Déclaration de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, sur l'importance du débat politique dans une démocratie parlementaire et sur la nécessité de promouvoir l'intérêt pour la vie politique, à l'Assemblée nationale le 18 juin 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, sur l'importance du débat politique dans une démocratie parlementaire et sur la nécessité de promouvoir l'intérêt pour la vie politique, à l'Assemblée nationale le 18 juin 2003.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. UMP, membre du comité politique

Circonstances : Remise des trophées Civisme et Défense du CiDAN (association "Civisme Défense Armée Nation"), à l'Assemblée nationale le 18 juin 2003

ti : Monsieur le Président,
Amiral,
Madame, Messieurs les Officiers Généraux,
Mesdames et Messieurs,


Tout d'abord, permettez moi de vous dire combien je suis heureux de vous recevoir à l'Hôtel de Lassay.

La remise des trophées 2003 est en effet pour moi l'occasion de rendre un hommage à l'action menée par le CiDAN depuis 1999 et à l'inlassable dévouement que vous tous, chacun à son niveau, à Paris comme en province, vous montrez pour faire partager au plus grand nombre, les valeurs du civisme et de l'esprit de défense.

Je suis d'autant plus heureux de vous recevoir aujourd'hui qu'il ne vous a pas échappé que nous étions le 18 juin, jour anniversaire de l'appel historique lancé depuis Londres par le Général de Gaulle pour la poursuite de la lutte contre l'occupant et pour la résistance à son oppression ;

Jour, où à travers cet appel, on rend hommage à toutes celles et tous ceux, militaires, civils, personnalités connues, soldats de l'ombre, citoyens, simples pêcheurs de l'île de Sein qui, n'écoutant que la voix de leur courage, obéissant à leur conscience, ont répondu à l'appel du Général.

En effet, il n'est pas vraiment de meilleure occasion que le 18 juin, pour mettre en valeur l'action du CiDAN, et à travers les trophées qui vont être remis, l'action menée par chacun d'entre vous et au-delà, par tous nos concitoyens, pour faire en sorte que la France reste la France et que l'esprit civique se développe.

Aujourd'hui, et nous le voyons tous les jours, le civisme et l'esprit de défense sont de plus en plus nécessaires.

Alors que tout, dans notre société hyper médiatisée, dans notre société mondialisée, incite à l'égoïsme, au repli frileux sur soi, à la défense de ses petits intérêts, notre communauté nationale, avec les crises et les défis qu'elle doit surmonter, a besoin, peut-être plus que jamais, de dévouement et d'altruisme.

De dévouement et d'altruisme, pour participer à la vie démocratique, pour faire vivre nos institutions et pour assumer les fonctions électives, qu'il s'agisse du Parlement comme des fonctions municipales, régionales ou départementales.

Quand je regarde la presse, quand j'écoute la radio, je relève un paradoxe : celui d'expliquer à la fois que les gens ne vont pas suffisamment voter et parallèlement, systématiquement, de dénigrer celles et ceux qui détiennent des mandats électifs.

Ainsi on traîne et on répand l'indifférence...On répand l'abstention. En effet, on ne peut pas ne pas être frappé par le développement de l'abstention.

Ce développement de l'abstention dénote, il faut bien le voir, un malaise de notre société démocratique. Il est, pour nous tous, une source d'inquiétude, voire même d'angoisse, car la pire des choses, serait de vivre dans un pays où nos concitoyens seraient indifférents, seraient résignés, seraient blasés au point de ne plus s'intéresser à leur pays.

Nous devons donc trouver les voies et les moyens de redonner à nos concitoyens l'envie, le goût de la chose publique, le goût du débat démocratique.

Voilà plusieurs nuits que je passe dans l'hémicycle pour présider les débats sur la réforme des retraites.

Quand j'écoute la radio et quand je regarde la télévision, j'entends, je vois un grand nombre de personnes souvent éminentes dire que le débat est trop long.

On voudrait qu'après cinq ans pendant lesquels, les uns et les autres, nous avons assisté à la tenue de colloques, à la remise de rapports pour essayer de cerner le problème des retraites, problème essentiel pour notre société ;

On voudrait qu'après six mois pendant lesquels le gouvernement, et c'est normal, a dialogué et négocié avec les partenaires sociaux ;

On voudrait que celles et ceux qui ont la légitimité politique de trancher, règlent ce problème en deux soirées ! Lorsque l'on dit cela, lorsqu'on accepte qu'il n'y ait plus de débat politique, on accepte finalement un recul de la démocratie.

