Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, sur le rayonnement culturel, scientifique, éducatif et universitaire de la France, Paris le 23 juillet 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, sur le rayonnement culturel, scientifique, éducatif et universitaire de la France, Paris le 23 juillet 2003.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement scolaire

Circonstances : Réunion des agents du réseau de coopération à Paris le 23 juillet 2003

ti : Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un grand plaisir de rencontrer à nouveau tous ceux qui, au sein du réseau de coopération et d'action culturelle du ministère des affaires étrangères, concourent au rayonnement de notre pays à l'étranger et apportent un soutien actif à la promotion de notre système éducatif ainsi qu'aux actions internationales de nos établissements d'enseignement supérieur et de recherche. Les différents déplacements que j'ai effectués depuis un an, tant en Europe qu'en Afrique, m'ont convaincu du rôle inestimable que joue ce réseau pour la séduction des élites étrangères, pour leur formation en France ou dans leur pays, ou encore pour l'aide au développement de nos partenaires les moins favorisés.

Vous êtes, pour près des deux tiers, issus du ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche : enseignants du premier ou du second degré, enseignants-chercheurs, chargés ou directeurs de recherche, personnels administratifs. C'est pour nous une source de fierté que le rayonnement culturel, universitaire et scientifique de la France à l'étranger soit porté par un grand nombre de nos collègues. Je n'ignore pas que certains d'entre vous travaillent dans des conditions difficiles, y compris parfois sur le plan de la sécurité. Je crois pouvoir dire - sous le contrôle de M. Bruno Delaye - que dans l'immense majorité des cas, vous ne ménagez ni votre peine ni vos efforts pour, sous l'autorité de nos ambassadeurs, faire que la référence française soit à la fois respectée et attendue. Votre influence personnelle, votre capacité d'écoute et d'ouverture à l'autre, la sympathie que vous ne pouvez pas ne pas éprouver pour les cultures qui vous accueillent, surtout lorsqu'elles sont très différentes de la nôtre, sont un élément essentiel de la réussite de votre mission.

Le ministère de l'éducation nationale n'est pas simplement heureux de savoir que vous êtes en grand nombre issus de ses rangs. Notre système éducatif attend en effet beaucoup de vous pour faciliter ses évolutions, valoriser ses atouts, s'inspirer des expériences conduites ailleurs et, d'une manière générale, améliorer la formation des jeunes Français pour faciliter leur insertion professionnelle future dans un espace européen en voie d'élargissement.

Pour réussir l'évolution de notre système, nous avons besoin d'éléments de comparaison, de références internationales, voire de véritables aiguillons. A cette fin, et sous l'autorité du ministère des affaires étrangères, vous êtes, si vous le voulez bien, nos vigies. Si la veille en matière de recherche et d'innovation technologique constitue une pratique déjà ancrée dans les métiers de la coopération scientifique, la veille sur les politiques éducatives et universitaires est plus récente. Or les grandes décisions prises dans ces secteurs par nos principaux partenaires étrangers méritent toute notre attention, tant les enjeux liés à la connaissance sont aujourd'hui globaux. Sachez que les contributions que vous produisez sur ces thèmes sont étudiées avec soin par les directions concernées du ministère, direction des relations internationales et de la coopération, bien entendu, mais aussi, par exemple, direction de l'enseignement scolaire et direction de l'enseignement supérieur, dont certains responsables sont aujourd'hui parmi vous. Vos dépêches, vos télégrammes, vos analyses sont toujours lus avec intérêt. Je puis vous assurer que, lorsqu'ils sont de qualité, ils contribuent très concrètement à la décision. Merci, donc, de ne pas nous oublier dans la liste des destinataires de vos analyses, lorsque vous avez le sentiment qu'elles concernent l'un des secteurs de la compétence du MJENR.

