Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur les relations politiques et économiques entre la France et la Chine, la lutte contre l'épidémie de pneumopathie aigüe (SRAS) et la politique de réforme engagée par le gouvernement, Pekin le 26 avril 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur les relations politiques et économiques entre la France et la Chine, la lutte contre l'épidémie de pneumopathie aigüe (SRAS) et la politique de réforme engagée par le gouvernement, Pekin le 26 avril 2003.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Visite de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, en Chine les 25 et 26 avril 2003 : intervention devant la communauté française le 26

ti : " Merci Monsieur l'Ambassadeur, merci à chacune et chacun, d'entre vous, de vous être rendu libre pour cette rencontre. Merci aux ministres qui m'accompagnent et merci aux parlementaires qui ont, avec des chefs d'entreprises, participé aux différentes réunions de travail qui constituaient cette mission. Je suis très heureux d'être avec vous. J'avais plusieurs raisons d'être là, mais il en est une particulièrement importante, c'est que je mesure l'inquiétude à laquelle vous avez à faire face. Les autorités de la France doivent être parmi les Français, avec les Français, à chaque fois qu'il y a des inquiétudes et à chaque fois qu'il y a des difficultés. Et c'est pour ça que je suis très sincèrement heureux de vous rencontrer aujourd'hui, à l'occasion d'un voyage stratégique et politique important. C'est aussi un message de fidélité et de proximité avec toutes les Françaises et tous les Français qui, en Chine, ici portent nos belles couleurs, du bleu, du blanc et du rouge. Avec leur exercice professionnel, avec leurs responsabilités familiales, ils doivent faire face à des difficultés, que je mesure et pour lesquelles je suis venu, à la fois vous exprimez la solidarité de la France, mais aussi notre grande disponibilité.

Je voudrais vous dire, qu'en ce qui concerne d'abord l'inquiétude que nous partageons tous, sur la situation du SRAS, je crois que, quelques mots doivent marquer cette situation. D'abord je peux vous dire, après avoir eu des contacts avec les hautes autorités chinoises, que maintenant le dossier est au sommet de l'Etat et c'est un dossier qui est considéré comme une priorité nationale. L'ensemble des autorités chinoises se sent mobilisé dans une bataille qu'ils qualifient, eux-mêmes, de guerre contre le virus, pour le maîtriser et donc en faire vraiment une priorité. Il a fallu que le dossier monte au sommet. Mais je peux vous dire qu'aujourd'hui, dans les conversations que j'ai eues avec le Président, avec le Premier ministre, l'essentiel des interventions était sur ce sujet. Je crois donc que la première des exigences est, aujourd'hui acquise : c'est celle de la transparence. Il est évident que nous avons besoin, vous avez besoin, et je leur ai demandé, que l'information soit claire, que l'information soit précise, pour que l'on puisse apprécier la situation et éviter les phénomènes de rumeur ou les phénomènes de panique, qui sont liés, en général, à une mauvaise information et que l'on peut contrer dès que l'on a une information, dans laquelle on peut avoir confiance. Il est évident que nous avons la possibilité d'exprimer, aux autorités chinoises, notre mobilisation et nous-même en France et avec l'Ambassadeur, auprès de l'ensemble des ressortissants, d'être particulièrement vigilant. Et je serai particulièrement vigilant, sur le plan de la santé, sur le plan de la recherche ; la France est engagée, via l'OMS, sur ce sujet. Et nous sommes engagés aussi pour éviter tout ostracisme, qui pourrait être exprimé et qu'on a vu, avec regret, en France, sur notre territoire, à l'occasion de délégations venues de Chine. Il s'agit de cas isolés, mais vous pouvez compter, sur nous, pour faire la pédagogie nécessaire. Nous sommes maintenant des vôtres et nous allons expliquer qu'il faut être clair : quand il y a identification du symptôme, il y a prise en charge, mais, dans d'autres cas, il n'y a aucune raison d'avoir des mesures de prise en charge. Donc, il nous faut de la transparence, il nous faut de la vigilance, il nous faut aussi du sang-froid et de la réactivité et être capable, naturellement, de pouvoir agir sur les sujets qui sont très importants.

