Interviews de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, dans "Paris Match" le 30 avril, "RMC" le 7 mai, "Le Parisien" les 16 et 18 mai 2003 sur le bilan de la sécurité routière depuis un an, l'installation de boîtes noires dans les voitures, la mise en place de ceintures de sécurité dans les autocars. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interviews de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, dans "Paris Match" le 30 avril, "RMC" le 7 mai, "Le Parisien" les 16 et 18 mai 2003 sur le bilan de la sécurité routière depuis un an, l'installation de boîtes noires dans les voitures, la mise en place de ceintures de sécurité dans les autocars.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, MEILLAUD Laurent, BOURDIN Jean-Jacques, SELLAMI Stéphane, CHANTRY Claire.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer

ti :
RMC (7 mai 2003)

J.-J. Bourdin-. Concernant la route, avez-vous les chiffres pour le mois d'avril ?

- "Pas encore les chiffres du mois d'avril. Les derniers chiffres que j'ai, ce sont ceux de quelques jours, sur le week-end de mai. La tendance baissière est toujours là, avec un petit bémol : c'est que la gravité des accidents a augmenté lors du pont du 1er mai."

Est-ce que l'on sait pourquoi ?

- "Non, mais il y a toujours 25 % de morts en moins. C'est un premier résultat, mais la gravité augmente. Cela veut dire qu'il faut rester très vigilant et qu'il ne faut pas relâcher l'attention. L'effet de la loi sur la sécurité routière n'est pas encore entré en application. Et nous espérons beaucoup qu'avec la campagne de communication qui a lieu actuellement, plus l'effet de la loi dans quelques semaines, de nouveau on va reprendre le chemin de la baisse, que j'espère beaucoup plus forte que 25 %."

Est-ce qu'un jour, nous aurons une boîte noire dans nos voitures ?

- "On peut déjà, dans les jours ou semaines qui viennent, avoir une boîte noire, volontairement. Cela existe, cela coûte encore un petit peu cher, une marque dont je tairais le nom le fabrique déjà. Mais comme ce n'est pas très courant, il n'y a pas encore de baisse des prix par la multiplication des achats. Mais comme nous allons équiper tous les véhicules du ministère de l'Equipement, à partir de 2004, avec cette boîte noire ou une autre, je pense que les prix vont baisser très progressivement et que ce sera abordable pour tout le monde. C'est la première solution. La deuxième, c'est quelque chose qui est beaucoup plus simple que la boîte noire : c'est une espèce de petite puce, qui coûte quelques dizaines d'euros, qu'on pourra mettre dans sa voiture et qui donnera la mémoire des 20 dernières secondes avant un choc. Cette mémoire permettra donc d'expliquer l'accident, de mieux établir peut-être les responsabilités de chacun. Et puis, sachant que la mémoire est là, cela responsabilisera les conducteurs, on fera davantage attention, parce qu'ils sauront qu'on saura."

Est-ce que vous allez imposer cette puce ?

- "Je vais l'imposer dans mon administration..."

Et à tous les Français ?

- "Et bien sûr dans les véhicules des ministres, parce que je crois qu'on doit montrer l'exemple, à partir du moment où on croit en une cause et on croit dans des moyens pour aboutir aux objectifs de cette cause. Par conséquent, on va être exemplaire, au ministère de l'Equipement et des Transports. Et après l'expérience qui aura lieu dans l'administration, on verra si le système ainsi pratiqué est suffisamment judicieux pour faire baisser les accidents, on aura des statistiques. Et si elles sont probantes, on étendra cela très probablement au maximum de véhicules de toute l'administration et, pourquoi pas, la rendre obligatoire. Pour l'instant, la décision n'est pas prise."

Vous y êtes favorable ?

- "Je suis favorable au principe d'avoir effectivement la mémoire, parce que cela peut à la fois défendre les intérêts du conducteur, parce que cela donnera des preuves en cas d'accident. Vous savez qu'il y a des accidents qui se passent en rase campagne, où on ne saura jamais quelles sont les responsabilités, parce qu'il n'y avait pas de témoin. Est-ce que c'était une défaillance mécanique ? Si deux véhicules se percutent, est-ce qu'ils se sont percutés dans le couloir de droite ou dans le couloir de gauche ? Est-ce que quelqu'un ne tenait pas sa droite correctement, était au centre de la route, a fait une fausse manoeuvre ? On ne le saura jamais. Et donc, cette mémoire permet aussi de défendre les intérêts des conducteurs. Mais, en même temps, elle permet de les responsabiliser et donc de mieux respecter les règles de conduite."

Les sénateurs ont imposé, de leur côté, des "régulateurs" de vitesse - ou des "limitateurs" ?!

- "Il y a les deux systèmes ! Il y a les régulateurs, qui permettent par exemple de régler la vitesse constante de son véhicule sur autoroute, par exemple à 129 km/h..."

Cela existe dans les véhicules haut de gamme...

- "Dans les hauts de gamme, mais cela va venir progressivement dans les moyens de gamme et dans les bas de gamme - mais y a-t-il encore des véhicules neufs de "bas de gamme", puisqu'ils sont tous de plus en plus perfectionnés... Cela coûtera de moins en moins cher et c'est intéressant, parce qu'au moins, on règle sa vitesse et on n'a plus qu'à freiner en cas de danger ou de rapprochement d'un autre véhicule. Et puis il y a l'avertisseur de dépassement, qui est par exemple une résistance particulière sur la pédale d'accélérateur, quand vous dépassez une certaine vitesse. Là, vous savez que si vous dépassez par exemple le 130 km/h, il y a une pression supplémentaire à faire sur la pédale d'accélérateur. C'est-à-dire que là, vous prenez vos responsabilités d'une faute, d'une infraction et que donc, vous n'avez aucune excuse si vous recevez derrière une peine sanction, vous n'avez plus qu'à vous en prendre à vous-même."

