Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur le plan de soutien à l'économie vosgienne et sur les voies d'un retour à une croissance durable (logiques du travail, des territoires et de l'Europe), Epinal le 17 juillet 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur le plan de soutien à l'économie vosgienne et sur les voies d'un retour à une croissance durable (logiques du travail, des territoires et de l'Europe), Epinal le 17 juillet 2003.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement de Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à Epinal (Vosges) le 17 juillet 2003

ti : Monsieur le président du département et du Sénat,
monsieur le président de la région,
messieurs les députés,
messieurs les sénateurs,
mesdames et messieurs les élus départementaux et régionaux,


Je suis impressionné par la mobilisation des Vosges. En effet, le plan que nous avons signé ensemble, nous le devons à tout ce travail collectif, et je comprends mieux, quand je vous vois tous ici rassemblés, avec la diversité politique, avec les diversités géographiques, comment vous avez pu réussir à vous organiser et à mettre en place ce "Plan Vosges" auquel l'Etat est heureux de contribuer. Je suis heureux, monsieur le maire, d'être aujourd'hui à Epinal.

Je suis très heureux d'être avec C. Poncelet, que j'admire beaucoup, que j'ai eu comme président au Sénat et qui est l'un de ces élus qui, sait assumer des responsabilités nationales avec puissance et conviction, mais sait aussi rester ancré dans le territoire, proche de ceux qu'il représente et qui donne ainsi l'exemple. Vous connaissez, monsieur le président, mon cher Christian, la règle de Saint Benoît : "Ecoute, mon fils, les préceptes d'un maître et incline l'oreille de ton coeur." On pourrait dire à la place de Saint Benoît, la règle de Saint Christian.

Je voudrais dire aussi à G. Longuet, le bonheur que j'ai de le retrouver, lui qui préside aux destinées de l'Association des Régions de France, au nom de la Lorraine, et qui participe, avec l'ensemble des acteurs du fait régional, à cette grande réforme de la décentralisation que nous bâtissons les uns et les autres.

Je salue les préfets ici présents, l'ensemble des services de l'Etat qui sont parmi nous. Et je voudrais remercier ceux qui se sont exprimés à cette tribune avant moi. Je voudrais dire au président du Syndicat du textile combien j'ai été intéressé par ses propos ; j'y reviendrai sur le fond. Vous avez dit à un moment une phrase qui concerne le textile, mais à mon avis, qui concerne d'autres secteurs : "C'est parce que la mode est éphémère que le textile dure." A mon avis, on pourrait inscrire cela sur le fronton de Matignon ; au fond, dans d'autres secteurs, cette vérité peut être partagée.

J'ai souhaité mettre dès maintenant en pratique sur le terrain l'appel du chef de l'Etat au dialogue, à la discussion, à la négociation. Et je vous le disais dès le début de mes propos, votre cohérence territoriale est importante. Et moi qui ai été quinze ans président de région, qui ai circulé dans toute la France, puisque j'ai été le prédécesseur de G. Longuet à la présidence des Régions de France, j'ai vu une règle d'or s'appliquer partout dans tous les territoires : la division est à l'opposé du développement. Les Grecs n'étaient pas fous, ils disaient que c'est le diable, "diabolos" : ce qui désunit. C'est quand on est capable d'être rassemblés qu'on peut bâtir des projets. Et si aujourd'hui, je suis avec vous, c'est parce que je connais et je mesure vos difficultés. Et mon métier, aujourd'hui, c'est d'être avec ceux qui ont des difficultés pour les aider à les surmonter. C'est parce que c'est difficile que je suis avec vous, c'est la mission qu'a confiée au Gouvernement le président de la République. Mais ces difficultés, vous les affrontez ensemble, rassemblés, et c'est pour cela qu'on a pu bâtir ce Plan Vosges de 70 millions d'euros avec ses 32 mesures, dont on a déjà parlé, avec ce comité de suivi pluraliste avec les partenaires sociaux, tous représentés, et qui peut, au fur et à mesure que vont se développer ses actions, les évaluer, les modifier et éventuellement les compléter. Je crois que c'est très important d'avoir cette dynamique territoriale. Et face à l'Etat, vous marquez des points de manière considérable, quand vous êtes capable de montrer que dans le pluralisme, vous pouvez défendre des projets, que le maire, le département, la région, tous ensemble, vous êtes réunis pour mobiliser sur le pôle fibre ou sur ce pôle mobile de formation que vous mettez en place, qui est une belle initiative. Car c'est vrai que la formation doit aller au delà des murs des écoles et des centres de formation aujourd'hui. Elle doit entrer dans la vie, elle doit entrer dans la vie de tous les jours et il faut faire en sorte qu'il y ait ces moyens de développer la formation sur le terrain, y compris dans les quartiers difficiles, y compris dans les territoires peu accessibles. Il faut aller diffuser la formation partout, c'est l'objet de votre pôle mobile de formation, c'est un élément très important.

