Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à Europe 1 le 31 juillet 2003, sur la lutte contre les feux de forêts, notamment la mise en oeuvre des plans de prévention risques incendies de forêt, la date de l'ouverture de la chasse au gibier d'eau sur le domaine public maritime et le vote de la loi relative à la prévention des risques technologiques et naturels. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à Europe 1 le 31 juillet 2003, sur la lutte contre les feux de forêts, notamment la mise en oeuvre des plans de prévention risques incendies de forêt, la date de l'ouverture de la chasse au gibier d'eau sur le domaine public maritime et le vote de la loi relative à la prévention des risques technologiques et naturels.

Personnalité, fonction : BACHELOT NARQUIN Roselyne, RANCE Pierre.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

ti : P. Rancé.- Les incendies ravagent le Sud-Est ; après l'urgence traitée par la Sécurité civile, avec les difficultés que l'on sait, que peut faire la ministre de l'Ecologie ?

- "D'abord, nous sommes très inquiets, parce qu'on nous signale la reprise du vent, une reprise du Mistral, qui devrait souffler à 80 km/h et on peut craindre des reprises de feu. C'est évidemment extrêmement inquiétant. La ministre de l'Ecologie se situe sur deux plans. D'abord, la guérison du massif des Maures. Le Premier ministre s'est rendu sur place, il y a quelques jours, et a annoncé un plan de restauration écologique de ce massif. Nous allons mener cette affaire en collaboration avec mon collègue, le ministre de l'Agriculture. Il faut abattre les bois brûlés, il faut procéder au fascinage de ces bois pour stabiliser le sol, sinon, aux premières pluies, à l'automne, la couche végétale partira. Faire un plan de restauration du massif ; une restauration patrimoniale, mais une restauration qui soit aussi une restauration fonctionnelle, pour permettre de mieux combattre les incendies. Je suis également la ministre de la prévention, à travers ce que l'on appelle "le plan de prévention des risques", en particulier, des risques incendies de forêt - des PPRIF. Il faut reconnaître que dans certaines zones du Sud de la France, on a pris du retard dans l'instauration de ces plans de préventions des risques."

C'est une loi de 1995...

- "C'est une loi de M. Barnier de 1995. Nous avons bien avancé sur les plans de prévention de risques inondation, nous avons pris du retard sur ces plans de prévention risques incendies de forêt. J'ai envoyé des instructions aux préfets concernés, pour qu'ils soient extrêmement volontaristes sur l'édiction de ces plans. Ces plans, ce sont des zonages d'urbanisation. Le risque résulte de l'aléa, de l'incendie, des risques survenus d'incendie et de la vulnérabilité. Jouer sur la réduction de l'aléa, c'est le travail d'H. Gaymard et de N. Sarkozy ; pour la vulnérabilité, c'est moi. Il y a des zones qui sont indéfendables. On interdit l'urbanisation dans un certain nombre de zones indéfendables, les "zones rouges". Dans les "zones bleues", on assortit les autorisations d'urbanisation d'un certain nombre de prescriptions pour réduire la vulnérabilité. Et puis, il y a des "zones blanches", où l'urbanisation est autorisée."

A Candela [phon.], il y a des urbanisations en lisière de forêt, des villas construites au milieu des bois et des pinèdes...

- "C'est là qu'un certain nombre de prescriptions doivent être respectées. Je pense en particulier à l'obligation de débroussaillage, qui n'est pas suffisamment respectée..."

Que prévoit cette loi ?

- "Les particuliers doivent débroussailler 50 mètres autour de leur maison. Il faut bien reconnaître que j'en appelle à la responsabilité de chacun, car les pouvoirs publics édictent des lois, donnent des moyens mais c'est aussi chacun d'entre nous qui est responsable de sa sécurité et de la sécurité des autres."

Pour ce qui concerne les campings, y a-t-il un problème ? Il y avait 20 000 campeurs sur les zones à risques dans le Var. Doit-on laisser ces campings au beau milieu des pinèdes ?

- "Les campings doivent évidemment répondre aux mêmes règles d'urbanisation et aux mêmes consignes de sécurité."