Nous accordons de même une grande attention aux débats qui agitent les espaces pas toujours feutrés des enceintes multilatérales, comme l'OCDE et l'OMC, et qui visent le statut des " services éducatifs " au sein des échanges internationaux. Cette dernière négociation est menée au nom des pays membres par la Commission européenne. A cet égard, je souhaite rappeler que notre pays a joué cette année un rôle important pour l'exclusion de l'éducation - ainsi que celle de la santé et de l'audiovisuel - de la liste des secteurs pour lesquels l'Union européenne, dans le cadre des négociations à l'OMC, a offert aux entreprises et aux individus des pays tiers la possibilité de fournir des services sur le marché européen. Par rapport aux engagements pris à l'issue du cycle de l'Uruguay en 1994, qui portaient sur la libéralisation du marché de l'enseignement privé hors contrat, la Commission n'a proposé aucune libéralisation supplémentaire dans le secteur de l'éducation. Nous avions en effet très clairement indiqué que si la France avait, pour des raisons historiques et politiques, opté de longue date pour un régime de liberté de l'enseignement, elle ne saurait traiter les services éducatifs comme des services ordinaires et en subordonner l'organisation à des principes purement marchands. Cette position très ferme a été rappelée récemment par le Chef de l'Etat lui-même (discours du 21 mai 2003 : " Nous disons oui à l'ouverture des services, dans le respect de l'exception culturelle et des grands services publics que sont notamment la santé et l'éducation ").

Cette petite musique française, nous attendons de vous que vous la fassiez entendre, chacun à votre niveau, car nous savons que beaucoup de pays souhaitent l'écouter. Mais faites le dans la lucidité, en reconnaissant volontiers que nous sommes entrés dans " l'économie du savoir ", que les économies modernes ne se contentent plus de produire des biens manufacturés mais produisent de plus en plus de connaissances et reposent de plus en plus sur l'échange d'informations. Vous le savez bien, vous qui avez la chance de servir à l'étranger : les notions d'économie du savoir et de mondialisation sont intimement liées. Dans cette perspective, il serait absurde de nier l'émergence d'un véritable marché international de l'éducation qui doit être envisagé, non comme une menace dont il faudrait se défendre, mais positivement, par exemple comme l'occasion de relever un triple défi :
le défi économique : notre pays a des atouts à faire valoir sur le marché international de l'éducation. Nos établissements d'enseignement supérieur, en particulier, devraient être parmi les premiers du monde pour l'accueil des étudiants étrangers et pour l'exportation de formations de qualité, en partenariat avec des institutions étrangères.
le défi de la régulation : tout système, même libéral, a ses règles. A nous de proposer au niveau international celles qui nous semblent les plus justes. Je sais que ce thème était au centre de vos travaux de l'année dernière.
le défi de la bataille des idées : c'est aujourd'hui que se forgent les concepts sur lesquels reposera l'éducation de demain, en partie par le biais des critères de comparaison internationaux que j'évoquais plus haut. Merci au ministère des affaires étrangères de s'être engagé si vigoureusement dans cette bataille en permettant à nos intellectuels, à nos universitaires, de s'affronter - dans des institutions étrangères ou dans le cadre de nos centres culturels - à ceux qui ne pensent pas nécessairement comme nous, mais avec lesquels le dialogue doit s'engager.

L'entrée en jeu de l'Union européenne constitue également un élément essentiel de l'évolution de notre environnement. Par le processus de convergence des systèmes éducatifs qui s'esquisse et l'importance des programmes mis en oeuvre dans le domaine de l'enseignement supérieur et de la recherche, bien entendu, mais aussi par la modification en profondeur des pratiques de coopération entre les pays membres et dans les rapports que l'Union entretient avec le reste du monde, tant dans la forme que sur le fond. L'usage des appels à candidatures, le développement des procédures contractuelles, la nécessité de réunir plusieurs pays partenaires autour d'un même projet, la complexité des méthodes de financement, ont d'ores et déjà des effets sur l'ensemble des procédures de coopération. D'une manière générale, il convient d'assurer une capacité de réponse crédible aux appels d'offre lancés par les grands bailleurs de fonds multilatéraux ou par les pays en transition désireux d'améliorer leur système éducatif. Votre engagement personnel sur ce thème est essentiel. Il vous appartient en effet de tout faire, sur le terrain, pour que les différents opérateurs français disposent rapidement des informations nécessaires afin de mobiliser les experts les plus compétents. En amont, votre présence auprès des autorités éducatives concernées, et votre capacité d'influence, doivent permettre de contribuer à la définition des grands objectifs, voire au choix des termes de référence.