Je crois aussi que l'attractivité des Vosges peut être renforcée grâce aux projets qui sont dans le Plan Vosges. Je vois ce qui est fait pour le tourisme, je vois ce qui est fait pour le centre de congrès, comme le disait Gérard tout à l'heure, pour l'intelligence, je vois ce que vous voulez pour votre attractivité. Et comme le disait le président du CES, il y a dans ces 32 mesures, je dirais, tout le patrimoine d'initiatives qui vient compléter j'ai bien noté, monsieur le président du Conseil économique et social le contrat de plan et les objectifs de désenclavement qui sont les vôtres. Ne vous inquiétez pas, je n'oublie pas le TGV Est, je n'oublie pas l'ensemble des grands dossiers qui sont les vôtres ; même le "bitube" est devenu un mot courant du langage de la rue de Varenne et un certain nombre de sujets. Il a fallu quand même que je vois ce dossier pour bien savoir de quoi il s'agissait. Mais enfin, je suis vraiment déterminé, notamment pour ce qui est du TGV Est, parce que non seulement, il en va des Vosges, mais il en va de la France dans l'Europe et il en va de cette grande infrastructure qui connecte notre pays au coeur même de l'Union Européenne.

Ici, nous ne sommes donc pas dans cette logique du contrat de plan, des grandes infrastructures, nous sommes dans une logique territoriale, dans un territoire blessé par la crise, la crise textile, la crise économique, la crise de croissance j'y reviendrai. Et ce territoire, malgré ses difficultés, bâtit des projets, mobilise des énergies et l'Etat vient participer au financement de ces initiatives. Je crois que c'est un exemple que vous donnez là ; c'est le seul département qui a utilisé cette procédure de contrat de site qui a été pensée à l'occasion de Metaleurop, pour être vraiment un outil de l'Etat pour venir en aide à une entreprise en difficulté, qui mettait un territoire en difficulté. Vous l'avez fait au niveau d'une stratégie départementale en liaison avec la région. Je crois que c'est très important et c'est un des éléments majeurs de votre réussite. Et je voudrais vous en féliciter.

