Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "RTL" le 9 juillet 2003 sur le plan de lutte contre la violence routière et sur les projets de décentralisation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "RTL" le 9 juillet 2003 sur le plan de lutte contre la violence routière et sur les projets de décentralisation.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer

ti :
R. Arzt -. Il y a aujourd'hui un conseil interministériel sur la sécurité routière. C'est le troisième depuis un an. Or, c'est pratiquement, il y a un an, le 14 juillet dernier, que le Président Chirac avait décidé de faire de la sécurité routière un grand chantier national. Depuis, il y a eu des chiffres régulièrement sur les accidents de la route. Est-ce que sur un an, vous pouvez donner une tendance générale ?

- "La tendance est à la baisse, Dieu merci. 1 500 morts en moins par rapport à la période précédente d'un an. Près de 25 000 blessés en moins sur une période toujours d'un an. Donc la tendance est moins mauvaise. Mais on est toujours quand même les mauvais élèves de l'Europe, et donc on a d'énormes efforts à faire. C'est-à-dire qu'il y a vraiment des marges encore très importantes pour baisser le nombre d'accidents, sauver des vies humaines et éviter des blessés."

Vous avez sans doute vu un sondage BVA pour Paris-Match, qui indique que le plan de lutte contre la violence routière est la réforme la plus soutenue par les Français, à 62 %. En comparaison, la baisse des impôts, par exemple, est soutenue à 42 %. Cela doit vous satisfaire ?

- "Satisfaire... Je ne suis jamais satisfait quand il y a des morts sur les routes, mais certainement très intéressé par le fait que les Français maintenant se mobilisent. Avant, le Français intéressé, intéressant dans un dîner en ville, c'était celui qui argumentait sur ses moyennes très élevées pour aller d'un point à un autre. Maintenant, c'est celui qui est raisonnable qui attire l'attention. Donc il y a un changement de comportement, il y a un changement de culture, et les Français se rendent bien compte que finalement, l'impulsion donnée par le président de la République, cette impulsion éminemment politique... C'est d'ailleurs le retour du politique, puisque c'est le politique qui a voulu cela, au plus haut niveau, décliné ensuite par le Premier ministre et le Gouvernement, et cela donne des résultats. C'est-à-dire qu'on peut vraiment obtenir des résultats quand il y a une impulsion, qui est donnée par ceux qui remplissent des fonctions éminentes dans le pays."

Ce comité ou ce conseil interministériel sur la sécurité routière aujourd'hui, il va notamment présenter une charte adressée aux hôpitaux, pour que soit amélioré l'accueil des familles des victimes, de blessés de la route...

- "Cela veut dire que, d'abord, lorsqu'il y a des blessés de la route, ce sont eux les premiers traumatisés, physiquement traumatisés, mais autour d'eux, il y a des familles et il y a des gens qui sont psychologiquement extrêmement traumatisés. Donc il y a un accueil. C'est tellement brutal, cette annonce, encore bien plus brutal que l'annonce d'une maladie dont on connaît peu l'évolution. Là, on décroche le téléphone et on vous apprend que quelqu'un est à l'hôpital pour un accident. Il faut savoir les accueillir, les entourer psychologiquement."

Et pour l'instant, les hôpitaux ne savent pas le faire ? Il faut vraiment une charte ?

- "Ils savent faire. Mais il y a aussi des règles qui sont à établir, des processus, des procédures, un accueil un peu plus formalisé sur l'ensemble du territoire. Je crois que c'est cela : une attention, un regard particulier. Et je crois qu'il est bien de formaliser tout cela et de mobiliser le maximum de professionnels qui tournent autour de l'hôpital : psychologues et autres médecins qui peuvent accueillir, le personnel des hôpitaux également. Je crois que c'est un effort particulier, autour justement de l'accueil des accidentés et de leur famille."

A l'occasion de ce conseil aussi, les compagnies d'assurances, par convention signée avec l'Etat, vont renouveler leur engagement à participer financièrement aux actions de prévention routière. Cela va leur coûter cher. Elles vont donc sans doute augmenter les polices d'assurance des particuliers ?