Oui, je suis préoccupé par ces attaques systématiques contre la démocratie parlementaire. Finalement, qu'est-ce qui distingue un régime parlementaire d'un régime autoritaire ? C'est que justement, dans le régime parlementaire, dans l'hémicycle, dans ce théâtre de la démocratie qui est derrière cette porte, des hommes et des femmes d'opinions différentes, de convictions différentes acceptent de s'exprimer, acceptent de débattre, de se combattre en se respectant.

Oui, il faut redonner à chacune et à chacun de nos concitoyens, le goût de la chose publique, le goût du débat démocratique. Certes nous évoluons dans un monde difficile, où la médiatisation a pris une grande place, où cette médiatisation de la vie politique est arrivée à la caricaturer, à la dénaturer.

Je ne prendrais qu'un exemple récent.

Alors que nous avons eu, pendant des jours et des nuits, des débats intéressants, il a suffit qu'un député se promène avec une peluche (ce qui est absurde) pour qu'on ne retienne que cela.

Le débat que nous avons depuis plusieurs jours est un débat long, difficile mais intéressant sur le fond et voilà qu'on le résume à une histoire de peluche !

Il faut que nous nous interrogions sur notre responsabilité. Peut-être le débat à l'Assemblée aurait-il pu être meilleur, plus enserré dans les règles ? C'est possible, mais il faut, aussi, que chacun réfléchisse à ses responsabilités. Il faut que nous tous, vous, nous, les responsables des médias, nous réfléchissions à la façon de redonner à nos concitoyens le goût de la chose publique pour qu'ils s'intéressent à nouveau à notre vie politique !

Vous le savez, il y a sur le fronton de toutes les mairies de France trois mots : Liberté, Egalité, Fraternité. Pour moi, ce ne sont pas des mots ou des slogans. Ils ont une valeur et le civisme est là pour faire en sorte que ces trois mots de liberté, d'égalité et de fraternité, aient un sens.

Il n'y a pas de fraternité, il n'y a pas d'égalité, s'il n'y a pas de liberté.

Or, aujourd'hui comme hier, la liberté, elle se défend.

La liberté, elle suppose que des hommes et des femmes à travers les règles de la démocratie, se battent et défendent leur pays, à l'instar de ce que nos parents ou grands-parents ont pu faire dans des périodes plus dramatiques.

Oui, si nous voulons créer une société plus fraternelle; oui, si nous voulons essayer de créer une société plus égalitaire, il nous faut d'abord la liberté car il n'y a pas d'égalité, il n'y a pas de fraternité, sans liberté. Cependant, il n'y aura pas de fraternité, il n'y aura pas d'égalité, si personne ne s'intéresse à la promotion de cette fraternité et de cette égalité !

RENAN disait dans une conférence prononcée à la Sorbonne que la nation, la France , c'est une volonté de vivre ensemble ; c'est une volonté de faire en sorte qu'on ait tous ensemble un rêve commun, une espérance commune. Ce rêve commun, cette espérance commune, ça s'appelle pour moi : le civisme et la participation à la vie de son pays.

Mesdames et Messieurs, Amiral, Monsieur le Président, en ce jour anniversaire de l'appel, du 18 juin, où le Général a voulu que la France, les Français aient un rêve d'avenir partagé, un rêve de liberté et de dignité retrouvées, en ce jour anniversaire de l'appel du 18 juin, votre exemple, celui du CiDAN, celui de ceux qui vont être récompensés montreront à tous, à tous ceux qui seraient tentés de baisser les bras, de se lamenter sur une société qui ne correspondrait plus à ce qu'ils attendent que, finalement avec du courage, avec de l'audace, avec de la volonté, on peut efficacement lutter contre des évolutions que l'on récuse.

Ces exemples, vos exemples, montreront à l'évidence qu'il n'y a pas de fatalité, qu'il n'y a jamais de fatalité, que l'on doit et que l'on peut toujours construire et qu'à partir du moment où il y a un noyau d'hommes et de femmes qui sont animés d'une volonté, qui sont animés par l'amour de leur pays, on peut construire, on peut gagner et on doit construire et on doit gagner pour la liberté, pour l'égalité, pour la fraternité et pour notre pays que nous aimons et qu'il faut défendre.

Aujourd'hui notre pays est en guerre, mais cette guerre est très différente de celle que certains ont connu. A la guerre, celle des militaires, (encore qu'elle ne soit pas absente de notre monde) se sont ajoutées deux autres guerres : la guerre économique et la guerre à l'indifférence.

Vous avez décidé par votre action de partir en guerre contre l'indifférence et je vous en remercie.

C'est pour cela que je suis heureux que vous soyez là dans ce temple de la démocratie, dans ce temple où nous participons à l'Histoire de France, où nous sommes fiers de l'Histoire de France. Continuez à faire aimer la démocratie, continuez à faire aimer la France !

(Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 2 juillet 2003)

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