Pour être rapide et ne pas ajouter trop longtemps aux discours qui ont été faits et ne pas user votre attention, je voudrais vous dire quelques mots sur la situation nationale de notre pays. Et je voudrais vous dire la vérité sur la situation de la France. Nous connaissons une rupture de croissance importante. Je crois sincèrement que nous sommes dans la phase finale de cette rupture de croissance. Mais il y a un an, vous le voyez, tous les experts disaient que nous étions sur des rythmes de croissance de 3 % et tous les programmes électoraux, tout le grand débat national que nous avons eu pour les législatives, comme pour les présidentielles, étaient faits, avec tous les experts réunis, autour de 3 %. Au mois d'octobre, les experts, les mêmes, disaient 1,5 %. Et nous avons fait l'un des meilleurs scores au niveau européen : 0,3 % au premier trimestre. Je n'ai pas les résultats du second trimestre, mais les ponts et les difficultés sociales de mai et juin font qu'on ne peut pas s'attendre à un taux de croissance très important pour le premier semestre au total. 0,3 au premier trimestre et peut être 0,1 je l'espère au second, ce qui veut dire que nous serions sur un rythme de 0,8. Je pense que nous sommes en accélération, et d'ores et déjà, on nous annonce plutôt 0,4 pour le troisième trimestre, ce qui veut dire que nous sommes en croissance, ce qui veut dire que nous pourrons retrouver le rythme qu'il nous faut, le rythme de 2,5 % de croissance. Il nous faut retrouver ce rythme au cours de l'année 2004. C'est très important pour notre pays. Un point de croissance, c'est 150.000 emplois. Et nous avons beau nous battre pour nos territoires, vous avez beau vous battre avec énergie pour vos villes et départements, si nous sommes dans une croissance ralentie au total dans le monde entier, nous connaîtrons des difficultés économiques qui sont des difficultés évidemment pour l'emploi, mais qui, très vite, deviennent des difficultés budgétaires puisque, très vite, les rentrées fiscales diminuent et très vite, le budget est en déficit. Je dois donc faire face aujourd'hui à des difficultés budgétaires que je ne cache pas. Parce qu'évidemment, ce ralentissement de la croissance est aussi un ralentissement des recettes fiscales. Donc, j'ai pris une option dans la lignée même des orientations du président de la République ; cette option est claire : Je veux faire des économies dans les dépenses de l'Etat. C'est la seule ligne positive qui est aujourd'hui possible dans l'intérêt de la France et des Français. Je ne veux pas chercher l'augmentation des impôts ou des charges. Car, comme je crois que la croissance va revenir je ne peux pas savoir exactement si c'est pour la fin 2003, le début 2004, le courant 2004, mais ce qu'il faut, c'est que le pays ne soit pas à plat dès que les premiers souffles de la croissance vont venir dans notre pays. Il faut que les forces vives puissent prendre cette croissance dès le début de son retour. Et c'est pour cela qu'il faut continuer dans l'allégement des charges et des impôts et faire des économies sur les dépenses de l'Etat. Et j'ai demandé pour cela, à tous mes ministres, d'être extrêmement disciplinés sur le plan budgétaire pour pouvoir maîtriser les dépenses. Ce ne sera pas facile. Mais il faut que le pays comprenne aujourd'hui que dans la situation qui est la nôtre au niveau européen, quand je compare avec les Allemands, quand je compare avec les Anglais, quand je compare avec l'ensemble des pays européens, je dis que notre seule chance aujourd'hui de pouvoir prendre la croissance vraiment au coeur même de notre dynamique économique dès l'année 2004, c'est de devoir faire des économies dans ce qui est aujourd'hui la dépense de l'Etat. Ce qui veut dire qu'il faut être très rigoureux pour mettre les dépenses là où c'est le plus important, là où nous devons nous concentrer pour les priorités ; c'est principalement l'emploi, la première préoccupation des Français. Et nous avons pris un certain nombre d'orientations notamment pour tout ce qui est la place de l'Etat républicain qui devra assumer ses responsabilités et pour cela avoir ses budgets. Mais c'est comme cela que je suis en train de préparer le budget de la France pour l'année 2004 : faire des économies dans les dépenses de l'Etat, continuer la baisse des impôts et des charges, de manière à préparer notre pays au retour de la croissance. Et préparer à la compétitivité de notre pays et de ses territoires, c'est très important pour le textile, mais c'est très important pour l'ensemble de nos activités économiques.

Quel est l'avenir de notre pays sur le plan économique ? Ce n'est pas la concentration, ce n'est pas le gigantisme, ce n'est pas la banalisation, ce n'est pas la standardisation ; il y aura toujours plus fort que nous et plus riche que nous pour jouer ces cartes du gigantisme. La force de notre pays, c'est de jouer la création, c'est de jouer l'intelligence, c'est de jouer l'imagination, l'innovation, le brevet, tout ce qui est au fond pour notre économie, la valeur humaine ajoutée. C'est cela, la stratégie de la France. Nous voulons une croissance durable grâce à la valeur humaine ajoutée. C'est cela, cette humanisation de l'économie qu'appelle le président de la République de ses voeux : injecter de l'intelligence humaine. Quand vous dites "la mode", quand vous dites "la création", dans tous ces métiers aujourd'hui, si nous voulons nous battre au niveau mondial, y compris contre la Chine, je vous rejoins sur vos objectifs en ce qui concerne l'OMC, nous devons nous battre sur l'intelligence, sur la création, sur la créativité, sur tout ce qui est aujourd'hui la part d'humain dans la construction économique. C'est cela, notre orientation. C'est pour cela que nous voulons nous engager dans cette logique de croissance durable. Au fond, la croissance, trop souvent dans notre pays, c'est comme la marée : ça va, ça vient. Le problème, c'est que, quand ça part, ça ne laisse pas forcément de trace. Il faut profiter des périodes de croissance pour qu'on puisse réformer, assumer les mutations nécessaires et que notre pays puisse faire face aux développements qui sont les siens. Je crois que cela dépasse très largement le clivage politique traditionnel. Le principal problème de notre pays, c'est son évolution démographique. Voilà trente ans que finalement les Français ne se remplacent pas eux mêmes, voilà trente ans que notre démographie est en déficit. Ce faisant, nous sommes dans une situation d'une population qui vieillit et nous avons toutes les conséquences de cette évolution. Cela veut dire que nous avons plus d'espérance de vie, tant mieux, mais cela veut dire qu'il faut modifier beaucoup de choses dans nos comportements. Il faut modifier évidemment beaucoup de choses parce que l'âge va modifier l'organisation de la société. Et je le disais tout à l'heure à la préfecture, une petite fille sur deux qui vit va vivre jusqu'à cent ans. Donc, à cinquante ans, elle sera à mi vie, c'est une donnée fondamentalement différente de notre organisation sociale aujourd'hui. Il faut préparer cela en termes d'emploi, en termes de formation, en termes évidemment de santé, nos besoins en termes de médicaments ne seront pas les mêmes. Il est évident que cette mutation là nous impose une vraie réflexion nationale au delà de tous les clivages, pour que notre pays assume sa mutation et puisse faire face à son développement. Ce que nous souhaitons pour notre pays aujourd'hui, dans cette situation économique internationale ralentie, dans cette phase finale de rupture de croissance, nous voulons la croissance durable. La croissance durable par trois logiques : la logique du travail, la logique des territoires et la logique de l'Europe.

