Interview de M. Alain Juppé, président de l'UMP, à RTL le 4 septembre 2003, sur la baisse de l'impôt sur le revenu, l'espoir de l'augmentation de la croissance en 2004 et la réduction du déficit public. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Juppé, président de l'UMP, à RTL le 4 septembre 2003, sur la baisse de l'impôt sur le revenu, l'espoir de l'augmentation de la croissance en 2004 et la réduction du déficit public.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. UMP, président

ti : J.-M. Aphatie - Bonjour A. Juppé. Nous connaissons maintenant les grandes lignes du prochain budget de la France. Parmi les principales mesures : la baisse de l'impôt sur le revenu de 3 %. Vous réclamiez cette mesure, quels effets positifs en attendez-vous ?

- " Les choix qu'a faits Jean-Pierre Raffarin sont bons, et je voudrais l'assurer du soutien sans faille de ses amis et de toute l'UMP. "

Il n'en doutait pas, j'espère.

- " Encore faut-il le dire. "

C'est dit.

- " Puisque l'UMP vous savez est une force politique très diverse, dans laquelle plusieurs points de vue se sont exprimés. Mais il y a un point sur lequel nous sommes d'accord, c'est que la France souffre aujourd'hui, l'économie française, mais les Français aussi, d'une surcharge fiscale qui est sans exemple pratiquement dans les grands pays développés. Et donc quand j'entends le Parti socialiste expliquer qu'il faut réhabiliter l'impôt, je me dis qu'il y a là un vrai choix politique. D'un côté, une opposition qui proposait il y a quelques années de réhabiliter la dépense publique, et aujourd'hui de réhabiliter l'impôt, et qui d'une certaine manière est cohérente avec elle-même : on dépense plus, on taxe plus. Je crois que cette évolution serait dramatique, pour la France et pour son économie. Et de l'autre côté donc, un gouvernement, une majorité, qui disent : pourquoi aujourd'hui y a-t-il des déficits ? Ca n'est pas parce qu'on baisse les impôts - contrairement à ce qu'on peut penser - c'est parce qu'il y a une panne de croissance. Et quand il n'y a pas de croissance, les recettes ne rentrent pas. C'est le problème de l'économie française aujourd'hui. "

Et vous pensez que baisser les impôts, ça peut relancer la croissance ?

- " Je le crois. Je crois qu'il faut alimenter la croissance. Il faut alimenter le pouvoir d'achat, en rendant au consommateur la possibilité de consommer et il faut surtout moins taxer ceux qui veulent créer une entreprise, ceux qui veulent investir, ceux qui veulent se développer. Et c'est comme ça qu'on enclenchera un cercle vertueux qui permettra de réduire les déficits. "

L'impôt sur le revenu, ça joue surtout sur la consommation et J.-C. Trichet, dans une lettre aux députés européens hier, explique que "quand les dépenses publiques et les déficits sont orientés dans la mauvaise direction (sous-entendu quand ils sont importants, et c'est le cas de la France avec 1 000 milliards d'euros aujourd'hui de dettes) eh bien les consommateurs n'ont pas confiance, et ceci - dit J.-C. Trichet - annule les effets keynésiens de la baisse des impôts ". Vous êtes indifférent à cette argumentation ?

- " Je respecte tout à fait le futur gouverneur de la Banque Centrale Européenne, mais j'ai appris à prendre parfois un peu de distance avec, comment dire, une approche strictement comptable ou monétaire des problèmes économiques. La baisse de l'impôt sur le revenu, c'est effectivement, vous avez raison de le dire, un encouragement à la consommation, puisque l'argent qu'on ne donne pas au Trésor Public, eh bien on peut le dépenser bien entendu. "

Ou l'économiser.

- " Ou l'économiser. Ou l'investir. Parce que ça peut être aussi un encouragement à ceux qui veulent créer, à ceux qui veulent fonder une entreprise, à ce tissu de petites et moyennes entreprises qui est considérable pour l'économie française. La première entreprise française, on le dit souvent, c'est l'artisanat. Donc je pense que cette est bonne. Et puis il n'y a pas que ça dans les mesures gouvernementales ! Ces mesures sont très équilibrées puisque à côté de la baisse sur l'impôt sur le revenu, il y a une augmentation de la prime pour l'emploi, qui va aider le pouvoir d'achat de ceux qui ne paient pas d'impôts. Il y a également des mesures pour les familles. On va augmenter la déduction fiscale en faveur des emplois familiaux. Il y a des mesures plus ciblées sur le plan social, comme des déductions fiscales pour les handicapés quand ils acquièrent des matériels qui leur sont nécessaires. Et puis il y a une mesure extrêmement importante pour l'avenir, et pour la croissance : c'est une augmentation très substantielle de ce qu'on appelle "le crédit impôt recherche". Quand une entreprise dépense de l'argent pour de la recherche, c'est-à-dire pour préparer l'avenir, elle va avoir des incitations fiscales importantes. Et je voudrais saluer vraiment la cohérence, et la détermination de l'action du Premier ministre. Nous avons là une politique économique, qui n'est pas une politique à la petite semaine, de court terme et qui consiste à dire : réunissons les conditions d'une relance de la croissance. C'est ça qui va ré-alimenter les caisses de l'Etat, et c'est ça qui nous permettra de réduire les déficits, parce qu'il faut naturellement réduire les déficits ! "

Il faut. Alors la conséquence tout de même c'est que, pour l'instant, il n'y a pas d'action pour les réduire. On spécule sur le retour de la croissance. Le 26 octobre 1995 - vous savez c'est le grand tournant de la rigueur du début du septennat de J. Chirac - vous étiez Premier ministre, et répondant, quand il annonce ce tournant de la rigueur à A. Duhamel d'ailleurs, J. Chirac disait ceci : "on ne peut pas être une grande puissance et avoir des déficits. La maîtrise des déficits est une nécessité, si on ne veut pas être entre les mains de ses partenaires, ou de ses créditeurs". Aujourd'hui, le Gouvernement n'a pas visiblement cette pensée. Les déficits ne sont pas sa préoccupation première.

