Editorial de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, dans "Perspectives" de septembre 2003, sur les missions de son ministère, intitulé "Pour une écologie humaniste". | vie-publique.fr | Discours publics

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Editorial de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, dans "Perspectives" de septembre 2003, sur les missions de son ministère, intitulé "Pour une écologie humaniste".

Personnalité, fonction : BACHELOT NARQUIN Roselyne.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

ti : Le ministère dont j'ai la charge s'est historiquement structuré autour de deux grandes politiques : la politique de la nature et des ressources naturelles et celle de la prévention des risques. La première a été conçue par mes prédécesseurs comme emblématique. Il le fallait sans doute, pour cristalliser les énergies. Mais de l'effigie, l'on est trop rapidement passé aux combats d'arrière-garde, caricaturaux, opposant finalement un développement économique présenté comme nécessairement débridé et destructeur et une écologie présentée comme malthusienne au pire, militante aux mieux. Quant à la seconde politique, elle a été négligée par mes prédécesseurs, à la notable exception de Michel BARNIER pour les risques naturels.

J'ai voulu agir contre cette double dérive. Il convenait d'abord de requalifier la politique de prévention des risques, pour répondre aux attentes de nos concitoyens. Il fallait, ensuite, sortir la politique des ressources naturelles du terrain de la polémique pour l'ordonner en fonction des préoccupations quotidiennes des Français.

La toile de fond de cette double politique, sa " vérité ", est la Charte de l'environnement. C'est bien elle qui fait le lien entre les deux " mondes " de l'écologie - la nature et les risques -, et entre ses deux horizons - le quotidien et les générations futures.

J'ai donc voulu, dans un premier temps, mettre la protection de l'homme au coeur de l'action du ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, en centrant son activité sur la sécurité et la santé de mes concitoyens. Cette volonté a aussi éclairé mon action lorsque j'ai conçu la Charte de l'environnement et, avec Tokia Saïfi, la Stratégie nationale du développement durable.

Dans le registre de la prévention des risques, la loi sur les risques technologiques et naturels, adoptée en juillet 2003, une réorganisation complète du système de prévention des crues et un plan national de lutte contre les inondations ont été conçus. Quant à la prévention des pollutions, la fermeture de tous les incinérateurs hors normes est enfin acquise depuis six mois, nous permettant, pour la première fois depuis 1996, de disposer d'un parc d'usines entièrement en règle. Des évolutions législatives sur la gestion des sols pollués ont été adoptées. Elles constituent, de l'avis de tous, des avancées majeures .Ces efforts dans le registre de la sécurité et de la santé seront prolongés en 2004 par un plan sur la santé environnementale.

Le deuxième temps fort de cette année passée au ministère de l'Ecologie et du Développement Durable a été la conception de la Charte de l'environnement. Au-delà du contenu et de la portée de la réforme constitutionnelle, qui consacre des principes aussi importants que le principe de précaution ou celui de la réparation des atteintes à l'environnement, la tenue d'assises dans les régions a permis d'enregistrer les aspirations profondes de nos concitoyens en matière d'environnement.

Forte de cette première séquence, j'entends désormais rénover les politiques qui concourent à la qualité de la vie des Français, en m'appuyant sur les organismes décentralisés, tels que les comités et agences de bassin, et sur la richesse du tissu des associations environnementales. Cela veut dire agir dans trois domaines : les ressources naturelles, les déchets et l'écologie urbaine.

Je souhaite ensuite, et dès le troisième trimestre de l'année 2003, à l'occasion de la préparation du nouveau Plan Climat, faire franchir un cap à la politique de prévention du changement climatique qui nous menace.

Le premier considérant du projet de Charte de l'environnement nous oblige : " Les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l'émergence de l'humanité et en conditionnent toujours l'existence ".

Le sujet primordial pour la qualité de la vie des Français est aujourd'hui celui de l'eau. Les défis contenus, pour 2015, dans la directive européenne sur l'eau sont à la fois salutaires et impressionnants. Les auteurs des lois de 1964 et 1992 avaient compris que l'eau était un enjeu trop vital pour faire l'objet de luttes idéologiques. La participation des Français à la construction de cette politique est donc un enjeu majeur, largement engagé. Des restitutions des travaux engagés depuis trois mois sur le sujet dans chacun des grands bassins hydrographiques ont eu lieu. Une stratégie nationale et un cadre législatif rénové seront rapidement proposés, après la phase de débat public, en 2004.

