Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur le rôle des orchestres dans la diffusion de la musique et l'éventuelle création d'une grande salle de concert parisienne, Paris le 26 juin 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur le rôle des orchestres dans la diffusion de la musique et l'éventuelle création d'une grande salle de concert parisienne, Paris le 26 juin 2003.

Personnalité, fonction : AILLAGON Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Ouverture du colloque de l'Association française des orchestres à Paris le 26 juin 2003

ti : Je souhaite tout d'abord remercier pour son invitation l'association française des orchestres, en commençant par son président, le sénateur Ivan Renar, et son directeur, Philippe Fanjas.

Il est essentiel de pouvoir réfléchir, collectivement et régulièrement, sur la situation et le devenir de nos orchestres, et l'AFO joue très bien ce rôle. Sans vouloir préjuger de vos travaux, je souhaite vous faire part de quelques réflexions.

1. Tout d'abord vous rappeler que j'ai récemment exprimé le souhait, à l'occasion d'une tribune donnée au journal Le Monde, que les prochains mois soient consacrés à un état des lieux des structures subventionnées par l'Etat dans le domaine du spectacle vivant et de la musique.

Je tiens à vous rassurer : il ne s'agit pas de la chronique d'un désengagement budgétaire annoncé de l'Etat. Vous avez d'ailleurs vu qu'entre 2002 et 2003 l'Etat a renforcé ses moyens d'intervention puisque la musique a reçu environ 15M d'euros (100MF) de mesures nouvelles, dont 2,4M d'euros pour les orchestres et les opéras en région. Je tiens ainsi à rappeler qu'il est légitime que l'Etat soutienne résolument, aux côtés des collectivités territoriales, les orchestres permanents de notre pays, tout particulièrement ceux qui ont une envergure nationale.

Pour que la musique existe, pour qu'elle rencontre son public et lui présente, sur l'ensemble du territoire, une offre musicale de qualité, la présence d'orchestres permanents n'est pas suffisante mais elle est nécessaire. Dès les années 60, Marcel Landowski avait compris cet enjeu, qui n'a aujourd'hui rien perdu de son actualité même si le paysage musical a notablement évolué. Pour autant, une clarification des responsabilités me paraît nécessaire tant la politique de l'Etat a aujourd'hui perdu de sa lisibilité. Qui pourrait aujourd'hui dire simplement quelle est la politique de l'Etat en matière musicale ? Il faut donc, à travers la refondation que j'appelle de mes voeux, retrouver le moyen d'exprimer simplement les responsabilités respectives de l'Etat et des collectivités territoriales.

L'Etat doit se concentrer sur son rôle de garant des équilibres, sur ses missions d'accompagnement de la réalisation d'équipements structurants, et il doit définir une ligne de partage claire, équilibrée et dynamique des responsabilités avec les collectivités territoriales. Celles-ci jouent déjà un rôle considérable en matière culturelle, qui s'est renforcé au fil des dernières décennies. Les lois de décentralisation de 1982 et 1983 ont ainsi produit des effets très positifs : la création des Fonds régionaux d'Art contemporain par mon prédécesseur Jack Lang, mais aussi le transfert des services d'archives aux départements, ont permis d'accroître l'effort public en faveur de la culture.

S'agissant des orchestres, dont les collectivités assurent déjà une part souvent prépondérante du financement, l'Etat doit veiller avant tout à la qualité et la diversité de leurs productions, au rayonnement de leurs activités sur le territoire, à leur impact sur les publics. La politique de labellisation des orchestres nationaux a permis de mettre en oeuvre ces objectifs. Dans son principe, cette politique de contractualisation pourrait être généralisée, et ses modalités rénovées, en tenant compte du niveau et de la spécificité de chaque orchestre. Je souhaite que nous puissions ensemble nous atteler à ce travail.

2. Nous devons aussi approfondir notre connaissance des publics pour mieux répondre à leurs attentes.

Comme le disait Jacques Toubon, l'Etat s'est souvent préoccupé de l'offre culturelle mais il s'est rarement inquiété de la demande. Il y a donc une nécessité de mieux connaître la fréquentation des concerts, à Paris et en région, pour appréhender le nombre mais aussi les comportements des spectateurs, leurs goûts, leurs attentes, leurs besoins.

Cela me paraît d'autant plus nécessaire que les habitudes du public ont évolué au fil des générations, modifiées par le succès du disque et la fréquentation de nouveaux styles musicaux, si bien que la musique symphonique classique n'a plus dans l'imaginaire du public l'autorité qui était la sienne il y a quelques décennies.

L'accroissement des échanges internationaux a également transformé notre paysage musical. Alors que la présence d'un orchestre européen ou américain sur la scène française était rare il y a trente ans, elle est aujourd'hui beaucoup plus fréquente, ce qui facilite les comparaisons.

C'est de cette capacité à mieux observer ces réalités que nous pourrons aussi déduire les meilleurs choix d'équipement musical pour notre pays.

Je sais par exemple que vous allez étudier lors de ce colloque la politique espagnole de construction de salles de concerts. Faut-il prévoir un programme d'équipement similaire pour la France, un programme qui pourrait s'apparenter à celui des Zéniths pour les musiques dites " actuelles " ? C'est en fonction de ces études sur les publics que nous pourrons traiter cette question, même si d'ores et déjà nous intervenons aux côtés des collectivités territoriales qui construisent des auditoriums, que ce soit à Metz avec l'Arsenal, à Dijon, à Poitiers...

3. Les missions des orchestres doivent également être clarifiées et leurs conditions de gestion améliorées.

La qualité d'orchestre permanent implique, à mon sens, de définir clairement les responsabilités entre les missions permanentes de l'orchestre et le projet du directeur musical, et distinguer également clairement les fonctions de gestion et les fonctions artistiques.

