Extraits d'une interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, dans "L'Indépendant" du 16 septembre 2003, sur le résultat négatif du référendum pour l'entrée de la Suède dans la zone euro et le vote positif pour l'adhésion de l'Estonie à l'Union européenne, la coopération transfrontalière, le problème du transport routier et les liens entre l'Europe et le pays de la rive sud de la Méditerranée. | vie-publique.fr | Discours publics

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Extraits d'une interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, dans "L'Indépendant" du 16 septembre 2003, sur le résultat négatif du référendum pour l'entrée de la Suède dans la zone euro et le vote positif pour l'adhésion de l'Estonie à l'Union européenne, la coopération transfrontalière, le problème du transport routier et les liens entre l'Europe et le pays de la rive sud de la Méditerranée.

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

ti :
Q - L'actualité européenne, c'est le "non" de la Suède à l'euro et le "oui" de l'Estonie à l'Europe. Quelle réaction vous inspire ces résultats ?

R - La Suède était dans une situation économique très difficile il y a dix ans et a mené des réformes structurelles extrêmement courageuses pour maintenir son niveau social. Au fur et à mesure que la campagne était menée, on sentait naître un certain scepticisme, non pas contre l'Europe, car les Suédois sont très européens, mais vis-à-vis de l'euro, à partir du moment où sont apparues certaines difficultés, qu'il s'agisse de l'Allemagne, de l'Italie ou de la France. Cela a créé une certaine frustration et ce résultat, c'est un peu dommage, car il donne l'impression que la population ne veut pas de l'euro. Or ce dernier est un très grand atout, un élément de stabilité qui multiplie les échanges, car il garantit un taux de change.

Il faut respecter le vote de la population suédoise, mais tôt ou tard, la Suède adoptera l'euro, car elle en a la vocation.

Q - Le oui estonien est venu apporter du baume au coeur.

R - L'Estonie est un pays qui peut nous apporter beaucoup, car il est en état de marche, avec un taux de croissance de 6 % et un excédent budgétaire. C'est un pays en très bonne santé où on pourra exporter par exemple des produits alimentaires.

Q - Mardi dernier, vous étiez à Montpellier, une semaine plus tard vous rendez visite à Perpignan. Est-ce une coïncidence, ou le Languedoc-Roussillon est une région d'un grand intérêt pour la construction européenne ?

R - Le fait que je revienne dans un délai aussi court est une coïncidence. J'étais à Montpellier, mais aussi à Rodez pour accompagner le Premier ministre roumain aux premières Assises de la coopération décentralisée entre collectivités locales. Mais le Languedoc-Roussillon est plus qu'intéressant sur le plan de la coopération transfrontalière, parce que c'est une forte tradition. Il y a aussi une culture comme de part et d'autre de la frontière. Ce n'est par un hasard si j'ai choisi le Languedoc-Roussillon comme exemple type de ce qu'il faut faire en matière de coopération transfrontalière, qui est l'un des thèmes des "Rencontres pour l'Europe" que j'organise dans le cadre de ma campagne de communication sur "la nouvelle et grande Europe".

Q - En matière de coopération transfrontalière, les gouvernements ne considèrent-ils pas ces relations entre régions comme un empiétement sur leurs prérogatives ?

R - Je trouve que le fait que le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin encourage au contraire à développer la coopération décentralisée et la coopération transfrontalière, plus qu'aucun gouvernement ne l'a jamais fait précédemment, marque bien qu'on change d'époque et que la construction européenne ne passe pas seulement par une Europe plus intégrée au sommet, mais aussi par des coopérations de terrain.

En termes de développement et d'influence française chez nos voisins, c'est un démultiplicateur formidable qui est aussi efficace que des rapports institutionnels qu'on peut avoir à Bruxelles ou à Strasbourg. Le gouvernement est très ouvert et la réforme de décentralisation en cours permet une innovation qui est l'expérimentation, y compris pour exercer des compétences qui relèvent du domaine de la loi. Il reste aux élus, qui ont déjà fait preuve d'imagination et de créativité pour tisser des liens en matière de coopération transfrontalière, à savoir utiliser ces nouvelles potentialités pour aller plus loin dans cette coopération.

Q - Dans les années 1990 a été lancé de part et d'autre des Pyrénées le concept "d'Eurorégion". Avez-vous eu l'occasion de le voir à l'oeuvre dans d'autres zones frontalières d'Europe ?

R - Il y a des traités concernant la coopération transfrontalière, comme celui de Bayonne entre la France et l'Espagne, de Karlsruhe entre la France et l'Allemagne. Ce sont des concepts qui sont assez récents, mais que nous encourageons très fortement. Pour ma part, je suis très fortement engagée, avec mon collègue allemand, ministre des Affaires européennes, dans la création "d'eurodistricts" - on ne les appelle pas "eurorégions" - à la frontière de part de part et d'autre du Rhin.

Il y a le fameux eurodistrict de Strasbourg - Kehl. On a déjà tenu plusieurs réunions et maintenant la balle est dans le camp des élus. On souhaite appliquer ce qui existe déjà, mais ensuite les deux gouvernements sont d'accord pour aller plus loin sur la base d'un futur traité, pour créer une collectivité territoriale internationale si vous voulez. Car nous avons un intérêt, c'est valoriser Strasbourg comme ville européenne. Il y a d'autres eurodistricts, par exemple Colmar-Fribourg et nous y sommes favorables, car on se rend compte que si on a réalisé le marché intérieur et s'il n'y a plus de barrières douanières, d'autres barrières subsistent comme les problèmes des droits sociaux.

(¿)

Q - Vous allez visiter le marché international Saint-Charles, où transitent des milliers de camions. L'intensification des échanges avec les nouveaux adhérents va encore accroître le trafic, alors que l'autoroute A9 est proche de la saturation. Est-il prévu de renforcer les infrastructures existantes ?

R - Le problème du transport routier est au c¿ur des réflexions en Europe. On a privilégié la route sur le rail et il y a beaucoup d'inconvénients, même si ça fait vivre beaucoup de PME. Il y a des initiatives et plusieurs propositions qui ont été émises au niveau européen. D'abord un rapport de M. Van Miert propose de relancer la croissance par les infrastructures, de privilégier le ferroviaire afin d'essayer de rééquilibrer par rapport à l'acheminement routier des marchandises. Il y a aussi une initiative de la présidence italienne. A la Commission, Mme Loyola de Palacio, chargée des Transports connaît bien ce sujet.

L'intérêt de ces propositions est de rendre les infrastructures sélectionnées éligibles aux aides européennes, au titre des réseaux transeuropéens. Dans le cas du Languedoc-Roussillon, il convient que quand la ligne à grande vitesse venant d'Espagne franchira la frontière, la liaison Perpignan-Montpellier ne tarde pas trop.

Q - Notre région ne doit donc pas craindre les élargissements à venir ?

R - Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, l'élargissement vers l'Est ne va pas affaiblir la façade euroméditerranéen du continent. Pourquoi ? Parce qu'on a besoin d'un rééquilibrage entre les deux et parce qu'on a besoin de développer le lien économique, voire politique et culturel avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée. Et ce souci de rééquilibrage renforce notre détermination et celle de tous les Européens à valoriser au maximum la façade euroméditerranéen.

L'atout majeur de l'Europe, c'est d'être au carrefour de zones de développement et de culture qui ont chacune leur particularité. C'est un peu le message que je voudrais porter en venant à Perpignan, en soulignant la volonté du gouvernement de valoriser l'arc méditerranéen

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 septembre 2003)

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