Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "La Nouvelle république" et "L'Est républicain" le 7, "Le Parisien", "Ouest-France", "La Dépêche du midi", "Le Courrier picard", "La Voix du nord" et à France 2 le 8, et "La Montagne" du 10 mai 2003, sur les journées Nation-Défense, le recrutement de jeunes, la restructuration de Giat Industries et la coopération européenne en matière de défense. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "La Nouvelle république" et "L'Est républicain" le 7, "Le Parisien", "Ouest-France", "La Dépêche du midi", "Le Courrier picard", "La Voix du nord" et à France 2 le 8, et "La Montagne" du 10 mai 2003, sur les journées Nation-Défense, le recrutement de jeunes, la restructuration de Giat Industries et la coopération européenne en matière de défense.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, DIDIER Chantal, HILLION Daniel, BEDEI Jean-Pierre, FAVRE Hervé, LABORDE Françoise, VALES Dominique.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Premières Rencontres Nation-Défense les 8, 9 et 10 mai 2003

ti : Interview à La Nouvelle république le 7 :

La Nouvelle République : Pourquoi proposer aux Français un rendez-vous avec leur Défense ? Pour tisser des liens de confiance ou pour lutter contre les risques de désintérêt ?

Mme Alliot-Marie : Les Français ont confiance dans leurs armées tous les sondages l'attestent. Ils connaissent leur professionnalisme, leur savoir-faire et leur disponibilité. Toutefois cette confiance ne suffit pas si elle conduit nos concitoyens à se désintéresser de notre défense et de son évolution. Nous vivons dans un monde dangereux, instable, avec des crises plus ou moins localisées. Il nous faut donc adapter en permanence notre outil de défense pour garantir notre sécurité. Le gouvernement a engagé le redressement de notre effort de défense dans ce but.

Parallèlement, il est nécessaire que les Français puissent entretenir avec les personnels de la défense des relations de proximité et de connaissance mutuelle. Nous ne devons pas nous contenter d'une relation qui serait fondée sur une sorte de délégation, certes confiante, mais néanmoins distante. Les journées Nation-Défense seront l'occasion d'échanges, de dialogue et de découvertes en particulier pour les jeunes.

Nos armées sont devenues professionnelles. Ont-elles des difficultés à recruter ?

Le changement de format des armées dû à la professionnalisation a été particulièrement bien réussi. C'est un bon exemple de la modernisation de l'Etat.

Le ministère de la Défense est l'une des institutions qui propose le plus grand nombre d'emplois aux jeunes. L'année dernière, 42000 jeunes ont été recrutés. Notre objectif - 30 000 recrutements par an au cours des six prochaines années - sera atteint sans difficulté majeure. Par ailleurs, la loi de programmation militaire a institué un fonds doté de 572 millions d'euros sur six ans qui permettra d'améliorer l'attractivité du recrutement dans certaines spécialités comme l'informatique.

La construction de l'Europe de la Défense vous apparaît-elle aujourd'hui comme une "ardente obligation" ?

Je suis non seulement convaincue mais également confiante. La défense européenne s'appuie essentiellement sur une volonté commune forte de promouvoir la paix sur le continent européen, mais aussi sur des actions concrètes. Je pense en particulier à l'engagement européen en Macédoine où, pour la première fois, l'Union a pris la relève de l'OTAN.

La défense européenne est déjà une réalité mais, elle doit encore progresser. Il nous fait franchir une nouvelle étape dans la construction de l'Europe de la sécurité et de la défense, fondée sur des capacités militaires européennes renforcées, lesquelles contribueront également à donner à l'Alliance atlantique une nouvelle vitalité et ouvriront la voie à une relation transatlantique renouvelée. C'est pourquoi nous avons la ferme intention d'ouvrir des discussions avec l'ensemble de nos partenaires européens.


(source http://www.defense.gouv.fr, le 6 juin 2003)
Interview à l'Est républicain le 7 :

L'Est républicain : Pourquoi inviter les Français à dialoguer avec leurs armées ?

Mme Alliot-Marie : Les Français ont confiance dans leurs armées. Leur professionnalisme, leur savoir-faire et leur disponibilité sont connus et reconnus dans les opérations conduites sur de nombreux théâtres extérieurs, comme par exemple dans les Balkans ou en Afrique. De même, sur le territoire national, les missions des armées et de la gendarmerie conduites contre le terrorisme ou lors des situations de catastrophe sont appréciées par nos concitoyens. Cette confiance ne suffit pas cependant si elle conduit nos compatriotes à se désintéresser des conditions de notre défense et de son évolution. Il faut en effet se défier d'une relation qui serait fondée sur une sorte de délégation, certes confiante, mais néanmoins distante. L'actualité est là pour nous le rappeler, le monde dans lequel nous vivons est dangereux, instable et traversé par de nombreux courants antagonistes. Le gouvernement a le devoir d'adapter en permanence notre outil de défense pour garantir notre sécurité. C'est ce que, conformément aux décisions du Président de la République, le gouvernement a engagé le redressement de notre effort de défense.

Parallèlement, les Français doivent pourvoir entretenir avec les personnels de la Défense, et notamment les militaires d'active et réservistes, des relations de proximité et de connaissance mutuelle.

