Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les enjeux scientifiques, sociaux et économiques des biotechnologies, et la perspective d'un plan national de soutien à ce secteur, Nantes, le 25 septembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les enjeux scientifiques, sociaux et économiques des biotechnologies, et la perspective d'un plan national de soutien à ce secteur, Nantes, le 25 septembre 2003.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstances : Septième Carrefour européen des biotechnologies, Nantes du 25 au 26 septembre 2003

ti : Mesdames et Messieurs,

C'est un grand honneur pour moi d'ouvrir cette 7ème édition du carrefour européen des biotechnologies. Je remercie chaleureusement les organisateurs de cette journée de m'avoir offert cette opportunité.

Je me réjouissais de me trouver parmi vous, mais la présentation du projet de loi de finances et le budget 2004 rendent ma présence à Paris nécessaire. J'ai cependant tenu à vous adresser ce message, grâce à la vidéo, pour trois raisons essentielles :

C'est toujours une joie de partager un moment avec les acteurs de la recherche, surtout lorsqu'il s'agit de mettre à l'honneur l'excellence de notre recherche et des avancées scientifiques et technologiques très prometteuses en sciences du vivant.

La deuxième raison est que votre manifestation rassemble plus de 3500 participants venus de tous les horizons et de toute l'Europe : chercheurs, mais aussi enseignants, médecins, entrepreneurs, industriels, investisseurs.

Or, je crois en une recherche fédérée, où chacun est un maillon essentiel du continuum allant de l'idée jusqu'au produit sur le marché. Je me réjouis également que des jeunes puissent, à l'occasion de cette rencontre, présenter leurs projets et trouver des partenaires qui les accompagneront.

C'est bien la vocation d'un carrefour que d'être un lieu où se tissent des liens entre les hommes : votre manifestation en est l'exemple.

La troisième raison enfin est que cette manifestation est consacrée aux biotechnologies, secteur clé pour le développement technologique et appelé à contribuer activement à l'essor de l'Europe. Cette édition prend, en outre, cette année une dimension particulière puisque nous fêtons les 50 ans de la découverte de l'ADN, véritable acte de naissance de l'ère des biotechnologies. Et que de chemin parcouru en 50 ans !

Les biotechnologies représentent aujourd'hui un enjeu majeur en France et en Europe.

Enjeu scientifique, d'abord, avec une recherche de pointe, de haute technologie mais aussi pluridisciplinaire. A côté des bio-mathématiques, de la bio-informatique, de la chimie, de l'instrumentation, de la micro-fluidique, et suite à l'essor de la génomique, les développements à venir de la génomique fonctionnelle, de la protéomique et de la cellulomique sont extrêmement prometteurs.

Enjeu de société, ensuite, avec de nombreuses applications au service de l'homme et de son environnement.
En matière de santé, les biotechnologies permettront d'améliorer le diagnostic et la prévention des maladies ; mais elles font aussi espérer la mise au point de thérapeutiques nouvelles, la découverte de nouvelles familles de médicaments et l'émergence de la médecine personnalisée.

Dans le domaine agroalimentaire, elles permettront de fournir des molécules pour les industries pharmaceutiques et la transformation de l'énergie. Ainsi le recours aux OGM, qui doit être précisément contrôlé, représente une opportunité pour améliorer les rendements, limiter l'usage des pesticides, développer de nouveaux usages.

En matière de protection et d'amélioration de notre environnement, les biotechnologies ouvrent des pistes de recherche sur la bio-remédiation de l'air, des sols, de l'eau et le traitement des déchets.

Les biotechnologies sont enfin un enjeu économique majeur.
Selon la Commission Européenne, le potentiel économique mondial est estimé à plus de 100 milliards d'euros dès 2005 !

Les enjeux économiques immédiats concernent l'avenir de l'industrie pharmaceutique et le niveau d'excellence du système de soins puisque, d'ores et déjà, plus de 60% des nouveaux médicaments sont liés aux biotechnologies et que des dizaines de nouvelles molécules issues de ces procédés sont en cours de développement.

Très actives en recherche, les sociétés de biotechnologies sont porteuses de croissance économique et d'emplois.

La plupart des pays industriels ont compris ces enjeux.
Aux Etats-Unis, le secteur des biotechnologies est une priorité nationale. L'industrie des biotechs y est puissante grâce à une économie imprégnée d'une culture de l'innovation et du risque entrepreneurial. Les entreprises américaines possèdent un savoir-faire scientifique et une puissance financière incontestable dans ce domaine. D'autres pays comme le Canada, le Japon, Israël s'inscrivent dans cette dynamique.

