cette année, de l'année 2002 a été de l'ordre de 1,2 %. Et donc, avec ce taux de croissance nous aurons un taux de chômage en croissance régulière, comme depuis deux ans."

Donc des plans sociaux en hausse, pour ne pas dire en avalanches ?

- "Oui, des plans sociaux, mais surtout des licenciements dont on ne parle pas, des licenciements dans les petites et moyennes entreprises. Car les plans sociaux, il faut le savoir, ne représente que 10 % des licenciements dans notre pays. Et d'ailleurs, tout le combat que mène le Gouvernement aujourd'hui, est destiné à faire en sorte que les salariés de ces petites entreprises soient aussi bien traités que ceux des grandes, ce qui n'est pas le cas."

Donc plus de licenciements à prévoir et malgré vous ?

- "Si la situation économique internationale ne se redresse pas, l'économie européenne ne sera pas en mesure de créer suffisamment d'emplois."

Et M. Blondel, le patron de Force Ouvrière soupçonne des patrons de vouloir profiter de la guerre pour licencier. Est-ce que vous laisseriez faire si c'était le cas ?

- "Bien sûr que non ! D'ailleurs, nous avons montré à l'occasion de l'affaire de Metaleurop, que lorsqu'une entreprise ne respecte pas la législation française et ne respecte pas ses responsabilités sociales..."

...Il ne lui arrive rien.

- "Pas du tout ! elle est poursuivie ! Et je peux vous dire que les poursuites qui sont engagées contre les actionnaires de Metaleurop, sont des poursuites qui iront jusqu'à leur terme."

Donc, R. Bachelot avait raison de le dire ici, au tout début de l'affaire. En septembre 2002, Bercy vous avait refusé, d'après ce que j'ai entendu dire, 550 millions d'euros pour des emplois aidés. Aujourd'hui, Bercy, probablement le Premier ministre vous accorde pour 2003 un supplément de 300 millions d'euros. Il y a de la contradiction ou est-ce que cela veut dire que c'est effectivement très grave ?

- "Cela veut dire que le Premier ministre adapte la politique de l'emploi à la réalité de la situation économique. Aujourd'hui, nous attendions une reprise de la croissance plus tôt. Je rappelle qu'au mois de juillet, la plupart des experts tablaient sur une croissance de près de 3 % en 2003, pour ce qui est de la France."

Et le Premier ministre aussi, M. Raffarin.

- "Bien sûr, parce que naturellement, il n'y a pas d'autres solutions que de s'appuyer sur les experts. Aujourd'hui, le Premier ministre adapte la politique de l'emploi à la réalité de la situation qui n'est pas une réalité facile. Et donc, il a débloqué des crédits supplémentaires pour permettre non pas de faire des emplois aidés massivement dans le secteur public, mais pour continuer à réorienter la politique des emplois aidés du Gouvernement vers le secteur privé, vers des vrais contrats de travail et vers des vrais salaires."

Ce que vous appelez les RMA, les revenus minimum d'activité, qui devraient remplacer le RMI, est-ce que cela veut dire qu'il y avait des volontairement passifs ?

- "Cela veut dire en tout cas qu'on n'offrait pas à une partie de ceux qui sont au RMI aujourd'hui, les conditions leur permettant de retrouver un travail. Nous n'allons pas remplacer le RMI par le RMA, parce qu'il y a des gens qui sont dans une très très grande difficulté et qui ne sont pas en mesure de retrouver facilement un emploi. Mais parmi ceux qui sont au RMI aujourd'hui, il y en a beaucoup qui pourraient être réinsérés, soit dans l'entreprise, soit dans le secteur public. Et donc, c'est une vraie révolution que nous allons produire..."

Ce n'était pas des paresseux ?

- "En tout cas, on ne leur a pas donné l'occasion de se réinsérer. Et donc, nous allons le faire en mettant en place un revenu minimum d'activité qui permettra à des entreprises ou à des collectivités publiques ou à des associations de faire travailler 20 heures par semaine des gens qui sont aujourd'hui au RMI. Et c'est un point très important, notamment pour combler le fossé qui sépare aujourd'hui la France qui travaille de celle qui est assistée."

La nouvelle majorité avait promis de stimuler la création de jobs privés, vous dites que cela va être un peu le cas, mais cela ressemble aussi à ce qui se faisait avant, que vous aviez critiqué et condamné et qui s'appelait "la thérapie sociale du chômage".

- "Non, je crois que c'est très différent. Jamais avant les gouvernements n'ont mis en place des dispositifs de contrats aidés aussi massivement vers le secteur privé. Les contrats aidés étaient toujours dans le public, étaient toujours dans les associations, étaient toujours dans les administrations."


Là ce sont les deux.

- "Là ce sont les deux, mais avec une priorité au secteur privé. Les contrats jeunes, c'est dans le secteur privé ; nous allons augmenter ce qu'on appelle le "CIE" pour les entreprises qui recrutent des gens qui sont au chômage de longue durée."

