Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité à RTL le 11 juin 2003, sur la réforme des retraites, notamment le débat à l'Assemblée nationale et la mobilisation des partenaires sociaux. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité à RTL le 11 juin 2003, sur la réforme des retraites, notamment le débat à l'Assemblée nationale et la mobilisation des partenaires sociaux.

Personnalité, fonction : FILLON François, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité

ti : Ruth ELKRIEF - Bonjour François Fillon. Les débats commencent à l'Assemblée Nationale sur le projet de réforme des retraites. Ils peuvent se dérouler sereinement, alors que la rue proteste encore ?

Ils vont se dérouler sereinement en tout cas, je l'espère parce que c'est un grand débat, que j'aborde avec une certaine émotion. Cela fait quinze ans pratiquement qu'on parle de la question des retraites dans notre pays, et qu'on ne la traite pas, ou qu'on échoue à la traiter. Tous les autres pays européens ont traité cette question, souvent d'ailleurs avec des solutions qui sont beaucoup moins solidaires et beaucoup moins généreuses que les nôtres. Et donc j'espère que la représentation nationale va saisir cette occasion pour faire de ce débat un grand débat de société.

En même temps, vous pensiez depuis plusieurs mois que l'opinion publique avait évolué, qu'elle soutenait votre projet. Vous vous êtes trompé ?

Je ne crois pas. Il y a des sondages, mais ils sont extrêmement divergents. Et puis au fond, quels que soient les résultats de ces sondages, il faut bien voir que cette réforme est une réforme qui est difficile. Elle est difficile parce qu'elle demande des efforts. Et elle est difficile parce que c'est la première fois depuis très longtemps qu'on propose aux Français des efforts pour un destin collectif, qu'on ne s'adresse pas à telle ou telle catégorie pour lui concéder un avantage ou pour lui faire plaisir. C'est la première fois depuis très longtemps qu'on dit aux Français : "Pour sauver votre régime de protection sociale, comme d'ailleurs pour obtenir un peu plus de croissance, il va falloir travailler un peu plus. " C'est un langage nouveau, qui ne peut pas être compris, comme cela, facilement.

En même temps, vous dites : "On demande un effort collectif. " Les socialistes, qui vont défendre des amendements et un projet alternatif, disent ils, estiment que vous ne demandez pas assez à tous les salariés. Par exemple que vous pourriez augmenter la CSG, que vous pourriez augmenter les cotisations patronales et salariales. Cela permettrait d'adoucir un peu la pilule justement sur l'allongement de la durée de cotisations, ou sur la baisse des pensions. On pourrait rééquilibrer cela par une augmentation des cotisations ?

Premièrement, il n'y aura pas de baisse des pensions si tout le monde accepte de travailler un peu plus longtemps. C'est l'équilibre proposé par la réforme. Deuxièmement, l'allongement de la durée de cotisations est le plus bas en Europe. Je pense quand même qu'il faut que les Français ouvrent les yeux et regardent autour d'eux ce qui se passe. Il n'y a pas un autre pays européen qui a choisi un allongement de durée de cotisations aussi modeste, finalement, que celui que nous proposons. Troisièmement, les socialistes, il y a un domaine dans lequel ils sont formidables : c'est la création d'impôts, de taxes nouvelles, de prélèvements supplémentaires, et si possible pour les générations futures. Nous, nous refusons une réforme des retraites qui viserait simplement, d'abord à handicaper aujourd'hui l'économie et l'emploi, à réduire le pouvoir d'achat des actifs, et surtout à reporter sur la génération prochaine les difficultés, au risque d'ailleurs de voir les générations parce que nous allons assister à un retournement démographique considérable se dresser les unes contres les autres.

Concrètement, vous n'allez accepter aucun amendement pendant le débat parlementaire ? Vous dites : "On y va, la rue proteste, le débat commence, on fonce..."

La rue proteste... ! Certaines catégories de Français qui sont particulièrement concernées par la réforme, protestent ! Ce sont essentiellement ceux qui ne veulent pas accepter l'argument de l'équité, c'est à dire passer de 37 annuités et demie à 40. Ce qui est le fait de tous les Français.

Vous voulez dire les fonctionnaires, les employés des services publics ?...

