Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur France 2 le 24 juillet 2003, sur les aides du gouvernement français aux éleveurs victimes de la sécheresse et sur la position de la FNSEA concernant la recherche sur les OGM. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur France 2 le 24 juillet 2003, sur les aides du gouvernement français aux éleveurs victimes de la sécheresse et sur la position de la FNSEA concernant la recherche sur les OGM.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel, DAVID Francoise.

FRANCE. FNSEA, président

ti : Françoise David .-.On va donc parler de ce qui fait en ce moment très souvent la Une des journaux : c'est la sécheresse qui s'est abattue en France et qui met à mal les agriculteurs, notamment tous ceux qui font de l'élevage, puisque les prés sont secs, les animaux n'arrivent plus à s'alimenter... Un certain nombre de mesures ont d'ores et déjà été annoncées par le Gouvernement, obtenues de Bruxelles : une avance d'aides qui seront donc versées plus tôt, vers octobre, et puis hier, on vous a annoncé que le Gouvernement participera à hauteur de 45 euros par tonne de transport de fourrage, qui donc arrivera sur les zones qui sont particulièrement sinistrées. Est-ce que ce type de mesures vous semblent suffisantes ou est-ce que vous avez encore envie de dire au ministre "un petit peu plus" ?

Jean-Michel Lemétayer .- "C'est la mesure que nous attendions avec impatience. Je suis allé dans les départements en début de semaine et quand on voit tous ces animaux sur des paillassons, alimentés seulement par de la paille, en puisant déjà dans les stocks qui devraient servir l'hiver prochain, il était urgent que le ministre décide l'aide au transport de fourrage, puisqu'en fait il va falloir réaliser un transport de plus de 600.000 tonnes, peut-être 1 million de tonne de fourrage, de paille, de foin, de luzerne etc. Cette mesure était donc attendue, parce que les éleveurs étaient en train de se demander s'ils devaient vendre des animaux ou acheter du fourrage. La situation de trésorerie financière des éleveurs n'était pas capable de supporter cet achat. Et nous attendions cette aide au transport, parce que plus on fait tourner loin des zones de production, notamment de paille - quand il faut emmener de la paille de l'Oise jusqu'en Aveyron, vous imaginez le prix du transport..."

Mais il y avait déjà des mouvements de solidarité entre agriculteurs ? On avait vu certains départements venir à la rescousse d'autres ?

- "Tout à fait. Je suis allé hier, en fin de matinée, dans l'Oise, voir l'opération "solidarité paille" que nous avons organisée entre nos départements, entre nos FDSEA qui ont des besoins, donc les éleveurs qui ont des besoins, et les départements céréaliers qui, actuellement sont en train de terminer les moissons et à qui on a demandé de ne pas broyer la paille, de garder la paille pour les éleveurs. C'est l'opération qui est donc en route, cette opération "solidarité". Il y a un besoin énorme, il y a des achats habituels, mais la solidarité entre producteurs sera de 100.000, 150.000 tonnes. C'est énorme et cela permettra aussi surtout de moraliser le prix des fourrages, d'empêcher la spéculation, parce qu'il y a ce risque de flambée des prix..."

Vous avez peur que les vendeurs de paille finalement, comme il y aura énormément de besoins, augmentent les prix ?

- "Comme toujours, il y a ceux qui cherchent à profiter d'une situation de détresse des autres..."

Là, il y aura un encadrement sérieux ?

- "Absolument, nous mettons tout en ¿uvre pour casser la spéculation pour ceux qui voudraient spéculer, moraliser les prix et faire en sorte que le fourrage arrive au même prix chez l'ensemble des éleveurs. C'est indispensable. Il y a de telles pertes dans les exploitations ! On estime aux alentours de 20.000, 25.000 euros, pour des exploitations moyennes, ce qui est énorme."

Est-ce que les aides qui vont être accordées par Bruxelles par anticipation vont suffire ? Evidemment, on parle de l'impôt sécheresse... Est-ce que vous avez le sentiment que les Français peuvent être rassurés aujourd'hui, qu'il n'y en aura pas ou est-ce que vous avez le sentiment, quand vous discutez avec les membres du Gouvernement, que c'est une question qui peut se poser malgré tout ?

- "J'espère que la question de l'impôt - qui était d'ailleurs un emprunt puisqu'il a été remboursé - ne se posera pas. J'espère que dans les caisses de l'Etat, on parle de difficultés budgétaires, il y a quand même quelques dizaines de millions d'euros... Et puis j'ajoute que les collectivités territoriales jouent le jeu également. J'ai eu par exemple le président de la région Auvergne, le président Giscard d'Estaing : la région Auvergne a d'ores et déjà décidé 6 millions d'euros pour aider à l'approvisionnement en fourrage. Donc, tout cet élan de solidarité devrait faire en sorte - parce que c'est l'objectif - que nos éleveurs, qui vont avoir de nombreux mois à passer - parce que l'hiver est loin encore, même s'il pleut, et on nous annonce pas beaucoup de pluie, cela ne suffira pas à relancer la pousse d'herbe - retrouveront leurs troupeaux en bon état à la sortie de l'hiver, parce que c'est 2004 qu'il faut préparer maintenant en achetant du fourrage."