Mais il y a du mélange de Juppé et de Jospin.

- "Ce n'est ni du mélange de Juppé, ni du mélange de Jospin¿"

Vous voulez que je vous énumère les mesures ?

- "Il y a beaucoup de pragmatisme, mais il y a une philosophie nouvelle qui sous-tend cette politique de l'emploi."

300 millions d'euros, tout simplement, d'où vous les sortez ?

- "Ce sont des redéploiements sur le budget de l'Etat. Le Premier ministre a souhaité qu'un certain nombre d'économies soient faites sur différents ministères et il a doté la politique de l'emploi de 300 millions d'euros supplémentaires."

Pour la réforme des retraites, est-ce que les délais promis seront respectés et quand votre projet de loi sera-t-il entre les mains de tous ?

- "Les délais seront respectés au jour près. Nous avons indiqué que le mois de mars et une bonne partie du mois d'avril seraient consacrés à la discussion avec les partenaires sociaux. Le projet de loi doit être débattu au Parlement de juin, ce qui veut dire que le texte sera connu entre la fin avril et début mai."

Et par exemple la durée des cotisations - on en a beaucoup parlée -, elle va évoluer ? Est-ce qu'elle évoluera d'un seul coup selon un calendrier discuté, préétabli et de manière progressive ?

- "Elle évoluera effectivement, si c'est le point sur lequel nous nous mettons d'accord avec l'ensemble de nos partenaires, puisque ce sujet fait partie des discussions qui sont ouvertes. Elle évoluera de manière préétablie avec des critères qui seront des critères précis."

Des rendez-vous ?

- "Avec des rendez-vous qui seront fixés par la loi et avec, je le souhaite un organisme indépendant, qui aura pour vocation de vérifier que les gouvernements successifs, les majorités successives mettent bien en oeuvre les mesures nécessaires à la réforme des retraites."

Est-ce que vous souhaitez que la loi Fillon, Raffarin s'applique de la même façon à tous les régimes ?

- "Bien sûr, la loi que nous sommes en train de préparer ce sera une loi qui sera basée sur des principes généraux qui s'appliqueront à tous les régimes. L'objectif, c'est de faire en sorte qu'au bout d'une période de convergence qui est nécessaire, tous les Français, à salaire égal et à temps de travail égal, aient la même retraite."


Vous avez rassuré hier F. Chérèque qui s'est exprimé sur Europe 1 - je ne sais pas si vous l'avez entendu. Vous avez enfin,- comment dire ? - accepté de parler ou accorder, ce que la CFDT et Mme Notat réclamait depuis longtemps : le départ anticipé avant 60 ans, pour ceux qui cotisent depuis 40 ans.

- "Nous avons rassuré M. Chérèque sur le fait que ce sujet était au coeur des débats engagés avec les partenaires sociaux. C'est un sujet difficile, parce que c'est une affaire qui coûte très cher. Nous sommes en train de regarder, en fonction des autres paramètres de la réforme des retraites, jusqu'où nous pouvons aller pour permettre à ceux, qui effectivement travaillent depuis très longtemps et qui ont donc dépassé les 40 annuités de cotisations, de partir à la retraite."

Les manifestations du 3 avril : vous n'avez pas peur, c'est de la routine ?

- "Ce n'est pas de la routine, c'est l'expression des inquiétudes des Français. Mais j'entends aussi beaucoup de Français qui sont inquiets et qui voudraient que le Gouvernement aille vite sur la réforme des retraites. Donc, il me semble qu'entre ces deux France qui s'expriment, la position du Gouvernement est la bonne."

Je peux vous poser une question personnelle ? Pourquoi vous avez toujours l'air d'humeur égale. Est-ce que vous ne pourriez pas un jour vous fâcher ou vous décoiffer ?

- "Chacun a son tempérament. Je crois que l'on juge les hommes sur la durée à ce qu'ils ont réalisé."

Vous voulez dire qu'il y a des gens qui s'agitent ?

- "Voilà ."

Dernière remarque : la guerre c'est dans quelques heures ; dans une heure, vous serez à l'Elysée en Conseil des ministres. Est-ce que vous aimeriez que le Président de la République interroge ses ministres sur la guerre et la stratégie, qu'ils s'expriment un à un dans une sorte de tour de table, comme le faisait le général de Gaulle ou F. Mitterrand ?

- "Ce n'est pas à moi de fixer l'ordre du jour du Conseil des ministres, mais si le Président de la République je le faisais, je serais très heureux de pouvoir lui dire à quel point je suis fier de servir dans un gouvernement qui conduit la politique qu'il a choisie de conduire."

Face à l'Irak, face à l'Amérique ?

- "Face à l'Irak et face à l'Amérique !"


(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 24 mars 2003)

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