Comment ces journées se dérouleront-elles ?

L'objet de ces premières journées Nation-Défense est de favoriser cette relation de confiance. Ces journées veulent être une rencontre, un rendez-vous des Français avec leur Défense. Elles doivent être aussi l'occasion d'échanges, de dialogues et de découvertes, en particulier pour les jeunes. Ces journées seront également l'occasion pour les plus anciens de transmettre la mémoire du monde combattant ainsi que de partager les valeurs qui les ont guidées dans leur action.

Il est prévu par exemple dans votre région d'importants défilés interarmées à Metz et Strasbourg le 8 mai. De nombreux régiments seront ouverts au public de nombreux régiments avec des démonstrations des savoir-faire de nos soldats. J'engage vivement nos concitoyens à se rendre sur le site Internet du ministère pour avoir un programme détaillé de ce qui se passe dans leur région.

L'Europe de la Défense ne peut se faire sans les Anglais. Est-elle encore crédible après les divisions dues à la guerre en Irak ?

Le différend que nous avons eu avec eux au sujet de l'Irak n'a pas entamé notre volonté commune de construire ensemble une défense européenne. La dynamique du sommet de Saint Malo, réaffirmée lors du sommet du Touquet le 4 février dernier, est, au même titre que la dynamique de la relation franco-allemande, essentielle à la construction de l'Europe de la défense. Avec nos partenaires britanniques, nous partageons en particulier la même conviction que l'Europe doit se doter de capacités de défense renforcées afin qu'elle puisse pleinement assumer ses responsabilités.

Les progrès dans ce domaine sont cette année particulièrement significatifs, l'UE a pris la relève de l'ONU le 1er janvier 2003 pour la mission de police en Bosnie-Herzégovine et de l'OTAN le 31 mars 2003 pour la mission de stabilisation en Macédoine.

Quelles coopérations peuvent-être engagées ?

Dans le domaine industriel, nous avons avec le Royaume-Uni, comme avec l'Allemagne, des programmes majeurs en coopération ; je citerai notamment l'A400M ou le missile Météor. Nous poursuivons par ailleurs nos réflexions sur les possibilités de coopération franco-britannique pour la construction du deuxième porte-avions inscrit dans notre loi de programmation militaire. Je voudrais souligner enfin que la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni soutiennent conjointement le projet de l'Union de prendre militairement la relève de l'OTAN en Bosnie au début de l'année prochaine.

Dans le difficile contexte budgétaire actuel, la Défense peut-elle préserver ses moyens financiers ?

Dans l'environnement actuel où les crises régionales pouvant porter directement atteinte à la sécurité des Français se multiplient, et où le terrorisme prend des formes de plus en plus diverses, il est capital que nous donnions à notre défense des moyens à la hauteur des besoins de protection de nos concitoyens, des ambitions internationales de la France, en particulier en Europe.

Cela veut également dire que le ministre de la défense que je suis, veillera très attentivement au bon emploi de chaque euro consacré à notre défense, en menant en particulier les actions de modernisation du ministère qui s'imposent. Nous sommes effectivement comptables devant nos concitoyens de l'effort qu'ils consentent en faveur de leur défense.

(Propos recueillis par Chantal Didier)


(source http://www.defense.gouv.fr, le 2 juin 2003)
Interview dans Le Parisien du 8 (extraits) :

Le Parisien :
Pourquoi parrainez-vous des rencontres Nation-Défense ?

Michèle Alliot-Marie :

Les Français doivent mieux connaître leur armée, et les femmes et les hommes qui la servent. Depuis la suppression du service national, il est capital de retisser les liens entre l'armée et la nation.
Nous vivons dans un monde dangereux, où les crises se multiplient, où le risque terroriste s'amplifie. Il ne faudrait pas que les Français se disent : il y a d'excellents professionnels. On leur confie notre Défense. Cela ne nous regarde pas. Sur un autre plan, les armées jouent un rôle social qu'on sous-estime. Non seulement elles recrutent (42 000 engagés cette année), mais c'est une extraordinaire école de formation et, au delà, de promotion sociale. On peut être issu d'un milieu modeste et devenir chef d'état-major. Il faut que cela se sache.

Les militaires seraient-ils des mal-aimés ?

Aujourd'hui, non. Mais, toutes ces années passées, ils ont eu du vague à l'âme, avec le sentiment de ne pas être pris en considération. Quand on manquait d'argent quelque part, c'est toujours dans leur budget qu'on allait puiser. Leurs matériels étaient souvent peu disponibles. De plus, un certain nombre de valeurs, auxquelles ils croient - la France, le drapeau - leur semblaient gommées...

L'armée, a vos yeux, est-elle en état de marche ?

On avait pris énormément de retard. Nous sommes revenus à un niveau normal d'entretien des matériels : la disponibilité moyenne des chars, des avions de combat ou des bâtiments de la marine qui était inférieure à 50 % est remontée à plus de 60 %. Et je souhaite qu'au début 2004 on soit aux alentours de 75%. Car on n'est jamais à 100% compte tenu des temps de révisions nécessaires.

Techniquement, aurait-on pu faire la guerre en Irak ?