Bien sûr ! Depuis le début, ce mouvement est en réalité alimenté par le refus de l'équité. Par le refus du passage à 40 annuités. Les amendements, il y en aura bien entendu. Et le Gouvernement est tout à fait prêt à en accepter. Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que cette réforme s'inscrit dans la lignée du Livre Blanc de M. Rocard, de la réforme d'E. Balladur et des travaux du Conseil d'orientation des retraites que L. Jospin avait mis en place. D'ailleurs, sa présidente, il y a très peu de temps, a indiqué à quel point elle se retrouvait dans la réforme des retraites que nous proposons. C'est à dire que c'est vraiment une réforme qui n'est ni de droite, ni de gauche, qui a été négociée avec les organisations syndicales la preuve c'est qu'il y en a plusieurs, dont la CFDT, qui ont accepté de la soutenir. Donc, c'est vrai que la marge de manoeuvre du Parlement face à une réforme qui a été négociée dans ces conditions, n'est pas très importante, mais le Parlement le sait.

J. P. Raffarin a dit qu'il serait prêt à discuter pendant tout l'été s'il le faut. Vous avez prévu une date de vacances pour la famille Fillon ?

Il n'y a pas de date de vacances... Nous sommes à la disposition du Parlement, tout l'été.

Il n'y a pas de limite. Alors parlons quand même des enseignants, car c'est le deuxième front, et il recoupe celui des retraites. Il y a des réunions qui se préparent pour cet après midi avec le ministre de l'Education et le ministre de l'Intérieur. Est ce que les enseignants obtiendront des aménagements sur leur retraite ?

La question des retraites n'est pas sur la table.

On sait très bien qu'elle l'est dans le discours des syndicats...

Non, mais le gouvernement ne la met pas sur la table parce que la question des retraites n'est pas négociable avec telle ou telle catégorie de Français. C'est une réforme globale pour l'ensemble des Français, et les enseignants sont des citoyens français comme les autres. J'ai même envie de dire qu'ils sont porteurs d'un message d'égalité, d'un message lié au service public, qui doit les rendre encore plus exigeants finalement avec leur retraite et leurs droits, que les autres. Ce qui est possible, s'agissant des enseignants comme des autres catégories de Français, c'est des négociations à l''intérieur des branches cette fois ci de l'Education sur la question de la pénibilité. Est ce qu'il y a dans les métiers d'enseignants, certains métiers, ou certains endroits où l'on fait le métier d'enseignant, qui sont plus difficiles que d'autres. Et on peut imaginer, la loi le permet, des aménagements dans ce cadre.

Est ce qu'il y aura aussi des choses proposées sur le rachat des annuités, des années de cotisations, des conditions de financement de ce rachat qui seront plus favorables ?

C'est déjà dans la loi, puisqu'on peut racheter jusqu'à trois années d'études. La question du niveau du coût de ce rachat n'a pas encore été fixée. C'est donc un sujet qui est discutable, et qui est discutable s'agissant de l'Education Nationale, avec l'employeur. En l'occurrence avec l'Etat.

On a le sentiment tout de même que l'accumulation des réformes brouille un peu les messages du Gouvernement et que, finalement, sur l'Education Nationale ça vient brouiller les retraites, on s'attend à l'assurance maladie. Il y a eu les universités. Enfin est ce que franchement vous ne faites pas un peu un mea culpa aujourd'hui : on est allé trop vite, on est allé trop loin, et pas de façon très ordonnée, très organisée ?

Il y a trois mois, on me reprochait d'aller trop lentement. Et c'était un discours général. On l'entendait aussi bien dans les médias que chez mes amis politiques. Non, je crois que si aujourd'hui nous avons ces difficultés, c'est parce que ça fait trop longtemps que le pays attend avant de faire des réformes très importantes. On vient de passer des années à gaspiller notre temps, alors qu'on savait :... L'affaire des retraites, la démographie, sont des sujets qui sont des sujets prévisibles depuis très très longtemps. On a préféré ne pas agir, on a préféré faire des réformes qui flattaient l'égoïsme des Français, au lieu de faire les réformes nécessaires au sauvetage de leur protection sociale, ou à l'amélioration de leur système éducatif. Aujourd'hui on n'a plus le temps. S'agissant des retraites, les difficultés sont là. S'agissant de la Sécurité sociale, les difficultés s'amoncellent. Et s'agissant de l'Education, on voit bien que tous les pays autour de nous jouent toute la bataille de la croissance, et donc de l'emploi, sur la qualité de leur système éducatif. Donc il faut que le Gouvernement maintienne le rythme des réformes, parce que le temps est compté.

C'est pas un peu anxiogène ce discours : il y a urgence, c'est terrible... Vous ne comprenez pas du coup que les Français se disent : "Ca va être dur, c'est très dur ?"

Moi je crois que les Français manifestent très volontiers contre toutes sortes de réformes qui peuvent ici ou là avoir des inconvénients pour eux, mais qu'ils sont encore beaucoup plus sévères avec ceux qui ne font rien ! "



(source http://www.retraites.gouv.fr, le 11 juin 2003)

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