Vous parliez du reboisement. Y a-t-il quelque chose à faire de ce côté-là ?

- "Oui. Avec mon collègue ministre de l'Agriculture, qui est responsable de ce reboisement, il y a un outil : c'est le Conservatoire pour la forêt méditerranéenne, qui signe des conventions avec l'ONF, qui fait de la surveillance de départ de feu, qui fait toutes ces techniques de prévention et qui va également reboiser en observant un certain nombre de prescriptions plus soucieuses de prévention anti-incendie. Il faut aussi reconnaître qu'il faut maintenir dans ces zones une agriculture. La déprise agricole est un facteur de dangerosité, de plus grande exposition au feu. Des paysages se sont entièrement fermés parce que..."

Vous militez contre la désertification des campagnes ?

- "Contre la désertification rurale car c'est un facteur d'aléas et d'incendies."

Dans 10 jours, le 9 août prochain, c'est l'ouverture de la chasse au gibier d'eau sur le littoral...

- "Sur le DPM, le "domaine public maritime"..."

On pourra donc chasser les canards, les oies, les poules d'eau et les petits échassiers. Donc, sur le littoral, pas à l'intérieur des terres ?

- "Là, c'est le 30 août."

Auriez-vous réussi la mission impossible de mettre d'accord chasseurs et écologistes sur les dates d'ouverture et de fermeture de ces chasses ?

- "C'est effectivement une année historique - pour le monde de la chasse en tout cas ! Pour la première fois, au Conseil national de la chasse et de la faune sauvage, il y a eu un vote unanime sur les dates de chasse que j'ai proposées. Unanime entre les associations responsables - Protection de la nature, FNE, LPO, Rassemblement des opposants à la chasse - et les chasseurs, pour se mettre d'accord sur ces dates de chasse. Pourquoi est-ce qu'elles se sont mises d'accord, ces associations, dont on estimait que les fusils étaient sortis - sans jeu de mots ? C'est parce que j'ai proposé des dates de chasse qui relevaient des travaux de l'Observatoire de la faune sauvage que j'ai mis en place, c'est-à-dire sur des données scientifiques. Dans un sujet aussi miné, c'est l'observation, l'analyse scientifique qui permet de déminer les dossiers."

Sur les nidifications, les reproductions...

- "Exactement."

Il y a un bémol, c'est que cette date du 9 août risque d'être invalidée par le Conseil d'Etat, à la suite du recours d'une association écologiste, parce que tout le monde n'est pas d'accord. Pourquoi avoir pris une date qui risque d'être invalidée pour cause de directive européenne ? Parce qu'ils ont des arguments quand même !

- "D'abord, [c'est] une association écologiste jusqu'au-boutiste, qui a attaqué mes arrêtés sans même les avoir lus - elle le reconnaît. Tant qu'il y aura un chasseur dans notre pays, elle attaquera les arrêtés du ministre en charge de la chasse. Ce que je veux dire, c'est que les directives européennes sont claires : elles reconnaissent la légitimité de la chasse et la chasse est une activité légitime..."

La directive ne cite aucun calendrier ?

- "Voilà. C'est à la responsabilité de l'Etat national de fixer ces dates de chasse, en fonction de critères d'observation scientifique. C'est précisément pour ces critères d'observation parfaitement établis scientifiquement que les associations naturalistes responsables et les fédérations de chasseurs se sont mises d'accord."

Il y a une autre espèce d'oiseaux pour laquelle le problème reste entier, ce sont les oiseaux migrateurs, comme les grives, par exemple. Quelles sont les dates d'ouverture de la chasse et quelle est la date à partir de laquelle on n'a plus le droit de tirer d'oiseaux migrateurs ?

- "[Pour la] Date d'ouverture globale sur le reste du pays, j'ai simplifié : c'est le 30 août, pour éviter les dates de chasse échelonnées qui sont un facteur de trouble. Je crois que les chasseurs ont été très contents de cette simplification. Pour la fermeture, nous la fixerons dans quatre mois, car là aussi, il nous faudra avoir une observation scientifique. Il est absurde de fixer les dates de fermeture maintenant. Nous ne connaissons pas l'état de la faune sauvage, tel qu'il sera dans quatre mois. Et l'ensemble des partenaires, associations naturalistes et fédérations de chasseurs, se sont mis d'accord pour que, dans quatre mois, sur les travaux de l'Observatoire, nous fixions les dates de fermeture."

