Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur les grandes orientations de la politique de sécurité intérieure, à Lille le 2 septembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur les grandes orientations de la politique de sécurité intérieure, à Lille le 2 septembre 2003.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : Réunion des policiers et gendarmes de la zone de défense Nord, au Zénith à Lille le 2 septembre 2003

ti : Mesdames et Messieurs,


Je veux avant tout chose vous dire toute ma satisfaction de voir réunie une si belle assemblée, une assemblée qui porte avec fierté et dignité l'uniforme, l'uniforme - qu'il soit celui des policiers ou des gendarmes - qui incarne le respect de la loi, la défense des personnes et des biens, République mise au service des plus faibles.

J'ai voulu vous rencontrer à Lille, comme je le ferai pour plus de 10 000 de vos collègues à travers la France parce qu'il est de mon devoir d'être ici, parmi vous. Il est de mon devoir de vous dire, à chacun, directement, ce que j'attends de vous, et que vous puissiez me dire ce que vous attendez de moi.

L'action de la Police et de la Gendarmerie est une affaire profondément humaine. On ne dirige pas des numéros, des ombres, des catégories de fonctionnaires. On dirige des femmes et des hommes qui ont leurs aspirations, leurs soucis, leurs espérances. On ne peut les diriger sans les rencontrer.

Ceci ne signifie en rien que j'ignore le rôle des représentants du personnel. Depuis plus d'un an j'ai pu apprécier leur engagement pour améliorer la sécurité intérieure. J'ai d'ailleurs souhaité les rencontrer aujourd'hui en particulier pour traiter à part des questions de statuts, de carrières, bref des questions catégorielles pour lesquelles ils sont les interlocuteurs naturels de l'administration.

J'ai souhaité également rencontrer les présidents de catégorie de la Gendarmerie nationale qui sont des interlocuteurs privilégiés du commandement.

Pour autant, ma conviction est que mes contacts ne doivent pas s'arrêter aux directeurs généraux et aux institutions représentatives. Dans mon esprit, chaque gendarme et chaque policier est un de mes collaborateurs, car chacun a une mission à remplir pour assurer la sécurité intérieure.

J'ai voulu cette réunion de travail car la sécurité intérieure, c'est vous. La confiance que les Français retrouvent dans l'Etat, l'espoir qu'ils ont aujourd'hui de voir la violence reculer, c'est vous. Les grandes théories, les doctrines, les circulaires et les instructions ne servent à rien sans votre engagement.

Ceux qui considèrent que la sécurité intérieure n'est qu'une affaire de moyens se trompent également. La fierté, la conviction que votre mission est juste, la certitude que le Gouvernement et à travers lui les Français vous soutiennent, sont les conditions incontournables de la lutte contre la délinquance. Vous êtes le coeur de la sécurité intérieure. Chaque Français doit éprouver du respect pour votre mission, de la considération pour votre choix de vie professionnelle et de l'admiration pour les risques que chaque jour vous acceptez de prendre pour eux. C'est aussi pour cela que j'ai voulu vous rencontrer.


Il suffit de faire le bilan du travail que vous avez accompli depuis plus d'un an pour prouver par des statistiques - il en faut quelques unes - que ces propos sont fondés.

Depuis un an, la délinquance recule. Depuis le début de l'année la baisse est de l'ordre de 4 %, soit 100 000 victimes évitées. Elle est de près de 5,5 % dans la zone de défense Nord. La délinquance de voie publique, celle qui laisse tant de séquelles dans les cités, dans les banlieues et même dans les campagnes régresse de 10 % en France et de près de 9 % dans votre zone. Et que dire des violences urbaines ! Les faits les plus graves ont baissé de plus de 22 % en France. Tout n'est pas gagné mais vous avez prouvé que c'était possible à LILLE, comme à LA BASSEE, à SAINT QUENTIN ou à VITRY EN ARTOIS.

Vous l'avez prouvé par l'action. Deux chiffres encore. Les infractions révélées par votre action augmentent de 15,5 %. Le nombre de faits élucidés a augmenté en France de presque 9 % et dans la zone de défense Nord de près de 8 %.

Ce résultat est le fruit de votre action et de celle de l'ensemble des hommes et des femmes impliqués dans la chaîne pénale. La délinquance recule car l'impunité recule. 7057 personnes supplémentaires ont été écrouées l'an passé, soit une progression de plus de 10 %. En d'autres termes, votre travail a été suivi d'effets. Et je tiens à rendre hommage à l'action des magistrats dont je salue les représentants, les Procureurs, qui eux aussi ont pris toute leur part dans la lutte contre la délinquance en France.

La délinquance baisse, nos concitoyens retrouvent de l'espoir et les victimes de la dignité. Ce n'est pas rien. C'est l'Etat qui fait son travail !

Vous avez fait mentir les théoriciens qui clamaient haut et fort que l'accroissement de la violence est inéluctable dans nos sociétés. Vous avez prouvé que faire respecter la loi est une mission juste et que l'on pouvait la mener en étant exemplaire au regard des droits de l'homme. Nous n'avons pas le droit d'échouer. Les Français nous ont clairement fixé notre mission en avril 2002. Ils ont exprimé leur exaspération face à la progression de la violence, leur désarroi face à un Etat qui semblait trouver plus d'explications à la délinquance que de compassion à l'égard des victimes. Ce temps est révolu. Je me suis engagé à faire reculer la délinquance durablement et je veux être jugé sur ce critère.

Cet objectif est désormais le nôtre. Policiers et gendarmes qui êtes placés sous mon autorité pour assurer la sécurité intérieure. Je vous le dis bien en face, vous pouvez compter sur mon soutien total, sur mon engagement complet. J'entends parfois que nous en faisons trop. J'ai plutôt le sentiment de ne jamais en faire assez. Combien de fois ai-je été désarmé devant le regard d'une mère de victime ? Combien de fois ai-je été choqué par la vétusté de vos locaux, de vos équipements et par le manque de considération dont cela témoignait ?

Beaucoup a été fait depuis plus d'un an pour vous donner les moyens d'agir avec efficacité. Aujourd'hui les réformes entrent dans les faits. Je sais que le temps a pu paraître long entre leur annonce et la mise en oeuvre. Mais, il était impossible, je l'affirme, de réduire plus encore le temps de la négociation et du débat parlementaire.


Que de chemin parcouru !

La première réforme jugée impossible était de vous réunir sous une seule autorité opérationnelle.

