Interviews de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, sur France 2 le 8 juillet 2003 et dans "Syndicalisme Hebdo" le 17 juillet 2003, sur l'accord sur la réforme du système d'assurance chômage des intermittents du spectacle, et notamment le maintien de la signature de la CFDT. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, sur France 2 le 8 juillet 2003 et dans "Syndicalisme Hebdo" le 17 juillet 2003, sur l'accord sur la réforme du système d'assurance chômage des intermittents du spectacle, et notamment le maintien de la signature de la CFDT.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François, CHAPEL Jean-paul, PEILLON Luc.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti : Jean-Paul Chapel . - A propos de l'accord sur l'assurance chômage des intermittents du spectacle, allez-vous enfin retirer votre signature ?

François Chérèque .- " Pour la CFDT, retirer notre signature, cela signifierait simplement mettre fin au système spécifique pour les intermittents du spectacle. Certains effectivement, en particulier du côté du Patronat, souhaiteraient que ce système n'existe plus, parce que nous savons tous très bien que sans la solidarité de tous les salariés du privé qui cotisent pour le système du chômage et donc pour le système des intermittents, ce système ne pourrait plus perdurer. Donc, retirer notre signature serait la pire des choses. Notre objectif c'est de bien défendre ce régime spécifique et c'est pour cette raison que nous avons signé cet accord. "

En deux mots, cet accord, il permet toujours aux intermittents du spectacle de justifier de 507 heures pour avoir droit au chômage, mais cela devient plus dur de les justifier et la période d'indemnisation ou, en tout cas, les indemnités peuvent diminuer.

" Notre objectif, c'est de continuer à faire vivre ce système qui, je le rappell, est en large déficit, parce que lorsque les intermittents paient un euro de cotisations, on en dépense pratiquement dix. Donc ce sont les autres salariés du privé qui compensent, mais en même temps... "

Oui, mais ça c'est une aide à la culture, c'est l'exception culturelle que le monde entier nous envie.

" Pour nous, c'est un système d'indemnisation du chômage. S'il doit y avoir une aide à la culture, c'est au gouvernement, à l'État de le payer. On est quand même dans un drôle de système en France. C'est la Caisse de chômage financée par les salariés du privé, qui sert à financer la culture. Nous sommes là pour maintenir un système spécifique, parce qu'il y a un besoin spécifique de reconnaissance d'une profession qui a un rythme, une activité de travail différente des autres. Mais en même temps, si on a besoin de plus de moyens pour avoir un système particulier en France, il faut que le gouvernement s'engage. Ce n'est pas aux chômeurs de financer le système. "

Il faudrait quoi des subventions d'État pour la culture ?

" Il faut différentes choses, d'une part il faut contrôler les abus, parce qu'il y en a.
Oui, mais alors les abus, on a beaucoup dit qu'il y avait des abus, mais la réforme de l'accord ne touche en rien au système des abus. On ajuste réduit l'accès aux indemnités chômage, mais on n'a pas modifié le système des intermittents et des abus en tout cas.
D'une part, on oblige les entreprises à déclarer d'une façon plus normale ce que font les salariés. En effet, dans certains endroits, on force les gens à travailler au noir pour ne pas les déclarer. D'autre part, et c'est pour ça que nous sommes d'accord pour étaler la mise en oeuvre de l'accord jusqu'à 2005, cela permet au gouvernement de prendre ses responsabilités. Les partenaires sociaux ne peut pas décider de ce qui revient à la loi, que telle entreprise ou telle entreprise n'a pas le droit d'utiliser d'une façon excessive les intermittents du spectacle. Il faut que les députés prennent leurs responsabilités et donnent des obligations pour empêcher les abus. "

Au fait pourquoi est-ce vous, la CFDT qui avait signé cet accord, alors que la CFDT est minoritaire dans les entreprises de spectacle ?