La logique du travail : G. Longuet l'a développé tout à l'heure, je crois qu'il est très important qu'on comprenne bien que nous n'aurons pas l'un des meilleurs niveaux de vie du monde, l'un des meilleurs systèmes de protection sociale, sans que le travail redevienne une valeur dans notre pays. Il nous faut globalement mobiliser notre pays sur le travail. Nous avons besoin de cette valeur humaine ajoutée par le travail pour pouvoir financer notre organisation sociale. C'est pour cela qu'il nous faut davantage d'entreprises un million d'entreprises en moins par rapport à nos voisins aujourd'hui en France , il nous faut créer davantage d'entreprises. Comment se fait il que dans les périodes de croissance, nous avons eu des diminutions de la création d'entreprises ? Aujourd'hui, nous sommes sur le rythme, depuis le début de l'année, de 200.000 entreprises par an. Cela doit nous permettre d'avoir cet objectif en cinq ans, de rattraper nos voisins avec un million d'entreprises supplémentaires. Cela veut dire quelqu'un le disait tout à l'heure, et c'est très important, développer l'emploi féminin. Il y a beaucoup de réserves d'énergies dans notre société qui ne sont pas mobilisées ; il faut qu'on ouvre davantage le travail. L'emploi féminin, comme l'emploi des seniors, sont des sujets très importants sur lesquels nous devons être particulièrement attentifs. C'est un des éléments majeurs de notre organisation qui est aujourd'hui en cause. Je le dis vraiment avec force ; je sais, et c'est dans la conséquence de notre texte sur les retraites, qu'il faudra mobiliser, changer beaucoup de choses dans notre conception, dans notre culture du travail, mais aussi dans notre organisation sociale, pour que l'on puisse aujourd'hui donner, dans le travail, une place aux seniors dans notre société. La logique du travail, c'est tout aussi une logique du dialogue social, une logique de la formation, cette mobilisation de l'intelligence, cette gestion prévisionnelle de l'emploi, dont vous parliez tout à l'heure, monsieur le président, cette logique de lutte contre l'exclusion, cette logique aussi, dans cette mobilisation sur le travail, d'une meilleure répartition tout au long de la chaîne de la richesse. C'est vrai quelquefois qu'avec les grandes surfaces, on a le sentiment que la valeur ajoutée ne se fait qu'en aval et que quelquefois, seul celui qui est le dernier en aval profite de l'ensemble de la filière. Non. Il faut mieux répartir, tout au long de la filière, les fruits de la filière. Cette tendance là qui consiste à concentrer en aval le fruit de la filière pour que le travail de ceux de l'amont soit moins récompensé que le travail de ceux de l'aval, ceci n'est pas juste. Il est très important que l'on répartisse mieux cette valeur ajoutée et cette richesse tout au long de la filière. Je suis très sensible à ces sujets : comme ministre du Commerce, j'ai mené un certain nombre de débats sur ces questions là, je crois que c'est très important. Et je crois que c'est possible. Il faut accepter qu'il y ait cette meilleure répartition parce qu'à toujours vouloir écraser les prix en aval, on finit par écraser le travail de ceux qui font les produits qu'on veut vendre au prix le plus bas. Donc, si on veut protéger cette valeur humaine ajoutée, il faut faire en sorte aussi qu'il y ait une organisation du commerce qui respecte l'amont et qui respecte le travail des gens de l'amont. Et cela, c'est, je crois, un élément très important de cette économie humaniste fondée sur la valeur du travail, mais sur laquelle il doit y avoir une vision mieux partagée des fruits du travail.