Quelle logique pouvait bien justifier l'absence de coordination de vos efforts au plus haut niveau ? Vos deux forces participent à une même mission, à un même combat. Les délinquants à qui vous vous opposez sont les mêmes. Nos concitoyens ne veulent qu'une chose : le recul de la délinquance. Savoir que ce résultat est plutôt le fait de la Police ou de la Gendarmerie les indiffère. Par contre, ils seraient à juste titre choqués d'apprendre que cette distinction puisse être un frein à la lutte contre la délinquance.

Je sais d'ailleurs que sur le terrain la coopération a toujours été une réalité sous l'autorité des préfets et des procureurs. C'est surtout au niveau central que les habitudes doivent changer. Je m'y emploie. Et je puis vous assurer qu'il n'est pas un jour sans que vos directeurs généraux, Pierre MUTZ et Michel GAUDIN y travaillent avec une loyauté totale. Ils ont mon entière confiance.

Pour autant, je souhaite que les choses soient claires : le rapprochement, l'optimisation des forces ne signifie en rien la fusion. Que vous soyez policier ou gendarme, je connais votre attachement à votre corps, à votre culture. Les gendarmes sont des militaires. Ils sont attachés à leur statut. Ils le conserveront. Vos qualités professionnelles ne se font pas concurrence mais se complètent.

Vous avez chacun une organisation spécifique adaptée aux caractéristiques de la délinquance que vous combattez et des territoires que vous sécurisez. Je veux en tirer le meilleur profit, non vous réduire au plus petit dénominateur commun. A l'inverse, il n'est pas question que ce rapprochement soit uniquement optique. Il nous faut développer un véritable esprit d'équipe. Il nous faut faire donner à ce rapprochement toute la valeur ajoutée qu'il peut générer.

L'un des exemples les plus éloquents est celui des Groupes d'Intervention Régionaux.

Depuis leur création, ils ont contribué à la résolution de 491 affaires. Ils ont permis l'arrestation de 3 827 personnes, la saisie de plus d'une tonne de drogue, de 28 500 cachets d'ecstasy, de 481 armes et de 424 voitures volées. Et ce qu'il est important de noter, c'est que jusque là, faute d'une collaboration suffisante entre services, les affaires résolues par les GIR restaient pratiquement hors de portée.

Les GIR du Nord Pas de Calais et de Picardie ont permis l'arrestation de 383 individus. Que de belles affaires résolues ! Je pense par exemple à l'opération CERBERE qui a mis un terme à une série d'attaques à main armées d'établissements financiers et commerciaux. Je n'entends plus que de vagues murmures pour critiquer les GIR.

Dans l'ordre des réformes jugées impossibles, le redéploiement entre les zones de compétence de la Police et de la Gendarmerie Nationale occupait très certainement la deuxième place.

Tout le monde jugeait la réforme nécessaire. Personne ne voulait prendre le risque de la réaliser. Il est vrai que l'expérience de 1998 avait laissé de mauvais souvenirs.

L'objectif en 2003 était cependant radicalement différent. Il s'agit de positionner les policiers et les gendarmes là où ils sont les plus efficaces en fonction de leur savoir-faire, et ce en bénéficiant des créations d'effectifs prévus dans la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI).

Quelle perspective aujourd'hui ? Les transferts de compétence seront mis en oeuvre de 2003 à 2005 dans 65 départements de métropole et d'outre-mer. L'ensemble de ces opérations concerne 332 communes représentant 1.752.000 habitants. 217 communes supplémentaires seront confiées à la police nationale, soit près de 970 000 habitants, et 115 à la gendarmerie nationale, soit 783 000 habitants. Depuis le 1er mai, les redéploiements sont effectifs dans 25 départements. Dans votre zone de défense, le redéploiement qui a commencé hier concernera 57 communes soit plus de 177 000 habitants.

Là encore, j'ai voulu que soit accordée une attention toute particulière aux femmes et aux hommes concernés. Pour les fonctionnaires et les militaires, cette réforme ne va pas de soi. J'en suis conscient. Elle entraîne des contreparties parfois lourdes. C'est pourquoi j'ai veillé à ce que les préoccupations légitimes de tous soient prises en compte. Je veux aussi vous remercier de votre compréhension. Vous avez joué le jeu car vous avez compris qu'il en allait de notre efficacité.


L'efficacité est également le maître mot de l'utilisation désormais principalement zonale des forces mobiles. Il fallait leur redonner toute la place qui leur revient dans la lutte contre la délinquance.

La réorganisation s'imposait. L'ordre public a changé. On doit aujourd'hui concilier l'emploi des unités mobiles dans les missions d'ordre public quand c'est nécessaire et le renfort des services locaux quand c'est possible. Et pourquoi continuer à compliquer la vie, y compris familiale, des membres de ces unités en les déplaçant dans toute la France, alors qu'ils peuvent être employés au plus près de chez eux ? De surcroît sur un terrain qu'ils connaissent et où ils peuvent par conséquent donner le meilleur d'eux-même.

Je sais bien que ces derniers mois, marqués par le G8, l'actualité sociale et les renforts saisonniers, le dispositif a connu des perturbations. Je sais aussi que des perfectionnements restent nécessaires, mais cette réforme représente trois fois plus de gendarmes mobiles et 4500 policiers des Compagnies Républicaines de sécurité qui sont engagés quotidiennement dans la lutte contre la délinquance. Une nouvelle instruction destinée à relancer la réforme de l'emploi des unités mobiles sera diffusée avant le 15 septembre.

Et j'attends beaucoup de vos nouvelles doctrines d'emploi pour vous permettre d'être des experts de la lutte contre les violences urbaines. Je souhaite que vous soyez employés aux heures les plus difficiles dans les quartiers où votre présence garantira le retour de l'Etat de droit.


A chaque problème, je veux apporter une solution. Depuis un an, nous n'avons jamais reculé devant les difficultés, devant le débat, devant la critique et encore moins devant les sujets tabous. Ma seule priorité est de vous donner les moyens d'être efficaces pour atteindre l'objectif qui est le nôtre : faire reculer le crime.

Déjà quatre lois ont été adoptées. Je pense naturellement à la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure - la LOPSI - du 29 août 2002. Je pense aussi à la loi pour la sécurité intérieure du 19 mars 2003 qui a prévu des moyens juridiques nouveaux comme le fichier des empreintes génétiques ainsi que de nouvelles incriminations, mais également aux deux lois de lutte contre l'insécurité routière : la loi du 3 février 2003 sur l'usage de drogues au volant et la loi du 12 juin 2003 relative à la lutte contre la violence routière.

Et cela n'est pas terminé puisque deux textes vont encore venir vous aider dans votre action. Il s'agit tout d'abord du projet de loi présenté par le Garde des Sceaux relatif à l'adaptation de la Justice aux évolutions de la criminalité qui sera présenté au Sénat tout début septembre. Il s'agit ensuite du projet de loi relatif à la maîtrise de l'immigration et au séjour des étrangers en France qui a été adopté par l'Assemblée Nationale et que je présenterai prochainement au Sénat.