Je sais que pour vous, par exemple, le dossier de l'éducation est primordial. Et avec Monsieur l'Ambassadeur, nous avons travaillé sur ce sujet. Nous avons demandé aux autorités chinoises, que l'on puisse avoir les moyens médicaux, les suivis nécessaires, pour faire face à cette situation, il est clair que nous mettrons, en face, les moyens pour que nos établissements ne souffrent pas de cette situation qui pourrait les amener à avoir des baisses d'effectifs momentanées, donc à les mettre dans une situation de fragilité momentanée, auxquels nous sommes très attachés. Nous allons créer un nouveau lycée à Shanghai. Nous allons créer 1 300 places au nouveau lycée de Pékin, et nous voulons développer notre action, d'éducation à l'étranger. Nous serons très vigilants pour que l'action d'éducation puisse se dérouler dans des conditions normales. Et surtout, que la pérennité de ces établissements ne soit pas mise en cause par cette situation. Je peux vous assurer de toute notre détermination sur ce sujet. A Matignon, une organisation spécifique a été mise en place. Nous avons une réunion quotidienne avec l'ensemble des partenaires, notamment dans le domaine de la santé et nous serons très vigilants sur ces questions, mais nous sommes aussi très vigilants donc, comme je vous le disais, à ce qu'il n'y ait pas d'ostracisme, qui puisse ainsi s'exprimer.

Je voudrais vous remercier les unes et les autres, de représenter ici la France et vous dire combien j'ai conscience que nous sommes ici dans une région du monde qui va jouer au 21ème siècle un rôle majeur, un rôle important. Et je sens que quelquefois, dans notre pays, en France on n'a pas ce sentiment, en tout cas, pas au degré où il faut l'avoir. Nous sommes, ici, dans un pays qui va organiser les Jeux Olympiques, qui va organiser une Exposition Universelle, qui va être la vitrine du monde, un pays qui a des ambitions, un pays qui a un niveau de croissance important, un pays qui veut faire exister son formidable potentiel. Et la France ne peut pas envisager ce siècle d'avenir, sans avoir des relations partenariales avancées avec la Chine. Je pense que notre esprit, quelquefois cloisonné, doit dépasser cette mentalité un peu fermée pour nous ouvrir à tous ces grands pays émergents, pour lesquels la France, veut jouer toute sa place et tout son rôle. Je suis vraiment convaincu de cela. C'est pour cela que nous participerons aux années croisées. C'est pour cela que nous multiplierons les initiatives dans les années qui viennent, pour faire partager aux Français, cet intérêt pour la Chine, cet intérêt que nous avons à avoir ce dialogue des civilisations. Nous sommes des vieux pays. Nous sommes des pays qui connaissons ce que veut dire l'Histoire, mais nous sommes aussi des pays d'ambition et des pays pour lesquels nous voulons avoir, sur les temps à venir, un rôle à jouer et nous ne nous satisfaisons pas de notre seule histoire. Avec la Chine, il y a des choses en commun à fertiliser et c'est pour ça que je souhaite vraiment qu'avec l'ensemble des moyens, je pense au ministère du Commerce extérieur et à d'autres ministères, évidemment, celui de l'Education, on puisse considérer la Chine comme une priorité de l'action internationale de la France, dans ce nouveau siècle.

Nous avons avec la Chine, sans doute parce que nous sommes des pays de civilisation, conscience du besoin de respecter les autres... Sur le plan international, malgré des histoires politiques bien différentes, nous avons de vraies proximités. Nous ne voulons pas un monde qui serait un monde bipolaire, un monde frontal, un monde animé par une idée qui serait le choc des civilisations. Nous pensons que notre monde est un monde multipolaire, et qu'il faut que les civilisations puissent se respecter, puissent se parler. Dans cette crise irakienne qui a meurtri le monde, nous nous sommes retrouvés souvent, sur des positions communes avec la Chine, parce que nous voulons que le monde puisse s'organiser de manière multipolaire. Nous voulons que l'on puisse se respecter et que l'on ne fasse pas, ni de la civilisation, ni de la culture, ni de la langue, ni de la religion, une occasion de barrière mondiale. Il nous faut surmonter ces barrières-là pour assurer l'avenir de la planète. C'est pour cela qu'avec la Chine, nous avons, depuis 64, mais à l'occasion de cette crise de manière renouvelée, une proximité internationale réelle. Au moment où les amis chinois étaient en difficultés avec le SRAS, j'ai voulu leur montrer que nous étions là, nous les Français. Comme on dit, il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. Eh bien, il n'y a pas d'amitié, il n'y a que des preuves d'amitiés et donc manifestons ces preuves.