La deuxième logique, c'est la logique des territoires, c'est que les 100 départements, que les 26 régions puissent être fertiles et portent des projets. C'est un élément majeur de notre projet de décentralisation. Je voudrais le dire aux uns et aux autres : je comprends quelquefois des inquiétudes sur la décentralisation parce qu'on va se dire : finalement, ça marchera peut être ici, là, et ça ne marchera pas là bas, et à ce moment là, est ce qu'on ne sera pas en situation inégalitaire ? Alors, d'abord, est ce qu'aujourd'hui, on est en situation égalitaire ? Est ce que toutes les écoles de France, quels que soient les villages ou quelles que soient les villes, sont vraiment en situation égalitaire ? Est ce qu'il n'y a pas de grands lycées nobles et est ce qu'il n'y a pas des écoles où c'est plus difficile de réussir aujourd'hui ? Je crois qu'il faut regarder les choses en face, il faut regarder aujourd'hui cette diversité et ces inégalités. Il faut s'attaquer à toutes ces inégalités. Et je crois qu'en effet, les lois Mauroy Defferre pour les collèges et pour les lycées ont permis de corriger des inégalités en permettant à des collèges ruraux, à des lycées, qui n'étaient pas forcément des lycées d'exception, d'avoir du matériel moderne et d'avoir des conditions d'éducation qui ont été très largement modernisées dans l'intérêt de tous. [...]

Il est possible de concilier les deux : la cohérence nationale et la proximité, pour que les décisions soient plus près du terrain. Franchement, ce Plan Vosges que vous avez bâti, il n'aurait pas pu être bâti dans des bureaux parisiens, il a pu être bâti en rapport avec la Datar cohérence et proximité , parce qu'il y a une expérience de l'ingénierie territoriale à la Datar, mais il y a une volonté locale pour faire en sorte qu'il y ait ce pôle fibre. Ce pôle fibre, il est sorti de vos tripes, de votre coeur, de votre intelligence, il ne serait pas venu d'un bureau parisien. Il n'est pas dans un petit livre bleu, dans un petit livre vert ou dans un petit livre rouge [qui dit] qu'il faut faire un pôle fibre à Epinal ; cela vient du coeur même du territoire. Mais en revanche, il y a toute l'ingénierie nationale qu'il faut mettre en place et les fils qui sont à brancher. C'est ce partenariat là, cette logique de territoire qu'il faut développer dans la décentralisation. J'ai bien entendu, monsieur le président du Sénat, les demandes financières qui sont celles du président du Conseil général des Vosges et qui sont aussi celles du président du Sénat cela ne m'a pas échappé. C'est bien pour cela d'abord que, dans la Constitution, nous avons d'abord mis la péréquation, et c'est bien pour cela que nous construirons progressivement cette capacité financière qu'il faut construire pour les collectivités territoriales, parce que c'est en effet très important. La décentralisation, ce n'est pas une question de pouvoir, c'est une question de responsabilité : il faut que le citoyen sache que face à lui, il a des élus responsables qui prennent des décisions. Les décisions sont bonnes, qu'on garde les élus, qu'ils soient de gauche ou qu'ils soient de droite ; les décisions ne sont pas bonnes, on les change. C'est ça, la responsabilité. Mais si personne ne sait qui fait quoi, si tout le système est complexe, à ce moment là, il n'y a pas de véritable responsabilité et l'élu ne peut pas se présenter devant l'électeur avec un bilan transparent de son action. C'est la responsabilité qui doit être portée par la décentralisation. C'est pour cela que c'est un débat qui est, je crois, très largement partagé dans le pays malgré un certain nombre d'inquiétudes qu'il nous faut lever, notamment par la proximité.

