Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, président du Pôle républicain, dans "Le Monde" le 5 mai 2003, sur les missions du système éducatif : la transmission du savoir et la pédagogie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, président du Pôle républicain, dans "Le Monde" le 5 mai 2003, sur les missions du système éducatif : la transmission du savoir et la pédagogie.

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre.

FRANCE. Mouvement républicain et citoyen, président

ti : Pensez-vous que le principe de "l'élève au centre du système éducatif" doit être remis en cause, comme le préconise Luc Ferry, ministre de l'éducation ?

Quand j'étais ministre de l'éducation nationale, la querelle faisait déjà rage sur cette question au sein de la gauche et du Parti socialiste. Il y avait deux tendance : celle dite du savoir et la tendance pédagogiste - je dis bien pédagogiste, car je ne nie pas la nécessité de la pédagogie. L'éducation était devenue un enjeu d'autant plus central que le contact avec la Fédération de l'éducation nationale était important pour Lionel Jospin comme pour Laurent Fabius, qui se disputaient le sujet au sein du PS.

Pour moi, l'école doit bien sûr s'adapter à ses élèves mais elle doit surtout transmettre le patrimoine de culture et des savoirs. L'école républicaine doit relever à la fois le défi de la qualité et celui de la quantité. Donc il faut mettre la culture et le savoir au coeur de l'école. Y mettre les élèves peut conduire à un certain jeunisme, à une certaine démission. L'autorité des maîtres est indispensable, même si Célestin Freinet -pédagogue, créateur d'une école expérimentale dans les années 1920-avait raison en son temps de protester contre la rigidité excessive de l'école publique produite par le système des écoles normales qui avaient d'ailleurs beaucoup de mérite. Je constate néanmoins que du pédagogisme a favorisé l'implosion de l'institution scolaire.

Quant à la dépossession des enseignants de leur faculté d'intervention par la loi de 1989, c'est toujours plus subtil. J'avais fait mienne la critique du "réformisme pieux" : j'avais établi des programmes courts et clairs. Les ministres qui m'ont succédé ont revu ces programmes et diffusé des circulaires d'application ou des directives plus ou moins claires. Ces instructions détaillées, personne ne les lit. La profession d'enseignant est, à certains égards, une profession libérale. Il faut qu'il y ait une impulsion coordonnée et durable dans le temps pour imprimer à l'institution scolaire une direction d'ensemble.

C'est pourquoi Luc Ferry devrait s'intéresser de plus près aux IUFM. Au programme de la formation des enseignants devrait en particulier figurer l'apprentissage des missions de l'école publique et de ses valeurs, notamment la laïcité. Entre la prose bien intentionnée, qu'on trouve dans sa "Lettre", et l'action, il y a quand même un écart à combler.

On a tendance à retenir de la loi de 1989 la phrase emblématique sur l'élève au centre du système. Il y avait aussi l'objectif des 80 % au niveau du baccalauréat, reprenant l'orientation que j'avais donnée en 1985. Au milieu des années 1980, il y avait seulement 40 % d'élèves au niveau du baccalauréat. La création du bac professionnel a permis de diversifier les voix d'accès au bac et de revaloriser l'enseignement professionnel. L'orientation en faveur des études longues était donc en marche quand est arrivée la loi de 1989.


(source http://mrc-france.org, le 5 mai 2003)

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