Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à La Provence le 30 avril et à France 2 le 5 mai 2003, sur les journées armées-nation, la restructuration de Giat Industries, la coopération avec la Grande Bretagne sur les armements, l'Europe de la défense, la force d'intervention rapide européenne et l'application de la loi de programmation militaire 2003-2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à La Provence le 30 avril et à France 2 le 5 mai 2003, sur les journées armées-nation, la restructuration de Giat Industries, la coopération avec la Grande Bretagne sur les armements, l'Europe de la défense, la force d'intervention rapide européenne et l'application de la loi de programmation militaire 2003-2008.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, PEYTAVIN Gregory.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : La Provence
Vous fêtez ce matin Camerone à Aubagne. Est-ce un hommage à l'action des légionnaires en Côte d'Ivoire ?

Mme Alliot-Marie
Je suis à Aubagne pour rencontrer la Légion étrangère et célébrer avec vous l'anniversaire de la bataille de Camerone. Ce 30 avril 1863, soixante cinq légionnaires français résistaient à une armée de deux mille hommes. Leur sacrifice nous rappelle combien nous pouvons être fiers de nos légionnaires.
Cette visite est pour moi le premier contact officiel avec la famille légionnaire.
La force de la Légion réside dans la solidarité et l'esprit de corps. A travers la reconnaissance de ses valeurs, je veux apporter mon soutien à tous les militaires qui se préparent en permanence à défendre nos concitoyens et à tous ceux qui sont engagés en opérations extérieures notamment en Côte d'Ivoire.

Les journées armées-nation des 8, 9 et 10 mai sont une première exceptionnelle¿

Les Français ont confiance dans leurs armées. Ils en connaissent le professionnalisme. Les opérations dans les Balkans ou en Afrique en témoignent. De même, les missions conduites dans la lutte contre le terrorisme ou lors de situations de catastrophes. Cette confiance ne suffit pas. Il faut se défier d'une relation qui serait fondée sur une sorte de délégation distante. Les Français doivent entretenir avec les personnels de la Défense des relations de proximité. C'est l'objet des journées Nation-Défense. Elles seront l'occasion de rencontres et de découvertes, en particulier pour les jeunes.

Le plan social chez Giat va se solder par la suppression de 3 000 emplois. La restructuration était-elle inévitable ?

Le déficit accumulé atteint 4 millions d'¿. L'entreprise arrive à la fin du plan de charge des chars Leclerc qui représentait 70 %de l'activité. Les cinq plans sociaux successifs de ces dernières années ont été fondés sur des projections surévaluées. Le gouvernement a choisi de maintenir Giat. Nous tenons à préserver les compétences de Giat Industries et conserver un pôle terrestre compétitif dans un secteur stratégique.
Il faut pour cela un projet industriel viable et solide. Ce projet fait l'objet de discussions entre l'entreprise et ses personnels. Il bénéficiera d'un soutien de l'Etat, dont les engagements sont de plus d'un milliard d'¿. Le reclassement des personnels sera prioritaire. D'ici 2006, nous pourrons apporter des réponses à toutes les situations individuelles et aider à la reconversion des bassins d'emploi.

L'Europe de la Défense est-elle crédible après les divisions avec les Britanniques ?

Les différends que nous avons eus avec les Britanniques ne sont pas un frein à notre défense commune. La crise irakienne n'a pas entamé notre détermination à faire progresser la défense européenne. Au contraire,. Elle a mis en évidence le besoin pour l'Europe d'avoir la capacité d'exprimer sa propre vision des problèmes du monde et de la soutenir par une défense commune crédible. Avec les Britanniques, nous partageons la même conviction que l'Europe doit se doter de capacités de défense renforcées. Des actions de coopération sont conduites dans des programmes significatifs comme l'A400M ou le missile Meteor. Sans oublier les réflexions communes sur les porte-avions. La coopération opérationnelle est importante, notamment entre nos marines et les armées de l'air. Depuis le 31 mars, c'est une force européenne qui assure la mission de stabilisation en Macédoine. Nous y prenons toute notre part. C'est une première expression de l'Europe de la Défense.

