Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur les missions et les compétences des commissaires de police et sur le projet de réforme de l'architecture des corps de la police nationale, à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or le 24 juin 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur les missions et les compétences des commissaires de police et sur le projet de réforme de l'architecture des corps de la police nationale, à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or le 24 juin 2003.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : Cérémonie de sortie de la 53ème promotion (Edmond Dubent) d'élèves commissaires de police à l'Ecole nationale supérieure de la police de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or le 24 juin 2003

ti : Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Vous portez maintenant l'écharpe tricolore et l'épée des commissaires. Je lis dans vos regards, comme dans celui de vos familles, la fierté de porter ces symboles de l'autorité de l'Etat. Votre fierté et votre joie sont légitimes et méritées.

Vous avez choisi un beau métier empreint de responsabilités et d'autorité. J'attends que vous incarniez l'Etat et la dignité de la Police nationale. Mais je sais que votre choix d'être commissaire repose sur une conviction profonde : celle que se dévouer à la protection des Français est la plus noble mission qui soit.

Il y a un an, ici même, je m'engageais à mettre toute mon énergie dans la lutte contre la délinquance. Un travail considérable a été accompli. Deux lois ont été votées, la réforme de l'organisation territoriale de la police et de la gendarmerie nationale a été décidée, l'emploi des forces mobiles a été amélioré, les groupes d'intervention régionaux ont fait la preuve de leur efficacité.

Au-delà de ces réformes, policiers et gendarmes se sont mobilisés pour montrer qu'il était possible et légitime de faire reculer la délinquance en France.

Depuis le début de l'année la baisse du nombre de faits constatés est évaluée à 6 %. La seule délinquance de voie publique a régressé de 12,5 %. Cela, nous le devons à l'action des services que vous aller diriger. C'est ainsi que le nombre de faits élucidés a augmenté de 11 % et les gardes à vue de 12,70 %.

Lorsque je parle de statistiques, je pense d'abord aux victimes évitées qu'elles aient subi la malveillance de voyous ou l'inconscience de conducteurs. Veillons bien à ce que la loi de la force n'ait pas de place dans notre République et que la loi de l'inconscience soit éradiquée des routes.

Mais, mesdames et messieurs les commissaires, il faut encore aller plus loin. Les Français nous le demandent. Leurs attentes sont légitimes. Voici des années que la délinquance augmente, des années que l'on cherche à comprendre, des années que l'on négocie l'application de la loi de la République. Vos efforts doivent être à la hauteur de cette réalité.

Je vous demande d'être courageux et audacieux. Ne craignez pas les critiques mais seulement l'inaction.

Allez au devant des élus et de la population pour leur expliquer votre action. Face à un événement important ne restez pas silencieux. Au contraire n'hésitez pas à communiquer sinon les esprits critiques le feront à votre place.

Les victimes sont ma priorité absolue, elles sont donc la vôtre. Il vous faut veiller à ce qu'elles soient bien accueillies, considérées, et informées de l'avancement des enquêtes les concernant.

Naturellement, ceci ne signifie en rien que l'on peut être négligeant quant aux droits des suspects et même des coupables. Le respect de la déontologie et des règles républicaines est la condition de votre réussite, du soutien de la population et de mon soutien.

Vous avez la responsabilité du respect scrupuleux et quotidien de ces droits. Je pense par exemple aux conditions de garde à vue mais aussi à toutes les exigences des procédures. Le moindre manquement dans un de vos services rejaillirait sur la dignité et la crédibilité de toute la Police Nationale. Je ne tolérerai pas le moindre écart. Je soutiendrai, comme je l'ai déjà fait, ceux qui sont injustement accusés. Je sanctionnerai, comme je l'ai déjà fait, ceux qui portent atteinte à l'honneur de la Police.

Vous le constatez, Mesdames et Messieurs, être commissaire entraîne de nombreuses responsabilités.

La première de ces responsabilités est d'atteindre les objectifs fixés par le Gouvernement. Pour cela, j'attends que vous soyez les fers de lance de la culture du résultat et de l'évaluation. Cette culture, vous devez l'instaurer au sein même de vos équipes. Et je peux vous annoncer que dès l'année prochaine, les mécanismes financiers seront en place pour récompenser les équipes les plus performantes.

De fait, votre responsabilité est aussi d'assumer pleinement la direction des femmes et des hommes placés sous votre autorité. Vous serez respectés par votre autorité et votre exemplarité. Je vous considère comme des décideurs, et j'ai voulus que l'utilisation des moyens comme l'emploi des effectifs soient de votre responsabilité.

Je vous demande également de veiller à la formation continue des personnels dont vous aurez la charge. L'efficacité ne peut dépendre du hasard de rencontres avec des policiers chevronnés. Elle repose sur une logique de remise à niveau permanente. Tel est l'enjeu du schéma directeur de la formation dans la police nationale pour les années 2003-2007.

Diriger exige de conserver un regard ouvert sur l'extérieur. Cette ouverture est fondamentale tant pour identifier de meilleures techniques que pour agir dans des domaines tels que le terrorisme ou la cybercriminalité.

Permettez-moi de saluer ici les vingt-et-un auditeurs étrangers de votre promotion. Je les remercie de leur confiance et du regard qu'ils vous auront fait partager sur les questions de sécurité.

Vous savez que ces propos illustrent aussi un engagement de ma part. Il y a un an, j'ai revalorisé le corps de conception et de direction afin de vous permettre un déroulement indiciaire de carrière équivalent à celui des administrateurs civils et sous-préfets.

Dans mon esprit, cette mesure signifie clairement que vos responsabilités sont celles de la Haute fonction publique. En contrepartie ceci vous impose certaines règles telles que la mobilité fonctionnelle. En outre, il m'apparaît nécessaire de réviser la nomenclature des postes, d'étudier chaque poste pour ne retenir que ceux qui comportent de véritables missions de conception et de direction. Cette démarche pragmatique m'apparaît préférable à la détermination abstraite d'un nombre de poste idéal.

Je viens également de décider de réformer l'architecture des corps de la police nationale, de la repenser en fonction des missions de chacun. Votre rôle de direction sera renforcé. De la même façon, je souhaite que dans chaque corps, les compétences propres des fonctionnaires soient affirmées, et les niveaux de recrutement rehaussés.

Vous avez souhaité que votre promotion porte le nom de Edmond DUBENT pour rendre hommage à un homme qui incarne "l'Honneur de la police".

Edmond DUBENT, résistant actif dès le début de la guerre, a pris tous les risques face à l'occupant. Les autorités américaines lui témoigneront d'ailleurs leur gratitude pour ses actions de sauvetage d'aviateurs tombés sur le sol français.

Son ambition finale était de détruire le siège de la Gestapo de la rue Lauriston. Il est découvert, arrêté en décembre 1943, puis déporté dans plusieurs camps de sinistre mémoire. Il ne livrera aucun de ses secrets jusqu'à sa mort, douze jours avant la libération du camp de Nordhausen.

N'oublions jamais ces hommes qui ne vacillent pas devant le danger et l'horreur tant ils sont portés par leurs convictions. Sa famille porte la fierté et la dignité de sa mémoire. Je les remercie de s'être associés à cette cérémonie et puis les assurer que porter le nom d'Edmond DUBENT est une grande fierté pour les 79 commissaires de cette promotion.

Je vois dans le choix de ce nom, le sens de votre engagement, celui d'être des responsables au service de votre devoir, quels que soient les risques encourus et l'ampleur des difficultés.

Au nom de tous les Français, je vous en remercie.


(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 25 juin 2003)

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