Vous êtes à l'origine de tout cela...

- "J'assume ! Je sais que ce n'est pas forcément très populaire, mais j'assume."

Est-ce que l'Assemblée nationale va l'entériner ?

- "Oui, bien entendu, parce que l'Assemblée nationale et le Sénat, les élus, les parlementaires sont bien conscients qu'on ne peut pas rester avec des statistiques aussi mauvaises. La France est le mauvais élève de l'Europe. On a deux fois plus d'accidents qu'en Grande-Bretagne. C'est inadmissible, mais c'est surtout beaucoup de vies gâchées, beaucoup de familles qui sont dans la douleur..."

Vous saluez le civisme du conducteur britannique, en le disant "bon élève européen".

- "Oui, parce qu'il est courtois. On peut le constater, quand on va en Grande-Bretagne : on voit d'abord qu'il roule doucement et qu'ensuite, cela ne le dérange pas du tout de laisser quelqu'un qui a la priorité la garder, alors qu'en France, c'est presque à celui qui la prendra par la force."

0,8 gramme d'alcool autorisé en Grande-Bretagne : cela n'empêche pas la Grande-Bretagne d'avoir trois fois moins de morts qu'en France...

- "Mais ils s'interrogent de savoir s'il ne faut pas baisser, et il y a même un débat pour savoir s'il ne faut pas le mettre à zéro. Mais au moins, ils respectent cette limitation. Et puis, ils roulent moins vite. Et pourtant, ils ont des routes qui sont plutôt moins bonnes. Il ne faut pas le dire au ministre des Transports britannique ! Mais ils reconnaissent quand même que leur réseau est moins bon. Peut-être d'ailleurs qu'un bon réseau, c'est, d'une certaine façon, l'invitation à rouler plus vite. Donc, il faut faire très attention en France, parce qu'on a plutôt un bon réseau."

Est-il prévu d'augmenter le nombre d'heures minimum prévues pour l'obtention du permis ?

- "Il est prévu, dans le projet de loi, d'augmenter la durée de l'épreuve pratique elle-même. Elle était de 22 minutes, elle passe à 35. C'est une chose. Mais surtout, dans le projet de loi, il y a une très grande progressivité dans l'apprentissage de la conduite. On commence par les attestations de sécurité routière en Cinquième - même en école primaire d'ailleurs, on donne quelques notions -, puis le Brevet de sécurité routière en troisième, la conduite accompagnée à partir de 16 ans, et de 16 ans à 18, pendant deux ans, et ensuite, le permis de conduire, qui n'est plus un permis définitif, mais un permis probatoire. Et pendant trois ans, vous êtes à l'épreuve et vous n'avez que six points. Et si vous commettez une faute grave - par exemple une alcoolémie au-dessus de 0,5 gramme -, vous perdez votre permis. Là, on a ajouté quelque chose d'intéressant : c'est que pour les personnes qui auront bénéficié de la conduite accompagnée entre 16 et 18 ans, la durée du permis probatoire n'est plus de trois ans, mais de deux ans, c'est-à-dire que l'on considère que les deux années passées en apprentissage avant le permis méritent bien une année de probatoire en moins."

Sur le logement : sera-t-il possible d'obtenir un amortissement fiscal pour l'achat d'appartements anciens, qu'on louera après ?

- "On a passé à l'Assemblée nationale un texte de loi au mois d'avril, à effet du 3 avril, permettant aux investisseurs dans le locatif neuf d'amortir, avec des règles très simplifiées et adoucies. Eh bien, pour la première fois, si le Sénat en décide, je propose cet après-midi aux sénateurs d'inclure l'amortissement pour l'achat de l'ancien, lorsque les biens sont vacants. En clair, il y a aujourd'hui en France, surtout dans les grandes agglomérations alors qu'il y a une forte tension sur le logement, il y a beaucoup de biens qui sont vacants. Pourquoi sont-ils vacants ? Souvent parce qu'ils ne sont pas habitables ou peu habitables, parce qu'il n'y a pas les commodités essentielles, par exemple l'électricité n'est pas réglementaire, il n'y a pas les points d'eau qu'il faut, et donc ceux qui achètent ces appartements, auront le droit de déduire sur leur feuille d'impôt, le prix de l'acquisition et du montant des travaux. C'est la première fois que cela existe, je pense que c'est un très gros encouragement. Nous attendons entre 10 000 et 15 000 logements supplémentaires remis sur le marché grâce à cette mesure qui, je l'espère, sera votée cet après-midi."

Avec une rétroactivité au début du mois d'avril ?

- "Rétroactivité le 3 avril, pour le moment pour les mesures sur le neuf, et sur l'ancien aussi si les sénateurs en décident."

Alors, on pourra déduire de ses impôts. On louera, mais en dessous du prix du marché ?

- "On louera avec un prix de marché qui sera limité, puisque selon les zones, ce prix sera de neuf euros le m2 ou 12,5 ou 18 pour les endroits où les loyers sont les plus élevés."

Et pourtant, en-dessous du prix du marché ?

- "A peu près 10 %. C'est pour éviter qu'il y ait une trop grosse spéculation et surtout, qu'il y ait une inflation du montant des loyers, car on sait qu'aujourd'hui, la tension entre l'offre et la demande fait monter les loyers de façon excessive. Les logements deviennent donc de moins en moins abordables pour beaucoup de Français et là, on limite les loyers à 9, 12,5 et 18 euros le m2. 18 euros, c'est évidemment pour Paris et pour les très grandes agglomérations."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 7 mai 2003)


Rechercher