Ce type de questions ça risque d'être abordé à la fameuse conférence agricole qui se tiendra fin août autour du Premier ministre ?

- "Forcément, nous ferons le point de la conjoncture de la situation de l'agriculture..."

Mais il y aura d'autres dossiers qui seront abordés ?

- "Il y aura d'autres dossiers, puisque j'ai demandé ce rendez-vous au Premier ministre avant le rendez-vous très important sur le plan international, c'est-à-dire le rendez-vous de Cancun au Mexique, sur l'Organisation mondiale du commerce et où là, on veut quand même combattre la libéralisation des marchés. Est-ce qu'il y a encore un modèle agricole alimentaire "à la Française" j'allais dire, que l'on peut défendre dans ce débat de libéralisation du marché ?"

Ce sera donc l'objet de vos discussions fin août avec le Premier ministre ?

- "Ce sera l'objet de nos discussions. On reviendra sûrement sur la sécheresse, parce qu'il y a toute la procédure calamité. Et j'ai demandé aussi à ce qu'il y ait bonification des prêts. On a actuellement des prêts en procédure de calamité de l'ordre de 4 % : ce n'est plus de la bonification, c'est le taux que font les banques ! J'ai donc demandé que l'on applique un taux à 1,5 %, parce que malheureusement, les éleveurs vont devoir aussi emprunter. Et on fera le bilan général, parce que sont aussi touchés les céréaliers : on a des baisses de rendement de 30 à 40 %. Il faut donc faire un point général de la situation de l'agriculture. Et puis il y aura un dernier dossier : le Gouvernement et le ministre de l'Agriculture doivent présenter une loi sur les affaires rurales. Et l'agriculture fait partie évidemment des affaires rurales, de la ruralité, nous entendons bien jouer notre rôle dans la ruralité."

Je voulais aborder un autre problème avec vous : vous avez certains de vos collègues si j'ose dire, qui ont dormi deux nuits en prison. Je veux parler de certains militants de la Confédération paysanne qui, effectivement, ont mis à mal un champ d'OGM. Ils sont encore en garde-à-vue cette nuit. Qu'est-ce que vous pensez de ce phénomène qui conduit des syndicalistes finalement, par leur action syndicale, en prison ? Est-ce que vous vous sentez solidaire de ces gens de la Confédération paysanne ?

- "Pour avoir eu nous-mêmes des gens en prison à la FNSEA, on n'a jamais apprécié qu'un syndicaliste soit en prison, c'est clair. Et cela vaut évidemment pour les syndicalistes qui sont actuellement en garde-à-vue. Il faut traiter le dossier sur les OGM et cela ne justifie pas qu'ils soient évidemment en garde-à-vue et en prison. J'ai une position très claire sur le dossier des OGM concernant la recherche. Je pense que c'est une erreur de détruire la recherche. Détruire la recherche, c'est cultiver notre dépendance. Il faut que nous soutenions notamment notre recherche publique.."

C'est laisser la place aux américains ?

- "En France, c'est notamment l'INRA, l'Institut national de recherches agronomiques, qui fait des travaux de recherches sur les OGM, avec toutes les préoccupations évidemment qui s'imposent sur cette recherche. Il faut soutenir cette recherche, sinon, on va être dépendant demain de la recherche qui se fait ailleurs, et notamment aux Etats-Unis, notamment par ces multinationales, que par ailleurs nous combattons et dont on souhaite qu'ils n'aient pas demain le monopole. Donc je crois qu'il faut que nous soutenions nos chercheurs, nos scientifiques, et qu'au contraire, aux vues des travaux de nos scientifiques, on sache prendre les bonnes décisions sur le plan politique et avec la prudence qui s'impose sur ce dossier des OGM."

Mais si on vous soumettait une pétition pour la libération de J. Bové, vous la signeriez ?

- "J'ai dit sur l'emprisonnement de J. Bové, qu'un syndicaliste en prison, ce n'était pas bon. Je confirme ma position."

Dernière petite question, c'est peut-être un épiphénomène, mais c'est peut-être un petit peu systématique de la situation de la société dans laquelle nous vivons : il y a eu un fort orage du côté de Saint-Pourçain et les viticulteurs s'offusquent, non pas de cet orage, mais de ne pas avoir été suffisamment prévenus par Météo France. Est-ce qu'on peut, quand on est agriculteur et que finalement on est soumis au rythme des saisons, du soleil, du froid, de la chaleur, mettre en cause Météo France, parce que l'orage n'a pas été peut-être estimé à sa très juste force ?

- "C'est vrai qu'on aimerait bien que Météo France nous informe avec le plus de précisions possibles. Est-ce qu'il peut nous informer dans le détail, à l'heure près de ce qui va arriver ? Sans doute pas. On vit une mauvaise année, une année noire. On vient de parler de la sécheresse, mais il y a aussi le gel où en une nuit, à moins 8 degrés, on a perdu toute la production de fruits de la vallée du Rhône. Donc, c'est vrai qu'on aimerait bien que Météo France nous apporte de très bonnes informations - je ne vais pas dire à la minute près, mais avec beaucoup de précisions."


(source : http://www.fnsea.fr, le 8 août 2003)

Rechercher