" Et bien tout simplement parce que nous sommes là dans un système d'indemnisation du chômage, donc ce sont tous les salariés du privé solidairement qui financent ce système, qui comme je l'ai déjà dit, n'est financé par les intermittents qu'à hauteur de 10 %. Les syndicats , CFDT, CGC, CFTC ont obtenu plus de 40 % des voix aux élections prud'homales du 11 décembre dernier. Ce n'est donc pas un accord ultra minoritaire. Mais attention, ceux qui disent que c'est un accord minoritaire dans la branche prennent le risque de se voir répondre : puisque vous voulez vous occuper de ce système, occupez-vous en tout seul et payez-le au niveau de la branche. Et on sait très bien que les professionnels de la branche ne peuvent pas se le payer, donc ils ont besoin de la solidarité interprofessionnelle, d'où le fait que ce sont tous les syndicats interprofessionnels qui décident. "

Est-ce que vous pensez qu'il y a trop d'artistes en France. Parce que finalement, cela va réduire le nombre d'artistes mécaniquement.

" Non, cela ne réduira pas le nombre d'artistes. Vous savez la CGT qui nous reproche cet accord, n'en pas signé, chez les intermittents du spectacle, depuis 1969 et à l'époque, il fallait 1000 heures par an pour être indemnisé. Aujourd'hui on a 507 heures et à chaque fois... "

Vous voulez dire que c'est plus favorable aujourd'hui qu'hier ?

" C'est doublement plus favorable aujourd'hui qu'hier et c'est à l'engagement de la CFDT, de la CFTC et de la CGC qui, tous les trois ans, maintiennent ce système et l'améliorent. Dire que cela va diminuer le nombre d'intermittents du spectacle, c'est répéter ce que l'on nous a dit il y a trois ans quand on a mis en place ce système... "

Et cela ne s'est pas produit !

" Que la CGT n'a pas voulu mettre en place et depuis 10 ans, le nombre d'intermittents a doublé. À chaque fois, on nous dit que cela va le baisser, à chaque fois cela l'augmente. Cela veut dire que le système est quand même très intéressant et les comparaisons européennes que vous avez montré il y a un quart d'heure sur votre antenne montrent bien qu'on est dans le système encore avec la réforme le plus intéressant d'Europe. "

Oui, mais alors, est-ce que cela veut dire qu'il faut revenir sur ces avantages. Parce que finalement, est-ce que c'est parce que le Patronat dit qu'il faut casser le système qu'on va le modifier ?

" Mais nous sommes d'accord pour faire jouer la solidarité interprofessionnelle, c'est pour cela que nous tenons à ce régime. Par contre, nous sommes en désaccord avec la démarche du Patronat. IOl faut empêcher des entreprises comme Endemol, et parfois le service public de l'audiovisuel, Canal+ à côté, parfois FRANCE 2, d'abuser des intermittents. "

Oui, mais le président... Ce n'est pas pour plaider pour notre chapelle, mais le président de France Televisions a été le premier à dire dès la semaine dernière que le ménage serait fait dans les statuts.

" Figurez-vous que c'est un effet de cet accord, puisqu'on a soulevé ce problème là, on voit que le débat est en place et maintenant c'est aux politiques de prendre leurs responsabilités, de contrôler où va l'argent. Et au service public de ne pas utiliser des services de production comme ENDEMOLE qui en abusent. "

Après la réforme des retraites que vous avez signée, est-ce que vous ne redoutez pas qu'on dise, finalement la CFDT c'est le meilleur allié du Patronat ?

" La CFDT, c'est surtout le syndicat qui négocie des accords, et je le répète pour les intermittents, si on ne négociait pas cet accord, depuis 1969 il n'existerait plus. Donc, nous n'avons pas de leçons à recevoir de ceux qui n'ont jamais négocié ou signé un accord depuis près de 40 ans... "

Là vous pensez à la CGT.

" Au niveau des intermittents du spectacle quand même, il y a trois ans on nous a fait le même reproche en nous disant " que c'était un mauvais accord ", et aujourd'hui on nous reproche de l'adapter. Et là sur les retraites... "

Oui, je reviens aux retraites, est-ce que vous ne vous dites pas, avec le recul, finalement j'ai signé trop tôt, parce que j'aurais pu obtenir plus pour les smicards qui n'ont que 85 % du SMIC pour leur retraite, est-ce que je n'aurais pas pu avoir un petit peu plus, 90, 100 % ?

" C'est toujours le problème et l'angoisse... "

Vous l'avez signé très tôt finalement, au bout de la deuxième nuit quasiment.

" C'est au bout de 21 réunions de discussion, 21 réunions... "

Mais la deuxième nuit de négociations !