Dans le domaine qui est spécifiquement le mien, celui de l'enseignement scolaire, j'ai demandé aux directeurs concernés de me proposer dans les prochains mois un projet global de rénovation du dispositif des sections internationales. Comme vous le savez, ces sections internationales représentent, grâce à un partenariat étroit avec les différents pays impliqués dans leur fonctionnement, un dispositif dynamique d'ouverture de notre système pédagogique en proposant, au-delà de l'apprentissage d'une langue vivante étrangère, un véritable lieu de coopération et de dialogue culturels sans équivalent dans le système éducatif. Malgré des difficultés liées à une réglementation devenue partiellement obsolète, le succès des sections internationales ne se dément pas, tant pour les établissements situés sur le sol français que pour ceux du réseau de l'AEFE, que leur spécificité, notamment l'environnement culturel et linguistique, pourrait, me semble-t-il, particulièrement destiner à l'implantation de nouvelles sections. J'ai eu en effet, à plusieurs reprises, au cours de l'année écoulée, l'occasion d'apprécier le rôle que jouent les établissements relevant de l'AEFE pour l'accompagnement de la stratégie de nos entreprises et le rayonnement culturel de notre pays. J'ai été à chaque fois impressionné par le dynamisme de cet enseignement, par l'allant des équipes pédagogiques et la qualité de l'encadrement. Il me semble toutefois qu'il n'y aurait que des avantages à renforcer encore le partenariat entre l'Education nationale et le ministère des affaires étrangères, notamment pour les questions pédagogiques. Je souhaite en particulier que les liens noués entre les zones de regroupement géographique des établissements français à l'étranger et les académies permettent d'améliorer la formation continue des enseignants, de soutenir les innovations pédagogiques, ou encore d'améliorer l'orientation et l'information des élèves. D'une manière générale, toutes les passerelles que nous pourrions établir entre l'enseignement à caractère international en France et l'enseignement français à l'étranger ne peuvent que bénéficier au système éducatif français dans son ensemble et contribuer à son ouverture.

S'agissant de l'enseignement supérieur, l'impulsion donnée par le processus dit de la Sorbonne/Bologne et par la réunion de Prague de mai 2001, où 32 pays se sont engagés à créer un espace européen d'enseignement supérieur, sera confirmée dès le mois de septembre prochain à Berlin, à l'occasion de la prochaine rencontre des ministres de l'éducation. Outre l'extension du processus à de nouveaux partenaires permettant la constitution d'un ensemble de plus en plus cohérent, les conférences successives ont conduit à la mise en place d'une architecture commune des enseignements basée sur trois niveaux (licence, master, doctorat), des diplômes lisibles et comparables, l'organisation des études en semestres et en unités de valeur définies en crédits ECTS. Pour nos universités, il s'agit d'une évolution essentielle dont la mise en oeuvre ne peut être que progressive. Ces mesures d'ouverture et de meilleure lisibilité de notre système auront une conséquence directe sur son attractivité, et donc sur votre mission d'information et de négociation. Je sais que les principales lignes de ce nouveau dispositif vous sont relativement familières, grâce en particulier aux excellents télégrammes d'information adressés aux postes sur ce sujet (oui, je lis attentivement les télégrammes !). Quel que soit le rythme d'application de la réforme - chaque établissement ira à son pas - il importe dès à présent de tenir compte de ces nouvelles normes dans notre coopération universitaire. J'observe d'ailleurs que nos partenaires étrangers y sont particulièrement attentifs et qu'il n'y a plus aujourd'hui d'offre de formation ou de filière francophone créée à l'étranger avec l'appui d'un établissement français qui n'intègre cette forme d'harmonisation européenne.

