Conférence de presse de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur un bilan des 14 premiers mois de son gouvernement et sur les grandes orientations du programme d'initiatives et d'actions pour les 3 ans à venir ("Agenda 2006 pour une France d'ouverture"), Paris le 24 juillet 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur un bilan des 14 premiers mois de son gouvernement et sur les grandes orientations du programme d'initiatives et d'actions pour les 3 ans à venir ("Agenda 2006 pour une France d'ouverture"), Paris le 24 juillet 2003.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Conférence de presse de Jean-Pierre Raffarin à l'occasion de la fin de la session parlementaire, Paris le 24 juillet 2003

ti : Bonjour, Mesdames,
Mesdemoiselles et Messieurs.


Bienvenue à l'Hôtel Matignon pour ce point de presse qui n'est pas encore un rendez-vous habituel, mais qui est donc le second à l'issue de la session parlementaire. Le jour du vote, par le Parlement, de la loi pour les retraites est, pour tous les Français, une date majeure, et je voulais le souligner.

C'est une réforme importante votée aujourd'hui par le Parlement. C'est une réforme d'intérêt général. C'est une réforme pour l'avenir de la France et des Français. Ce n'est pas la victoire des uns contre les autres, ce n'est pas la victoire d'un camp contre un autre, c'est la victoire d'un effort partagé pour l'avenir de notre pays. Cette réforme nous a pris beaucoup d'énergie. Je souhaite que, dans le pays, il ne reste pas de cicatrice de nos débats. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour pouvoir effacer les amertumes des uns ou des autres pour à nouveau rassembler autour de l'avenir de notre pays et de l'avenir de notre système social, notre système de retraite par répartition. Cette réforme est née du dialogue social ; elle a fait l'objet d'une négociation approfondie. Toutes les organisations syndicales n'ont pas voulu conclure, mais certaines d'entre elles ont travaillé avec nous de manière approfondie, avec exigence, et ont fait progresser le texte vers plus de justice sociale. Et je n'hésite pas à rendre hommage à ces organisations, à leur courage. Je pense évidemment à la CGC, je pense à la CFDT et à son secrétaire général, François CHEREQUE, qui s'est engagé dans cette négociation avec vigueur et ardeur, mais qui a une conception du dialogue social que beaucoup partagent dans notre pays : c'est que la négociation doit déboucher sur le contrat, sur l'accord. C'est cela un dialogue social efficace, et c'est pour ça que cette réforme des retraites, je crois, est fondée sur un socle solide.

Après cette réforme, évidemment nous avons franchi une étape, c'est un succès important pour la France, mais nous savons bien qu'il nous reste beaucoup de travail, et nous ne pratiquons pas l'autosatisfaction. Je sais bien que l'ensemble de notre démarche n'est pas irréprochable, et nous tiendrons compte de nos erreurs. Je revendique cependant la fidélité aux orientations du chef de l'Etat, le président de la République, l'esprit de mission et le devoir d'action.

Mon gouvernement a donc peut-être commis un certain nombre d'erreurs ; en tout cas, on ne peut pas lui reprocher, 14 mois durant, d'avoir mis le mouvement au coeur de sa dynamique et d'avoir engagé, sur tous les grands sujets, de très nombreuses actions. Des actions pour renforcer le domaine régalien, la sécurité, la justice, la défense, pour donner plus de souplesse à notre économie pour faire en sorte que l'avenir de notre système social soit garanti, pour qu'il puisse y avoir, dans notre pays, des perspectives qui soient des perspectives d'avenir.

Au bout de ce temps de réformes, il est clair qu'il nous apparaît nécessaire de faire du dialogue social une priorité nationale. La France peut et doit progresser dans sa pratique du dialogue social. Le gouvernement aussi, l'opposition, et tous, nous avons des efforts à faire pour que le dialogue social soit une pratique plus naturelle de la démocratie française. Quand je regarde, et je le fais avec beaucoup d'intérêt, la situation en Allemagne, je vois combien les syndicats, l'opposition, la majorité, le gouvernement peuvent se mettre d'accord sur des grandes réformes. Et c'est, je crois, très important de travailler à ces perspectives qui renforceront le dialogue social dans notre pays. Je pense que le dialogue trouve tout son sens quand la parole devient action, et nous avons devant nous des dossiers importants, j'y reviendrai, dont l'issue, dont les perspectives, ne pourront sortir que de ce dialogue social rénové et renforcé. Il est évident qu'il ne faut pas compter sur moi pour décourager les organisations syndicales qui ont eu le courage de conclure une négociation sociale jusqu'à l'accord. Je vois qu'on pouvait, ici ou là, s'étonner à un moment que, sur tel ou tel dossier, le gouvernement agréait un accord de la négociation.

