Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, président du groupe parlementaire PS à l'Assemblée nationale, sur la politique gouvernementale, la tactique parlementaire des socialistes face au projet du gouvernement sur la retraite, les relations avec les autres partis d'opposition et le mouvement social, Paris, le 28 juin 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, président du groupe parlementaire PS à l'Assemblée nationale, sur la politique gouvernementale, la tactique parlementaire des socialistes face au projet du gouvernement sur la retraite, les relations avec les autres partis d'opposition et le mouvement social, Paris, le 28 juin 2003.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. PS, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale;FRANCE. PS, député

Circonstances : Conseil national du PS, à Paris le 28 juin 2003

ti : Chers camarades, je remercie François Hollande et Manuel Valls pour les mots de soutien et de solidarité qu'ils ont prononcés à l'égard des députés socialistes qui mènent, c'est vrai, une rude bataille, avant que nos camarades du Sénat prennent le relais à partir de la semaine prochaine.

Je pense qu'en effet, le groupe s'est bien comporté, tous les députés se sont mobilisés, se sont relayés. Vous avez cité Pascal TERRASSE, vous avez eu raison, il a été constamment présent depuis plusieurs semaines, et beaucoup d'autres ont su démontrer une solidarité sans faille et qui servira pour l'avenir.

Nous avons essayé de faire passer nos messages, ce n'était pas facile. On a essayé de nous culpabiliser, certains ont mis du temps avant de formuler nos propositions, mais elles sont là, elles existent, elles montrent que si les Français sont majoritairement pour une réforme, il y a une autre réforme possible que celle que le gouvernement impose.

Et puis, nous avons réussi, par notre tactique parlementaire, sur les amendements essentiels que nous avons déposés, sur les articles-clés, à faire réfléchir l'opinion sur les faiblesses et les fragilités de la réforme du gouvernement. En effet, je crois que beaucoup, maintenant, ont compris que les pensions et les retraites allaient baisser, que les femmes, les ouvriers, les salariés précaires, allaient être les victimes de cette modification du calcul de la retraite. Beaucoup ont compris aussi qu'on n'échapperait pas aux fonds de pension et ont compris aussi qu'en 2008, il y aurait obligation, en tout état de cause, quelle que soit le contexte politique, de revenir sur cette réforme car elle n'est pas financée.

Dans ce contexte, nos propositions et amendements ont fait avancer la réflexion des Français, même si c'était un peu compliqué à l'Assemblée Nationale, en particulier ces derniers jours où le groupe communiste n'a pas choisi la même tactique que nous, il a choisi l'obstruction systématique, étant désigné comme opposant officiel le seul à faire des propositions par le gouvernement, dont un des porte-paroles est encore présent à l'Assemblée Nationale grâce à la volonté de Jacques Chirac. c'est vrai que cela n'a pas toujours été simple, mais nous avons assumé le fait de ne pas choisir la tactique de l'obstruction.

Nous arrivons maintenant à la fin de cette première étape. C'est vrai que la droite est majoritaire, cette réformes sera votée, mais je voudrais tirer deux enseignements de ce qui s'est passé là et indiquer quelle va être notre prochaine initiative.

Le premier enseignement de cette réforme est que la droite s'assume vraiment comme telle, et François Hollande vient de le dire, son discours continu de faire référence à la République, au partage à la solidarité, mais cette communication d'apparence tend à s'étioler. L'action du gouvernement Raffarin s'inscrit désormais ouvertement dans la lignée d'un conservatisme populiste qui domine aux Etats-Unis et dans l'Union Européenne. et il est important pour nous de ne pas négliger cette métamorphose.

La droite a perdu son complexe intellectuel ; on l'a vu récemment au Conseil National de l'UMP, tous s'expriment dans le même sens : une nouvelle droite qui s'affirme, qui revendique autrement le mouvement, la réforme, le changement face à une gauche renvoyée dans je ne sais quel conservatisme et la défense des intérêts catégoriels, les privilèges, comme le disait encore y hier M. SELLIERE.

L'agressivité de l'UMP à notre égard, et notamment à l'Assemblée Nationale, s'inscrit dans cette stratégie de conquête idéologique. Il s'agit de démonétiser toute idée d'alternative de gauche sociale démocrate, et l'extrême gauche et ceux qui courent derrière, je crois, ne peuvent que faire, en quelque sorte, la courte échelle au pouvoir en place.

Donc il est important pour nous de nous assumer tel que nous sommes, tel que le congrès l'a décidé à Dijon, c'est-à-dire comme des réformistes de gauche, en étant attachés bien entendu aux deux mots de cette expression, et j'ai cru entendre certains, ces dernières semaines, oublier ce que nous avions voté, ce qui ne nous a pas pour autant facilité la tâche.

La deuxième chose que je voudrais dire, c'est que le mouvement social a rappelé à ceux qui auraient pu en douter, et c'est le deuxième enseignement que je tire pour ma part, que l'entreprise de conversion libérale n'allait pas de soi dans notre paye. Une majorité de Français demeure attachée à notre modèle social, notre conception du service public, et elle pressent que la réforme dont le gouvernement l'abreuve est davantage une marche en arrière qu'un progrès, d'où le balancement dans l'expression du Premier Ministre, mais aussi du Président de la République : d'un côté, l'intransigeance sur les retraites, sur le paiement des jours de grève, sur le service minimum, qui a pour objet de fédérer l'électorat de droite ; d'un autre côté, des paroles d'apaisement " ni vainqueur, ni vaincu ", des projets de réformes plus précautionneux, je pense à la Sécurité Sociale et à la décentralisation. On peut comprendre cette forme de prudence, le gouvernement n'a plus de marge de man¿uvre économique et budgétaire, en un an, il a vidé les caisses de l'Etat, mis la Sécurité Sociale au bord de la faillite, exposé la France à des sanctions de l'union européenne et provoqué une hausse du chômage. Et je n'oublie pas ce mensonge d'Etat commis par Raffarin qui disait que la France n'était plus compétitive, alors que toutes les analyses, les plus officielles comme les plus privées, démontrent au contraire que la France est en tête des investissements étrangers dans notre pays et notamment en 2002.