Oui. Au-delà des opérations extérieures dans lesquelles nous sommes engagées - l'Afghanistan, le Tchad, les Balkans, la Bosnie, le Kosovo, la Macédoine, la Côté d'Ivoire, la République Centrafricaine - et la contribution des armées au plan Vigipirate, nous sommes à même de conduire à tout moment une autre opération significative si le président de la République le décide.

La loi de programmation militaire résistera-t-elle à la crise, donc à la rigueur ?

Oui. Jusqu'ici, les lois de programmation n'ont jamais été entièrement respectées. Celle -là sera mise en ¿uvre : c'est la volonté du Président de la République et du gouvernement.

Le prochain porte-avions sera-t-il construit en coopération avec les Britanniques ?

La décision sera prise à la fin de cet été, ou au début de l'automne. Mais c'est seulement s'il devait s'agir d'un porte-avions à propulsion classique, et non nucléaire, qu'il pourrait y avoir une vraie coopération avec les Britanniques. Ces derniers, à ce jour, ont fait l'effort, dans leurs choix techniques, de prévoir ce cas de figure. Nous y sommes sensibles.

Où en sont aujourd'hui, les relations franco-américaines ?
Il faut éviter de rentrer dans les dramatisations où le moindre mot, le moindre geste, sont surinterprétés. Les relations internationales imposent du recul, donc de la sérénité. Les politiques sont des gens pragmatiques : ils savent que l'important, ce sont les liens profonds et durables d'amitié et de partenariat entre nos deux pays. J'ajoute qu'il faut éviter les amalgames. S'agissant de l'Irak, Français et Américains n'étaient pas en désaccord sur le fond, mais sur le calendrier et les modalités. Ce qui est préoccupant, en revanche, ce sont les réactions d'une opinion américaine chauffée à blanc par des campagnes politiques et médiatiques qui portent atteintes aux relations transatlantiques. Il sera important que nous fassions passer des messages dans les prochains mois car, sinon, ce phénomène pourrait être profond et durable.

La Pologne est devenue un interlocuteur privilégié de Washington¿

Là non plus, ne surinterprétez pas ! Que les Etats-Unis s'adressent d'abord à ceux qui ont soutenu leur intervention est logique. Au demeurant, les moyens militaires de nos amis polonais sont limités. Quant à la France, elle n'agira pas hors du cadre de l'ONU.

La France et l'Allemagne se sont retrouvées à Bruxelles avec la Belgique, et le Luxembourg pour parler défense. Cela a surpris¿

Encore une fois, ne dramatisez pas ! Il y déjà eu plusieurs mini-sommets ou rencontres bilatérales. Il s'agissait, cette fois, de réunir les pays qui ont une forte volonté de faire avancer l'Europe de la Défense. Ils ont fait des propositions qui ont été accueillies avec intérêt par les autres Européens. Les Quinze veulent tous une Défense commune faite non pas contre l'Otan, mais qui nous permettrait d'agir seuls sur des terrains d'opérations où l'Otan n'irait pas.

Quand s'achèvera l'opération française en Côte d'Ivoire ?

Rapidement, j'espère. Mais il reste des combats sporadiques, et nous devons protéger les ressortissants français et étrangers. Les soldats français apportent, en plus, leur soutien à la force interafricaine pour gagner l'unité de la Côte d'Ivoire, sécuriser ses frontières et permettre au gouvernement ivoirien de réaliser la réconciliation nationale indispensable.

(¿/¿)

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 12 mai 2003)
Interview à Ouest-France le 8 :

Ouest France
Les 8, 9 et 10 mai se tiennent partout en France les journées Nation-Défense. Est-ce à dire que vous craignez, depuis la suppression du service militaire obligatoire, que les Français s'éloignent de leur Armée ?

Mme Alliot-Marie
Ce que j'attends de ces journées, c'est l'instauration d'un vrai dialogue entre les citoyens et leurs soldats. Aujourd'hui, les enquêtes l'attestent, les Français sont fiers de leur armée. Mais, à cause de la suppression du service national obligatoire, d'ici quelques années, une majorité de citoyens français ne saura pas ce que sont les armées. Ce que je crains c'est, qu'à terme, les Français considèrent que la défense est un problème de professionnels et que, partant de là, plus personne ne s'en préoccupe. C'est l'écueil à éviter car les nouveaux types de risques nécessitent que chacun reste vigilant.

Quelles leçons militaires peut-on tirer du conflit irakien ?

Dans le contexte actuel, tirer des leçons du conflit est prématuré. Les urgences sont vraiment ailleurs, notamment dans la résolution des questions humanitaires et plus largement, dans la reconstruction de l'Irak. Il est indispensable que les Nations Unies reprennent totalement leur rôle. Néanmoins, une première analyse sommaire du conflit confortent les choix faits par la France dans la loi de programmation militaire. Ils peuvent se résumer du point de vue militaire à trois maîtres mots : maîtrise du renseignement et des moyens d'appréciation de situation, capacité d'action et de frappe dans la profondeur, renforcement des moyens de protection et de mobilité.

On a pu constater que si la guerre aérienne a été déterminante, le rôle des chars demeure d'actualité. Ne craignez vous pas que nous ayons à regretter l'absence de recapitalisation du GIAT ?

