Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans Armées d'Aujourd'hui de juillet-août 2003, sur les réformes des retraites et du statut général des militaires, le budget de la défense et la défense européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans Armées d'Aujourd'hui de juillet-août 2003, sur les réformes des retraites et du statut général des militaires, le budget de la défense et la défense européenne.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Héraklès, Licorne, Artémis, les noms de code d'opérations extérieures se succèdent à vitesse grand V. Dans le cadre des stuctures internationales, la France confirme sa participation aux forces de réaction rapide. Bilan avec Mme Alliot-Marie, après un an à la tête d'un ministère 'toujours en action".

Armées d'aujourd'hui : Cela fait maintenant un an que vous êtes à la tête de ce ministère, que retirez-vous de cette expérience ?

Michèle Alliot-Marie : Cette année a été riche en événements, en découvertes, en émotions aussi. Travailler avec les militaires, et d'une façon générale, avec les personnels du ministère, m'a permis de découvrir leur haut niveau de compétence, leur sens du service et de l'État, leur éthique.
Dès mon arrivée, l'ensemble du ministère de la défense a été meurtri par l'attentat de Karachi. C'est dans ces moments difficiles que j'ai découvert l'excellence du travail accompli par ces hommes et ces femmes qui le composent.
Au cours de mes nombreux déplacements dans les forces en France ou à l'étranger, j'ai également pu constater le professionnalisme de nos soldats et leur sens de la mission qui va jusqu'au don de soi.

Le projet de loi réformant le régime des retraites a été approuvé par le gouvernement le 28 mai. Pensez-vous que l'équilibre entre la participation de la Défense à l'effort général et la prise en compte des spécificités du métier de militaire est satisfaisant ?

La réforme vise à sauver notre système de retraites. Son objectif est de garantir un paiement sans que cela représente un poids insupportable pour les actifs dans quelques années. Il s'agit d'une réforme qui concerne tous les Français. Pour y parvenir, chacun doit fournir un effort. Les militaires l'ont compris.
Pour autant, il existe une spécificité du militaire due aux sujétions imposées par le métier : un besoin opérationnel qui impose un impératif de jeunesse donc une réinsertion et une reconversion réussies pour une bonne moitié des militaires, la reconnaissance des risques encourus, de la pénibilité de certaines situations.
Cette spécificité a été prise en compte : j'en veux pour preuves le maintien des possibilités de cumul, la conservation du principe de la retraite à jouissance immédiate, la préservation du système de bonifications. Quant à la fameuse décote en cas de départ anticipé, elle a été aménagée de façon adaptée pour tenir compte du souhait ou de la nécessité, pour un certain nombre de militaires, de donner une nouvelle orientation à leur carrière.
En conséquence, je considère que la réforme appliquée aux militaires est juste et équilibrée et que leurs spécificités, sur lesquelles je m'étais engagée, ont été sauvegardées.

Sur ce dossier des retraites, vous avez réuni les instances de concertation sur un mode opératoire radicalement différent de vos prédécesseurs en favorisant l'échange ouvert et sans questions préparées. Comment voyez-vous évoluer ces instances à l'avenir ?

Je pense fondamentalement que le CSFM (1) est le lieu privilégié où la communauté militaire, par l'intermédiaire des membres qui la représentent, peut avoir un échange direct avec son ministre sans autre contrainte que le nécessaire respect mutuel et la courtoisie.
Sincèrement j'avais trouvé les deux précédents CSFM auxquels j'avais participé très formels, figés, et donc peu intéressants.
Ce CSFM consacré aux retraites s'est déroulé dans des conditions particulières. Les contraintes de calendrier, la complexité du dossier comme son enjeu imposaient de changer les règles de son déroulement. Je voulais que la communauté militaire soit véritablement entendue, comme je m'y étais engagée, entre le dépôt de l'avant-projet sur les retraites et son adoption en conseil des ministres. Je voulais aussi pour éviter certaines incompréhensions, que les explications soient claires.
Au vu du résultat, j'entends que ce CSFM serve à l'avenir de référence, à la fois dans la forme et dans le fond. Sur la forme, je souhaite que l'on s'en inspire pour les modalités d'expression, c'est-à-dire en privilégiant les questions directes.
Sur le fond, je veux pouvoir présenter à chaque CSFM un bilan sur la mise en ¿uvre des résolutions prises lors de la session précédente, qu'elles portent sur le thème du CSFM ou sur les questions particulières. J'entends également améliorer le retour d'information sur les sessions, car tout le monde aura pu constater qu'elles ne traitent pas d'affaires mineures. Il y va de la crédibilité et de l'efficacité des instances de concertation militaire auxquelles j'accorde une attention toute particulière.