Faire voter des lois est nécessaire mais cela ne sert à rien si on ne les applique pas. Alors, qu'en est-il de leur application ?

Un an après le vote de la LOPSI, 1900 emplois de policiers et 1200 emplois de gendarmes, donc au total 3100 emplois supplémentaires auront été créés. En 2003 toujours, 5000 véhicules supplémentaires auront été livrés à la Police et 4926 à la Gendarmerie. Ce sont encore 52 000 gilets pare balles, 730 flash balls et 19 000 tenues de protection nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique (NRBC) qui auront été livrés.

Et je peux vous annoncer que vous serez, gendarmes et policiers, dotés dans les prochaines années d'une nouvelle arme de poing, un pistolet automatique de 9 mm, le "SIG SAUER". Une première commande de 38 000 pistolets a été passée en juillet 2003.

Je pourrais encore multiplier les chiffres mais mon intention n'est pas de vous lasser. Elle est de vous montrer que les engagements sont tenus. Je connais votre scepticisme sur la parole politique. Alors, je ne demande pas à être jugé sur des mots mais sur des faits.

Je sais fort bien que la situation est encore difficile et que sur le terrain vous avez du mal parfois à admettre les délais qui séparent la décisions de la mise en oeuvre. Mais il faut du temps pour former les élèves gendarmes et policiers. Il faut aussi du temps pour passer des marchés et pour fabriquer des équipements. Vous savez par ailleurs que 3625 policiers ont choisi cette année d'anticiper leur départ en retraite. C'est un chiffre supérieur de près de 800 à ce qui était attendu. Et bien sûr, les remplacements ne peuvent se faire du jour au lendemain. Il faut recruter, et il faut former.

Il y aura d'autres créations d'emploi en 2004. Nous allons d'ailleurs accélérer leur recrutement pour qu'ils puissent arriver plus rapidement sur le terrain.

Il faut aussi mettre un terme aux interrogations et aux malentendus concernant les effectifs. J'ai demandé qu'un groupe de travail se penche sur la question du niveau et de la répartition des effectifs afin que nous puissions, site par site, aboutir à des effectifs de référence. Il faut que notre carte de répartition des effectifs soit rigoureuse, que nous ayons un tableau de répartition clair et fin et que les injustices soient gommées. Les effectifs doivent être d'abord là où sont les besoins. Et pas là où celui qui parle le plus fort voudrait qu'ils soient.

En tout état de cause, je souhaite que chacun mesure que c'est une marque de confiance que la Nation nous a accordée en consentant à ces moyens dans un contexte budgétaire très difficile.


Et vous savez que cette confiance vous a été récemment renouvelée lors de la réforme des retraites. Il faut être clair sur ce point : en termes relatifs, par rapport aux autres catégories de la Fonction Publique, votre situation a été préservée et même améliorée.

La réalité est simple : les avantages spécifiques des corps actifs de la police et ceux de la gendarmerie seront maintenus, ils seront même sur certains points améliorés ! Les conditions d'ouverture des droits seront préservées, de même que la bonification de cinq ans correspondant à la reconnaissance des difficultés et contraintes du métier.

Plus encore, pour la Police nationale j'ai obtenu la modification du système actuel qui pénalise les fonctionnaires qui décident de travailler plus longtemps. La prolongation de l'activité ne fera plus perdre le bénéfice des bonifications. La loi prévoit une mesure identique pour les gendarmes. Vous devez aussi savoir que la référence de rémunération reste celle des 6 derniers mois d'activité, non les 3 ans envisagés au début.


Aujourd'hui, je veux surtout vous parler d'avenir. Notre action ne peut et ne doit pas s'arrêter à ces premiers résultats. Je veux que nous allions plus loin, beaucoup plus loin. Ce n'est que le début car nous allons entrer dans une deuxième phase de la politique de sécurité intérieure.

J'attends de vous une culture, un état d'esprit, celui de la fierté de votre travail, de la préoccupation constante des victimes et de l'exemplarité absolue.

Gendarmes et policiers, quel que soit votre grade, votre affectation, votre fonction, ayez toujours la fierté de votre mission, le soin de votre apparence, de votre tenue, de votre attitude. Vous portez un uniforme et des insignes reconnus et respectés parmi nos concitoyens. Il le faut car à travers vous, c'est l'Etat que nos concitoyens voient. Si on ne vous respecte pas, alors qui sera respecté ? C'est pourquoi je considère comme essentiel que votre tenue soit à l'image de la place qui est la vôtre. 20 000 nouvelles tenues d'intervention seront livrées dans la Gendarmerie en 2003. Dès 2004, les policiers recevront également une nouvelle tenue de service général.


Ma deuxième exigence est que vous ayez toujours les yeux et la pensée tournés vers les victimes.

Dans mon esprit, elles méritent plus de considération que les délinquants. Pendant trop d'années, à force de vouloir comprendre la délinquance, on a tout toléré. Pendant ce temps, les victimes étaient laissées dans l'ombre. Je sais combien vous partagez ces propos. Aussi je vous demande de veiller à accueillir avec la plus grande écoute les victimes. Recueillir une plainte ne suffit pas. Il faut accompagner les personnes avec estime et compassion. Pensez toujours que la victime en face de vous aurait pu être un membre de votre famille : votre femme, votre enfant, votre ami.

Nous avons déjà amélioré les formations. Tous les correspondants départementaux d'aide aux victimes ont été désignés et je souhaite généraliser les permanences de travailleurs sociaux au sein des locaux de police ou de gendarmerie. N'infligeons pas aux victimes une deuxième douleur : celle de la banalisation, de la solitude, du silence, de l'abandon.

Vous recevrez également avant la fin de l'année la charte de qualité pour l'accueil du public et des victimes. J'entends qu'elle soit communiquée à chaque policier, à chaque gendarme, et qu'elle soit discutée pour que chacun réfléchisse à sa mise en oeuvre concrète, et se l'approprie.


Placer les victimes au premier rang dans l'ordre de vos priorités ne signifie en rien être négligeant à l'égard des droits des personnes mises en cause dans des procédures. Ceci m'amène à parler de la déontologie.

Vous avez tout mon soutien, vous le savez. Pour autant, je n'accepterai aucune dérive. Je sais bien qu'il est difficile de garder son sang-froid en toute circonstance et d'être toujours exemplaire. Mais il le faut. Policiers et gendarmes sont les visages de la loi. Ils ne peuvent qu'être irréprochables. Je vous demande de l'être.