Qu'on ne compte pas sur moi pour lâcher une organisation syndicale qui signe, à un moment ou à un autre, pour une autre organisation syndicale qui revendique un texte passé, qu'elle-même n'a pas signé. Le dialogue social, c'est la négociation. La négociation, c'est la concertation ; la concertation doit déboucher, le plus souvent possible, sur des accords, des compromis, des pas qui se font les uns vers les autres, et cette dynamique-là que nous voulons développer.

Donc nous encouragerons la poursuite du dialogue social, évidemment, avec toutes les organisations qui ont participé, au cours de cette année, à la conclusion d'un certain nombre de réformes importantes et stratégiques. Mais je tiens à dire aussi que, sur chaque dossier d'avenir, nous reprendrons le dialogue avec toutes les organisations, sans jamais exclure celles qui ont, par exemple, refusé de conclure dans les dernières réformes. Cela veut dire que je ne vois pas la réforme de la santé, je ne vois pas la réforme de l'énergie sans la CGT, sans Force Ouvrière, sans toutes les organisations qui voudront participer, autour de la table, à ces discussions d'avenir, sur des dossiers très importants pour notre pays. C'est un élément clé du progrès pour notre pays, dans cette période où la croissance se faisant attendre, les tensions sociales sont pour nous des occasions évidentes d'attention et de vigilance.

C'est pour ça que je ne souhaite pas que mon action soit caricaturée. Nous avons, pendant ces 14 mois, été très attentifs aux milieux les plus populaires dans notre pays. L'augmentation du SMIC, dont on a moins parlé cette année que l'année dernière, l'augmentation du SMIC a été très importante au 1er juillet ; nous nous sommes engagés dans une réforme importante qui, sur trois ans, conduira au 13ème mois pour les smicards. C'est une réforme qui touche beaucoup de Français, plus d'un million d'entre eux, et les autres verront également leur salaire progresser. Je voudrais dire qu'il était très important pour moi, et pour la première fois, alors que, dans le passé, on a baissé déjà deux fois la rémunération du Livret A, de veiller à ce que le Livret d'épargne populaire garde sa rémunération à 4,25 %, c'est-à-dire très largement au-dessus de l'inflation, et ça pour 11 millions de Français parmi les plus fragiles, parmi ceux qui sont le plus exposés aux difficultés. Il est clair que nous souhaitons être très vigilants à toutes les fractures, et c'est pour ça que nous avons engagé également cette action pour la rénovation urbaine et pour le redressement personnel. Je pense, là aussi, à ces centaines de milliers de Français que la vie, à un moment ou à un autre, a brisés et qui sont complètement démunis, et pour lesquels la procédure de redressement personnel va être une seconde chance, une seconde chance pour participer au pacte républicain, pour participer à notre " vivre ensemble ".

Je crois qu'il nous faut avoir conscience, dans la société française, que l'égalité fait partie de notre pacte républicain, mais qu'elle apparaît souvent, comme aujourd'hui, inaccessible ; c'est le rôle de la République de veiller à limiter les écarts et à rapprocher les Français. C'est ce que nous avons fait avec la prime pour l'emploi, c'est ce que nous continuerons à faire pour que l'espoir républicain, l'intégration sociale pour tous, restent vivaces dans notre société. Je voudrais vous dire également que ce dialogue est fondé évidemment sur une exigence d'égalité si forte dans le coeur des Français, et que c'est à l'école que se construit évidemment ce sentiment, et c'est à l'école de permettre à chaque Français de trouver son chemin au sein de la République. C'est pour ça que nous ferons, dans les semaines, les mois, les années qui viennent, de l'école, du succès de l'éducation, mais aussi de la formation, un point de passage obligé de la réussite de la France. C'est une priorité nationale ; nous avons compris le mal-être des enseignants, nous sommes attentifs aux difficultés de cette formidable organisation nationale qui est cette éducation à laquelle toutes les Françaises et les Français sont attachés. Nous ferons - et j'y reviendrai tout à l'heure - un certain nombre d'efforts pour qu'on puisse affirmer encore davantage cette priorité nationale et ce rôle qu'a l'éducation dans l'action de cohésion pour notre République.