Façonné en partie par l'action humaine, le patrimoine naturel a, quant à lui, dans notre pays, une valeur exceptionnelle. La France porte, de ce fait, une responsabilité de premier plan dans la mobilisation planétaire pour la préservation de la biodiversité. Elle l'honorera, en 2004, en établissant sur ce sujet une stratégie nationale. Mon ambition est de rénover la politique du patrimoine naturel et donc, de réconcilier les acteurs de sa gestion. Ecouter, associer, décentraliser, simplifier sont, à cet égard, les maîtres-mots. Plusieurs sujets sont emblématiques : la gestion de la faune sauvage, la gestion des zones humides, les parcs nationaux.


J'ai dessiné, en juin, les étapes d'une relance de la politique des déchets ménagers, qui doit nous permettre à la fois d'économiser les ressources, d'assurer un haut niveau de protection de l'environnement, et d'anticiper la pénurie de moyens de traitement qui nous menace. Cela veut d'abord dire minimiser la quantité de déchets produits. Beaucoup l'ont dit, mais personne ne l'a fait. Mon objectif est aussi de limiter l'impact des installations sur la santé et l'environnement, dans le prolongement de ce que j'ai entrepris, en 2002, à l'encontre des incinérateurs hors normes. Il faudra, enfin, détourner le plus possible de déchets vers le recyclage et la valorisation, à travers les progrès du tri et la mise en place de filières spécifiques.

Le troisième chantier est la relance de la politique de l'écologie urbaine. Là encore, il s'agit d'une mutation forte pour le ministère. Pour cela je relance, à la demande du Premier ministre, deux politiques de réduction des nuisances urbaines : le bruit et la pollution par les automobiles.

Le bruit, d'abord, figure parmi les préoccupations majeures des Français, et notamment les moins favorisés, les plus touchés par ces nuisances. Sans remettre en cause les fondements de la loi du 31 décembre 1992, je veux compléter la réglementation existante et mettre en oeuvre des politiques préventives visant à sensibiliser les acteurs, tout en dynamisant les politiques curatives. Les orientations seront présentées en septembre. L'accent sera porté sur le traitement du voisinage des aéroports, avec une simplification qui permettra une accélération du rythme d'insonorisation, et sur les réseaux routiers et ferroviaires, avec le traitement des zones concentrant les plus fortes nuisances sonores et aussi, notamment, des situations sociales difficiles.

Si, au fil du temps, nos véhicules sont devenus plus performants et plus sûrs, d'importantes améliorations doivent être encore réalisées, notamment pour réduire leurs émissions de gaz carbonique. Le programme " véhicules propres " relève ce défi en définissant un ensemble de mesures destinées à promouvoir le développement, sur le marché, de véhicules et de carburants moins polluants et à faibles émissions de carbone. Les mesures clefs de ce programme, que Jean-Pierre RAFFARIN a voulu, renforceront significativement les efforts de recherche publique, et inciteront les consommateurs à préférer les véhicules et les carburants les moins polluants et faiblement émetteurs de carbone par des mesures financières, fiscales, d'information et de sensibilisation.

Le programme sur les véhicules propres est indétachable de la mise en oeuvre de la prévention du changement climatique.

La canicule subie par la France lors de l'été 2003 ne constitue pas forcement le prélude du changement climatique, ou ses prémisses. Mais il est clair que ce que nous avons vécu ressemble à ce que peut impliquer le changement climatique qui nous menace à moyen terme. Il faut donc anticiper, se préparer.

Pour répondre à la très forte attente des Français dans ce domaine, je compte faire de la prévention du changement climatique ma grande priorité pour les mois qui viennent. Cela veut dire notamment renforcer les actions de sensibilisation de notre population aux comportements préventifs, cela veut dire renforcer notre action diplomatique dans ce registre, cela veut dire, enfin, tout faire pour que le Plan Climat, qui devrait être publié d'ici la fin de l'année 2003, permette à cette politique de limitation des émissions de gaz à effet de serre de franchir un véritable cap, notamment dans les domaines des transports et des constructions ou habitations.


Peu à peu, en revenant à l'esprit de ses fondateurs, en se mobilisant, comme l'ont voulu Jacques CHIRAC et Jean-Pierre RAFFARIN, sur les champs prioritaires des sécurités, de la qualité de la vie de nos concitoyens et des ressources naturelles, ce ministère va se transformer en un acteur moderne, porteur d'une écologie humaniste. Il contribuera, dans le cadre de la Constitution complétée par la Charte de l'environnement, à bâtir un développement durable pour la France.

(Source http://www.environnement.gouv.fr, le 3 septembre 2003)

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