" Une séance de négociations, 21 réunions, une séance de négociations à la fin, quatre mois de débats. C'est toujours le problème de ceux qui s'engagent. Inévitablement on fait toujours la critique à ceux qui amènent des résultats, jamais à ceux qui ont les mains vides. Donc ça c'est le problème du syndicalisme français, ceux qui s'engagent, c'est inévitablement ceux qui prennent des risques, mais c'est ceux qui amènent des résultats aux salariés. "

Mais dans la rue, est-ce que vous sentez parfois l'amertume des enseignants, des fonctionnaires en général qui se disent, finalement sur cette affaire de retraite, on s'est fait avoir !

" L'amertume chez les enseignants, oui, bien évidemment. Mais on sait très bien que le problème des enseignants dépassait le problème des retraites. Et finalement, le gouvernement nous propose un vrai débat pendant un an sur l'avenir de l'école, l'avenir du service public de l'éducation, l'avenir des métiers de l'école. Donc il est important que le débat soit mené jusqu'au bout et que l'on puisse définir demain, le système scolaire souhaitable pour les jeunes, pour qu'ils puissent rentrer dans le monde du travail avec un emploi. "

http://www.cfdt.fr, le 09 juillet 2003)
Luc Peillon .- Suite à l'accord du 26 juin, beaucoup de festivals sont aujourd'hui perturbés. La réforme du régime des intermittents du spectacle était-elle si urgente ?

François Chérèque .- " Les partenaires sociaux, gestionnaires de l'Unedic, avaient convenu de réformer le régime spécifique des intermittents avant le 1er juillet. Mais plusieurs événements nous avaient déjà contraints à repousser cette date. Il y a d'abord eu le Festival de Cannes, puis le congrès de la CGT, et enfin le dossier Retraites. À chaque fois, nous avons dû laisser passer ces échéances.

Ensuite, en tant que gestionnaires de ce régime, donc responsables de sa pérennité, nous ne pouvions laisser filer son déficit sans réagir. À moins de se résigner à la disparition du système. Le déficit est aujourd'hui de près de 800 millions d'euros, soit plus de 5 milliards de francs. Et ce, financé par les seuls salariés du privé, puisqu'il est compensé par le régime général de l'Unedic, donc par les cotisations de tous les salariés qui en dépendent. "

Quel était le mandat de l'organisation pour cette négociation ?

" Le mandat du Bureau national, en lien avec la fédération Culture et Communication, était clair : sauver le régime face aux velléités du Medef, qui souhaitait sa suppression pure et simple. Comment ? En maintenant un régime spécifique pour les intermittents, mais dans le cadre d'une solidarité interprofessionnelle. Nous n'avons jamais pensé que ce régime pouvait être équilibré et nous sommes conscients qu'il restera déficitaire. Mais au point où il l'est actuellement, c'est sa survie même qui est en jeu. Dans les grandes lignes, il s'agit d'une modification des paramètres d'indemnisation, notamment leur raccourcissement, mais qui inclut aussi la fin de la dégressivité et une amélioration pour les plus basses indemnisations. Il reste néanmoins le meilleur système au monde, et surtout beaucoup plus favorable que celui de l'ensemble des salariés du privé, alors que ce sont eux, justement, et eux seuls, qui le financent. "

Que réponds-tu à ceux qui considèrent que la CFDT et les deux autres organisations signataires sont minoritaires dans la branche " Spectacle " ?

" Je le répète, le régime des intermittents n'est pas autonome. Il est adossé au régime général de tous les salariés, ce qui permet son financement et son existence même. Ce ne sont donc pas les fédérations Culture de chaque confédération qui sont compétentes, mais les confédérations elles-mêmes en tant que gestionnaires de l'Unedic. Donc parler de syndicat minoritaire dans ce secteur ne veut absolument rien dire. C'est méconnaître profondément le fonctionnement du système. Et dans le cadre interprofessionnel, les trois organisations signataires ont fait 42 % aux dernières élections prud'homales. "

Ne serait-il pas plus facile pour la CFDT, et pour éviter les attaques, de tout simplement retirer sa signature ?

" C'est effectivement plus facile de ne pas signer que de s'engager. Plus facile de rester en retrait et d'accuser les autres que de gérer et défendre un système de protection sociale. Mais nous ne retirons pas notre signature. Ou alors ce serait changer de syndicalisme et refuser de prendre nos responsabilités. Ce serait aussi mettre à mal l'un des rares systèmes gérés de façon paritaire par les partenaires sociaux. Ce comportement conduirait à une étatisation de l'assurance-chômage et à une déresponsabilisation du patronat sur la question de l'emploi.