Le déficit de Giat atteint 4 milliards d'euros sur dix ans. Aucune entreprise ne peut vivre dans ces conditions. Il fallait donc prendre des décisions pour sauver l'entreprise. Le gouvernement prend des engagement envers Giat dans l'idée de conserver un pôle compétitif de construction d'armement terrestre et stratégique. La loi de programmation militaire 2003-2008 prend en compte les évolutions stratégiques. Aujourd'hui, l'armée française est dotée d'un nombre suffisant de Leclerc. Ce dont nous avons besoin, ce sont plutôt des blindés légers. Ces constructions, ainsi que la fourniture de munitions de moyens et gros calibres, représente un chiffre d'affaire d'environ 458 millions d'¿ par an pour Giat. En outre il faut mettre en ¿uvre un projet ambitieux pour le renouveau de l'entreprise, un projet qui lui permette d'atteindre rapidement la rentabilité nécessaire et de conclure les partenariats, notamment européens,

Quelles sont sur le terrain, site par site, les conséquences industrielles de la loi de programmation militaire ?

La loi de programmation porte les crédits d'équipement et de recherche à 18,84 milliards d'euros, en moyenne annuelle sur la durée de la loi. Pour la première fois, la loi de programmation prévoit les ressources nécessaires à la restauration de la disponibilité des matériels. Elle ouvre donc des perspectives aux industriels de la défense, en particulier pour DCN qui deviendra une véritable entreprise le 31 mai. Les perspectives offertes, tant par la loi de programmation militaire que par les possibilités de prise de commandes à l'exportation, permettront à DCN de conforter son rôle d'acteur majeur de l'industrie navale européenne et d'assurer la pérennité des emplois qui y sont liés ; la direction prévoit d'ailleurs que des recrutements dans certaines spécialités seront nécessaires. L'effectif de l'entreprise prévu à la fin de 2005 est de 12 300 personnes. Aucun plan social n'est envisagé. S'agissant des sites de Brest, Lorient, Cherbourg, leurs spécialités principales sont confirmées. Par ailleurs, la loi de programmation militaire relance l'effort de recherche de défense. Des sites comme celui de Bruz ou d'Indret y trouveront leur part.

Ne faudrait-il pas, avec les différents pays d'Europe, rationaliser le marché des armements ?

Vous avez raison, il ne peut y avoir d'Europe de la défense sans une industrie européenne de l'armement forte. C'est pourquoi nous estimons que la coopération et les regroupements entre les industries de défense des États membres doivent s'approfondir et que l'industrie française doit y contribuer de façon active. C'est pourquoi la France privilégie les programmes d'armement menés en coopération. La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie ont créé, en 1996, l'Organisation Conjointe de Coopération en matière d'Armement (OCCAR). Celle-ci s'est vu confier la conduite de plusieurs programmes européens d'armement majeurs comme les missiles Hot, Milan, et Roland ou l'hélicoptère Tigre ; le prochain programme géré par l'OCCAR sera celui de l'avion de transport A400M. Afin d'aller plus loin encore dans ce sens, la France, l'Allemagne et la Grande Bretagne préconisent la mise en place d'une agence intergouvernementale de développement et d'acquisition des capacités de défense au sein de l'Union Européenne, dont un des rôles serait d'accroître l'optimisation de nos capacités.

(¿/¿)

(Propos recueillis par Daniel Hillion)

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 19 mai 2003)

Interview à La Dépèche du midi le 8 :

La Dépêche du Midi
A quoi servent ces journées de la Défense ?

Mme Alliot-Marie
Les premières Rencontres Nation-Défense, organisées sur l'ensemble du territoire, sont tout d'abord un rendez-vous des Français avec leur défense, avec celles et ceux, militaires et civils, d'active et réservistes, qui y participent directement.
Nous vivons dans un monde où le danger existe, dans un monde instable. Il est donc de notre devoir d'adapter en permanence notre outil de défense pour garantir notre sécurité. C'est la raison pour laquelle, conformément aux décisions du Président de la République, le gouvernement a engagé le redressement de notre effort de défense afin de garantir notre sécurité et notre autonomie de décision, tout en jouant un rôle majeur dans la construction de l'Europe de la Défense. Il parait donc important que les Français aient la possibilité d'entretenir avec les personnels de la défense des relations de proximité. Tout au long de ces trois jours, dans plus d'une centaine de villes en France seront mis en avant les personnels et les matériels militaires comme par exemple à Toulouse, à Foix, à Cahors, à Pau ou à Carcassonne. A Toulouse, le 9 mai par exemple, sur la place du Capitole sont prévus des sauts en parachute, des démonstrations de technique d'autodéfense ainsi qu'un grand concert le 10 mai avec 300 choristes.


La restructuration de Giat Industries n'est-elle pas précipitée ?