Concrètement, c'est au moment où un pays connaît des difficultés qu'il faut lui exprimer cette amitié et ses preuves d'amitié. Nous avons cette confiance dans une vision du monde, partagée et nous voulons poursuivre ce dialogue politique, stratégique, global. Le Président J. Chirac, serait très certainement heureux de pouvoir vous parler. Quand j'ai annoncé que j'allais en Chine, un certain nombre d'amis m'ont dit ; mais est-ce prudent, faut-il le faire ? La réponse du président a été toute simple, il a dit : " quelle chance tu as d'aller en Chine ! " Et donc, il serait sans doute très content de croiser, aujourd'hui, chacun de vos regards. Il a voulu inviter la Chine, à Evian, le 1er juin, parce que nous allons présider le G8 et nous allons faire en sorte que cette grande réunion internationale, intègre les problèmes du développement et les problèmes du Sud. On ne peut pas parler, aujourd'hui, des problèmes du développement, des problèmes du Sud, sans inviter la Chine à s'exprimer et c'est pour cela que j'ai transmis, de la part de J. Chirac, une invitation hier au président chinois, qui m'a dit, qu'il s'y rendrait volontiers, si les situations intérieures le lui permettaient. Mais j'ai confiance en l'avenir pour qu'il puisse participer à cette rencontre importante.

Donc, une grande proximité politique, que nous voulons prolonger, évidemment, par une proximité économique et, là, nous avons des efforts à faire. Parce que, quelquefois, on se fait damer le pion par des amis. Les Italiens, par exemple nous sont passés devant cette année. J'adore l'Italie, mais enfin, ils n'ont pas vocation à être partenaire de la Chine avant la France, quand même ! Donc, nous avons là des objectifs à atteindre, et je voudrais que nous puissions les atteindre. Nous allons essayer de mobiliser nos forces, pour que nous puissions avoir des moyens pour les grands contrats. Avec Airbus, avec le nucléaire, avec Thalès, avec Peugeot, avec Alstom, avec un grand nombre de groupes, avec Groupama, avec le Crédit Lyonnais, on a un certain nombre d'initiatives. Et, ici, il y a de nombreuses entreprises -Carrefour et bien d'autres - qui ont réussi à montrer la présence française. Nous voulons continuer avec notamment, les PME avec l'ensemble du partenariat économique que nous pouvons développer. Nous allons inscrire ces priorités de développement économique. Et, comme le dit le Premier ministre chinois lui-même, nous devons avoir des échanges économiques à la hauteur de notre partenariat politique. C'est un objectif très important, pour une France qui se veut ouverte au monde, ouverte au développement, qui cherche à créer de la richesse et, qui sait que c'est par les échanges que l'on crée de la richesse. Et c'est aussi, par les efforts que l'on crée de la richesse. Je souhaite que l'on puisse faire comprendre, aux Français, par ces efforts que nous pourrons surmonter les difficultés que nous avons nous, à surmonter dans notre pays. Vous vivez dans un pays qui connaît, ici, un taux de croissance de 9 % : j'ai du mal à atteindre ce stade, en ce moment, mais je ne désespère pas, je mobilise ! Mais tout ça pour vous dire que, nous savons bien que c'est par les échanges que nous trouverons du développement, et qu'il faut ouvrir la France pour qu'elle puisse, participer à ce mouvement des échanges qui crée de la croissance.

