Interview de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, à France 2 le 11 juin 2003, sur la position du Gouvernement sur la décentralisation de l'éducation nationale après le recul des réformes, la préparation du baccalauréat et les problèmes liés au passage des examens. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, à France 2 le 11 juin 2003, sur la position du Gouvernement sur la décentralisation de l'éducation nationale après le recul des réformes, la préparation du baccalauréat et les problèmes liés au passage des examens.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement scolaire

ti : R. Sicard-. Hier, le Gouvernement a fait un sérieux pas en arrière sur la réforme de la décentralisation de l'Education. Il n'y a plus qu'une partie des personnels non-enseignants qui sont concernés, et du coup, on se demande si, quitte à faire des concessions, il ne fallait pas les faire plus tôt...

- "Il fallait en tous les cas prendre le temps de discuter, et d'autre part, il ne faut pas dire qu'il y a recul sur la décentralisation."

C'est ce qu'ont compris les syndicats...

- "Ce que les syndicats ont compris, c'est que lorsqu'on négocie, chacun fait un pas. De leur côté aussi, ils ont fait un pas par rapport à ce qu'ils demandaient. Ils demandaient par exemple que l'on renonce à toute décentralisation de tout personnel qui était envisagée. Ce n'est pas le cas. Il y a eu une discussion, il y a eu des échanges, il y a eu des débats, et nous avons fait chacun un pas. J'ajoute d'ailleurs que, concernant les personnels qui sont concernés par la décentralisation, le ministère de l'Education avait 110 000 personnes qui étaient concernées. Ce à quoi nous avons renoncé, hier, représente un peu moins de 10 000 d'entre eux. Donc lorsque vous parlez de recul, je crois qu'il faut être plus nuancé. Il faut dire simplement que nous avons souhaité que le dialogue se renoue. Nous avons négocié ; N. Sarkozy a négocié avec L. Ferry, et nous avons finalement, pour une part, cédé en effet, parce que des arguments nous paraissaient défendables, en particulier concernant les conseillers d'orientation-psychologues, qui vont finalement, par le Gouvernement, pouvoir être lâchés."

Mais on a quand même l'impression qu'on a perdu beaucoup de temps. Il y a eu des grèves, les élèves ont eu du mal à préparer le Bac. D'ailleurs, est-ce que les élèves sont prêts pour le bac aujourd'hui ?

- "Le Baccalauréat, c'est le résultat de tout un cursus scolaire, de la sixième à la terminale. Ce n'est pas en quelques jours, ce n'est pas dans les dernières semaines que l'on sera bachelier ou pas. Donc il faut dire aux jeunes qui ont suivi des études normales et qui ont eu des résultats corrects, que leurs chances d'avoir l'examen restent entières. En tous les cas, vous avez raison, ce qui était important, c'était de penser aux jeunes, c'était de penser aux lycéens. Et ce qui était important donc, c'est que le Bac se passe et qu'on ne reste pas dans cette situation de blocage extrême, qui faisait courir un risque aux lycéens, qui faisait courir un risque aux examens. Je crois que les représentations syndicales et le Gouvernement ont fait un pas chacun, dans l'intérêt des bacheliers, dans l'intérêt des jeunes, et en particulier dans l'intérêt de ceux qui sont, comme toujours, les premières victimes de cette situation, c'est-à-dire les élèves qui sont en grande difficulté."

Justement, est-ce qu'il y aura des consignes d'indulgence, dans la mesure où tout le monde n'a pas pu tout réviser ?

- "Pas du tout. Le Baccalauréat est organisé par les administrations mais ce sont des jurys, qui sont absolument souverains, qui organisent les corrections et qui décident, par délibération, de ceux qui sont reçus ou collés. Et le Gouvernement, évidemment, n'a pas le moindre mot à dire à cela."

On a constaté que N. Sarkozy avait été appelé à la rescousse pour tenter de dénouer la situation. Est-ce que ce n'est pas une sorte de désaveu pour L. Ferry et pour vous ?

- "Il paraît tout à fait normal que, lorsqu'on parle de décentralisation, ce soit N. Sarkozy, accompagné de P. Devedjian, qui traite de ce dossier. De même que sur les retraites, monsieur Delevoye ou monsieur Fillon ont eu à entendre leurs mots, il était tout à fait logique que nous travaillions ensemble. Nous ne pouvions pas décider seuls, concernant la décentralisation, de tels ou tels aménagements, dès lors que nous n'étions pas porteurs de ce dossier."

Les syndicats se sont engagés à ce que le bac ne soit pas perturbé. Malgré tout, est-ce qu'ils ne risquent pas d'être débordés par leurs bases ? S'il y a des blocages de la base, est-ce que là, vous ferez appel aux forces de l'ordre ?