Deux lois, à votre initiative, viennent d'être définitivement votées par le Parlement : la loi sur la chasse et la loi sur les risques technologiques et naturels. En ce qui concerne la loi sur la chasse, pourquoi avoir supprimé le jour sans chasse, instauré en 2000 par la gauche plurielle de madame Voynet ?

- "Parce que c'était une absurdité. On a constaté qu'à partir de cette obligation du mercredi sans chasse, un certain nombre de fédérations de chasse, qui avaient plusieurs jours sans chasse, en étaient revenues à un seul jour. Je fais confiance au sens de la responsabilité des chasseurs. La chasse est devenue une des activités de loisir de nature les moins dangereuses, parce que les chasseurs ont établi un système de responsabilité et de sécurité. La cohabitation entre les chasseurs et les non-chasseurs, ce n'est pas seulement le mercredi, c'est tous les jours de la semaine. Et regardez ce qui se passe : la fédération des Pyrénées-Atlantiques - la fédération de monsieur J. Saint-Josse, président de Chasse, Pêche, Nature et Tradition - s'est réunie en assemblée générale et ils ont décidé de deux jours sans chasse dans les Pyrénées-Atlantiques. Chaque fois que l'on fait appelle au sens de la responsabilité, on a de meilleurs résultats que quand on fait appel à la contrainte."

Tout va très bien dans le meilleur des mondes entre les chasseurs et les écologistes ?

- "Cela commence..."

La loi sur la prévention des risques technologiques et naturels vient d'être votée, un peu moins de deux ans après l'explosion de l'usine AZF de Toulouse et à quelques jours de la date anniversaire des crues du Gard. Parmi les principales dispositions de ce texte, il y a l'information au public sur les sites à risques ; de quoi s'agit-il ?

- "Dans les deux cas, que l'on soit exposé aux risques technologiques, aux risques industriels ou aux risques naturels, pour combattre le risque, il faut d'abord en avoir conscience, l'avoir mesuré. [inaud.] Pouvoirs accrus au comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail, associations des personnes qui vivent au droit des sites industriels à risques, ce que l'on appelle les sites "Seveso" - pas identiques pour les risques naturels..."

Quand une usine vient s'installer, il y avait dans votre loi un article premier qui prévoyait une réunion publique... Et cela a été sucré, contre votre avis d'ailleurs. Pourquoi vous êtes-vous laissée faire ?

- "Contre mon avis, je le regrette [inaud.]. Mais cette démarche sera volontaire, à l'initiative des maires et je ne doute pas que cette réunion d'informations, qui ne sera plus obligatoire mais qui sera souhaitable, je ne doute pas qu'elle se déroule, car la sécurité en dépendra."

Un cargo bulgare vient d'être surpris hier, en plein dégazage, il a été arrêté en flagrant délit. Qu'en pensez-vous ?

- "J'en pense que nous avons eu bien raison, à la suite du Président Chirac et du sommet franco-espagnol de Malaga, d'insister auprès de nos collègues européens pour que soient criminalisés les déballastages et les dégazages. A chaque Conseil des ministres de l'Environnement, en appui de mon collègue D. Bussereau et G. de Robien, nous avons insisté pour que les peines soient durcies. Il y a les grosses catastrophes écologiques - l'Erika, le Prestige - mais il y a aussi 250 déballastages sauvages sur les côtes de la Méditerranée chaque année - là, il s'agit de l'Atlantique. Donc, là, avec des moyens de surveillance accrus, demain par satellite, nous pourrons trouver, constater les déballastages et les dégazages, trouver les auteurs et les punir. C'est extrêmement important."

Le Gouvernement est en vacances... Vous partez ?

- "Dernier Conseil des ministres tout à l'heure, à 10h00, et après ce sont les vacances jusqu'au 21 août, sur la côte basque."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 31 juillet 2003)

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