Nous sommes engagés sur une politique de réforme, pour donner cette force dont la France a besoin dans le 21ème siècle et nous pensons, vraiment, que nous devons développer cette stratégie en réformant d'abord tout ce qui pèse sur les épaules des Français. Tout ce qui pèse en terme de charge, en terme de fiscalité, en terme de lourdeurs, pour libérer les énergies. Cela passe par une réforme de l'Etat. Cela passe par la réforme d'un certain nombre de secteurs, qui sont aujourd'hui face à des impasses. Je pense au système des retraites. Il faut sauver le système de retraites par répartition qui n'est pas aujourd'hui assuré en France, puisque ceux qui paient vont en diminuant et ceux qui touchent vont en augmentant. Il ne faut pas avoir fait forcément l'ENA pour comprendre que cela va mal se passer à un moment ou à un autre. Et, donc, je n'ai fait que l'école de commerce, mais j'ai appris cela. Je fais attention et j'explique aux Français qu'il va falloir la faire cette réforme, et nous la ferons ! Mais nous devons naturellement aussi dire que cela demandera des efforts. La seule chose que peut faire un gouvernement, quand il demande des efforts, c'est de veiller à ce que ces efforts soient équitables. Et c'est l'ambition qui est la mienne de faire en sorte que cette réforme soit acceptée, parce que les efforts seront justes et équitables. Les Français veulent bien des réformes, mais ils veulent des réformes justes et équitables. C'est pour ça que je suis confiant pour cette réforme. Nous l'appliquerons aussi à l'assurance maladie. Nous attaquerons un certain nombre de sujets difficiles, pour lesquels il faut moderniser notre pays pour lui permettre de consacrer ses forces, sur ce qu'est la seule vraie valeur, que la France a fait exister dans le monde et qui créera les richesses nécessaires. C'est la valeur de création, la valeur d'imagination, la valeur d'innovation. C'est en créant de la valeur ajoutée, en créant de la " France ajoutée ", que nous pourrons développer nos produits, nos services partout dans le monde. Ce n'est pas en jouant la standardisation, la banalisation. Il y aura toujours des gens pour produire moins cher que nous, il y aura toujours des gens pour produire avec des quantités plus fortes que nous. C'est l'intelligence de la France, c'est la créativité de la France, c'est tout ce qui peut être l'intelligence de la femme et de l'homme français qui peut, aujourd'hui, être la stratégie internationale de la France. Quand je vois que c'est un architecte français qui, aujourd'hui, va créer ce grand pôle musical, extraordinaire à Pékin et va donner une dimension à la créativité française exceptionnelle, c'est cela qu'il nous faut essayer de développer. C'est pour cela qu'il nous faut nous engager dans cette voie. C'est une voie qui est fondée sur la qualité des femmes, des hommes de notre pays. C'est pour cela que la communauté nationale a besoin de se mobiliser, de se sentir soudée, de ne pas se sentir abandonnée. Et c'est pour ça que je suis avec vous, vous qui êtes les pionniers de ce développement, les pionniers de l'audace, ceux qui ont fait le saut à l'étranger, ceux qui ont cette capacité à se mobiliser, pour affronter le développement sur les terres du monde.

Alors merci à chacune et chacun d'entre vous. Merci à ceux qui nous viennent de Hongkong et qui ont fait le déplacement. Merci à ceux qui viennent de Shanghai, merci à ceux qui viennent de Canton. Oh vous savez je peux continuer, Poitou-Charentes, la Bretagne etc. Non, mais je sais qu'en ce moment se déplacer n'est pas simple et donc je vous suis très sincèrement reconnaissant d'avoir fait le déplacement et, surtout, d'avoir permis aux jeunes qui sont ici, quel que soit leur âge, d'être avec nous et de montrer que la jeunesse de France, est associée à notre rencontre d'aujourd'hui. Et je suis très sensible à la présence des jeunes parmi nous tous. La seule chose que je vous dis en conclusion, c'est qu'il faut avoir confiance dans la France. Aidez-la à retrouver son système institutionnel : aujourd'hui nous avons quitté les systèmes complexes de la cohabitation, où la France parlait de plusieurs voix. Où il y avait à " rive droite ", un palais qui était en concurrence avec un hôtel " rive gauche ". Ce type d'organisation institutionnelle n'est pas très moderne et n'est pas très efficace. Et il est normal que les pays modernes connaissent plutôt les principes de l'alternance, que les principes des complexités et des paralysies. Les Français seront contents, ou ne seront pas contents. Ils assumeront leur choix et normalement, le pays vivra sa vie démocratique. Mais aujourd'hui nous sommes dans une organisation stabilisée autour d'un président de la République, qui a un profond attachement à la culture de notre pays, qui connaît la civilisation chinoise, qui connaît le poids de l'histoire et qui connaît les enjeux de l'avenir. C'est cela qui peut, aussi, pour nous tous, être un ferment d'une action publique, coordonnée et centrée derrière celui qui est élu par les Français, avec un Gouvernement et un Parlement qui est engagé dans les actions de réforme. Nous sommes très mobilisés et nous appartenons les uns et les autres, à une communauté nationale, créative. Nous avons de grandes chances pour ce 21ème siècle. Encore faut-il avoir confiance dans l'avenir et ici, en Chine, comme ailleurs, ne pas avoir peur, merci à tous ! "

(Source http://www.ambafrance-cn.org, le 9 mai 2003)

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