Article de M. Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l'UMP, dans "Libération" du 23 avril 2003, sur les leçons du premier tour de l'élection présidentielle du 21 avril 2002, intitulé : "Le choc du 21 avril a défini les objectifs et les contours de l'UMP. Penser autrement l'action politique". | vie-publique.fr | Discours publics

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Article de M. Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l'UMP, dans "Libération" du 23 avril 2003, sur les leçons du premier tour de l'élection présidentielle du 21 avril 2002, intitulé : "Le choc du 21 avril a défini les objectifs et les contours de l'UMP. Penser autrement l'action politique".

Personnalité, fonction : DOUSTE BLAZY Philippe.

FRANCE. UMP, secrétaire général

ti : Il est des dates anniversaires qui méritent que l'on s'en souvienne pour mieux les exorciser. Le 21 avril 2002 est de celles-là. A l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, nous avons été nombreux à partager la même contradiction des sentiments. Certes, ce résultat signifiait l'élection certaine du candidat Chirac que nous soutenions et l'avènement probable de cette formation politique unie pour laquelle j'avais choisi depuis longtemps, avec quelques autres, de prendre tous les risques. Pourtant, nous ne pouvions pas, je ne pouvais pas me réjouir.

Nous aurions dû être heureux de la victoire. Au lieu de cela nous étions incapables de nous résigner à vivre cet instant avec une satisfaction intacte. Nous commencions à peine à évaluer l'immense défi politique qui venait de nous être lancé. Plus jamais ! Voilà le sentiment d'urgence politique qui l'emportait au lendemain de ce soulèvement électoral et qui n'a jamais cessé de m'habiter.

Plus jamais la présence au second tour du leader d'un parti ouvertement xénophobe et raciste, soupesant finement ses calembours entre la provocation et l'outrage, comme une ombre menaçante jetée sur la France et les valeurs de liberté qu'elle incarne dans le monde.

Plus jamais les deux tiers du corps électoral s'excluant par rejet, indifférence ou dépit, de l'exercice de la souveraineté populaire, soit en s'abstenant, soit en votant pour des candidats protestataires qui n'incarnent pas d'autre projet politique que la haine de l'autre et la destruction de notre modèle républicain.

Plus jamais ce fossé entre les citoyens de notre démocratie et ses élus, entre les aspirations de nos compatriotes et le projet des partis censés les incarner, entre les aspirations de la jeunesse et les ambitions que lui renvoie la scène politique.

Un pays dans lequel les principaux absents du débat public sont les 25 à 45 ans, c'est-à-dire nos forces vives et les 18 à 25, c'est-à-dire notre jeunesse avec ses idéaux de courage et de générosité, est un pays qui risque la thrombose. C'est un pays dans lequel tout espoir de réforme est réduit puisque faute d'engagement collectif, les forteresses corporatistes l'emportent sur l'intérêt général. La France, c'est notre conviction, mérite mieux.

Voilà pourquoi le 21 avril a marqué un tournant et nous a convaincus de l'urgence de penser autrement l'action politique. Une nouvelle génération de responsables, d'idées, mais aussi de méthodes, de nouvelles formes d'engagement, plus en phase avec les préoccupations des Français, voilà les objectifs que nous nous sommes fixés en dessinant les premiers contours de l'UMP.

Il importe en effet que les partis politiques, chargés dans nos institutions de porter le débat public et d'organiser la représentation nationale soient les premiers à réinventer leur rôle de fédérateurs d'énergie et de relais d'idées. Nous devons accompagner la politique d'un chef de gouvernement qui n'a qu'une seule alternative : réformer. La France du 21 avril n'a pas connu de transmutation magique par la seule grâce du 5 mai. Si, ce jour-là, la République s'est relevée, la France, elle, est restée atteinte. Déjà, grâce à une politique aussi énergique qu'efficace, ce gouvernement a rendu à la sécurité des biens et des citoyens ses vertus républicaines. Il faut aller plus loin. Aujourd'hui, en cette date anniversaire, nous devons aider le Premier ministre à donner un véritable traitement politique aux maux qui rongent la société française. L'avenir des retraites, la défense du pouvoir d'achat, l'incontournable réforme de l'assurance maladie, la baisse de la pression fiscale et l'intégration des enfants de l'immigration sont autant de priorités, autant de chantiers que nous devons ouvrir alors même que la conjoncture économique se dérobe sous nos pieds. Nous devons faire ce que nos prédécesseurs n'ont pas fait avec moins de moyens qu'ils n'en disposaient pour le faire.