Vous avez installé la commission sur la réforme du statut des militaires, pouvez-vous nous dire quelques mots sur les travaux qui sont conduits actuellement et qui ont retenu votre attention ?

J'ai décidé, peu après ma prise de fonctions, de réexaminer les règles générales qui régissent l'état militaire, au moment où la professionnalisation de l'armée s'achève et alors que la société civile a, de son côté, beaucoup évolué. J'ai donc mis en place une commission de révision du statut général des militaires. Nous avons besoin d'un statut dont les principes soient forts, les règles de gestion souples et le tout suffisamment attractif pour attirer les meilleurs et nous assurer de leur fidélité.


Un projet de loi sera préparé au printemps de l'année 2004

Présidée par M. Denoix de Saint-Marc, vice-président du conseil d'État, cette commission a pour tâche de me proposer les adaptations nécessaires du statut. Sa réflexion n'est limitée sur aucun champ et porte sur les droits civils et politiques, les garanties apportées aux militaires, la concertation au sein des armées et le contenu des règles de gestion du personnel.
J'attends d'elle des propositions qui soient guidées par le souci de concilier les principes fondamentaux de l'état militaire que sont la neutralité, la disponibilité et la discipline, avec d'une part le maintien, sous des formes renouvelées, d'un lien fort entre l'armée et la Nation et d'autre part, l'affirmation de la place des militaires dans notre société.
La commission travaille sans relâche depuis son installation, le 5 février dernier.
Je recevrai un premier rapport intermédiaire à la fin du mois de juin. À la lumière des propositions qui me seront faites, je déciderai des orientations qui devront être approfondies et des travaux complémentaires qu'il conviendra de conduire pour que puisse m'être remis un rapport définitif d'ici la fin de l'année. Sur ces bases, un projet de loi sera préparé au printemps de l'année 2004.

Le Premier ministre a fait parvenir à chaque ministre sa lettre de cadrage pour la préparation du budget 2004, quels sont vos objectifs et vos priorités ?

2004 sera la deuxième annuité de la loi de programmation militaire votée en janvier 2003. Elle revêt à mes yeux une grande importance car elle constitue la deuxième étape du redressement de notre effort de défense tel que l'a souhaité le Président de la République.
Mon objectif est de garantir à la Défense le niveau de ressources financières prévu dans la loi de programmation militaire 2003-2008. Ceci afin de poursuivre l'action engagée en faveur de la restauration de la disponibilité des matériels, de l'amélioration des conditions d'entraînement des forces et de la modernisation de leur équipement.


Les idées lancées au sommet de Bruxelles semblent favoriser le socle d'une nouvelle étape décisive pour l'Europe de la défense.

Je souhaite par ailleurs que le ministère reste un modèle de réforme de l'État et qu'il continue d'adapter son organisation pour être le plus efficace possible au service de la défense de notre patrie. Compte tenu de l'effort budgétaire consenti en faveur des armées, dans un contexte économique difficile, nous le devons aux Français.

La crise irakienne a mis à jour des divergences entre les pays de l'Union européenne, quelles sont, d'après vous, les actions à entreprendre afin de " relancer la dynamique ", comme souhaité par le Président de la République à Bruxelles le 28 avril ?

Les divergences constatées entre Européens pendant la crise iraquienne ne touchaient pas le fond mais les méthodes et le calendrier. Elles n'ont en aucune manière entravé les réflexions que nous menons avec nos partenaires européens sur la politique européenne de sécurité et de défense.
Je dirai presque au contraire. Durant toute cette période, nous avons progressé, notamment avec le lancement très symbolique de la première opération militaire de l'Union européenne, l'opération Concordia en Macédoine sous commandement français, avec l'accord sur l'agence européenne de développement et d'acquisition des capacités, avec le lancement des groupes de projets.
Afin de " relancer la dynamique " de la construction de l'Europe de la défense, je travaille aujourd'hui avec mes homologues européens dans plusieurs directions visant à renforcer la crédibilité de l'Europe de la défense.
Les idées lancées par l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et la France à l'occasion du sommet de Bruxelles, comme les initiatives franco-allemandes ou franco-britanniques qui l'ont précédé, forment autant de propositions susceptibles de constituer le socle d'une nouvelle étape décisive pour l'Europe de la défense à laquelle nous travaillons déjà avec la Présidence italienne de l'Union.

(1) : Conseil supérieur de la fonction militaire.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 17 juillet 2003)

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