Interview de M. Alain Lambert, ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire, à "LCI" le 7 mai 2003, sur le plan gouvernemental de "gel" des dépenses budgétaires visant à redresser les finances publiques, et fondé sur une meilleure gestion des services publics de l'Etat, notamment au Ministère des finances. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Lambert, ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire, à "LCI" le 7 mai 2003, sur le plan gouvernemental de "gel" des dépenses budgétaires visant à redresser les finances publiques, et fondé sur une meilleure gestion des services publics de l'Etat, notamment au Ministère des finances.

Personnalité, fonction : LAMBERT Alain, HAUSSER Anita.

FRANCE. Ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire

ti : A. Hausser-. C'est aujourd'hui que le Premier ministre envoie les lettres de cadrage aux membres du Gouvernement. Le mot d'ordre c'est "serrez-vous la ceinture ". Mais je voudrais revenir sur l'échange que vous avez avec Matignon à propos du livret A. Vous n'êtes pas ce qu'on appelle un ministre turbulent, mais comme Pénélope, cent fois sur le métier vous remettez votre ouvrage. Vous dites qu'il faut baisser le taux du livret A et, invariablement, on vous répond non.

- "Non ce n 'est pas d'actualité, simplement dans une radio on m'a demandé si mon analyse économique était la même s'agissant du taux d'intérêt du livret A, - j'ai dit qu'elle n'avait pas changé - mais j'aurais dû ajouter en effet que ce n'était pas d'actualité."

Donc l'actualité viendra un week-end de mai, dans un pont. On apprendra ça comme ça ?

- "C'est une décision du Premier ministre, je lui fais tout à fait confiance pour prendre la bonne décision au bon moment."

Et le bon moment ne serait pas déjà venu?

- "C'est une décision du Premier ministre".

Et vous n'avez pas l'intention de l'influencer ou vous n'y arrivez pas?

- "Je lui donne mon sentiment, mais vous savez, sa responsabilité est parfaitement exercée. Il sait dans quel délai il faut prendre les bonnes décisions et je lui fais tout à fait confiance. Mon travail c'est de faire des propositions, ce n'est pas de prendre des décisions."

Oh, si, parfois quand même...

- "En tout cas je crois que s'agissant du livret , ce n'est pas d'actualité, il ne sert à rien d'alimenter la polémique."

La messe est dite pour le moment... C'est vrai qu'il n'y a pas que de bonnes nouvelles en ce moment. Il y a les retraites. C'est un appel à l'effort que J.-P. Raffarin lance ce matin dans les quotidiens. On sent bien que l'opinion est préparée depuis un moment. Il va falloir faire des efforts. Il y a aussi les lettres de cadrage, c'est-à-dire le schéma global du budget, le gel des dépenses.

- "Tout ça ce sont de bonnes. Pour les retraites, c'est sécuriser la retraite pour tous les Français. C'est une très bonne nouvelle, ceci n'avait pas été fait par le précédent gouvernement. Annoncer également aux français qu'on va respecter le fruit de leur travail, c'est-à-dire qu'on va faire en sorte de ne pas prélever davantage sur le fruit de leur travail, ça veut dire d'utiliser les impôts qui sont mis à notre disposition pour gérer le budget dans les meilleures conditions, c'est une bonne nouvelle pour les français. Vous savez, nous parlons beaucoup de la croissance, nous parlons de l'économie, nous parlons de l'emploi, tout ça repose sur le pilier de la confiance. Il faut que les français aient confiance dans leurs responsables. Les responsables politiques qu'ils ont choisis, le nouveau Gouvernement, souhaitent leur dire la vérité, toute la vérité."

Mais il va falloir leur administrer quelques coups de massue, le Gouvernement...

- "Pas du tout, au contraire, il compte euro par euro, car il sait que c'est le fruit, encore une fois, des Français, pour que ces euros soient alloués aux dépenses qui sont nécessaires pour organiser les services de l'Etat, mais il le fait avec parcimonie, avec sérieux."

Pardonnez-moi, mais là, vous êtes dans les généralités. Quand on dit " gel des dépenses pour le budget ", ça veut dire moins de fonctionnaire, moins d'embauche de fonctionnaires l'année prochaine, ça on l'a dit. Aujourd'hui on semble dire que sur ce point le gouvernement recule un peu, donc ce sera moins d'investissement et donc un plan de rigueur, appelons les choses comme elles sont.

- "Cela ne sert à rien de répéter sans arrêt le mot de rigueur, qui n'est pas du tout approprié aux circonstances."

Quel terme emploieriez-vous?

- "Confiance, respect encore une fois de l'argent des français. De quoi s'agit-il ? Il s'agit de dire aux ministres qu'ils bénéficieront des mêmes moyens qu'au cours de l'année 2003."