- "Il y a toujours des risques. Ce que nous avons décidé évidemment, c'est de mettre en place une cellule de crise qui suit heure par heure et site par site, la manière dont le Baccalauréat se passe. Je rappelle que le Baccalauréat, c'est 630 000 élèves, c'est 4 000 sites, c'est 4 millions de copies, dans 71 pays - le bac se passe dans plusieurs endroits sur la planète - ; nous sommes très vigilants. Si on empêche les élèves d'accéder aux sites, si on les empêche d'accéder aux salles d'examens, évidemment nous ferons preuve de fermeté et d'autorité ; nous protégerons les droits des élèves, car il s'agit des droits des élèves ici."

C'est-à-dire que la police interviendrait dans ce cas-là ?

- "Si c'était vraiment nécessaire. Je ne crois pas que ce soit nécessaire, puisque tout le monde est d'accord aujourd'hui sur le fait qu'il faut que le Bac se passe et qu'il est inadmissible que les élèves soient pris en otage dans cette querelle. Mais nous protégerons l'accès aux sites et nous avons pris toute précaution pour que les distributions de sujets, les sujets de secours, les protections des copies, la surveillance des salles d'examen, tout ceci se passe dans les meilleurs conditions. Et actuellement, je peux vous dire, même si nous sommes très vigilants, que les risques que le Bac se passe mal, sont très faibles."

Certains professeurs disent : on notera tout le monde entre 15 et 20. Là, est-ce que vous pouvez faire quelque chose ?

- "Certains professeurs "disaient" qu'ils noteraient entre 15 et 20, puisque, je le répète, les organisations syndicales appellent à ce que l'examen se passe normalement. Même si cette facétie se produisait ici ou là, je rappelle que la note n'est pas individuelle et que c'est un jury qui la remet. Et évidemment, le président du jury constaterait qu'il y a une distorsion considérable de moyenne entre tel paquet de copies et tel autre. Et évidemment, il exigerait qu'on ramène à la moyenne de tous les autres candidats."

Pour le Baccalauréat, les choses semblent à peu près claires, mais pour le reste, rien n'est réglé ; les syndicats disent qu'on est loin du compte. Est-ce que vous allez être obligés de faire de nouvelles concessions ?

- "Je ne crois pas. D'abord, je répète que nous n'avons pas fait de concessions. Nous avons négocié à partir d'un document qui était un avant-projet de loi sur la décentralisation. C'est une négociation comme monsieur Fillon en a eu une avant de faire voter sa loi. [...] Nous avons négocié sur un texte qui n'existait pas. C'est un avant-projet de loi dont nous parlions, et nous nous sommes mis d'accord sur le fait qu'il fallait qu'on échange avant qu'il soit remis au Conseil d'Etat - il le sera après l'été - pour être ensuite voté ou pas, examiné par l'Assemblée nationale. Autrement dit, nous ne sommes pas dans une situation de recul, nous sommes dans une situation normale d'échange entre partenaires sociaux, et je crois que nous avons fait l'essentiel. Maintenant, il n'y a pas de raison que nous reprenions, sur le fond, des discussions qui aboutiraient à des modifications [sensibles]."

Mais les syndicats appellent à une nouvelle grève dès demain. Il va falloir quand même renégocier, faire des pas en avant ou des pas en arrière...

- "Il faut être attentif au vocabulaire syndical. Les syndicats n'appellent pas au boycott des examens. Ils disent simplement qu'ils ne retirent pas un appel à la grève pour demain, ce qui est une très grosse nuance. Et ceux qui connaissent le vocabulaire syndical entendent par là que les syndicats ne souhaitent pas que le boycott des examens se produise. je crois que le Baccalauréat se passera normalement."

Pour vous, le mouvement de grève dans l'Education nationale, il est terminé, il est derrière vous ?

- "Je ne sais pas. Nous arrivons quand même à la fin de l'année. De toute façon, je doute que les professeurs fassent grève pendant les vacances. Nous arrivons plutôt vers la fin de l'année. Je crois qu'en tout cas, hier, nous avons montré que ce Gouvernement était prêt à discuter, à négocier, à échanger, à entendre. On nous a dit, à la sortie de la table-ronde, que les syndicats étaient sensibles à cet effort de négociation, qu'ils étaient sensibles aux pas qui avaient été faits de part et d'autre. Et je crois que personne ne comprendrait aujourd'hui que la situation de blocage se poursuive. Sinon, à quoi sert la négociation ?"

Sur le dossier des retraites, est-ce que là, les enseignants peuvent s'attendre à quelque chose ?

- "Nous allons avoir une table-ronde pour les fins de carrière. J.-P. Delevoye a commencé ce travail avec L. Ferry ; nous allons continuer à y travailler. Mais fondamentalement, il faut bien que les fonctionnaires de l'Education nationale sachent que la loi générale des retraites s'appliquera à eux comme à d'autres. Simplement, nous avons un certain nombre de propositions à faire sur les cessations progressives d'activité, sur les congés de maternité, sur l'éventuel rachat d'années d'études. Nous avons à parler de cela."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 12 juin 2003)

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