C'est dans le même esprit que j'ai voulu par la circulaire du 11 mars 2003 moderniser les conditions de garde à vue. J'ai en effet constaté que dans quelques cas, qui fort heureusement sont rares, celles-ci n'étaient pas à l'honneur de la France.

Deux points significatifs de l'esprit dans lequel je vous demande de travailler :
- en premier lieu, les mesures de sécurité. Elles doivent être strictement proportionnées au danger. Bien entendu, les fouilles à corps et le menottage sont recommandées si la personne est dangereuse. Mais, ces pratiques ne peuvent être systématiques.
- en second lieu, les conditions matérielles. La logique est identique. Je ne vous demande pas que la garde à vue soit un séjour de luxe. Je vous demande simplement de veiller à la dignité de personnes qui sont présumées innocentes.

Naturellement, ces prescriptions ne doivent en rien vous pénaliser. Et par conséquent, l'amélioration des conditions matérielles de garde à vue ne doit pas se faire au détriment de vos propres conditions de travail.

Le respect de ces principes est d'autant plus important que certains estiment que la réaffirmation de l'autorité de la loi en France est une atteinte à la liberté et à la dignité. Je connais leur mauvaise foi. Je sais aussi que nous ne devons jamais leur offrir le moindre argument qui puisse étayer leurs propos. Il en va de notre efficacité.


Je veux maintenant vous préciser vos objectifs opérationnels.

Notre mission est de faire reculer durablement de la délinquance et de manière significative. L'accent doit être mis sur les faits les plus graves, c'est à dire ceux qui au quotidien rendent la vie impossible à nos concitoyens, spécialement les plus modestes, les plus faibles, ceux qui n'ont que nous pour être défendus.

En premier lieu, la lutte contre les violences urbaines

J'attache la plus grande importance à cette question. Les émeutes qui ont lieu dans certains quartiers au moindre prétexte ne sont jamais légitimes. Les explications sociologiques ne sont en fait que des paravents pour justifier l'inaction. Caillasser une voiture de police n'a aucune justification, brûler la voiture du voisin non plus, organiser une tournante encore moins ! Ce sont des actes qui témoignent d'une volonté d'imposer la loi de la force face à celle de la République.

Je pense à ceux qui vivent dans ces quartiers, dans la crainte de simplement rentrer chez eux. Je pense à vous policiers et gendarmes. Plus de 60 % de ces actes vous visent directement. Je sais que dans certains quartiers le métier de policier et de gendarme est très difficile, encore plus difficile qu'ailleurs. Je sais que vous êtes aussi personnellement menacés. Au mois de juillet dernier, à Lille, les voyous ont encore fait la preuve de leur barbarie en appelant les sapeurs pompiers pour éteindre l'incendie d'un véhicule qu'ils avaient relié au réseau électrique. C'est simplement inacceptable et intolérable. Il n'y a donc rien à expliquer. Il y a à punir pour dissuader la récidive.

J'attends une rigueur exemplaire dans la lutte contre ces violences. Ne fermez jamais les yeux. Ne cédez pas un centimètre de terrain. Nous rétablirons l'Etat de droit partout en France. Et il ne suffit pas de repousser les auteurs de violences et de dégradations. Il faut les interpeller en utilisant les procédures qui permettront de les traduire avec succès devant la Justice. Depuis le début de l'année, ces violences ont reculé de presque 14 %. Vous avez effectué un excellent travail et je vous en félicite.


Deuxième priorité : la lutte contre l'économie souterraine et la criminalité organisée.

L'étanchéité entre les services est à bannir. On observe clairement que la petite économie souterraine que certains pourraient qualifier de familiale devient de plus en plus une véritable criminalité organisée. Il n'y a pas de petit trafic de quartier, il y a des bandes organisées. Et vous savez que derrière le trafic de cannabis se cachent de grandes organisations criminelles.

C'est une réalité qui interdit de distinguer la lutte contre le petit trafiquant de celle contre le grand banditisme. Et la criminalité organisée n'est pas la chasse gardée de tel office, de telle unité ou de tel service. J'attends que l'esprit d'équipe qui anime les GIR et qui fonde leur efficacité dans cette lutte soit partagé par tous les services opérationnels.
Troisième priorité, la lutte contre le terrorisme.

Ce doit être une préoccupation quotidienne. Je sais combien ce dossier suscite d'angoisses et de craintes. Il nous faut être constamment vigilants sans jamais sombrer dans la psychose car ce serait la plus belle victoire du terrorisme.

Il faut être clair, la menace terroriste existe. J'ai voulu que les moyens des services spécialisés soient renforcés. Leur action a été exemplaire puisque depuis mai 2002 plusieurs réseaux terroristes islamistes ont été démantelés et 71 terroristes ont été interpellés. Pour autant, la lutte concerne chacun de vous. Tout renseignement peut être primordial car vous savez que les réseaux terroristes s'appuient de plus en plus sur de petits groupes locaux.

Vous devez transmettre toute information, même anodine, par la voie hiérarchique à l'Unité de Coordination de la Lutte Anti Terroriste.

Cela illustre ma conviction selon laquelle il n'y a pas en Gendarmerie ou en Police des services nobles qui s'occupent des choses importantes et de l'autre côté la troupe qui ne s'occuperait que de l'anodin. Chacun peut et doit être utile. Tout peut déboucher sur une grande affaire.

Quatrième priorité : la lutte contre l'immigration illégale

Il ne peut y avoir de politique d'immigration et d'intégration si nous ne sommes pas capables d'interpeller les personnes en situation irrégulière pour les reconduire dans leurs pays. La France est un pays d'immigration, riche de sa diversité. Il n'est pas question d'y mettre un terme. Pour autant, gardons-nous de l'extrême inverse qui consisterait à ne rien contrôler. La France ne doit pas être le seul pays au monde qui ne puisse décider de qui doit demeurer sur son territoire et de qui n'a rien à y faire. Voici trop d'années que ces évidences n'ont pas été rappelées.

Ce phénomène vous le connaissez fort bien dans la zone de défense Nord. 97 500 étrangers en situation irrégulière ont été appréhendés en 2002. Mais dans seulement 9 % des cas, ces interpellations étaient suivies d'une action judiciaire ou administrative. Et que dire de Sangatte ?

Nous avons pris le problème de face, sans fermer les yeux. 125 fonctionnaires sont venus renforcer les effectifs de la police aux frontières. Des forces mobiles sont venues en renfort. Le centre de Sangatte a été fermé. Plusieurs filières ont été démantelées. Les résultats sont là et je veux tout particulièrement vous en féliciter. Aujourd'hui, 70 % des interpellations d'étrangers en situation irrégulière donnent lieu à une réponse administrative ou judiciaire. De fait, on constate une nette diminution de la pression migratoire. Les chiffres sont clairs : en 2003, le nombre d'étrangers en situation irrégulière interpellés a été divisé par 6. En d'autres termes, la zone de défense Nord n'est plus un havre d'impunité.