Dans cette logique de territoire, je voudrais dire quelques mots sur l'agriculture, pour dire combien l'agriculture est, pour la France, un élément important de l'avenir de nos territoires et de notre économie. Aux agriculteurs qui sont inquiets par le compromis de Luxembourg, je le dis du plus profond de moi même, je connais ces dossiers, ayant été très longtemps élu d'une région agricole, étant né dans une laiterie même, je connais ces sujets là. Je crois aujourd'hui que le compromis tel qu'il est fait nous permet d'avoir, à l'horizon 2015 2020, une politique agricole définie, une politique agricole qui devra permettre à la fois de stabiliser un certain nombre de productions et, d'autre part, qui nous permettra au niveau national de venir apporter un certain nombre de compléments par des possibilités de modulation. Ce sera nécessaire parce que l'agriculture française n'est pas l'agriculture polonaise et qu'il nous faudra défendre un certain nombre de productions avec nos propres activités. Je sais qu'il y a dans votre département des problèmes sur les dossiers de mises aux normes, notamment pour les bâtiments d'élevage. Ce sont des sujets qu'il faut traiter et nous pourrons traiter cela par des actions nationales, cela viendra en complément d'un certain nombre d'actions. Je pense qu'il est très important... Je sais qu'en 1984, quand les quotas sont venus, tout le monde disait : on ne veut pas de quota. Et puis après, on a dit : si, il faut les quotas. Et avec ce qui arrive dans l'Europe, heureusement qu'il faut des quotas. Et les quotas, nous les avons protégés jusqu'en 2014 2015. Nous avons mis en place pour les jeunes un certain nombre de dispositifs. Et surtout, avec les professionnels, nous nous donnons le temps, comme le président de la République l'a promis, de faire cela d'ici 2007. C'est à dire que nous avons le temps de travailler les dossiers, de bien analyser les conséquences et de faire en sorte que l'on puisse globalement mettre en place les actions nationales, nécessaires qui viendront à côté des actions européennes pour pouvoir faire en sorte que l'agriculture reste un élément fort de l'économie de la France. L'agriculture est une colonne vertébrale de notre économie rurale, de notre économie territoriale.

L'agriculture est un élément très fort de nos exportations. L'agriculture fait partie des forces de la France. Il faut faire en sorte que d'ici 2007, nous nous donnions les moyens de mettre en place cette nouvelle agriculture, non pas qui sera différente de ce que l'agriculture ancienne a été, mais qui sera modernisée, s'appuyant sur des productions qui jouent la carte de la qualité, qui sont capables de s'intégrer à un environnement respecté. Ce sont les lignes de l'avenir et ces lignes, nous avons jusqu'en 2007, comme nous nous y étions engagés, pour pouvoir les construire. L'agriculture reste au coeur de la stratégie nationale, et je peux vous le dire, au coeur même des préoccupations du chef de l'Etat. Donc, je souhaite vraiment, avec les organisations agricoles je le ferai fin août notamment en préparant la conférence de Cancun discuter avec les organisations et préparer tout ce programme de mise en place de ce compromis de Luxembourg qui est un élément très important de la nouvelle donne de notre agriculture.