Moi, je préfère que le Medef ait la main dans le cambouis du chômage plutôt que de le voir en retrait, sans avoir à se soucier des conséquences des plans sociaux, et donc de l'indemnisation des chômeurs.

Retirer sa signature, ce serait aussi faire la démonstration que les partenaires sociaux sont incapables de gérer des systèmes de protection sociale. Certains, d'ailleurs, n'arrivent toujours pas à assumer leur responsabilité. Pour être clair, la CGT n'a jamais signé d'accord dans le spectacle depuis 1969 et défend aujourd'hui un dispositif qu'elle a toujours combattu... "

Ce dossier fait suite à celui des retraites. Avec, à nouveau, des tensions fortes dans la société. Quelle analyse fais-tu sur la possibilité de mener des réformes en France ?

" Ce nouvel épisode met en lumière, avec plus d'acuité encore, l'opposition entre deux types de syndicalisme. Entre ceux qui poussent les négociations jusqu'au bout, à la recherche de compromis acceptables, et ceux qui n'arrivent pas à s'engager, qui fuient dans la logique du tout ou rien. Qui est d'ailleurs plus souvent celle du rien. Dans cette ambiance un peu binaire, les positions de la CFDT sont donc parfois difficiles à assumer. Surtout dans le contexte économique actuel. Mais je reste persuadé qu'à moyen et long terme, quand on tirera le bilan de ce que la CFDT a sauvegardé ou amélioré dans les systèmes sociaux, la justesse de notre engagement sera reconnue. "

Il n'empêche, les militants ont beaucoup souffert ces derniers mois...

" Le Bureau national, lors de ses deux dernières réunions, a longuement débattu de l'émotion suscitée, dans nos rangs, par ses prises de décision. Mais nous faisons le constat que la très grande majorité des militants ne remet pas en cause le type de syndicalisme élaboré congrès après congrès, et encore moins la démarche réformiste qui est celle de la CFDT. Par contre, ils ont envie de débattre de la façon dont le Bureau national prend ses décisions, jusqu'à l'expression même du secrétaire général. Je le dis : nous aurons l'occasion d'en discuter à la rentrée et de réfléchir ensemble sur la façon d'anticiper ce type d'événement, d'échanger sur la méthode qui conduit à construire un compromis acceptable par le plus grand nombre. Et ce, sans remettre en cause notre démocratie, comme l'avait rappelé le congrès de Lille en 1998. "

Comment, cependant, réagis-tu au départ de certains militants ?

" La presse s'est fait l'écho d'organisations qui souhaitent quitter la Confédération. En fait, ce sont les militants de trois ou quatre syndicats sur plus de 1 500 que compte la CFDT¿ Et le plus souvent, leurs dirigeants ont pris cette décision sans se soucier de savoir si leurs adhérents étaient d'accord, et parfois même sans les prévenir. Quoi qu'il en soit, cette situation est loin de remettre en cause l'équilibre de l'organisation. Ma préoccupation est plus aujourd'hui de m'adresser à ceux qui restent attachés aux valeurs et au type de syndicalisme CFDT. Nous aurons l'occasion de nous revoir et d'en débattre à nouveau, notamment lors des prochains Bureau national et Conseil national de rentrée. Nous engagerons ensemble un débat interne sur la façon de mettre en oeuvre notre type de syndicalisme, en nous appuyant sur l'analyse de ce qui s'est passé ces derniers mois. "

Les vacances sont là... Dans quel état d'esprit pars-tu ?

" Comme tous les militants, je suis fatigué. Mais je suis aussi conscient que la période que nous avons vécue va affirmer encore plus la place de la CFDT dans la société. Je prends également la mesure de l'énorme travail que les militants ont fourni pour maintenir le cap dans les entreprises et les administrations, en ces périodes de fortes turbulences. Alors, c'est vrai, ce sont les vacances et je souhaite profiter de cette période de répit, en famille, pour me reposer et revenir en pleine forme à la rentrée. Car la situation nationale et internationale va nous amener à nous interroger sur la suite des réformes, avec des objectifs qui doivent conduire toute notre politique revendicative : la justice sociale et la réduction des inégalités. "


(source http://www.cfdt.fr, le 6 août 2003)

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