Au fond, nous voyons bien qu'au bout de 14 mois, plus de 57 textes ont été votés au Parlement, une grande activité d'action et de réforme. Il est important que nous puissions, face à cette multiplication des initiatives et du mouvement, tracer des perspectives pour l'avenir. C'est pour ça qu'à l'automne, comme l'ont fait un certain nombre de chefs de gouvernement des pays européens, je proposerai un agenda 2006 pour une France d'ouverture. Ce programme d'initiatives et d'actions à trois ans, que je vais préparer tout cet été avec une quarantaine de réunions de proximité à l'écoute des Françaises et des Français, sur leurs attentes, sur les espoirs, sur leurs difficultés, pour tracer la perspective de l'action gouvernementale pour les trois ans à venir.

Trois priorités apparaissent d'ores et déjà très claires dans cette perspective.

La cohésion nationale pour le dialogue social. Les grands débats qui vont être lancés sur la santé pour sauver l'avenir de la Sécurité sociale, le grand débat sur l'école, qu'a appelé de ses v¿ux le président de la République et qui devra fonder une loi d'orientation, à partir d'un diagnostic partagé ; il n'y a aucune chance que nous puissions construire une réforme qui mette l'éducation à l'aise dans le 21ème siècle et dans la société française si nous n'avons pas un diagnostic partagé sur les réussites, sur les excellences de l'éducation, mais aussi sur les difficultés et les problèmes. La cohésion nationale par le dialogue social, c'est aussi, évidemment, pour nous, la stratégie de la croissance durable. Nous sentons quelques frémissements économiques, les indicateurs nous laissent penser que, à la fin de cette année, au début de l'année prochaine, nous retrouverons un rythme de croissance bon pour l'emploi. Mais il va de soi que nous devons anticiper par une action dynamique pour l'emploi, c'est pour ça que nous mènerons des initiatives, dès la rentrée, notamment avec l'emploi pour les seniors. C'est une priorité qui est une conséquence de notre réforme des retraites. Il est évident qu'il faut changer les mentalités, il faut que les entreprises accueillent davantage les hommes et les femmes de plus de 50 ans et nous devons veiller à ce qu'un certain nombre de comportements économiques et sociaux soient modifiés. Je pense aussi à l'emploi des jeunes et à tout ce que nous devons faire pour anticiper ce retour de la croissance et stimuler l'emploi qui reste la priorité pour les Français et pour le gouvernement.

J'espère, en matière de dialogue social, que les partenaires sociaux pourront conclure sur la négociation en cours actuellement sur la formation tout au long de la vie, sur la formation professionnelle ; si, à la fin du mois de septembre, les partenaires sociaux n'étaient pas arrivés à un accord, la gouvernement prendrait ses responsabilités par la voie législative pour déposer un texte de réforme de la formation professionnelle pour permettre cette formation pour l'emploi.

Deuxième grand objectif de cet agenda 2006 pour une France d'ouverture, c'est la création de richesses par la mobilisation de l'intelligence. D'ores et déjà, dans les arbitrages que je suis en train de faire, que je n'ai pas achevés pour le budget 2004, d'ores et déjà, je veille à ce que le budget de l'Education, le budget de la Recherche, le budget de la Culture, puissent être, malgré une situation économique difficile, en augmentation de manière à participer à cette mobilisation de l'intelligence pour la création de richesses pour l'innovation, pour le développement, pour la valeur ajoutée, pour tout ce qui est la dynamique par la personne, dont la société a aujourd'hui besoin. Cette dynamique-là produit déjà des effets ; nous sommes sur le rythme qui était le nôtre dans la création d'entreprise, par exemple, où, depuis le début de l'année 2003, nous connaissons une forte croissance de la création d'entreprise, et que l'objectif qu'a pris le président de la République et qu'il a confié au gouvernement de créer un million d'entreprises dans les cinq ans qui viennent, c'est-à-dire rattraper notre retard en matière de démographie entrepreneuriale par rapport au Royaume Uni, cet objectif pourra être ainsi atteint.