- " Non, je ne pense pas qu'on puisse dire cela, et ce que disait J. Chirac à l'époque est toujours vrai. Je ne voudrais pas refaire l'histoire, ou revenir sur l'histoire. Mais c'est pour vous dire, qu'à l'époque, pour réduire les déficits, j'avais augmenté les impôts et on me l'avait beaucoup reproché ! "

Donc vous avez un peu changé.

- " Le monde a changé. "

C'est aussi l'expérience du passé qui aujourd'hui...

- " C'est l'expérience du passé et c'est le monde qui a changé. A l'époque, il fallait faire l'euro et nous avons réussi. Mais bref, c'était le passé. Mais J. Chirac avait parfaitement raison de dire que les déficits c'est une plaie ! Aujourd'hui, l'Etat français - c'est-à-dire la collectivité, c'est-à-dire nous tous - dépense 20 % de plus que ce qu'il gagne ! C'est ça. Chaque année, le déficit augmente de 20 %. "

Et on ne voit pas les grandes réformes qui diminueraient les dépenses de l'Etat. On ne les voit pas, on les attend toujours.

- " Si, si, absolument ! La première grande réforme, c'est la baisse des impôts, et la remise en ordre de notre système fiscale qui, pour les raisons que j'ai dites, à terme, va soutenir la reprise de la croissance. Une petite parenthèse. Vous disiez : on ne voit pas les prémices du retour de la croissance. Faux ! "

Les marchés financiers ?

- " Les marchés financiers. "

Mais pas en France !

- " Mais nous sommes interdépendants ! Interdépendants de façon extrêmement étroite. "

C'est un pari.

- " Les marchés financiers, vous le disiez tout à l'heure, sont à la hausse. On attend aux Etats-Unis une croissance de 3,5 à 4 % l'année prochaine. L'Allemagne s'est engagée dans de grandes réformes. Et que disent aujourd'hui les experts ? "

Méfions de ce que disent les experts !

- " Absolument. Mais enfin, bon. "

Allons-y quand même.

- " Les experts disent : l'année prochaine, ce sera 1,9 en France. C'est presqu'un doublement par rapport à la situation d'aujourd'hui. Donc, ça re-décolle. Et le Gouvernement a été extrêmement ... "

Pas tous hein.

- " C'est le consensus des experts. C'est un peu barbare. Donc le Gouvernement est très prudent en disant 1,7. Donc vous voyez que les prémices du retour à la croissance reviennent. Et donc je crois que c'est cela qui nous permettra de réduire les déficits. A condition de faire des réformes de structure, et de maîtriser les dépenses. Et là aussi je voudrais saluer la détermination du Premier ministre et du gouvernement, puisqu'ils nous pressentent un budget une croissance zéro des dépenses, en volume. C'est-à-dire que le pouvoir d'achat des administrations sera maintenu, mais qu'il faudra faire avec la même quantité d'argent public que l'année dernière. Et ça, ça pose une question fondamentale. "

Oui. D'un mot quand même : la crise européenne. Vous la redoutez ou pas ? Le Pacte de stabilité est écorné par l'attitude de la France. Vous avez là-dessus des craintes ?

- " Non, je crois que le Pacte de stabilité, il faut bien voir ce que c'est. C'est pas une lubie de technocrates, c'est une série d'exigences de bon sens : on ne peut pas durablement dépenser plus qu'on ne gagne ! Et quand on s'endette année après année. "

C'est ce que fait la France pourtant hein.

- " Eh bien, il faut l'appliquer avec intelligence, avec progressivité... Il ne faut pas un coup de bambou, un coup de massue dans une conjoncture difficile. Il faut y revenir progressivement. Et c'est ce que se propose de faire le Gouvernement. Je voudrais terminer quand même sur un point, sur ce point. Je voudrais dire que tout ça ne peut marcher, bien entendu, que si nous faisons des réformes de structure. Nous en avons fait une, majeure, après dix ans de tergiversations, c'est la réforme des retraites. Il en faut d'autres, et il faut que dans chaque administration, on se pose tout simplement cette question : est-ce que tout euro d'argent public (j'allais dire "tout franc") tout euro d'argent public est bien dépensé ? Il suffit de poser cette question pour se rendre compte qu'il y a de la marge ! "

D'un mot : A. Duhamel évoquait le "mauvais Chirac" qui avait nommé C. Millon à la tête de la FAO. Qu'est-ce que vous répondez ?

- " Ecoutez ! moi je n'ai rien à dire. Je voudrais simplement rappeler à Monsieur Duhamel que sur le plan politique on a aussi nommé, il y a quelques mois, le directeur de cabinet de Monsieur Jospin à l'ambassade de Madrid. Vous voyez qu'il y a des traditions dans la vie politique française, qui sont très bipartisanes. "


(source http://www.u-m-p.org, le 10 septembre 2003)

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