Nous poursuivrons dans cette voie en apportant une réponse opérationnelle à chaque difficulté. Tel est l'objet du projet de loi relatif à la maîtrise de l'immigration et au séjour des étrangers en France. Ce projet permettra notamment d'adapter la durée de rétention aux délais nécessités par les procédures, de nous donner les moyens de lutter contre les filières, de créer un fichier des empreintes digitales des demandeurs de visas qui permettra de connaître l'identité et la nationalité des personnes interpellées, de renforcer les sanctions contre les membres des filières de passeurs.

Sans attendre l'entrée en vigueur de ces réformes, je vous demande d'être actifs et vigilants pour lutter contre l'immigration clandestine. Ce n'est pas une exclusivité de la PAF. Elle vous implique tous. J'ai demandé aux préfets de créer des pôles de compétence locaux pour l'exécution des mesures d'éloignement et aussi que des objectifs chiffrés mensuels soient fixés pour chaque département.

Je le dis avec franchise : annoncer que la France doit demeurer une terre d'immigration sans en tirer la conséquence inéluctable que cette immigration doit être maîtrisée est irresponsable. Ceux à qui nous donnons des papiers sont les bienvenus. Ceux qui n'en ont pas seront systématiquement reconduits.

Cinquième priorité : la lutte contre la délinquance routière.

Je vous demande de ne surtout pas considérer que nous avons gagné la bataille de la lutte contre la délinquance routière. Certes le nombre de morts recule. Dans votre zone de défense 87 vies ont ainsi été épargnées depuis un an. Ce sont autant de familles qui n'ont pas connu la souffrance. Mais ce résultat est fragile. Vous le savez, il repose d'abord sur la "peur du policier et du gendarme". Les chiffres sont clairs : les contrôles ont augmenté de 30 %, le nombre de morts a baissé dans les mêmes proportions. J'insiste : le temps de la bienveillance et des indulgences est clairement révolu. Il faut maintenir votre mobilisation pour que le comportement des conducteurs change profondément.

Là encore, je vous aiderai. 100 radars automatisés seront installés dans 21 départements avant la fin de l'année. 1000 radars automatisés seront déployés en trois ans. Et vos programmes d'équipement en éthylomètres, radars classiques ou encore véhicules rapides d'intervention seront respectés. Naturellement, je vous demande la plus parfaite exemplarité dans le respect du code de la route.

Sixième priorité : la tranquillité quotidienne.

Cet objectif est décliné par nombre de dispositions nouvelles de la loi du printemps sur la sécurité intérieure. Les Français ont le droit de ne pas voir le hall de leur immeuble envahi par des gens qui font du bruit toute la nuit et qui les obligent à rentrer chez eux la tête basse. Ils ont le droit de ne pas voir au pied de leur immeuble leurs enfants perturbés par le manège des prostituées et de leurs clients. Ils ont le droit de ne pas accepter que leur terrain soit envahi contre leur gré par des gens du voyage. Les incriminations nouvelles ont été créées pour apporter une réponse à leurs préoccupations sur tous ces points. Il faut que vous les utilisiez. Nous rendrons compte une fois encore des résultats. Ne vous laissez pas impressionner par les habituels partisans de l'immobilisme. Ce qu'ils disent n'a aucune importance puisqu'ils n'habitent pas et n'habiteront jamais dans ces quartiers où la vie est devenue impossible.

Or, nous, ce qui nous intéresse c'est l'avis de tous ceux dont la vie est devenue impossible.

Septième priorité : la lutte contre le trafic de drogue.

Notre pays est plus que d'autre touché par ce phénomène. Vous le savez, la situation s'est fortement dégradée ces dernières années, à un tel point que la France détient un triste record : celui d'être le premier pays d'Europe où les jeunes de 16 ans consomment du cannabis. Sur le front de l'offre, les saisies douanières et policières démontrent que la production des différentes drogues augmente et que notre demande intérieure ne baisse pas :
- 50 % des jeunes ont consommé du cannabis et 25 % le font de manière habituelle,
-·entre 2000 et 2002, le nombre de jeunes gens ayant expérimenté l'ecstasy a doublé ; tel est également le cas pour la cocaïne.

C'est un fléau sanitaire. Et les drames de tous ordres qui le composent ont une origine : le trafic. L'argent de la drogue, c'est l'argent du crime car le trafic est criminel et parce que ses revenus alimentent d'autres trafics et d'autres crimes.

C'est la raison pour laquelle j'ai relancé, voici quelques mois le débat sur la loi de 1970 relative à la consommation et au trafic de stupéfiants. Voilà pourquoi le Gouvernement veut moderniser le droit dans ce domaine.


J'ajoute que j'ai bien l'intention d'ouvrir le débat que j'estime indispensable sur la répression et la prévention des crimes sexuels. Je n'accepte pas l'idée qu'un homme, qui a déjà violé et martyrisé, puisse sortir de prison 10 ans ou 15 ans après sans avoir subi le moindre traitement. La prison ne guérit pas ceux qui ont des pulsions monstrueuses. Je n'accepte plus de rester interdit devant une mère ou un père de victime qui me hurlent leur colère à l'idée que l'Etat ait pu laisser un monstre s'installer à côté de leurs enfants sans prévenir personne, et sans même le surveiller.

A cette minute, je pense à Audrey, à Angélique, à la petite Elodie, peut-être à Estelle ¿.et à tant d'autres.

On ne doit plus laisser en liberté un violeur sans savoir où il habite, ce qu'il fait, et par-dessus tout sans s'assurer qu'il suit un traitement.

Je souhaite un débat serein, raisonnable mais transparent et surtout maintenant.

Ces objectifs peuvent vous paraître ambitieux. Ils ne sont que légitimes aux yeux de nos concitoyens.

Cette phase II est plus qu'un approfondissement, c'est un renouvellement complet. Ma volonté n'est pas de réformer pour le plaisir. Elle est de vous placer au sommet de l'efficacité - j'allai dire au top. Lorsque nous aurons mené ensemble ce travail, la Police et la Gendarmerie Nationales seront au premier rang de l'exemplarité au sein de notre administration. Je sais que nous pouvons réussir.

Il nous faut repenser votre fonctionnement. La première voie de progrès repose sur l'approfondissement de la coopération entre la Police et la Gendarmerie.

