Tribune conjointe de M. Francis Mer, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et de ses homologues allemand et britannique, dans "Les Echos" le 18 juin 2003, en faveur des réformes économiques. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune conjointe de M. Francis Mer, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et de ses homologues allemand et britannique, dans "Les Echos" le 18 juin 2003, en faveur des réformes économiques.

Personnalité, fonction : MER Francis, EICHEL Hans, BROWN Gordon.

FRANCE. Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie; ALLEMAGNE. Ministre des Finances; GRANDE BRETAGNE. Chancelier de l'Echiquier

ti : La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni : ensemble, la réforme pour la croissance

A l'approche du Conseil européen de Thessalonique, il apparaît clairement que le mouvement de réforme économique s'est renforcé en Europe. Nous, ministres des Finances de France, d'Allemagne et du Royaume-Uni, nous sommes tous engagés à réformer nos économies pour mettre en oeuvre les objectifs ambitieux décidés à Lisbonne il y a trois ans. Nous devons donner la priorité à la croissance, à la réforme de nos marchés du travail, pour créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, et à la réforme de nos systèmes de retraite et de santé, afin d'assurer la soutenabilité de nos finances publiques.

Dans le droit-fil du consensus qui s'est dégagé lors du Conseil européen du printemps 2003 et lors des réunions du G7 et du G8 de Deauville et d'Evian, nous poursuivrons une approche sur deux fronts : des politiques macro-économiques axées sur la stabilité et la croissance et des réformes structurelles destinées à mobiliser le fort potentiel de croissance de nos économies. C'est pourquoi nous saluons la récente baisse des taux d'intérêt décidée par la Banque centrale européenne, qui crée les conditions d'un renforcement de la demande intérieure au sein de la zone euro et sommes décidés à poursuivre sur la voie de notre programme de réformes structurelles, afin d'accroître la réactivité de nos économies et leur résistance aux chocs. La monnaie unique européenne renforce également le besoin de conduire des réformes structurelles, tant pour les pays qui ont déjà adopté l'euro que pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, car cela fait partie de leur préparation à rejoindre la zone euro.

A l'échelle européenne, les ministres des Finances des Quinze sont récemment convenus de redoubler d'efforts dans trois secteurs prioritaires. Premièrement, nous nous devons de conduire des politiques macro-économiques saines et de définir des stratégies de recherche et d'innovation à même de stimuler la croissance. La localisation, les matières premières et les capitaux nationaux ne constituent plus aujourd'hui des facteurs de prospérité et de croissance suffisants ; désormais, les clefs de la réussite sont les compétences, le savoir-faire et la créativité. Nous devons également achever et étendre le marché unique, en particulier en ce qui concerne les services financiers, et renforcer la politique de la concurrence, dans un sens plus volontariste. Deuxièmement, nous devons réformer les marchés du travail pour favoriser le retour à l'emploi des 13 millions de demandeurs d'emploi en Europe. Nos marchés du travail doivent gagner en efficacité, en capacité d'intégration et en adaptabilité et offrir des possibilités meilleures et plus nombreuses à tous les actifs, en particulier aux plus âgés et aux moins qualifiés. Troisièmement, nous devons réformer progressivement nos systèmes de retraite et de santé afin de garantir la soutenabilité des finances publiques à long terme et de limiter le fardeau pour les générations futures.

Au sein de l'Union européenne, les défis de la modernisation de l'économie varient d'un pays à l'autre. En Allemagne, la modernisation du système de sécurité sociale et du marché du travail est au c¿ur du programme de réforme du gouvernement fédéral, l'Agenda 2010. Les mesures envisagées sont centrées sur la réforme du régime d'assurance-santé obligatoire et sur une plus grande flexibilité du marché du travail. L'achèvement de la réforme fiscale en cours viendra compléter ces différentes mesures et permettra de stimuler l'activité économique grâce à de nouvelles améliorations du système fiscal et des allégements d'impôts. D'autres initiatives contribueront à mettre en place un cadre plus favorable aux petites et moyennes entreprises et à promouvoir l'investissement dans le capital humain.

En France, les défis à relever en priorité sont ceux liés au vieillissement de la population et à la valorisation du travail. La réforme du système des retraites est en cours, y compris les mesures incitant au maintien en activité des travailleurs les plus âgés ; et le gouvernement va s'attacher à apporter des améliorations au système de santé dans l'année qui vient. De nouvelles mesures sont également mises en place pour encourager l'innovation et développer l'esprit d'entreprise, et des réformes sont menées pour accroître l'efficacité de l'action publique : modernisation de l'organisation de l'Etat et décentralisation, qui permet de rapprocher la décision du citoyen.

Enfin, au Royaume-Uni, l'objectif prioritaire est d'accroître la productivité et de s'attaquer à la sous-qualification et à la stagnation du marché de l'emploi. Bien que le niveau de l'emploi soit élevé, une part trop importante de la population est encore exclue du marché du travail, avec tous les problèmes de pauvreté et d'exclusion sociale que cela implique. Les efforts se portent désormais davantage sur la formation et la qualification avec la poursuite de la mise en oeuvre du crédit d'impôt en faveur de l'emploi afin de valoriser le travail, un recentrage du programme "New deal", de telle sorte que les opportunités qu'il offre soient assorties de l'obligation d'en tirer le meilleur parti, et l'introduction d'une série de mesures pour améliorer la productivité et la concurrence.

Mais les responsabilités de l'Europe ne s'arrêtent pas à ses frontières. Il nous faut aussi regarder à l'extérieur, avoir une vision plus vaste. Nous sommes déterminés à atteindre les objectifs et à respecter le calendrier général fixés par le programme de Doha pour le développement, et à permettre que la conférence de l'OMC qui doit se tenir dans quelques mois à Cancun prenne les décisions nécessaires à leur concrétisation. Nous nous devons également de placer l'Europe au c¿ur des nouvelles relations entre pays développés et pays en développement en unissant nos efforts pour que la Déclaration du millénaire, et notamment les Objectifs du millénaire pour le développement, se concrétisent et que des progrès notables soient faits en matière de lutte contre la pauvreté au niveau mondial. En outre, le défi que constituent des marchés financiers de plus en plus intégrés au niveau mondial nécessite un dialogue renforcé entre l'Europe et les Etats-Unis, comme nous avons commencé à le faire, par exemple sur les normes comptables.

Ce sont là autant de défis à relever. Mais il faut assurer au mieux l'avenir économique de l'Europe. Nous, ministres des Finances des trois plus grandes puissances économiques européennes, continuerons de travailler ensemble et avec nos collègues à la poursuite des réformes tant au niveau national qu'aux niveaux européen et mondial. Notre objectif est une Europe davantage tournée vers l'extérieur, plus réactive et plus unie, prête à jouer pleinement son rôle dans une société mondialisée

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 juin 2003)

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