Troisième objectif de l'agenda 2006 : l'intégration européenne et l'ouverture de la société française. Il est clair que nous avons, en 2004, un rendez-vous européen très important. Je pense que les Français ne sont pas suffisamment préparés, aujourd'hui, à ce rendez-vous européen. Ce rendez-vous, c'est celui de l'élargissement et de l'approfondissement simultané ; c'est l'Europe à 25, avec le Traité d'Athènes, et c'est le nouveau traité constitutionnel proposé par la Convention et Valéry GISCARD d'ESTAING, et qui sera soumis, dès le mois d'octobre, à la conférence intergouvernementale, qui va complètement changer la donne de la construction européenne.

Une nouvelle Europe avec une nouvelle géographie, une nouvelle organisation, de nouvelles responsabilités, c'est, je crois, un élément très important de notre avenir, et il faut que les Français mesurent les opportunités qui sont ainsi offertes à notre pays, et c'est à nous, gouvernants, différents responsables économiques et sociaux, de leur faire partager cette perspective européenne ; il y a là, pour nous, une priorité majeure. Cette intégration européenne doit aussi être l'occasion d'une ouverture de la société française ; ouverture sur, naturellement, le monde, sur la situation internationale, mais aussi ouverture à l'intérieur même de la société pour surmonter un certain nombre de barrières, un certain nombre de clivages, un certain nombre de frontières à l'intérieur même de la société¿

Et je pense à la lutte contre toutes les discriminations, ça sera un grand objectif de notre agenda 2006, toutes les formes de discrimination qui existent dans notre pays. Nous lutterons contre toutes les formes de racisme, contre toutes les formes de discriminations, économiques, sociales, qui atteignent trop de Français qui souffrent de ces discriminations. Nous aurons aussi des débats importants sur la laïcité et sur les valeurs de la République pour faire de la société française une société plus ouverte, non repliée sur elle-même, c'est la perspective de cet agenda 2006 pour une France d'ouverture, qui va être jardiné pendant tout cet été et qui sera présenté à la rentrée.

Voilà quelques grandes lignes de l'action qui est la nôtre, et je suis maintenant à votre disposition pour répondre à vos éventuelles questions... Si, toutefois, vous n'en avez pas... Ah ! Si. Je vous en prie.

HERVE FAVRE, LA VOIX DU NORD

Monsieur le Premier ministre, Hervé FAVRE, LA VOIX DU NORD. Hier des employés d'une usine de Lille ont appris une nouvelle fois la fermeture de leur usine. Beaucoup sont en vacances en ce moment. J'aurais aimé connaître votre réaction à cette nouvelle décision qui va encore aggraver la situation de l'emploi dans une région ?

JEAN-PIERRE RAFFARIN

Il est évident que nous sommes choqués par cette décision et la dimension politique qu'elle a voulu prendre, puisqu'il a été sous-entendu que la politique de la lutte contre le cancer était en opposition à la lutte pour l'emploi. C'est une dialectique que je refuse, et je souhaite vraiment qu'on puisse trouver des solutions pour l'emploi dans la région Nord-Pas-de-Calais ; c'est pour ça que le gouvernement est mobilisé avec une procédure qui peut s'appliquer et que nous avons développée avec METALEUROP, que nous avons développée dans plusieurs territoires, qui est le contrat de site, qui permet de venir en aide aux territoires qui sont ainsi blessés par la fermeture d'usines qui choisissent d'autres stratégies que de développer l'emploi local.

DOMINIQUE SEUX, LES ECHOS

Vous avez évoqué tout à l'heure la préparation du budget 2004 ; il y a quelques semaines, vous aviez décidé que l'Etat ne devrait pas dépenser un euro de plus en 2004 par rapport à 2003 - c'est la croissance zéro des dépenses - et indiqué qu'un départ sur deux de fonctionnaires ne serait pas remplacé, ce qui correspondait, en gros, à 30 000 suppressions d'emplois. Je voudrais savoir, même si les arbitrages ne sont pas totalement rendus, où vous en êtes à ce stade, et notamment en ce qui concerne les effectifs de l'Education nationale.