Cette coopération existe. Depuis 1998, par exemple, le Bureau de Liaison Permanent de Lille a prouvé l'efficacité d'un partage des informations concernant la lutte contre le trafic de stupéfiants. Il faut aller beaucoup plus loin, notamment à l'échelon national.

En premier lieu, la logique de collaboration au sein des offices centraux sera renforcée. La présence de gendarmes sera accrue et, naturellement lorsqu'un office sera dirigé par un commissaire de police, l'adjoint sera un officier de gendarmerie et inversement. Les offices seront confiés à la direction de l'une ou l'autre force en fonction de son savoir-faire. Deux offices vont être prochainement créés au sein de la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale (DGGN) : celui chargé de la lutte contre la délinquance itinérante et celui chargé de la lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique. quant à l'office chargé de la lutte contre les atteintes aux biens culturels, sa direction sera confiée à un officier de gendarmerie.

La coopération portera également sur les grands fichiers de police scientifique et technique. Les rapprochements sont en cours entre le STIC et le JUDEX. Nous allons tester leur interopérabilité avant de la généraliser. Nous avons également constitué une plate-forme commune pour mettre en oeuvre le fichier SALVAC destiné à la recherche des criminels en série. De même un centre d'exploitation des images pédo-pornographiques est mis en place à ROSNY SOUS BOIS. Quel que soit leur lieu d'implantation, ces fichiers pourront être consultés grâce à un accès partagé.

La coopération sera naturellement renforcée dans le domaine international. La création d'un réseau commun d'attachés de sécurité intérieure vise ainsi à unifier le renseignement international à caractère technique et opérationnel. Une cellule opérationnelle commune sera créée au SCTIP pour diffuser ces renseignements. Un état major commun sera également créé pour répondre aux demandes de coopération. Vous le constatez nous changeons complètement de logique. C'est pourquoi je souhaite que le SCTIP change de dénomination pour intégrer cette notion de sécurité intérieure.

Ce ne sont que quelques exemples pour illustrer une idée simple : tout ce qui peut vous aider à gagner de l'efficacité doit être étudié. Et je ne veux pas entendre évoquer les blocages administratifs ! Ce ne sont que des prétextes utilisés pour justifier l'immobilisme, le train-train quotidien et les petites habitudes. Cette époque doit être révolue.

Dans la zone de défense Nord, cette coopération doit naturellement s'ouvrir aux polices britannique, belge ou encore luxembourgeoise. Je sais que vous avez la volonté de travailler ensemble, que le centre de coopération policière et douanière de TOURNAI est devenu incontournable, qu'il existe des formations transfrontalières et que les patrouilles mixtes se mettent en place. Je sais aussi que les progrès de la coopération ne sont pas aussi rapides que ceux de la délinquance.

Il est des cas où les frontières sont très efficaces pour arrêter les policiers et gendarmes tandis qu'elles laissent passer les délinquants. Je pense naturellement à l'impossibilité pour vous de poursuivre les délinquants au-delà de la frontière. La France n'a pas ratifié le "droit de poursuite". C'était une erreur que je souhaite réparer.


La deuxième voie de progrès est de repenser votre fonctionnement afin de vous permettre de mieux assurer vos missions prioritaires.

. Il ne faut pas avoir peur d'avoir un oeil critique sur les missions qui vous sont confiées.

Votre place est sur le terrain pour traquer les délinquants. Vous avez choisi la police ou la gendarmerie parce que vous vouliez exercer cette mission.

Il en est de même pour les personnels administratifs, scientifiques et techniques. Il est temps de leur donner plus de place et plus de reconnaissance. Ils n'effectuent pas un travail secondaire. Ils sont au contraire l'appui indispensable pour que les actifs puissent assurer leur mission. Vous n'êtes pas interchangeables. Sinon pourquoi avoir créé des corps différents ? La loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure prévoit la création de 2800 emplois nouveaux pour assurer les fonctions d'administration, de formation et de contrôle dans la Police et la Gendarmerie. En 2003, 1400 personnels administratifs, techniques et scientifiques auront rejoint la Police nationale

. Au-delà, il faut imaginer et innover. La vidéo surveillance doit être développée pour supprimer des gardes statiques. La visioconférence avec la Justice permettra de ne plus perdre de temps pour une simple notification de prolongation de Garde à vue. Des solutions existent également pour automatiser le traitement des procès verbaux. La sécurité et l'efficacité des patrouilles peuvent être notablement améliorées par l'emploi du GPS.

Je vous demande aussi de traquer toutes les tâches inutiles. Interrogez-vous systématiquement. Je sais que policiers et gendarmes ont le souci de toujours rédiger des procédures très complètes et très précises. Ne négligez jamais leur qualité, mais réfléchissez à la simplification des procès verbaux qui vous prennent tant de temps. Ne craignez pas d'évoquer cette question avec les magistrats car je sais qu'ils ont aussi à coeur, comme tous les Français, de vous voir plus souvent sur le terrain que derrière un bureau. Bref, réfléchissez aux priorités !

Je m'engage moi aussi à traquer les tâches inutiles et indues. Vous savez par exemple que depuis l'automne 2002, la déclaration de perte d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport n'a plus à être effectuée dans les commissariats ou les brigades. Par ailleurs, le Parlement nous a autorisé à prendre par ordonnance des mesures de simplification administrative. Je puis déjà vous annoncer que le projet d'ordonnance prévoit que vous n'aurez plus à gérer la procédure de vote par procuration. Les citoyens pourront en effet effectuer les démarches directement auprès des mairies.


Ce respect qui vous est dû, cette confiance que je vous fais, elle se traduit naturellement par une nouvelle conception de votre capacité d'initiative.

Je ne vous considère pas comme de simples exécutants. Je demande aux responsables locaux d'être capables, dans la concertation avec leurs collaborateurs, d'élaborer une stratégie et de repenser l'organisation locale pour atteindre les objectifs que je vous ai fixés. En cela, je suis très attaché aux principes et surtout à l'esprit de l'instruction du 10 avril 1997 sur le commandement dans la Police Nationale.

Cette notion est déjà fortement ancrée dans la Gendarmerie nationale en raison de son statut, mais également du fait de la dispersion des unités qui impose de déconcentrer les pouvoirs et de fixer les responsabilités locales. La mise en oeuvre des communautés de brigades confie aux corps de gradés de nouvelles attributions de commandement qui le valorisent.

Le Directeur Départemental de la Sécurité Publique, à mes yeux, a clairement la possibilité de prendre les décisions d'organisation qui s'imposent pour améliorer la lutte contre la délinquance. Je ne veux plus entendre parler des contraintes de la doctrine de la police de proximité. Vous devez au contraire lui donner un maximum d'efficacité en équilibrant localement cette mission avec les missions d'investigations. S'il faut supprimer un secteur pour créer une BAC, faites-le. S'il faut modifier les plages de travail pour les adapter aux réalités de la délinquance, faites-le.

