Lettre de Mme Brigitte Allain, M. José Bové et M. Nicolas Duntze, porte-parole de la Confédération paysanne, adressée à M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur les revendications de la Confédération paysanne concernant les aides aux éleveurs souffrant de la sécheresse et la tenue de la Conférence agricole le 22 août 2003, Bagnolet le 21 août 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Lettre de Mme Brigitte Allain, M. José Bové et M. Nicolas Duntze, porte-parole de la Confédération paysanne, adressée à M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur les revendications de la Confédération paysanne concernant les aides aux éleveurs souffrant de la sécheresse et la tenue de la Conférence agricole le 22 août 2003, Bagnolet le 21 août 2003.

Personnalité, fonction : BOVE Jose.

FRANCE. Confédération paysanne, porte parole

Circonstances : Tenue de la Conférence agricole à Paris le 22 août 2003

ti : Monsieur le Premier ministre,

Tout le monde reconnaît l'ampleur exceptionnelle et gravissime de la sécheresse qui sévit depuis plusieurs mois sur une très grande partie du territoire. Elle affecte gravement tous les paysans de ces régions, en particulier les plus petits d'entre eux. Ceci justifie pleinement toute l'attention que vous portez à cette grave situation en organisant une Conférence agricole ce vendredi 22 août.

Mais nous dénonçons avec vigueur le fait qu'à cette conférence agricole vous ne recevrez qu'une partie des organisations représentatives des paysans : la FNSEA et sa section jeunes : les JA, ainsi que l'APCA (Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture) et la CNMCCA (Confédération Nationale de la Mutualité, du Crédit et de la Coopération Agricoles), qui se présentent sous l'appellation du CAF (soi-disant Conseil de l'agriculture française). Les autres organisations syndicales reconnues représentatives, dont la Confédération paysanne, ne sont pas invitées à cette Conférence agricole.

La réapparition du "CAF" est totalement inadmissible. Ce pseudo conseil fut créé par ses membres au temps du syndicat unique en agriculture, une période que les français considèrent révolue, en fait et en droit, depuis plus de 20 ans. D'une part, le CAF est impropre à représenter l'ensemble des paysans, puisque près de 45 % d'entre eux n'ont pas exprimé, lors des dernières élections professionnelles, leur confiance aux organisations syndicales qui le composent. D'autre part, cette réapparition permet à ses membres de justifier ou de couvrir des pratiques discriminatoires envers certains paysans - selon leur appartenance syndicale - en particulier aujourd'hui dans la gestion des effets de la sécheresse pour la répartition des fourrages collectés au nom de la solidarité entre paysans et entre régions.

En outre, en participant au CAF, l'APCA, organe fédérateur des Chambres d'agriculture, organismes semi-publics placés sous la tutelle de l'Etat, trahit sa mission consulaire de représentation de tous les paysans auprès de l'Etat et celle de service public auprès de l'ensemble des paysans.

Il est inadmissible que l'Etat et ses services soient, directement ou indirectement, complices de ces man¿uvres partisanes et discriminatoires.

Concernant l'objet de la Conférence agricole, la Confédération paysanne entend exprimer par les moyens qui lui restent, - la lettre ouverte -, les revendications et propositions qu'elle juge indispensables pour éviter l'élimination très prochaine de plusieurs dizaines de milliers de paysans. S'agissant d'une catastrophe naturelle, comme le prévoit la Constitution, la responsabilité de l'Etat est engagée :

- Il doit assurer à hauteur des besoins l'abondement du Fonds National de Garantie contre les Calamités Agricoles, prévu pour ce type d'évènement. Cet abondement repose, d'une part, sur la solidarité nationale, autrement dit le budget de l'Etat et, d'autre part, sur la solidarité professionnelle. Cette dernière doit être immédiatement élargie à la contribution des entreprises agroalimentaires et de la distribution et à celle des banques intervenant dans les filières agroalimentaires (un précédent existe déjà pour la grande distribution qui contribue au financement du service public d'équarissage). En outre, les critères d'indemnisation doivent être revus pour permettre une indemnisation juste, effective, complète et rapide de tous les paysans victimes de la sécheresse.

- L'Etat doit également prendre les dispositions nécessaires pour juguler la spéculation dans le transport et éviter la discrimination dans la destination des fourrages aux éleveurs, notamment en prenant en charge l'intégralité des frais de transport, en faisant appel aux services publics tels que la SNCF avec l'appui de l'armée, et en confiant aux DDA et aux Chambres d'agriculture la mission d'assurer une répartition équitable des fourrages et des aliments "sécheresse", avec la vigilance requise sur les importations de protéines indemnes d'OGM.

- D'autres mesures sont nécessaires pour rétablir la trésorerie et limiter l'endettement des exploitations : reports sans frais d'annuités en fin de prêts (y compris pour les plans de redressement des agriculteurs en difficulté), adoption d'échéanciers de paiement des cotisations sociales et diverses taxes et impôts, aide directe plafonnée par actif agricole, ...

- Dans plusieurs départements, la gravité de la situation exige dès à présent la mise en place d'un soutien d'urgence sous la forme d'un Revenu minimum agricole temporaire (comme ce fut le cas à la suite du dernier gel de l'hiver 2003), pour les paysans les plus fragilisés.

L'ensemble de ces mesures constitue en réalité un investissement économique et social pour l'avenir, puisqu'elles sont indispensables pour empêcher la disparition prochaine de milliers de paysans qui viendraient grossir le nombre des chômeurs, et éviter le surendettement de milliers d'autres (comme ce fut hélas le cas à la suite de la sécheresse de 1976).

Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Premier ministre, l'expression de notre très haute considération.


(source http://www.confederationpaysanne.fr, le 22 août 2003)

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