C'est-à-dire moins, les prix augmentent.

- "Ca veut dire qu'ils ont, chaque année, comme chaque Français, des gains de productivité. Ils ont trouvé dans la gestion de leurs administrations des moyens de faire aussi bien en dépensant moins et dépenser moins, c'est respecter encore une fois le travail des Français. Alors s'agissant des effectifs de la fonction publique, puisque telle est votre question, là encore, ce serait faire offense aux fonctionnaires que de les croire incapables de faire des gains de productivité. Prenons le métier du ministère des Finances. Dans notre métier, c'est du traitement de l'information. Il y une informatisation systématique, il y a l'utilisation des technologies de l'information et de la communication. 600 000 Français ont choisi cette année - et je les en remercie - de faire leur déclaration d'impôt sur le revenu par Internet. C'est autant d'économies de moyens. Tout ça permet de reconduire l'année suivante un budget sur les moyens de l'année précédente et c'est le meilleur moyen de redresser nos finances publiques qui, vous le savez, en ont besoin. "

Aujourd'hui, Libération dit que le ministre des Finances et vous-même, par conséquent, seriez en train de reculer à ce niveau là, au ministère des Finances, puisqu'on parle depuis longtemps d'un plan de rationalisation...

- "Non, ce n'est pas ça. Dans la réalité, le ministre des Finances et moi-même avons dit très souvent : cessons de parler des moyens, c'est-à-dire des crédits budgétaires, parlons des objectifs et des résultats pour les Français. S'agissant des effectifs, c'est la même chose. Ce sont des moyens humains qui sont mis au service des politiques qui sont menées au service des français. Donc ce qui compte c'est les objectifs et les résultats. Dans certains ministères, je vous parlais de ceux, par exemple, qui traitent de l'information. Il y a de tels gains de productivité liés à l'informatisation que nous pouvons davantage réduire les effectifs. Dans d'autres domaines - services à la personne, qu'il s'agisse par exemple de la santé - cela suppose sans doute des accroissements d'effectifs. Donc on ne peut pas fixer une norme identique pour l'ensemble des missions de l'Etat."

Mais là on parle de votre ministère à proprement parlé, car il y a des ministres qui sont tombés sur la réforme du ministère, sur la rationalisation, la réduction des effectifs. Est-ce que vous seriez en train de reculer aussi ?

- "Nous n'avons jamais envisagé de reculer, parce que précisément nous avançons avec sagesse, et nous avançons dans la transparence et nous avançons dans la concertation avec nos ressources humaines. Et elles savent, tous les fonctionnaires de notre ministère savent vers quoi nous allons. Nous nous sommes fixé une belle mission de devenir d'abord la meilleure administration de notre pays et la meilleure administration de notre continent et ceci suppose que nous soyons très performants, que nous nous adaptions à nos missions, et que nous adaptions nos effectifs à nos missions. Et ceci se passe, je pense, dans une bonne compréhension mutuelle."

Ca c'est vous qui le dites, on verra bien par la suite. Il y a une grève.

- " Vous me semblez pessimiste ce matin. "

Un peu sceptique, du moins. Tout va bien également avec Bruxelles qui lance un avertissement à la France à propos de ses déficits, nous nous attirons même un peu les moqueries de nos partenaires allemands qui disent que finalement la France va encore avoir un déficit plus grand que l'Allemagne, alors que la France n'a pas eu à payer la réunification.

- "Sur ces sujets, il n'y a pas de moqueries car nous nous respectons mutuellement, et nous savons que nous sommes tous à l'épreuve. Donc le rappel et les recommandations de Bruxelles sont des recommandations de bon sens, c'est-à-dire qu'il faut revenir à l'équilibre budgétaire, il faut éviter de dépasser le seuil de 3 %. C'est un accident le fait d'avoir dépassé les 3 %. Donc il y aura en effet une recommandation qui sera faite par Bruxelles de revenir en dessous de 3 %. C'est la volonté du Gouvernement et il prendra les moyens pour le faire. Croyez bien qu'il n'y a pas de divergence de point de vue, et il faut d'ailleurs que les autorités françaises..."

Et pour prévenir les accidents, on gèle les crédits, on les réduit c'est ça.

- "S'agissant des gels de crédit, peut-être une explication. Vous savez que dans l'équilibre budgétaire de chaque année ne figurent pas les reports des années précédentes. Or, les reports des années précédentes, en particulier à la fin du précédent gouvernement, ont gonflé d'une manière tout à fait déraisonnable. Donc, comme nous nous sommes fixé de ne pas dépenser un euro de plus en 2003 qu'il ne l'a été autorisé par le Parlement, il faut bien geler les crédits de report, mais en tout état de cause, les ministres auront la totalité des crédits qui ont été votés par le Parlement. "

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 7 mai 2003)

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