Il n'y a pas précipitation. Il y avait une urgence, d'ailleurs connue depuis plusieurs années. C'est l'existence même de l'entreprise qui était en jeu avec un déficit de 4 milliards d'euros. L'avenir de Giat Industries fait l'objet actuellement, sur la base des propositions de l'entreprise d'une concertation approfondie avec les syndicats, les personnels et les élus locaux. J'y suis personnellement très attentive. Conserver un pôle compétitif de construction d'armement terrestre est stratégique pour notre industrie de défense, tant au niveau national qu'au niveau européen. Les besoins des armées constituent en effet un élément déterminant du futur chiffre d'affaires de Giat, et la loi de programmation militaire 2003-2008 en constitue à cet égard la référence. Elle représente un chiffre d'affaires d'environ 458M ¿ par an pour Giat. Il faut aujourd'hui mettre en ¿uvre un projet ambitieux pour le renouveau de Giat, un projet qui lui permette d'atteindre rapidement la rentabilité nécessaire et de conclure les partenariats, notamment européens, à la hauteur de l'ambition que nous avons pour l'entreprise. Celle-ci bénéficiera d'un soutien de l'État, dont les engagements représentent au total plus d'un milliard d'euros. Le reclassement des personnels, dont les postes seront supprimés, recevra une priorité absolue.

Propos recueillis par Jean-Pierre Bédéï)
(¿/¿)
(Source http://www.defense.gouv.fr, le 19 mai 2003)

Interview au Courrier picard le 8 :

Le Courrier Picard : Les liens entre l'armée et le pays se seraient-ils distendus du fait, notamment, de la fin du service militaire ?

Mme Alliot-Marie : Avec la suspension du service national, le lien entre les armées et le pays s'est transformé, diversifié, mais reste, je peux vous l'assurer, aussi fort qu'à l'époque du service militaire. Les armées en effet rencontrent 800 000 jeunes par an lors des journées d'appel à la préparation de défense. Elles disposent de relais incomparables vers tous nos concitoyens grâce aux réservistes, que je souhaite renforcer, et au presque 11 000 correspondants locaux de la Défense dans les conseils municipaux. Enfin, je rappelle qu'elles sont le premier recruteur de jeunes au niveau national avec 30 000 emplois offerts chaque année.

Êtes-vous optimiste sur la création d'une Europe de la Défense ? Quel en serait le noyau dur et pourquoi ?

Optimiste, oui, je le suis. L'Europe de la Défense est déjà une réalité, la présence de nos soldats dans les Balkans le prouve. Depuis le 31 mars, c'est une force européenne qui assure la mission de stabilisation en Macédoine.

Comme l'ont déclaré les chefs d'Etat et de gouvernement lors de la réunion de Bruxelles, le 29 avril 2003, le moment est venu de franchir une nouvelle étape dans la construction de l'Europe de la sécurité et de la Défense, fondée sur des capacités militaires européennes renforcées qui contribueront également à donner à l'Alliance atlantique une nouvelle vitalité et ouvriront la voie à une relation transatlantique renouvelée.

L'industrie militaire française licencie. Quelles solutions proposez-vous pour préserver ce qui nous reste de cette industrie ?

Il est vrai que, comme d'autres secteurs, elle est en proie à une vive concurrence, qui l'oblige plus que jamais à renforcer sa compétitivité.

Giat a connu depuis plus de 10 ans de graves difficultés financières. Son déficit cumulé est de 4 milliards d'euros. A mon arrivée, j'ai constaté que cette entreprise était menacée dans son existence même. Parce que conserver un pôle compétitif de construction d'armement terrestre nous a paru essentiel, l'Etat a décidé de soutenir la transformation de Giat en une entreprise viable.

Le gouvernement prend des engagements envers Giat. Les besoins des armées constituent un élément déterminant du futur chiffre d'affaires de l'entreprise. La loi de programmation militaire 2003-2008 prévoit ainsi la construction du VBCI, la maintenance des Leclerc et des AMX 10 P ainsi que la fourniture de munitions de moyens et gros calibres. Tout cela représente un chiffre d'affaires d'environs 458 M ¿ par an pour Giat.


(source http://www.defense.gouv.fr, le 6 juin 2003)
Interview à La Voix du nord le 8 :

La Voix du Nord : Ces premières journées Nation-Défense signifient elles que l'armée professionnelle a des difficultés de recrutement ?

Mme Alliot-Marie : En 2002, près de 42 000 jeunes ont été recrutés par le ministère de la Défense. Pour les six années à venir, nos objectifs de recrutement sont de l'ordre de 30 000 personnes par an. Aujourd'hui, les armées n'ont pas de difficultés particulières pour recruter. Nous restons vigilants sur ce sujet en fonction des évolutions du marché du travail. C'est la raison pour laquelle la loi de programmation 2003-2008 a institué un fonds qui vise en particulier à améliorer l'attractivité du recrutement dans certaines spécialités des armées.

Ces journées Nation-Défense veulent être un rendez-vous des Français avec leur Défense. Les Français ont certes confiance dans leurs armées, mais cette confiance ne suffit pas cependant si elle conduit nos compatriotes à se désintéresser des conditions de notre défense et de son évolution.

En prenant vos fonctions, il y a un an, vous dressiez un tableau préoccupant de la disponibilité des matériels de nos armées ?

En effet, en mai 2002, la disponibilité des matériels était très affectée par la baisse continue depuis cinq ans des crédits qui leur étaient consacrés. Il en résultait un taux de disponibilité trop faible, qu'il s'agisse des hélicoptères, des avions mais également des bâtiments de la Marine.