- "Non, je crois que c'est du gagnant-gagnant. Les polices d'assurances d'abord, aujourd'hui, j'espère bien qu'elle vont évoluer - aujourd'hui ou demain. Parce que les accidents baissent, donc un jour ou l'autre, cela va se répercuter sur les primes, lorsqu'il y aura un peu de recul pour le calculer. Et puis ensuite, les assureurs, participant à la sécurité routière, vont aussi y trouver leur compte, parce qu'ils auront moins de sinistres à régler, ayant moins d'accidents. Donc vraiment, ils participent à la prévention ; ils nous aident à faire de la communication pour sensibiliser les gens. Après tout, ce n'est pas directement leur métier. Mais je crois que c'est aussi leur avantage bien compris ; c'est à la fois une démarche altruiste, mais cela peut être aussi une démarche qui se retrouvera sur le plan commercial."

Est-ce qu'il y aura beaucoup de radars automatiques sur les routes de France cet été ?

- "Cet été, [des radars] automatiques, il y en a quelques-uns à titre expérimental. Et dès qu'ils seront homologués, d'ici à la fin de l'année, il y en aura une centaine. Et puis l'année prochaine, et en 2004/2005, il y en aura mille. Et avec ces 1 000 radars, financés d'ailleurs par le produit des premiers, je pense que les routes, avec des radars qui se déplaceront d'ailleurs, qui ne seront pas fixes pendant un an, deux ans ou trois ans, les routes de France seront plus sures. On ne cherche pas à piéger les gens, on cherche simplement à leur faire prendre conscience, mais à titre permanent, qu'ils peuvent, s'ils commettent une infraction, être sanctionnés directement. Vous savez il n'y a rien de pire que le sentiment d'impunité : des règles existent et puis de toute façon je ne serai pas pris ! Pas vu, pas pris ! Eh bien, on a vu ce que cela donnait pour la sécurité intérieure, la sécurité et la délinquance de droit commun. Maintenant, il y a davantage de délinquants qui sont pris sur le fait, y compris pour la sécurité routière ; c'est une bonne chose, cela responsabilise. En fait, ce sont des outils avant tout dissuasifs."

Il est aussi question de boîtes noires qui seraient installées dans les automobiles...

- "L'Etat va montrer l'exemple. C'est un petit appareil qui permet de connaître un petit peu ce qui s'est passé lorsqu'il y a eu un accident : la direction, la vitesse, si on a freiné, etc. Et donc ces boites noires, le ministère de l'Equipement, au fur et à mesure qu'il achètera de nouveaux véhicules, dès 2004, va équiper ses nouveaux véhicules avec ces boîtes noires. Et ainsi, vous allez voir, je suis persuadé que même les statistiques des accidents du ministère de l'Equipement vont s'améliorer."

Autre question, plus politique, à propos de la Corse. Est-ce que le Gouvernement a été victime d'un dérapage sur la route qui menait au référendum ?

- "Dérapage, je ne sais pas, mais certainement une incompréhension, ou peut-être un défaut de clarification des conséquences des questions exactement. Finalement, la vraie question qu'il faut poser un jour aux Corses, c'est : voulez-vous rester Français, oui ou non ? Et vous allez voir qu'ils vont répondre oui à 95%."

Un autre référendum ?

- "Non. Je dis que si un jour, il y a une consultation, il vaut mieux que la question soit posée plutôt de la façon la plus simple, et donc les Corses veulent rester Français. Lorsqu'il y a une question qui apparaît ambivalente, avec forcément une lecture ou des clefs de lecture qui sont un petit peu difficiles, eh bien on obtient le brouillage de dimanche dernier."

Au-delà de la Corse, est-ce que le Gouvernement va devoir être prudent dans ses projets de décentralisation ?

- "Prudent dans la décentralisation ? Il faut au contraire faire rapidement le maximum de décentralisations, parce que c'est là où les Français vont pouvoir bien comprendre la réactivité du pouvoir, par exemple des collectivités locales qui sont à la fois réactives, qui ont plutôt plus d'argent que l'Etat, et qui apportent, en termes de service public, de meilleurs services publics que l'Etat, sauf évidemment dans les domaines régaliens."

Vous souhaitez d'autres référendums dans d'autres régions ?

- "Il peut y avoir d'autres référendums dans d'autres régions, mais je crois que vraiment la décentralisation va aplanir beaucoup de difficultés que ressentent les Français d'un Etat lointain, parce qu'ils auront - pardonnez-moi l'expression - "sous la main" des responsables qui doivent à la fois impulser des politiques, mais aussi rendre des comptes régulièrement."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 juillet 2003)

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