Logique du travail, logique du territoire et un mot de la logique européenne. Je crois que nous devons avoir conscience, et vous plus que d'autres, moi qui viens d'une région ultra périphérique au bord de l'Atlantique, vous êtes au coeur de l'Europe. Je comprends qu'il faut mieux encore, par des connections, mieux vous brancher sur ce coeur de l'Europe. Mais l'Europe est en train de changer complètement : une nouvelle géographie, une nouvelle organisation politique avec une nouvelle Constitution, une nouvelle donne s'organise. Ne soyons pas ceux qui ont peur de cette donne là, ne soyons pas des Européens frileux, il y aura beaucoup d'opportunités de développement. Quand je vois d'autres pays aujourd'hui considérer que les nouveaux pays sont des nouveaux marchés, considérons aussi que les nouveaux pays sont des opportunités. Soyons positifs dans cette donne là. Tous ces pays qui sont sortis du communisme, il faut leur tendre la main, nous les avons intégrés à notre espace économique ; à nous maintenant d'être capables d'aller leur proposer, ils ont besoin de services, ils ont besoin de formation, ils ont besoin de recherche, ils ont besoin de beaucoup de produits et beaucoup de services que nous sommes capables de leur fournir. C'est un des éléments importants de l'attitude qu'il nous faut avoir. J'ai bien entendu ce que vous disiez pour le textile, sur le Made in Europe ; nous avons besoin de cela, de même que les efforts que vous avez demandés. Je suis d'accord et je prends l'engagement devant vous, d'améliorer la situation. Vous avez demandé dès la loi rectificative 2003, je vais regarder si c'est possible ; je ne garantis pas. Mais dès la loi initiale 2004, c'est à dire le budget qui va être présenté à l'automne prochain pour 2004, [je vais] faire en sorte que le crédit d'impôts puisse être largement amélioré, renforcé. J'ai noté l'ensemble de votre discours, j'ai même demandé le texte écrit pour avoir le détail de vos propositions. Mais c'est clair que nous ferons ce travail, parce que c'est cela, la force de l'Europe : c'est d'être capable de se battre sur le terrain de l'innovation. Et ce Made in Europe, il doit être chargé d'innovation. Et moi, je crois que, ici ou là, on parle de pacte de stabilité et de croissance. Je crois qu'on serait orienté à réfléchir sur : est ce qu'il faut vraiment que les dépenses de recherche soient dans le pacte de stabilité ? Parce que la recherche, c'est vraiment ce qui concerne l'avenir, c'est ce qui concerne vraiment les efforts importants pour l'avenir. Et je crois que les dépenses de recherche, ce sont des dépenses qu'on devrait tous rassembler pour investir sur de grands programmes européens. Nous avons un programme européen important de lutte contre le cancer, il y a un certain nombre de grands sujets comme cela où nous serons plus forts à vingt cinq. Et je crois que la recherche doit faire partie de cette dynamique européenne, de ce Made in Europe dont vous avez parlé tout à l'heure. Il y a, dans cette organisation européenne, beaucoup d'atouts à jouer. Je crois qu'il faut vraiment, au Conseil économique et social je le dis aux leaders syndicalistes qui sont ici présents comme à l'ensemble des élus , préparons nous à cette échéance de 2004, tous les pays d'Europe sont mobilisés. Je vous le dis, nous sommes l'un des pays les moins mobilisés sur cette nouvelle Europe. La Constitution européenne préparée par la Convention, sous la présidence de V. Giscard d'Estaing, est un document très largement avancé. Ce document là est un document qui peut aujourd'hui être adopté dans les six mois qui viennent avec des modifications globalement modestes. Nous avons encore un certain nombre de modifications. Mais au mois de mai 2004, la probabilité que ce texte soit adopté est très forte. C'est à dire que dans moins d'un an, nous aurons une nouvelle géographie vingt cinq pays , nous aurons une nouvelle Constitution, une nouvelle organisation. Nous devons nous sentir prêts. Et vous qui vivez l'Europe de si près, vous qui êtes au coeur même de cet espace européen ouvert, vous devez être les premiers militants de cette nouvelle donne, de cette nouvelle perspective européenne. C'est un élément majeur, je crois, du message de la France. La France, elle a des idées fortes, depuis le siècle des Lumières et bien avant, nous avons porté dans le monde entier les idées des droits de l'Homme, de la pensée universelle, du respect de l'autre, nous avons au coeur de nous mêmes des idées importantes à développer. Ces idées là, nous devons les défendre dans le monde avec la force de l'Europe. Gérard, je me souviens, quand tu étais revenu des dernières négociations de l'OMC, en tant que ministre, tu disais : "L'Europe, c'est un multiplicateur d'influences." Il nous faut faire en sorte que pour nos idées, pour les idées de la France, pour notre modèle social, pour notre cohésion sociale, pour ce qui est vraiment l'unité du pacte républicain, l'Europe soit le multiplicateur d'influences et que nous ne vivions pas dans un monde unipolaire où toute la pensée soit toujours la même, que ce soit un monde qui puisse équilibrer des espaces, et que face à la très grande Amérique, il puisse y avoir cet espace européen qui puisse faire entendre ses valeurs. Et puis, valoriser en même temps ces idées de la France qui sont des idées fortes, des idées que nous défendons, des idées que nous aimons parce que ce sont des idées qui sont plus grandes que nous. Voilà pourquoi le combat est difficile, on le disait tout à l'heure, mais le combat est aussi exaltant pour faire en sorte que notre pays vive de plain pied dans ce XXIème siècle, et de faire en sorte qu'on ne regarde pas l'avenir à reculons. Je vous invite vraiment à surmonter toutes les peurs, à surmonter toutes les craintes. N'ayons pas peur et comme le disait le champion de tous les humanismes : "Celui qui craint souffre déjà de ce qu'il craint." Alors, n'ayons pas peur pour les Vosges et pour la France.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 24 juillet 2003)

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