Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à "France 2" le 25 août 2003, sur les conséquences à tirer, en matière de politique de la santé, de la canicule meurtrière de l'été, sur les modes de financement de la protection sociale et sur le climat social de la rentrée. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à "France 2" le 25 août 2003, sur les conséquences à tirer, en matière de politique de la santé, de la canicule meurtrière de l'été, sur les modes de financement de la protection sociale et sur le climat social de la rentrée.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George, SICARD Roland.

FRANCE. PCF, secrétaire national

ti : R. Sicard - La canicule et ses conséquences dramatiques continuent à alimenter la polémique. Vous avez été une des plus virulentes dans la critique contre le Gouvernement. Vous avez demandé la convocation extraordinaire du Parlement, la création d'une commission d'enquête. Avez-vous l'impression que, dans cette affaire, les responsabilités sont d'abord politiques ?

- "Oui, parce que nous sommes en France, nous sommes au XXIème siècle, et notre nation devrait être capable de protéger les plus vulnérables lorsqu'il y a une vague de chaleur. Or, là, on a vu que, très vite, le manque de personnels dans les maisons de retraite, le fait que les hôpitaux ne pouvaient pas accueillir vraiment toutes les urgences, le fait qu'il n'y ait pas vraiment un service qui permette d'accompagner les personnes âgées, notamment les personnes âgées dépendantes ou isolées. On a vu que nous étions incapables et que nous avions plus de 10 000 morts. C'est dramatique ! Et je pense que le Gouvernement n'a pas pris l'exacte dimension de cette catastrophe humanitaire que nous venons de connaître."

Le Gouvernement, lui, dit : cette polémique est indigne. Une canicule comme ça depuis 100 ans, il n'y en avait pas eu. Et on a fait ce qu'on pouvait faire.

- "Je ne polémique pas. Je crois qu'il faut très vite convoquer presque des états généraux de la santé. Pourquoi la France n'a plus le fameux système de santé dont on se prévalait auparavant ? Que se passe-t-il au niveau du maillage ? Quel est le lien entre le médecin généraliste, les structures de proximité, qu'on a beaucoup fermées ces derniers temps, et l'hôpital public à qui on a supprimé beaucoup de moyens ? Et quand je dis cela, je ne pense pas qu'au Gouvernement actuel. Ca fait des années qu'on réduit les moyens pour la santé. Je pense aujourd'hui qu'il faut un plan d'urgence pour la santé, il faut revoir vraiment tout le système et lui donner les moyens de fonctionner."

Une tête est tombée, celle du directeur général de la Santé. Pensez-vous qu'il faut d'autres démissions ?

- "Je ne suis pas pour faire tomber les têtes, ce n'est pas le problème. Le problème est beaucoup plus grave et beaucoup plus sérieux, moi, je pense à toutes ces personnes âgées décédées, je pense aussi à celles qui, aujourd'hui, ont un véritable traumatisme, ont peur de la suite et se sentent menacées. Essayons de répondre à ces angoisses, essayons de répondre à ce qu'ont dit les urgentistes, dès le printemps dernier, sur les moyens pour les urgences. C'est cela l'essentiel au lieu de faire tomber les têtes."


Avez-vous le sentiment que J. Chirac a une responsabilité dans cette affaire ?

- "C'est l'Etat, c'est le Gouvernement. Le président de la République est intervenu peut-être un peu tard, mais vraiment ce n'est pas ça la question essentielle."

Vous parliez du manque de moyens. Si on met plus de moyens dans les hôpitaux cela va évidemment coûter très cher. Avez-vous le sentiment qu'il faut augmenter les cotisations sociales ?

- "Déjà, les Français payent beaucoup de cotisations sociales. J'ai entendu parler en juillet qu'on pourrait même mettre un droit de péage sur les médicaments, et on voyait beaucoup d'ailleurs [qui] pointaient du doigt les personnes âgées pour la consommation de médicaments. Je pense, en effet, qu'il faut une réforme du financement, mais pas pour faire payer plus les Français et les Françaises..."

Si on met plus de moyens, il faudra bien qu'il y en ait qui payent plus.

- "Oui, écoutez il faut peut-être aller voir comment on peut taxer les produits financiers. On est dans un pays où encore cette année, les intérêts financiers versés, les dividendes, ont augmenté de près de 10 %, et ils ne cotisent pas à la solidarité nationale. Eh bien les communistes, comme pour les retraites, nous proposons qu'ils cotisent à la solidarité nationale."

Mais ça c'est une solution à long terme. Or, on s'est aperçu dans cette affaire que les besoins étaient très urgents.

- "Oui, mais puisqu'on parle de réforme de la protection sociale, d'un projet de loi, de mesures, allons-y, faisons-le d'urgence. C'est pourquoi j'avais demandé d'ailleurs la convocation extraordinaire de l'Assemblée nationale."

Justement, ce projet de loi sur la Sécu va venir en discussion sans doute dès septembre. On annonçait des coupes sombres dans le budget de la Sécu. Pensez-vous que c'est toujours d'actualité ?

- "Non, je pense vraiment que, hélas !, cet été a montré que ce n'était pas la bonne politique. Et puis, j'espère que le Gouvernement va tirer les leçons de ce qui s'est passé pour les retraites et qu'il ne va pas, une nouvelle fois, nous annoncer une loi et nous expliquer que ce n'est même pas à discuter, qu'il faut l'adopter. Va-t-il vraiment organiser un grand débat public, sur quels moyens pour la santé aujourd'hui en France ?"