Propos recueillis par Grégory Peytavin

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 9 mai 2003)
Q - Il y a eu la loi de Finances, effectivement, le budget.

R - Non. Il y a d'abord eu dès le mois de juillet le collectif budgétaire. J'ai tenu à ce qu'il y ait une somme significative, près d'un milliard d'euros qui soit en grande partie consacrée à remettre en route ce que l'on appelle le MCO, c'est-à-dire le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires.

Q - Puis le projet 2003, puis la loi de programmation militaire qui effectivement annonce des ambitions assez fortes pour l'armée.

R - Tout à fait !

Q - Bon, quand on parle avec les militaires, ils sont sceptiques, parce qu'ils savent quand même, qu'au fil des années, toutes ces lois de programmation militaire qui portent sur cinq ans ont régulièrement été revues à la baisse, parce que c'était ce qu'on appelle, la variable d'ajustement dans le budget. Quand il manquait un peu d'argent, à Bercy, on disait, on va le prendre à l'armée, personne n'y verra rien, et puis les militaires c'est pratique, cela ne râle pas. Alors est-ce que cela va être la même chose cette fois-ci encore ?

R - Il n'en est pas question. C'est vrai que les militaires ont été échaudés, parce qu'aucune loi de programmation n'a été appliquée dès sa première année d'ailleurs. Avec le budget 2003, qui est la première année de la loi de programmation militaire 2003-2008, les militaires ont vu que les engagements avaient été tenus. Ce sera la même chose dans les années à venir. C'est un engagement du président de la République, et du gouvernement de mettre en ¿uvre cette loi de programmation.

Q - Et même avec le chômage qui monte, avec la croissance qui est de moins en moins forte, est-ce que vous ne pensez pas que Bercy, à un moment donné, va dire, attendez, il y a un principe de réalité, il faut bien trouver l'argent quelque part !

R - Les menaces qui pèsent sur les Français sont-elles moins importantes aujourd'hui ? Aujourd'hui, que voyons-nous ? Nous voyons se multiplier les crises régionales. Regardez ce qui vient de se passer en Côte d'Ivoire, mais également aux portes de l'Europe, les Balkans ce n'est pas tout à fait terminé. Nous voyons monter le terrorisme. Nous voyons se multiplier les pays qui disposent d'armes de destruction massive, les armes nucléaires, bactériologiques ou chimiques. Est-ce que c'est raisonnable, est-ce que c'est responsable de dire : on diminue ce qui peut permettre de protéger les Français ? Les Européens ? Je ne le crois pas. C'est l'analyse faite par le gouvernement. C'est la raison pour laquelle nous avons une loi de programmation militaire, qui est une loi forte. C'est aussi la raison pour laquelle elle sera respectée.

Q - Alors, parlons quand même de la Défense et ce à quoi peut servir une armée ? C'est un petit peu l'émission, on se demande un petit peu à quoi peut servir l'armée française, en particulier, et puis quid d'une Défense européenne ? Vous la voyez comment, vous allez en Allemagne demain, vous serez auditionnée par le Bundestag, vous allez parler de tout ça, du "mini-Sommet" de Bruxelles où on a parlé entre la France, le Luxembourg, la Belgique et l'Allemagne, justement d'une armée, d'une Défense européenne. On en est on de ça, est-ce qu'on peut l'envisager quand on voit à quel point les Européens sont divisés, ils l'ont bien montré sur la crise de l'Irak.

R - Un premier exemple, l'armée européenne est aujourd'hui en Macédoine. Depuis le début du mois et pour la première fois, l'Union européenne a pris la relève de l'OTAN et garantit effectivement la paix en Macédoine. C'est certes symbolique. Ils ne sont pas très nombreux, mais cela montre que, pour la première fois, cela existe. Notre problème, c'est effectivement de conforter cela. C'est ce que nous faisons depuis plusieurs mois avec mes collègues ministres de la Défense de l'Union européenne. Et ce que je peux vous dire, c'est que cela marche. C'est-à-dire que l'on avance. Nous avons d'abord déterminé quelles étaient nos lacunes¿

Q - On parle d'un Etat-major, on parle d'une force de réaction rapide, et on en parle régulièrement et puis on ne voit pas grand-chose arriver.