Au delà de l'organisation, il faut pouvoir affecter les effectifs là où les besoins se font sentir plus rapidement. Il est indispensable que le recrutement et la gestion de certains corps puissent être effectués au plus près du terrain, au niveau des SGAP. Les directeurs départementaux et les chefs de circonscription doivent également avoir plus de capacités d'initiative dans la gestion des moyens. De quoi peut-on être responsable quand on n'a aucune marge de manoeuvre ?

Il ne faut plus décourager l'esprit d'initiative. Il faut valoriser l'imagination et la prise de risque. Il faut faire confiance aux responsables que l'on a nommés. Je crois à la souplesse, au pragmatisme. On ne combat pas le crime partout de la même façon. Vous êtes des responsables, vous devez donc être plus libres de votre stratégie.

Naturellement, cette nouvelle responsabilité sera mieux garantie et renforcée par la définition d'un effectif départemental de référence objectif et transparent pour tous. Et il m'appartient de veiller à ce qu'une politique résolue de déconcentration vous créé le supplément de marge de manoeuvre dont vous avez besoin. Bien sûr ce que je dis pour la sécurité publique vaut aussi pour les autres services : la PAF, la Police Judiciaire, les Renseignements généraux, les CRS¿..


J'ajoute que le rôle du décideur, du "patron", ne s'arrête pas aux portes du commissariat ou de groupement. J'attends que le DDSP, comme le Commandant de Groupement, comme tous les autres chefs de service, occupent toute leur place parmi les autorités locales.

Il est grand temps que les responsables locaux de la Gendarmerie et de la Police sortent de l'ombre. Communiquer annuellement vos résultats ne suffit pas. Il faut communiquer mensuellement, personnellement. Il faut présenter au public dans la transparence votre organisation et vos actions. Il faut, dans le respect du secret de l'enquête et de l'instruction, prendre la parole dès qu'une belle affaire a été conclue mais également dès qu'une difficulté mettant en cause un policier ou un gendarme survient. Ne vous laissez pas attaquer ou diffamer en silence. Vous le savez le silence médiatique est souvent interprété comme la volonté de dissimuler. A vous de gagner la bataille de la communication !

Cette communication, nous la devons à nos concitoyens, comme à chaque policier et gendarme dont les efforts méritent d'être connus et reconnus. D'ailleurs comment donner une humanité à l'Etat si celui-ci ne devait jamais avoir de visage ?

J'attends que vous occupiez toute votre place dans les institutions et les réseaux locaux et d'abord bien sûr au sein des Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance.

Votre mission n'est plus de surveiller la délinquance au sein d'un territoire fermé. Elle est bien de protéger nos concitoyens face à des voyous plus mobiles, mieux organisés, et totalement insensibles à toutes les frontières administratives. J'avais utilisé le concept "d'intelligence territoriale" devant les officiers généraux de la gendarmerie. Je crois que ce concept s'applique également aux policiers et tout particulièrement à la Police de proximité.

Je ne reviendrai pas sur la police de proximité. Au contraire, j'en revendique le principe qui était déjà inscrit dans la loi d'orientation pour la sécurité de 1995.

Pour autant, je refuse idée d'une application uniforme sur l'ensemble du territoire. Je préfère partir des missions et vous laisser libres de son organisation. La mission première de la police est bien d'interpeller des délinquants pour les remettre à la Justice.

Je refuse aussi la confusion des rôles. La présence sur le terrain que vous soyez gendarmes ou policiers de proximité ne fait pas de vous des travailleurs sociaux. Vous n'êtes pas là pour organiser un tournoi de football. D'autres peuvent le faire. Je sais que vous êtes extrêmement sollicités, notamment quand toutes les administrations publiques ont déserté le terrain pour participer à des actions de prévention, parfois au détriment de votre coeur de métier. Il est également évident que vous ne pouvez pas être absents de la prévention de la délinquance. Mais tout est question d'équilibre.

Il est grand temps que nous fixions une ligne de conduite claire dans ce domaine. La prévention doit être mieux organisée, plus cohérente, c'est à dire professionnelle pour être efficace. Nous y travaillons et je souhaite présenter avant la fin de l'année un projet de loi qui lui soit consacré. La loi de prévention de la délinquance sera le complément indispensable des textes déjà adoptés par le Parlement. Et en la mettant en chantier, je pense d'abord aux jeunes. La délinquance des jeunes est une de mes hantises. Déjà elle a reculé puisqu'en 2002 la part des mineurs dans le total des personnes mises en causes est passée sous la barre des 20 %, et ce pour la première fois depuis 1997.

Mais, il faut aller plus loin, beaucoup plus loin. Comment éviter que des jeunes ne versent dans la délinquance, au risque de tomber ensuite dans le crime, de ne plus pouvoir s'en sortir, d'être condamné à aller de violence en violence, de prison en prison ? Comment éviter de ruiner une vie qui ne fait que commencer ? Comment éviter l'absentéisme scolaire, comment intégrer dans notre système ceux qui n'ont pas le sentiment qu'ils peuvent y parvenir ? C'est à tous ces problèmes et à bien d'autres que la loi devra répondre.


Vous le savez, je suis tout particulièrement attaché à la culture du résultat. J'y suis attaché par conviction républicaine. La méritocratie a un sens. Elle signifie que l'on peut progresser non en raison de ses origines, de sa richesse ou de règles d'effet automatique mais bien grâce au travail, aux efforts accomplis, aux initiatives prises.

Je veux que chacun ait le sentiment que ce qu'il fait est utile et reconnu, notamment par sa hiérarchie et par l'administration. Nous devons mieux reconnaître et valoriser celles et ceux qui font plus que les autres pour faire reculer la délinquance.

Ce discours, j'y crois profondément. Il va maintenant entrer dans les faits, puisque dès 2004 une première étape de la reconnaissance des mérites sera mise en oeuvre, dans la Police Nationale comme dans la Gendarmerie nationale.

Le premier élément de cette reconnaissance repose sur le dispositif existant des récompenses qui doit être étendu.

Le second élément est constitué des primes forfaitaires attribuées lorsqu'un un événement national ou international a été géré avec succès. Je pense par exemple au passage à l'an 2000 ou encore à la mise en place de l'euro.