Mais s'il s'avérait qu'il faut plus de moyens pour la Sécu, seriez-vous d'accord pour plus de cotisations sociales ?

- "Je vous l'ai dit, je pense qu'il faut aller chercher les cotisations là où pour l'instant l'argent est inutile, dans les produits financiers."


Autre dossier : la rentrée sociale. J. Bové l'annonçait brûlante. Vous avez l'impression, vous aussi, que cette rentrée sociale va être chaude ?

-" Je ne crois pas que c'est pas que c'est à une personnalité ou une autre de déclarer comment va être la rentrée. Ce que je sens, c'est que les salariés ont beaucoup de colère et beaucoup d'inquiétude, notamment par rapport aux questions de l'emploi. L'année 2003 est une année où on va peut-être avoir supprimé, en net, plus de 60 000 emplois dans notre pays. On a vu encore ce qui s'est passé avec les patrons voyous, du style de l'entreprise dans la Somme, cette semaine, Flodor. Donc, je crois qu'il y a beaucoup de colère et d'inquiétude. Après, les salariés trouveront leur propre chemin, leur propre forme d'action. Ce n'est pas à nous d'en décider."

Quelle forme d'action envisagez-vous : beaucoup de grèves, comme au printemps dernier ?

- "C'est à eux d'en décider. Lorsqu'on voit le Gouvernement punir les enseignants parce qu'ils ont fait grève, en leur faisant payer, y compris, le samedi et le dimanche, je crois que les salariés, peut-être feront grève mais peut-être utiliseront d'autres formes de lutte. C'est à eux d'en décider."

Justement, on s'est aperçu au printemps dernier que les grandes grèves n'avaient pas obtenu beaucoup de résultats...

- "Il y a une très forte mobilisation, qui a quand même permis de faire reculer un certain nombre de choses - je pense aux lois sur les décentralisation. Sur les retraites, le Gouvernement est passé en force. Mais je pense qu'il ne pourra pas faire la même chose une deuxième fois."

Avez-vous l'impression que les salariés, qui ont quand même perdu beaucoup d'argent avec ces grèves, sont prêts à recommencer aujourd'hui ?

- "Vous savez, quand, par exemple, ils ont l'impression, pour les enseignants, que l'école publique est mise en cause, je crois qu'ils sont capables, en effet, à nouveau de se mobiliser."

Vous parliez d'Education nationale, en disant qu'il y aurait sans doute des retenues importantes sur les salaires dans l'Education nationale. Cela, n'est-ce pas la garantie d'une rentrée scolaire paisible ?

- "Oui, mais vous savez, je crois que les Français ne marchent pas au bâton, et que, si vraiment ils ont l'impression que ce Gouvernement ne donne pas les moyens pour l'Education nationale, en postes qualifiés dans les écoles, notamment je pense aux collèges où la situation est parfois extrêmement difficile, à nouveau ils manifesteront leur colère."

Et sous quelle forme à ce moment-là ?

- "Je ne sais pas. Ce sont les enseignants qui décideront avec leurs organisations syndicales."


La gauche est en train de se réorganiser. L'année 2004 sera une année avec beaucoup d'élections. Comment envisagez-vous la nouvelle gauche, avec une alliance avec le PS, que va-t-il se passer ?

- "J'ai envie de dire qu'il faut qu'on change la façon de faire de la politique. Je suis frappée d'entendre, encore ce week-end, des gens qui discutent de leur candidature, d'ici ou là. Ce n'est pas la question qu'ont les Français en ce moment. La question, c'est sur quel contenu ? La gauche a échoué, elle a échoué parce qu'elle n'a pas répondu aux attentes populaires. Alors, avant de parler de têtes de liste, de candidatures de Monsieur ou de Madame, parlons de quelle politique la gauche doit mettre en oeuvre. C'est ce que nous allons faire, nous, les communistes. Nous relançons nos forums dès le mois d'octobre, où nous invitons tous les hommes et les femmes intéressés par l'avenir de la gauche, de venir discuter des réformes nécessaires pour vraiment répondre aux attentes populaires."

Il y a quand même des questions stratégiques qui sont importantes. Avec qui allez-vous vous allier ? Avec les socialistes, avec les Verts ? Vous irez seuls ?

- "Pourquoi faut-il absolument, dès le début, qu'on se range dans un camp ou dans un autre ? La gauche est diverse. Il y a des hommes et des femmes de gauche au Larzac, il y en a dans les forums organisés par le PC, il y en aura à la Fête de l'Humanité, dans trois semaines. Il y en a dans les initiatives prises par les autres forces de gauche ou par le mouvement social ou citoyens. Essayons de faire en sorte que tout ce monde-là se mette en contact, discute et voit quelle politique il faut mener. Et à partir de là, à partir des contenus, on verra bien quelle alliance se dessine."

Si vous dites ça, n'est-ce pas parce que vous n'arrivez pas à vous mettre d'accord avec les autres partenaires de la gauche ?

- "Je ne cherche pas à me mettre d'accord avec les autres partenaires de la gauche. Je cherche à me mettre en osmose avec ce qu'attendent les salariés de notre pays."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 25 août 2003)

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