R - D'ici la fin de l'année 2003, la Force d'intervention rapide européenne, 60.000 hommes, nous permettra¿

Q - Projetable à l'étranger ?

R - Soit susceptible d'agir s'il y a une attaque contre un pays européen, soit projetable à l'étranger. Laissez-moi aussi vous rappeler quelque chose : combien de temps avons-nous mis à construire l'Europe monétaire ou l'Europe économique ? L'Europe de la Défense a commencé bien plus tard, nous allons bien plus vite. Et si vous me le permettez, je reprends ce que vous disiez tout à l'heure. On ne se mettra pas d'accord sur les actions à mener. Je distinguerais deux choses : faire une politique extérieure¿

Q - On l'a vu en Irak, c'est compliqué.

R - Non. Ne confondons pas la Défense et les Affaires étrangères. Une politique extérieure fait appel à un passé, à une histoire. Chacun des pays européens a une histoire différente. Ces pays se rapprochent les uns des autres bien entendu et même fortement. Mais il y a encore un certain nombre de différences. En ce qui concerne la Défense, c'est différent. La Défense, c'est en quelque sorte un instrument. Il est important que cet instrument existe pour la crédibilité de la politique étrangère. Qu'est-ce qu'une politique étrangère si l'on n'a pas les moyens matériels de la mettre en oeuvre ?

Q - C'est quand même un petit peu lié. C'est difficile d'imaginer qu'il y ait des choix de Défense qui ne soient pas les mêmes que les choix de politique étrangère.

R - C'est lié, mais pas totalement.

Q - Là, Madame le Ministre, on voit quand même un "mini-Sommet", on en a un peu souri, d'ailleurs, avec la Belgique, on se dit que ce n'est pas ça qui va faire une armée terrible au niveau européen, et sans les Anglais, est-ce qu'on peut faire une Europe de la Défense sans les Anglais ?

R - Il n'est pas question de faire une Europe de la Défense sans les Anglais. Nous travaillons très bien avec les Anglais. Au Sommet du Touquet, nous avons avancé pour construire l'Europe de la Défense avec les Anglais plus qu'on ne l'avait fait au cours de toutes les années passées. Nous avons décidé de faire des choses en commun au niveau de la formation de nos militaires, au niveau de l'équipement matériel. Il est possible que nous fassions en commun des porte-avions avec les Anglais. Nous nous sommes aussi mis d'accord sur, disons pour simplifier, cette Agence européenne de l'armement qui permettra qu'à l'avenir, les pays européens aient des matériels construits en commun, avec donc une industrie de l'armement.

Q - Et à la limite pour faire quoi, on voit ce qui s'est passé sur l'Irak, pour faire quoi, c'est un petit peu la dernière question ; on dit souvent que les Américains font la cuisine et que nous, les Européens, on serait amené à faire la vaisselle derrière, autrement dit ils font la guerre et nous derrière on fait le maintien de la paix, est-ce que ça va être ça l'Europe de la Défense ?

R - Si nous n'avons pas une Europe de la Défense crédible, c'est-à-dire avec les moyens et l'efficacité nécessaires, alors nous serons traités comme des supplétifs. Ce que nous voulons, c'est autre chose. Je crois que l'Europe porte un certain nombre de valeurs, un certain nombre d'idées sur la façon de préserver la paix dans le monde, sur la façon dont on respecte l'identité des peuples. Il faut avoir les moyens de le faire. L'Europe de la Défense, c'est cela ; et la France joue un rôle essentiel dans la construction de cette Europe de la Défense.

(¿)./.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 mai 2003)

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