Le troisième élément consiste à attribuer une prime aux services qui auront atteint les objectifs de résultats qui leur sont fixés en début d'année. Les modalités ne sont pas arrêtées car elles devront être discutées avec la hiérarchie et les représentants du personnel. Le principe est que les objectifs doivent être clairs, quantifiables, partagés et évalués dans la plus grande transparence. Je pense par exemple à l'augmentation du taux d'élucidation, à la baisse du nombre de morts sur les routes ou à la hausse des interpellations d'étrangers en situation irrégulière.

Et je peux vous annoncer que dès 2004, nous aurons les crédits nécessaires pour commencer cette démarche.

Mais, la reconnaissance des mérites ne s'arrête pas à la rémunération. J'ai demandé la création d'une médaille de la sécurité intérieure dont l'attribution soit directement et uniquement liée au mérite. Elle a naturellement vocation à être attribuée aux gendarmes comme aux policiers.

La reconnaissance exige également que les plus méritants puissent bénéficier d'un déroulement de carrière accéléré et accéder à des postes de responsabilité. On peut imaginer un système de bonification d'ancienneté pour les plus méritants, ainsi que pour ceux d'entre vous qui acceptent d'aller servir dans les zones les plus difficiles. On peut également imaginer que les plus méritants accèdent plus rapidement à l'affectation géographique qu'ils souhaitent.

Naturellement, la reconnaissance des mérites exige de définir des méthodes de notation et d'évaluation objectives, partagées et acceptées par tous. Il n'est pas question d'arbitraire. Je rappelle cependant que l'immobilisme n'est pas une garantie d'impartialité.

Il est évident que la logique du résultat suppose une nouvelle culture du management. Et j'y insiste, car c'est une évolution très profonde du commandement et de la gestion des ressources humaines que je souhaite mettre en oeuvre.

Etre un responsable ne signifie pas uniquement décider. Il faut aussi et surtout organiser la mobilisation et l'adhésion de chaque policier et de chaque gendarme, permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même.

Il est évident qu'aujourd'hui les objectifs ne peuvent être imposés d'en haut. Ils doivent être partagés par chacun. C'est pourquoi les responsables locaux de la police et de la gendarmerie, comme l'encadrement intermédiaire doivent devenir de véritables animateurs d'équipes.

Le manager dans mon esprit est celui qui sait créer l'esprit d'équipe et l'émulation autour des objectifs du groupe. Celui qui fait que chacun de vous se sente davantage écouté, davantage considéré et donc davantage motivé.

Dans cet esprit, la Gendarmerie a élaboré un plan d'action annuel qui fixe des échéances en laissant aux échelons locaux le soin d'une déclinaison adaptée. Ce plan s'inspire des principes du contrôle de gestion et de la démarche qualité qui ont fait leur preuve dans l'entreprise. Les titulaires du commandement doivent définir les indicateurs qui permettent de corriger en temps réel l'action conduite. C'est la même logique qui s'impose à la Police Nationale.

J'attends de l'encadrement qu'il ne se contente pas de rédiger des instructions et des notes d'information. Il faut consacrer beaucoup plus de temps et d'énergie à l'animation des équipes, à leur dynamisation. Il faut trouver la bonne place et la bonne mission pour chacun. Il faut faire participer chacun à l'analyse de la situation, à la définition des objectifs - chacun a quelque chose à apporter.

Rédiger une instruction n'a jamais suffi à résoudre un problème ou à faire son travail. Il faut se débarrasser de l'esprit bureaucratique, centralisateur. Il me revient, et à vos directeurs, de fixer des orientations. Il vous appartient de les décliner, à l'échelle de la ville, du canton, du quartier, du groupe d'immeubles, en autant d'objectifs. Il vous appartient d'évaluer, de créer les indicateurs vous permettant de mesurer le chemin parcouru.

Et dans cette logique, le rôle de l'encadrement intermédiaire ne se résume pas non plus à la transmission d'ordres. Il faut au contraire décliner chaque objectif en action opérationnelle. Il faut organiser les équipes et les accompagner. Tel est le sens de la réforme que nous avons engagée en redéfinissant l'organisation des corps et des carrières dans la Police nationale en fonction des missions. Les gradés ne doivent pas rester claquemurés dans le commissariat ou la gendarmerie. Ils doivent au contraire montrer l'exemple, encadrer les patrouilles, être sur le terrain.


Mesdames et Messieurs, je connais bien nos détracteurs. Ils ne se trouvent pas parmi les honnêtes gens, ni parmi les humbles qui ont le plus besoin de vous. Ignorez leurs critiques injustes et infondées. Regardez plutôt les yeux des enfants qui vous admirent. Ecoutez la satisfaction des habitants lorsque vous mettez un terme aux agissements de délinquants qui transformaient leur vie en un enfer.

Vous exercez un métier difficile qui exige de la détermination, une conviction sans faille, le courage d'affronter la haine et la violence. J'ai voulu que vos équipements de protection soient améliorés, que les sanctions à l'égard de vos agresseurs soient renforcées. Mais au-delà je vous défendrai toujours contre les critiques injustes qui vous jettent dans la tourmente médiatique.

23 policiers et gendarmes sont morts en service en 2002 et 12 depuis le début de l'année dont 4 dans votre zone de défense. Faut-il l'accepter et considérer cela comme normal ? Je ne l'accepterai jamais ! Je ne crois pas qu'un seul de vos critiques ait suffisamment de grandeur d'âme et de courage pour aller au devant des risques qui font votre quotidien. Je n'oublierai jamais Saint Omer, ni les visages des familles endeuillées. C'est aussi pour cela que j'ai à coeur d'être à vos côtés.

N'ayez pas d'état d'âme à faire appliquer la loi ! Votre mission est juste car elle est la garantie même de la République et de la démocratie. Faut-il fermer les yeux sur ces cités où l'on considère que la venue de la police est une provocation ? Faut-il laisser certains vous menacer de leurs armes ? Chaque fois que nous reculons ou que nous hésitons même à faire appliquer la loi de la République, nous laissons de la place à la loi de la force. Ce n'est pas cette France de la violence que je souhaite pour nos enfants. Il faut lever le voile des tabous et appeler un chat, un chat. Un délinquant est un voyou. Ceux qui violent dans les caves une jeune femme ou qui terrorisent les habitants d'une cage d'escalier sont des voyous, parfois même des barbares.

Soyez fiers de votre action car il n'y a que vous pour défendre les gens les plus modestes, ceux qui n'ont pas les moyens de vivre dans des quartiers préservés de la violence quotidienne.

Je vous ai beaucoup demandé pendant un an. Je vais vous en demander beaucoup encore. Mais il y a une chose dont je souhaite que vous soyez certains, c'est que je suis bien conscient de diriger un ministère exceptionnel, composé de femmes et d'hommes que j'admire, que je respecte et que j'aime.

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 3 septembre 2003)

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