Depuis, des moyens financiers significatifs ont été consacrés à l'entretien des matériels. L'effort budgétaire très substantiel permettra d'améliorer la situation progressivement.

D'ores et déjà, les mesures commencent à porter leurs fruits, notamment grâce à l'efficacité des organismes centraux chargés de la maintenance, mais aussi de la réorganisation des modes de relations entre armées et industriels. Nous visons un taux moyen de disponibilité de 75 %, d'ici la fin de l'année 2003. Les matériels seront ainsi plus proches de ceux que l'on est en droit d'attendre pour une armée professionnelle moderne.

Au regard des moyens déployés par les Américains en Irak, le fossé avec l'Europe n'est-il pas encore plus profond qu'en 1991, lors de la première guerre du Golfe ?

Ces comparaisons n'ont pas grande signification, les objectifs de nos politiques de défense n'étant pas de même nature. Je veux néanmoins souligner que les choix faits par la France dans la loi de programmation militaire 2003-2008 peuvent se résumer du point de vue militaire à trois maîtres-mots : maîtrise du renseignement et des moyens d'appréciation de situations, capacité d'action et de frappe dans la profondeur, renforcement des moyens de protection et de mobilité. Je ne pense donc pas que nous ayons à rougir de nos armées, au contraire, car ces objectifs sont ceux qui nous permettront de jouer un rôle moteur en Europe, tout en continuant de travailler avec les Américains chaque fois que nous le déciderons.


(Propos recueillis par Hervé Favre)


(source http://www.defense.gouv.fr, le 6 juin 2003)
Interview à France 2 le 8 :

Françoise Laborde :
Bonjour. Michèle Alliot-Marie, en effet, est l'invitée aujourd'hui, j'allais dire le choix s'est presque imposé de lui-même en ce 8 mai, journée de commémoration, on va évoquer aussi les trois jours de la Défense, mais avant d'évoquer tout cela, je voudrais, Madame Alliot-Marie, revenir sur il y a un an. Vous preniez vos fonctions, et dans des conditions j'allais dire extrêmement difficiles, puisque vous étiez tout de suite plongée au c¿ur du sujet, si je puis dire avec l'attentat de Karachi.

Michèle Alliot-Marie :
Oui effectivement. Quelques heures après la passation de pouvoir, j'ai reçu un coup de téléphone. Je crois qu'il était six heures moins le quart du matin, pour m'annoncer ce drame horrible. Onze personnes relevant de la Direction des Constructions Navales, la DCN, avaient trouvé la mort et un grand nombre d'autres étaient blessés. Je suis partie là-bas immédiatement. Je dois dire que c'était un choc émotionnel extrêmement fort. Cela m'a aussi probablement permis de voir subitement fonctionner cette maison, cette immense maison qu'est la Défense Nationale.

C'est-à-dire qu'il y a un effet de solidarité de mis en place instantané qui est fait.

Instantané. A la fois un formidable professionnalisme, et en même temps je dirais, le sens de la famille. Tout le monde était mobilisé pour secourir les familles, pour essayer d'aider ceux qui étaient blessés. Tout s'est mis en place très vite. Aucune autre organisation n'aurait été capable de réunir comme cela, en l'espace de quelques heures à la fois des médecins, des matériels et de tout mettre en place. Cela a été un double choc : à la fois celui du drame et celui aussi de l'admiration pour ces hommes et ces femmes de la Défense qui sont capables, en si peu de temps, de faire face à n'importe quelle situation dans le monde.

Vous être la première femme à occuper ce poste, alors au fil de cette année, de ces 12 derniers mois, vous avez senti que c'était parfois difficile ou pas, vous ne vous êtes jamais trouvée dans une situation un peu compliquée sur le plan personnel, vous avez découvert des choses comme cela.

Non. Ce sont, au contraire, des gens sont extrêmement ouverts, dès lors qu'on leur prouve que l'on s'intéresse totalement à leurs problèmes, que l'on comprend ce qu'est à la fois leur professionnalisme et leur éthique. Les choses sont, au contraire, très facilitées, parce que ce sont de remarquables professionnels.

On a eu le sentiment, on a lu d'ailleurs ici ou là parfois que vous aviez, comment dire, une vision un peu plus diplomatique peut-être que purement militaire de votre portefeuille, est-ce que c'est vrai, est-ce que vous avez une façon un peu différente de regarder ce poste de ministre de la Défense ?

Ecoutez, qu'est-ce que sont les armées de la France ? Ce sont à la fois les hommes et les femmes qui protègent notre territoire, qui protègent nos concitoyens, et qui les protègent en France et partout dans le monde. Il est évident que la diplomatie et la Défense sont extrêmement liées. La Défense n'a de sens que dans le cadre d'une vision diplomatique, d'une vision des relations extérieures qui est celle du président de la République. Inversement, pour être crédible, la diplomatie a également besoin d'avoir une défense forte. Il y a donc une imbrication des deux. Nos soldats sont sur de nombreux théâtres extérieurs, comme aujourd'hui en Afghanistan...

En Côte d'Ivoire.