JEAN-PIERRE RAFFARIN

Je pourrais vous inviter à lire LES ECHOS, parce que j'y apprends des choses, notamment ce matin, sur le budget, qui n'est pas encore arbitré. Disons que les deux critères, en effet, qui sont des critères d'avenir importants pour notre discipline budgétaire, sont les critères des emplois publics et les critères de la dépense publique. Sur ces deux critères, j'applique aujourd'hui les décisions que j'ai prises, et donc je suis en train d'achever les arbitrages dans cet esprit. Il va de soi que les choses ne sont pas simples, car je dois tenir compte non seulement des difficultés d'un certain nombre de secteurs de notre vie nationale, mais aussi d'un certain nombre de priorités, et je ne souhaite pas qu'un certain nombre de priorités nationales, je pense à l'Education par exemple, puissent être blessées par une évolution budgétaire qui serait trop brutale. Nous pensons vraiment que le service public ne peut pas se résumer à l'emploi public, que la qualité est l'objectif numéro un et la meilleure efficacité du service public, et c'est avec cette volonté de renforcer l'efficacité, la qualité d'un certain nombre de grands secteurs de notre vie nationale, que nous préparons le budget dans le contexte de la lettre de cadrage que j'avais adressé au ministre. La difficulté est grande, je vous le confirme, mais je reste déterminé à suivre la ligne qui est celle que j'ai définie pour mes ministres, et nous allons faire ça durant l'été pour être prêt à la fin du mois d'août à présenter un budget 2004, qui, je l'espère, pourra bénéficier d'un retour de la croissance qui serait bienvenue, notamment pour nos recettes.

CHRISTINE CLERC, LE FIGARO

Je voudrais savoir ce que vous diriez aujourd'hui au président du MEDEF à propos des salaires très élevés des grands patrons, et ce que vous diriez à votre ami Tony BLAIR.

JEAN-PIERRE RAFFARIN

Aux amis, ce n'est pas dans la difficulté qu'on envoie des messages de sévérité. Donc je veillerai à ne pas aggraver la difficulté que Tony BLAIR peut avoir à affronter aujourd'hui. Les informations qui étaient les nôtres nous ont permis de prendre des positions différentes de celles qu'a prises le gouvernement britannique ; il n'empêche que le Royaume Uni est un partenaire majeur de la France et que je fais partie de ceux qui sont suffisamment européens pour penser que la diplomatie européenne et la politique étrangère doivent être une priorité des nouvelles institutions, comme la défense européenne, et je ne vois pas une défense européenne et une diplomatie européennes pouvoir avoir quelque chance dans le monde sans avoir le concours actif et sincère du Royaume Uni. Donc je serai, sur mes propos, donc toujours fidèle à cette proximité à laquelle je suis très attaché avec le Royaume Uni.

En ce qui concerne les inégalités, je pense, en effet, que sur le plan salarial, il y a, en France, un certain nombre de comportements qui sont déraisonnables, et je souhaite vraiment qu'il y ait une prise de conscience de manière à ce que nous gardions notre cohésion nationale. Nous avons des efforts à faire, ces efforts doivent être partagés par tous ; c'est très important, je crois, pour faire face aux mutations de la société française. Nous avons un vieux pays avec beaucoup de forces et beaucoup de talents, qui doit s'adapter au 21ème siècle. Ces adaptations sont nécessaires, ces mutations sont inscrites dans l'air du temps ; il faut que, vraiment, tout le monde y participe et qu'il ne peut pas être question qu'une partie des Français soient spectateurs, spectatrices des réformes que nous avons à engager. Oui.

ARNAUD LAVOREL AGENCE EDUCATION FORMATION

Je me permets de revenir sur le budget parce que c'est une question qui travaille beaucoup de monde. Et je lis aussi les ECHOS, et je crois qu'ils citaient deux budgets en augmentation, la défense et l'éducation. Est-ce que vous êtes en mesure de confirmer cela ? Et je pense en particulier à la recherche qui, si on veut respecter votre objectif de 3 % d'ici 2010, ça risque d'être un petit peu difficile s'il n'y a pas un coup de pouce sérieux¿

JEAN-PIERRE RAFFARIN

Que ce soit difficile, je crois que c'est une opinion que l'on peut partager, mais je suis très attentif à ce que ces trois budgets, qui sont habituellement regroupés sur le thème de la mobilisation de l'intelligence - le budget de l'éducation, le budget de la recherche et le budget de la culture - soient en augmentation et donc nous y travaillons actuellement. Oui.