J'ai à dessein utilisé le terme d'attractivité de notre système. Nous savons bien que la puissance d'un pays se mesure largement aujourd'hui à sa capacité à attirer un nombre élevé d'étrangers désireux d'acquérir une formation de qualité, reconnue au niveau international. Cet accueil est indispensable à l'ouverture de notre enseignement supérieur. Sans doute n'est-il pas inutile, toutefois, de rappeler que chaque étudiant accueilli dans le service public représente, au-delà de l'éventuelle allocation d'entretien accordée par le ministère des affaires étrangères ou par des gouvernements étrangers, un coût moyen annuel de formation de l'ordre de 8 000 euros. Ce coût, qu'il est tout à fait possible de faire connaître à nos partenaires, donne un droit de regard sur la cohérence du projet d'études en France avec l'intérêt à moyen terme et la stratégie de notre système d'enseignement supérieur et de recherche. Nous considérons toujours qu'il est essentiel pour notre pays d'accueillir un nombre important d'étudiants et de chercheurs étrangers. Le Premier ministre, qui s'est exprimé en faveur d'un renforcement de l'attractivité économique de la France, le 27 juin, lors des premières Rencontres de l'investissement international à La Baule, a cité expressément parmi les axes d'actions prioritaires la nécessité d'attirer les compétences et de former davantage en France les élites et décideurs internationaux du monde économique et industriel de demain. Il s'agit de faire de la France le premier pays en Europe pour l'accueil des étudiants et chercheurs étrangers dans les disciplines économiques et scientifiques. Nous nous réjouissons des résultats positifs obtenus depuis 5 ans, grâce notamment à l'action résolue de nos postes diplomatiques et à l'intervention d'Edufrance. Le défi quantitatif étant semble-t-il en voie d'être gagné, sans doute convient-il à présent de réfléchir aux moyens d'attirer les meilleurs étudiants et chercheurs autour de projets concrets combinant la valorisation de notre potentiel de formation et de recherche et le renforcement du rayonnement culturel, économique et technologique de notre pays.

Je vous demanderais enfin de réserver le meilleur accueil à nos jeunes compatriotes qui ont fait le choix d'un séjour de formation complémentaire à l'étranger, souvent à l'issue de leurs études doctorales. Nous souhaitons qu'ils soient de plus en plus nombreux, en particulier pour les disciplines qui nécessitent une période de formation post-doctorale complémentaire de longue durée. N'hésitez pas à les associer à vos activités et à tirer le meilleur parti de leur séjour dans votre pays de résidence. Ils ont à l'évidence beaucoup à vous apporter, et d'abord une excellente connaissance de la communauté universitaire et scientifique qui les reçoit. S'agissant des sciences sociales et humaines, je tiens tout particulièrement à saluer l'importance du travail réalisé par le réseau des 27 centres de recherche relevant du ministère des affaires étrangères pour la formation complémentaire de nos jeunes chercheurs et l'approfondissement de la connaissance des sociétés d'autres aires culturelles. Je pense notamment au monde arabo-musulman qui a fait l'objet de nouveaux programmes thématiques de recherche et de mesures visant à accroître l'assise scientifique des équipes travaillant sur ce thème. C'est bien entendu en étroite complémentarité avec ce réseau que le ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche entend poursuivre ses propres actions.

Je vous remercie de votre engagement personnel sur ces questions dont le suivi constitue à mes yeux une part importante de la justification de votre présence à l'étranger et l'un des critères de réussite de la mission qui vous est confiée.


(Source http://www.education.gouv.fr, le 25 juillet 2003)

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