Ils sont en Côte d'Ivoire. Ils sont en Afghanistan. Ils sont au Kosovo, en Bosnie ou en Macédoine pour garantir la stabilité de ces pays qui est très importante pour la France. Nous avons également des liens de coopération avec de nombreux pays afin de les aider à maintenir des zones de stabilité dans le monde. Nous sommes dans un monde dangereux, avec des crises un peu partout. Il est bon que la France, avec ses idéaux, puisse aider les pays à maintenir la paix, parce que c'est aussi la nôtre qui est en jeu.

Puisque vous parlez de coopération, comment ça se passe avec votre homologue américain, Donald Rumsfeld, les relations sont bonnes, tendues, amicales, vous vous téléphonez de temps en temps ?

Je dirais que ce sont des relations professionnelles. Je pense qu'il est effectivement important que la France s'exprime. Le fait d'être alliés, le fait d'être partenaires, cela implique du respect de part et d'autre. Cela implique également une capacité d'écoute, et il m'est arrivé de le rappeler à Monsieur Rumsfeld.

Vous voulez dire que, parfois, Donald Rumsfeld est allé un peu loin sur ce qu'il a pu dire à propos de la France ?

Les relations entre deux pays alliés et amis comme les Etats-Unis et la France doivent éviter toutes les polémiques.

Et après l'Irak, ça reste encore plus vrai qu'avant ?
Après l'Irak, cela reste encore plus vrai qu'avant bien entendu.

Alors, justement, l'Europe de la Défense avance un petit peu, pas à pas, avec un petit groupe pour le moment, ce qui inquiète d'ailleurs certains de nos partenaires, comment ça s'organise cette Europe de la Défense, il va y avoir une sorte de premier groupe, de noyau dur, qui peu à peu se met en place et puis d'autres viendront s'agréger autour ?

Non. Il y a une volonté unanime de construire une Europe de la Défense parce que c'est la garantie à la fois de la stabilité de notre continent et aussi de la capacité de l'expression de l'Europe. Cette volonté est en effet venue bien après. C'est simplement à partir de Saint-Malo, il y a donc peu de temps, que l'on a vraiment avancé dans l'Europe de la Défense alors que l'on avait commencé bien avant avec l'Europe économique ou l'Europe monétaire. Aujourd'hui, cela s'accélère effectivement très vit, comme le montre la première opération en Macédoine où l'Europe de la Défense a pris le relais de l'OTAN. Il y aura la Bosnie l'année prochaine. Les choses se mettent en place. Il faut bien sur que cela avance davantage. Mais il est normal que certains pays, parce qu'ils sont peut-être plus impliqués, je pense à l'Allemagne, mais également à la Grande-Bretagne, à l'Espagne ou à l'Italie, essaient de faire davantage avancer les choses. La réunion qui a eu lieu à Bruxelles est aujourd'hui ressentie par la plupart des pays européens comme une contribution importante pour faire avancer l'Europe de la Défense. Lorsque l'on décide de la force d'intervention rapide européenne qui nous permettra, lorsque nous l'aurons décidé politiquement, d'être ensemble sur le théâtre d'opérations, c'est quelque chose d'important. Lorsque l'on crée l'agence européenne de l'armement, c'est effectivement le début d'une industrie européenne de l'armement. C'est également quelque chose d'extrêmement fort.

Alors votre ministère, vous organisez les premières rencontres de la Défense, c'est le 8 - 9 et 10 mai, c'est fait pour les jeunes.

C'est fait pour tout le monde.

Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes.

Exactement. C'est important. Nous vivons aujourd'hui dans un monde dangereux, avec de multiples crises. Vous en avez cité quelques-unes. Il y a un risque de terrorisme très fort. Nos armées sont effectivement professionnelles, mais il ne faudrait pas que les Français se disent : " Il y a des professionnels pour cela. Nous, on s'en désintéresse ". Je crois qu'il faut que les Français soient sensibilisés aux problèmes de la Défense. Parce qu'elle les concerne aussi et parce qu'il est important qu'il y ait des liens plus étroits entre les hommes et les femmes du ministère de la Défense et l'ensemble des Français. Il faut que les Français sachent quels sont les matériels, quelles sont ces personnes. Cette rencontre est donc organisée sur tout le territoire national. Les anciens combattants, ceux qui ont vécu ces situations de guerre, pourront apporter leur témoignage et dire ce que cela signifie.

Mais cela peut être aussi une occasion de recruter peut-être, de susciter des vocations.

Cela peut certainement être une occasion de susciter des vocations. Les jeunes pourront voir combien les armées sont modernes, quelles sont les technologies appliquées, quelles sont les possibilités de recrutement. Nous avons recruté plus de 40 000 personnes cette année. Il y en aura 30 000 chaque année pendant les six ans qui viennent, avec un système de formation extrêmement performant et un système de promotion sociale que l'on ne trouve dans aucune autre institution en France.

Michèle Alliot-Marie, une toute dernière question politique celle là, on a entendu plusieurs membres de l'UMP dire qu'il fallait que Jacques Chirac soit à nouveau candidat en 2007, est-ce que vous partagez cette conviction, ce souhait, est ce que ce n'est pas un peu tôt ?