GILLES LECLERC, FRANCE 3

Monsieur le Premier ministre, est-ce que vous continuez d'exclure, à propos de la réforme de l'Assurance maladie, une hausse des prélèvements, en particulier la CSG, compte tenu de l'ampleur des déficits, alors qu'il y a encore quelques jours, un de vos ministres, et pas un des moindres, n'a pas exclu cette piste en ce qui concerne la CSG ?
JEAN-PIERRE RAFFARIN

L'augmentation de la CSG n'est pas à notre programme et elle ne figure dans les hypothèses de travail sur lesquelles nous sommes actuellement. Nous engageons une négociation avec les partenaires, nous souhaitons vraiment une négociation ouverte avec l'ensemble des acteurs de la santé et de la Sécurité sociale, avec l'ensemble des partenaires, les habituels partenaires du dialogue social, les mutuelles également, et donc c'est seulement dans la réalisation du PLFSS 2005 que nous pourrons conclure sur les méthodes de financement. Mais aujourd'hui, cette hypothèse n'est pas à l'ordre du jour.

FABRICE HURPIN, FRANCE 3

Monsieur le Premier ministre, je voulais vous demander, quand va avoir lieu le fameux remaniement ministériel envisagé un temps ? Et sinon, y a-t-il des ministres qui doivent rectifier le tir ? Si oui, lesquels ?

JEAN-PIERRE RAFFARIN

Vous avez plus souvent envisagé le remaniement que moi. Le remaniement ministériel n'est pas dans mon programme des prochains mois et donc c'est un sujet qui, pour moi, n'existe pas pour la programmation des initiatives dont je vous ai fait part aujourd'hui. Je pense que tous les ministres, le premier comme les autres, doivent pouvoir jeter sur leurs actions un regard lucide, regarder les points forts, s'accrocher à nos points forts, mais aussi savoir tenir compte de nos erreurs ; de savoir tenir compte des attitudes qui n'ont pas été les bonnes ou des décisions qui pourraient être améliorées. Je ne suis pas favorable au bilan de l'autosatisfaction tous les ans, il reste des choses qui doivent être modifiées dans nos comportements pour bien respecter l'esprit de mission et le devoir d'action que nous a confiés le président de la République. C'est quelque chose qui concerne chacun des ministres. Un ministre est un serviteur ; chacun doit se dire en son âme et conscience comment il rend service au pays. C'est cela la mission pour chacun des ministres, je souhaite vraiment qu'elle soit intégrée par les uns et par les autres, c'est vraiment un effort collectif. Je souhaite que nous puissions aborder la rentrée prochaine en ayant fait, les uns et les autres, cet examen lucide et objectif de notre action commune, et le meilleur moyen d'avoir un examen lucide et objectif, c'est d'aller au contact des Français, les écouter et tenir compte de leur avis.

JOURNALISTE

Dans le cadre du dialogue social, est-ce qu'il y aura l'ouverture de négociations salariales dans la Fonction Publique à l'automne ? Est-ce que c'est dans vos intentions ? De la même façon, dans le même ordre d'idée, est-ce que vous accèderez à la proposition des syndicats de reporter la loi sur l'ouverture, sur le changement de statut d'EDF et GDF à plus tard, c'est-à-dire éventuellement à l'année prochaine ?

JEAN-PIERRE RAFFARIN

Le dialogue avec la Fonction Publique est engagé avec Jean-Paul DELEVOYE, et je le laisse se dérouler entre le ministre et les syndicats. En ce qui concerne la réforme de EDF, je maintiens le cap qui était le nôtre, mais comme je souhaite une négociation sociale importante, j'ai en effet formulé le souhait que nous puissions attendre que la situation sociale dans l'entreprise soit stabilisée puisqu'il y a un congrès important syndical en octobre, il y a des élections en novembre, et donc je souhaite que cette discussion sociale sur les moyens qu'il faut donner à EDF pour qu'elle puisse assumer son rôle d'entreprise forte et moderne, notamment en Europe, que ces moyens puissent être discutés par les partenaires sociaux, et donc je souhaite que le débat puisse s'engager à la fin de l'année. Je n'ai pas voulu, ni qu'on fasse une réforme rapide pendant l'été, ni que nous puissions ne pas attendre la stabilisation des organisations syndicales après leur congrès et après les élections. Donc c'est vraiment une volonté d'ouverture que je fais pour qu'on puisse discuter et, notamment en ce qui concerne EDF, vous connaissez le rôle important de la CGT, et je ne souhaite pas donner le sentiment que la forme d'une négociation sur une réforme puisse déclencher la forme sur la réforme suivante. Donc nous repartons en tendant la main à toutes les organisations sociales y compris la CGT, donc pour être très clair, j'attendrai l'issue du congrès de la CGT et, ensuite, les élections à l'intérieur de l'entreprise en novembre pour pouvoir engager le dialogue social avec les partenaires sociaux ainsi stabilisés.