Mais je crois que la situation politique mérite d'être encore davantage dénoncée car la liste des errements gouvernementaux est particulièrement longue. La manière dont le gouvernement s'y prend concernant le référendum en Corse risque de faire déboucher la victoire du non ; l'amnistie déguisée que constitue la scandaleuse réforme des marchés publics est déjà dénoncée par les Socialistes, et je crois que cette dénonciation a des effets dans l'opinion ; le déclin de notre diplomatie sur la scène mondiale et européenne, dont le symbole est le silence du Président de la République sur ce qui se passe en Irak, ainsi que la pitoyable reculade sur la réforme de la PAC sont révélateurs de cette incapacité réelle du pouvoir à conduire les intérêts de la France et cela aussi, cela finit par compter dans l'opinion.

Ce que nous souhaitons faire ce matin, nous l'avions annoncé, le groupe socialiste en avait délibéré sur le principe, c'est de déposer une motion de censure pour qu'elle soit débattue dès la semaine prochaine par François HOLLANDE. Il est important qu'à la fin de ce texte débattu à l'Assemblée Nationale, la réforme des retraites, on puisse recentrer l'essentiel de notre message dans la dénonciation de la politique gouvernementale et décrire ce qu'elle est réellement

Si vous en êtes d'accord, on la dépose ce matin, comme cela, elle pourra être distribuée en milieu de semaine prochaine.

Je voudrais simplement dire quelques petites choses en conclusion de mon propos.

Je l'ai dit, je crois que nous avons besoin de donner corps à ce que nous avons voté à notre Congrès et que nous appelons le réformisme de gauche. Le peuple de gauche ne reviendra pas vers nous tant que nous n'aurons pas évacué certains de nos tabous et reconstruit notre logiciel intellectuel aujourd'hui vieilli. Il est temps d'accélérer le pas dans ce domaine et François vient de le dire, je m'en félicite.

En second lieu, je crois qu'il faut être très clair, j'y ai fait allusion déjà, je pense, il faut le dire à nos partenaires, en particulier aux communistes et aux Verts, il n'y a rien à gagner dans une sorte de fuite en avant derrière l'extrême gauche. Je le dis, je l'assume et je le dis aussi au nom des députés socialistes qui voient bien les dégâts de ce type d'ambiguïté sur le terrain. Cela vaut pour nos relations avec les mouvements de l'altermondialisation alors qu'il faut débattre avec eux, mais en nous assumant tels que nous sommes et pas en étant culpabilisés par leur discours comme cela s'est déjà produit dans le passé quand le Parti Communiste culpabilisait les militants et le Parti Socialiste. Aujourd'hui, ce n'est plus le Parti Communiste, c'est l'extrême gauche. C'est quelque chose qui doit être clarifié s'il y a ambiguïté parce que je crois, pour prendre l'exemple du mouvement des enseignants (et je salue le travail fait par Yves DURAND et d'autres camarades) que si depuis plusieurs mois, nous avons mené une première bataille à l'Assemblée Nationale lorsque les aides éducateurs ont été supprimées, nous avons pu retrouver des voies de dialogue et d'écoute de la part des grandes organisations syndicales, mais il est vrai que si nous sommes solidaires et si nous sommes davantage respectés et écoutés dans le monde enseignant qu'il y a quelques mois, voire quelques années, c'est parce qu'effectivement, nous parlons avec eux, parce que nous les écoutons, mais en même temps, il y a une attente à notre égard qui n'est pas simplement d'exprimer une solidarité à l'égard des revendications qu'ils expriment, mais aussi d'apporter des réponses sur le fond et qui ne peuvent pas être simplement des postures ou des formules, mais qui doivent être des éclairages sur des questions essentielles de l'avenir de notre système éducatif, qui correspondent aux questions de la société.

Cela vaut aussi pour l'intégration républicaine. Il ne suffit pas de proclamer, comme la laïcité, il ne suffit pas de rappeler les principes, il faut simplement dire de quelle manière, de quelle façon on peut faire vivre cela à notre époque, au début de ce siècle et surtout, comment on peut apporter des réponses alternatives qui recréeront de la confiance, qui recréeront une dynamique.

C'est cela notre tâche, elle est difficile, mais si je vous dis tout cela, c'est parce que les camarades députés socialistes qui sont disponibles, qui font leur travail à l'assemblée nationale souffrent parfois, pour la crédibilité de leur engagement, de cette absence de réponse à la fois idéologique, mais aussi politique ainsi qu'en termes de projet.

Je crois que nous avons besoin, si nous voulons être encore plus efficace quand nous menons nos différents combats, en particulier au Parlement, de plus grande solidarité, de moins d'expression individuelle à l'extérieur¿ Je ne vois pas pourquoi je suis applaudi de ce côté et pas par tout le monde¿ Oui, chers camarades, des expressions peut-être moins égoïstes ne seraient pas intervenues si le jeu collectif avait davantage prévalu. Peut-être que nous aurions gagné un peu de temps. Simplement pour l'avenir, si l'esprit collectif, l'esprit de solidarité pouvait davantage l'emporter, je crois que nous serions plus forts pour gagner.

(source http://www.parti-socialiste.fr, le 4 août 2003)

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