Le Président de la République a, pour l'instant, une seule préoccupation : c'est que le gouvernement travaille pour les Français, pour les aider à régler leurs problèmes au quotidien. Et je suis totalement les instructions et l'avis du Président de la République.

Donc, no comment sur une candidature de 2007.

Les Français ont aujourd'hui envie que l'on essaie de régler le problème des retraites, que l'on essaie de trouver des solutions au problème de l'emploi provoqué par la baisse de la croissance, que l'on essaie de trouver des solutions à leurs problèmes de sécurité et que l'on essaie de préserver la paix dans notre pays, en Europe et dans le monde.

Merci Michèle Alliot-Marie d'être venue nous voir ce matin, très bonne journée, vous avez un programme chargé, donc bon courage à vous. Très bonne journée à vous tous qui nous regardez.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 12 mai 2003)

Interview à La Montagne le 10 :

La Montagne
Quel est l'objet de ces rencontres Nation - Défense qui se substituent à la " journée citoyenne " ?

Ces journées sont une rencontre, un rendez-vous des Français avec leur défense, qui doit être l'occasion d'échanges, de dialogues et de découvertes en particulier pour les jeunes. Je tiens à signaler que ces journées sont complémentaires des autres grandes rencontres que nous organisons tout au long de l'année avec nos concitoyens. Elles n'ont nullement vocation à s'y substituer, notamment pas à la journée d'appel de préparation à la défense, qui a une fonction spécifique d'éducation à la défense auprès des jeunes. Je veux ici saluer l'initiative qu'a prise La Montagne d'accueillir, durant ces trois jours, des jeunes pour cette journée. J'y vois, en effet, un signe très positif de la participation que chacun peut avoir pour contribuer à l'éducation à la défense.

De telles rencontres ne témoignent-elles pas d'une crainte qu'une distance s'établisse entre la nation et son armée ?

Les Français ont confiance dans leurs armées, tous les sondages d'opinions l'attestent. Ils connaissent leur professionnalisme, leur savoir-faire et leur disponibilité. Les opérations récentes qui se sont déroulées sur les théâtres extérieurs, en Côte d'Ivoire, en Bosnie et en Afghanistan, en sont d'ailleurs la démonstration. Toutefois, cette confiance ne suffit pas si elle conduit nos concitoyens à se désintéresser de notre défense et de son évolution. Nous vivons dans un monde où le danger existe, dans un monde instable où existent des crises plus ou moins localisées. Tout ceci nous rappelle que nous devons êtres vigilants dans un contexte de menaces diverses, notamment terroristes. Il nous faut donc adapter en permanence notre outil de défense pour garantir notre sécurité. Le gouvernement, conformément aux décisions du Président de la République, a engagé le redressement de notre effort de défense, afin de garantir notre sécurité et nous donner les moyens de la construction de l'Europe de la Défense. Parallèlement, il est nécessaire que les Français aient la possibilité d'entretenir avec les personnels de la Défense des relations de proximité et de connaissance mutuelle. Nous ne devons pas nous contenter d'une relation qui serait fondée sur une sorte de délégation, certes confiante, mais néanmoins distante.

A l'expérience, ne faut-il pas regretter la disparition du service national au regard du civisme et de l'intégration ?

Avec la suspension du service national, le lien entre les armées et le pays se transforme, se diversifie, mais reste fort. Ainsi, les armées rencontrent 800 000 jeunes par an lors des journées d'appel à la préparation de la défense. Elles disposent de relais incomparables vers tous nos concitoyens grâce aux réservistes, que je souhaite renforcer, et aux 11 000 correspondants locaux de défense dans les conseils municipaux .Le lien entre les armées et la nation est un des fondements du civisme dans notre pays, et le gouvernement est très attaché à son renforcement.

Le recrutement des armées se révèle-t-il satisfaisant en termes d'effectifs et de qualité ?

Les métiers militaires intéressent les jeunes. Ils sont très diversifiés et mettent en ¿uvre, pour beaucoup, les technologies les plus avancées. Les jeunes y voient, à juste titre, une opportunité pour acquérir un complément de formation initiale, une occasion d'expérience personnelle exigeante et valorisante. L'armée représente aussi un formidable atout de promotion sociale pour ceux que les circonstances ont désavantagés. Ce ministère est l'institution qui offre le plus le plus grand nombre d'emplois à des jeunes. La tradition d'intégration est très forte.
Ces emplois sont pourvus dans des conditions très satisfaisantes. En 2002, près de 42 000 jeunes ont été recrutés par le ministère de la défense. Nous n'avons donc pas de difficultés de recrutement, sauf dans certaines spécialités en nombre limité, où nous connaissons comme l'ensemble des entreprises, une pénurie relative de candidats : je pense par exemple aux professions médicales ou aux informaticiens. Pour l'avenir, j'estime que nos objectifs de recrutement, qui seront de 30 000 par an dans les six prochaines années, seront atteints. Nous avons, en effet, un dispositif efficace et les campagnes de recrutement conduites par les armées permettent d'obtenir une véritable sensibilisation des jeunes aux perspectives d'emplois que nous offrons et aux actions de reconversion exemplaires que nous menons.

(¿/¿)

(Propos recueillis par Dominique Valès)


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 19 mai 2003)

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