Le nouveau statut d'établissement public de coopération culturelle (EPCC), en cours d'expérimentation, favorisera la modernisation des statuts des orchestres, qui restent très divers et parfois inadaptés.

Lorsque je suis arrivé, il y a un an, j'ai également été sollicité sur des questions délicates concernant des nominations de directeurs d'opéras. Pour éviter de nouvelles difficultés j'ai souhaité que les procédures de désignation des directeurs, pour les opéras et les orchestres notamment, soient mieux formalisées. Aujourd'hui, après une concertation avec les organisations professionnelles, dont l'AFO, et les associations d'élus, le Ministère de la culture est sur le point de publier un guide de procédure qui permettra, je l'espère, de mieux préparer le moment toujours délicat de la succession d'un directeur général ou d'un directeur musical.

Autre sujet auquel j'attache une très grande importance : l'insertion des jeunes musiciens, et notamment celle des jeunes chefs. C'est une responsabilité collective, une responsabilité que nous n'assumons pas suffisamment, même si je sais que quelques orchestres ont à cet égard lancé des initiatives intéressantes. Je souhaite donc que soit menée une réflexion conjointe sur ce sujet.

Je souhaite enfin rappeler l'importance que j'attache à la préservation du régime des intermittents du spectacle. Malgré le caractère permanent des orchestres, certains pupitres et certains répertoires exigent le recours à des musiciens non permanents, sans parler bien sûr des techniciens. Il est crucial de préserver la solidarité interprofessionnelle attaché au régime des annexes VIII et X de l'assurance chômage, et le Gouvernement s'est engagé en ce sens. Aujourd'hui est un jour important puisque les négociations peuvent déboucher sur un accord qui respecte ce principe. Il convient dans le même temps de lutter contre les abus consistant à faire appel à des emplois non permanents pour des fonctions en réalité permanentes. Je l'ai rappelé récemment aux présidents des entreprises de l'audiovisuel public, et cela vaut bien sûr aussi pour les institutions du spectacle vivant, les orchestres, les opéras, les théâtres...

Je souhaite enfin que nous puissions renforcer nos capacités d'information et d'analyse des modes de gestion, de financement et de programmation des orchestres étrangers. C'est une mission importante pour identifier nos points forts et nos faiblesses, et pour pouvoir renforcer notre position internationale. Je suis convaincu en effet que nous avons les moyens, tant artistiques que financiers, de jouer un rôle plus important qu'aujourd'hui dans la vie musicale mondiale. J'observe en effet que les ensembles musicaux " non permanents ", particulièrement ceux qui ont investi le répertoire ancien, baroque ou contemporain, remportent des succès importants à l'étranger, alors même qu'ils sont faiblement aidés par les pouvoirs publics. Nous devons parvenir à ce même niveau de notoriété avec nos orchestres permanents. Certains y parviennent déjà.

4. Valoriser le travail des orchestres passe aussi par les industries musicales, que ce soit par le disque ou par la diffusion dans les médias, radio et télévision. Outre la lutte pour la baisse de la TVA sur les disques, j'ai récemment confié une mission à Louis Bricard pour améliorer la situation du disque classique. J'espère que ces démarches bénéficieront aux orchestres, qui doivent supporter des coûts de diffusion et d'enregistrement souvent élevés. Ces difficultés ne concernent pas uniquement les orchestres permanents : je me souviens encore du désarroi de William Christie lorsqu'il a appris, il y a un an, que son éditeur se désengageait, pour des raisons économiques, d'un projet d'enregistrement d'une intégrale des opéras de Rameau. Malgré ce contexte difficile, certains orchestres, comme l'orchestre national du Capitole à Toulouse sous la conduite de Michel Plasson, ont su développer des politiques discographiques ambitieuses, en recourant parfois à des mécènes, et je souhaite que ces actions se poursuivent.

5. Un mot pour finir sur la " grande salle " parisienne.

Ce sujet est ancien puisque Berlioz paraît-il l'évoquait déjà dans ses mémoires. Il se double d'une difficulté supplémentaire : depuis plusieurs années l'orchestre de Paris ne dispose pas d'un lieu de travail, de répétition et de diffusion, digne de sa réputation et de son niveau. Ce problème ne pouvait être résolu que d'un commun accord avec la Ville de Paris, car je suis très attentif au respect d'un équilibre entre toutes les régions : lorsqu'un grand équipement d'envergure nationale ou internationale se construit en région, l'Etat est généralement partenaire, mais il n'intervient pas seul. La règle doit être la même à Paris.

Ainsi, après quelques mois de discussions, Bertrand Delanoë et moi, en accord avec le président de la région Ile de France, avons lancé une mission, confiée à deux personnalités connaissant bien le contexte musical parisien, Bernard Auberger et Philippe Belaval. Nous leur avons demandé de dresser un état des lieux des équipements parisiens et de proposer une ou plusieurs solutions portant à la fois sur la localisation de la salle, et sur son mode de gestion, en n'excluant aucune piste : création d'une nouvelle salle, aménagement ou rachat d'un lieu existant. Nous venons de prendre connaissance de leurs premières orientations, et j'ai tenu régulièrement informé le Premier Ministre et le Président de la République de l'avancée de nos réflexions. Nous ferons tout pour qu'une décision soit prise d'ici le mois de septembre prochain, en accord avec la ville et la région.

Cher Ivan Renar, Cher Philippe Fanjas, je vous remercie encore une fois pour votre initiative, et je vous souhaite à tous un excellent travail.


(source http://www.culture.gouv.fr, le 4 août 2003)


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