Réconcilier les Français avec la politique est selon moi la responsabilité majeure de nos formations. S'agissant de l'UMP, j'estime même que nous sommes en première ligne. Parce que ce sont nos idées, nos leaders qui sont au pouvoir, au gouvernement comme au Parlement, c'est nous qui sommes donc d'abord en situation de convaincre ou de décevoir. Le 21 avril a non seulement renouvelé notre façon d'envisager l'action politique, mais il a aussi provoqué un sursaut militant chez des citoyens qui s'étaient depuis longtemps détournés de l'engagement politique. Le Parti socialiste a vu affluer les adhésions. A l'UMP, un militant sur deux n'était inscrit dans aucun parti avant de nous rejoindre. Notre responsabilité est immense. Non seulement nous devons inspirer et soutenir la politique du gouvernement, mais nous devons aussi nous montrer capables de construire une nouvelle organisation politique consciente de ses responsabilités civiques.

Cette modernisation des modes d'action au sein d'un parti politique se décline déjà en quelques principes simples et pourtant souvent inédits en France.

Démocratie : le président comme les représentants départementaux de l'UMP sont élus au suffrage universel direct ; c'en est fini des arrangements internes et des combinaisons d'appareil qui décourageaient les militants sincères.

Débat public : sur les retraites par exemple, l'UMP a consulté l'ensemble de ses adhérents ; nous en avons donc terminé des constructions technocratiques imposées par de petits cercles. Après les retraites, nous ouvrirons le débat sur la politique européenne et l'immigration. Il ne doit plus exister de sujets tabous. Le 21 avril nous a montré quel pouvait être le prix du refoulé. Ce débat nous devons l'organiser à l'intérieur du parti bien sûr, avec nos militants et nos sympathisants, mais nous devons aussi le proposer à tous ceux qui ne partagent pas nos idées ou qui ne se reconnaissent pas dans notre politique. Le temps de l'autarcie intellectuelle a vécu.

Transparence : les fédérations conservent désormais le produit de leurs adhésions. Nous en avons terminé avec le contrôle central par l'argent.

Fonctionnement par réseau : Internet doit devenir un instrument privilégié pour vivre la démocratie au quotidien dans le parti. L'information n'est plus un instrument de pouvoir.

Dialogue permanent : les militants sont des citoyens conscients de leur responsabilité civique, ils ne sont pas, comme nous l'avons trop souvent laissé croire, les fantassins dévoués de chefs de clans. Depuis bientôt un an, je parcours les fédérations les unes après les autres et je prends toute la mesure de leurs aspirations. Depuis un an, j'ai décidé de ne plus occuper l'estrade mais de me tenir au milieu de la salle. De là, on entend mieux. Les militants n'attendent plus, comme il y a vingt ans, que nous leur apportions l'information ou les consignes de vote, ils veulent participer au débat et prendre l'initiative. Ils veulent pouvoir vivre la diversité. Il est indispensable que cette diversité s'exprime et que l'expression de cette diversité soit organisée. A nous de transformer les psychodrames d'hier en joyeux happenings démocratiques.

Ces formes nouvelles d'action politique commencent à porter leurs premiers fruits. Les premières réactions que nous enregistrons confirment que cette démarche est la bonne pour regagner la confiance d'une partie de notre population qui s'est longtemps sentie ignorée ou trahie. Nous pouvons être optimistes sur notre capacité de susciter en retour une force d'écoute et de propositions qui soutiendra ceux qui auront le courage d'entreprendre une politique de réformes.

Encore faut-il nous montrer dignes de l'impatience démocratique et d'une nouvelle génération de militants et d'électeurs, à gauche comme à droite, dans la majorité comme dans l'opposition, au gouvernement comme à l'UMP qui soutient son action. C'est ce à quoi nous nous efforçons avec Alain Juppé pour notre formation politique. Par fidélité au sens de cet anniversaire. Pour que plus jamais la France ne s'exprime contre ce qui fait son identité.

(Source http://www.u-m-p.org, le 23 avril 2003)

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