JOURNALISTE

JEAN-PIERRE RAFFARIN

Je trouve que nous avons tous à faire des progrès en matière de dialogue social. Et quand je dis que le gouvernement doit faire ses propres progrès, les autres aussi, et je ne souhaite pas qu'avant les élections, on puisse dire dialogue social, dialogue social, dialogue social et, après les élections, on dise c'est à l'Etat de tout prendre comme décision, et que c'est à l'Etat de toujours décider. Le dialogue social, ce sont les partenaires sociaux qui proposent, ce sont les partenaires sociaux qui négocient, ce sont les partenaires sociaux qui concluent. Et donc, je crois, nous devons augmenter notre fertilité sociale, notamment en nombre d'accords, et je crois que nous avons un enjeu qui est un enjeu très important qui est celui de la formation professionnelle qui va être un vrai indicateur de la véritable volonté de négocier des uns et des autres. Je souhaite un accord avant la fin du mois de septembre et je souhaite pouvoir transmettre au Parlement cet accord dans les formes de la négociation et dans les formes de sa conclusion. Donc nous allons avoir un terrain de vérité, c'est la réforme de la formation professionnelle, la formation pour l'emploi ; cet engagement-là est un engagement très important, les partenaires sociaux ont l'air tous d'y être très attachés. Vont-ils pouvoir conclure ? Je le souhaite. S'ils ne concluent pas l'Etat prendra ses responsabilités et le gouvernement s'engagera à ce moment-là dans un texte législatif.

RADIO ALLEMANDE

C'est pour le Tour de France. On n'en parle pas depuis un certain temps, mais les intermittents, ils menacent l'arrivée du Tour de France. Il y en a qui l'ont fait. Qu'est-ce que vous allez faire au moment où¿ ?

JEAN-PIERRE RAFFARIN

D'abord, sur le Tour de France, le Tour de France du centenaire, si j'avais un rapprochement à faire entre le gouvernement et le Tour de France, je dirais que nous, nous en sommes plutôt dans la course au maillot vert plutôt qu'au maillot jaune, c'est-à-dire étape après étape. Pour ce qui est des intermittents du spectacle, vous savez que c'est un sujet douloureux. Nous avons vécu la suppression d'un certain nombre de festivals de manière difficile dans tout le pays. C'est pour ça qu'un programme d'action est préparé par le gouvernement à la fois pour les métiers de la culture, mais aussi pour la pérennité des festivals. Et donc, nous avons eu l'occasion de le dire, et le président de la République s'est exprimé très clairement sur le sujet en révélant bien ce qui relève du dialogue social et de l'UNEDIC et ce qui relève de l'action de l'Etat pour la culture. Je souhaite qu'il puisse y avoir, sur ce dossier, un accord qui intervienne par l'action de l'Etat ; pour ce qui est de l'UNEDIC, l'accord a été signé par les organisations syndicales. En ce qui concerne les attitudes des uns ou des autres, je crois que, vraiment, il nous faut veiller à respecter l'Etat de droit dans notre pays. Il faut respecter l'Etat de droit ; chacun a droit à ses convictions, chacun a droit à défendre ses intérêts. Il y a le droit de grève, il y a le droit de manifestation, il y a ce qui fait notre histoire sociale, mais dans notre histoire sociale, le droit de blocage est quelque chose qui pose problème et je crois que ce n'est jamais une bonne attitude pour quiconque que de se mettre dans la situation de bloquer les autres. Et, au fond, je souhaite vraiment que l'on puisse vivre une démocratie sociale vivante, mais qu'on n'ait pas le choix systématiquement entre l'immobilisme d'un côté et le blocage de l'autre. Donc chacun doit, là, faire face à ses propres responsabilités, faire entendre ses revendications sans avoir à bloquer, pour cela, la société dans son ensemble. Je vous remercie.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 25 juillet 2003)

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