L'Europe et la France se doivent donc d'être présentes au meilleur niveau sur ce front technologique et économique !

La Commission Européenne a récemment présenté un Plan d'action en faveur des biotechnologies et le 6ème PCRD consacre plus de 2 milliards d'euros aux biotechnologies médicales.

La France se situe dans ce domaine à la troisième place en Europe derrière la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Or notre pays dispose d'atouts lui permettant d'améliorer son rang et, pourquoi pas, de se placer au premier rang européen en matière de biotechnologies.

Il nous faut pour cela relever plusieurs défis.
Le secteur des biotechnologies en France doit gagner en maturité et en consolidation. Les quelques 270 entreprises de ce secteur peuvent s'appuyer sur un potentiel scientifique remarquable pour bâtir davantage de partenariats avec des centres de recherche publics ou privés.

En 2003, l'industrie des biotechnologies a constitué une priorité pour les investisseurs français. Ce mouvement doit se poursuivre si nous voulons améliorer le financement des phases d'amorçage.

Car la France possède de grands atouts sur lesquels elle peut s'appuyer pour devenir un des leaders de ce secteur : la qualité de la formation scientifique, le rayonnement de notre recherche et de notre technologie en biologie, l'impact des publications françaises dans ces disciplines, et la grande mobilisation de ses chercheurs, entrepreneurs et investisseurs dans ce secteur.

Patrie de Louis Pasteur, la France ne peut pas rester à l'écart de ce grand mouvement dans les sciences de la vie ! Notre pays ne peut pas manquer ce tournant technologique...

Je souhaite ici témoigner d'un engagement fort du gouvernement en faveur des biotechnologies. Plus que dans d'autres domaines, la recherche est le socle qui peut permettre la croissance du secteur économique des biotechnologies. Mon ministère jouera donc un rôle central pour dynamiser le secteur des biotechnologies en France, au potentiel de croissance extraordinaire.

J'ai déjà annoncé dans le Plan gouvernemental en faveur de la recherche et de l'Innovation, un ensemble de mesures qui faciliteront le développement les entreprises de biotechnologies dès 2004.

Ce sont la "Société Unipersonnelle pour les Investisseurs Providentiels", le statut de la jeune entreprise innovante, le nouveau régime fiscal du Crédit d'Impôt Recherche qui seront présentés, comme prévu, devant le Parlement à l'occasion de la loi de finances 2004. Ce sont aussi le renforcement du fonds d'amorçage bioAM, la création de nouveaux fonds tel le fonds pour les micro et nano-technologies avec l'aide de la Caisse des Dépôts.

Mon ministère travaille actuellement avec le ministère de l'Industrie à un Plan national en faveur des biotechnologies qui devrait être annoncé à l'automne.
L'objectif ? Faire de la France en 2008 l'un des sites de référence européens et mondiaux du secteur des biotechnologies.

Pour cela, quelques axes apparaissent prioritaires :
Il nous faut définir une stratégie nationale pour les biotechnologies en identifiant des thématiques et pôles géographiques prioritaires sur lesquels nous concentrerons les moyens et les compétences. D'ici 2008, je souhaite que puissent émerger quelques "biopôles" de taille critique et de réputation internationale, à l'image des pôles de Boston, San Diego ou San Francisco.

Ces biopôles, auxquels nous devons réfléchir ensemble et qui doivent stimuler l'esprit d'initiative et la prise de risque, devront concentrer autour d'une identité commune, le monde de la recherche académique, les universités, les hôpitaux, les jeunes pousses et les investisseurs ainsi que tout un tissu d'entreprises de services de haute technologie ou de pharmacie.

L'enjeu est considérable : ces pôles doivent s'appuyer sur un socle de recherche fondamentale et clinique renforcé en sciences de la vie, via une coordination accrue des programmes et grâce à des plate-formes technologiques à la pointe du progrès.

Le transfert des connaissances des organismes publics de recherche vers les entreprises de biotechnologies est essentiel à la réussite de ces projets. Il doit être renforcé en permettant la maturation des projets dans les laboratoires publics et en mutualisant les activités de valorisation, mais aussi en augmentant le nombre d'unités mixtes entre laboratoires publics et entreprises.

L'aide au financement de projets de R D privés ou en partenariat entre les secteurs privés et publics sera renforcée avec un effort significatif. Elle sera accompagnée par une aide au financement des entreprises, en particulier en phase d'amorçage. Il paraît également souhaitable de renforcer l'action de l'ANVAR sur le secteur des biotechs : nous y travaillons avec l'Agence.

La formation des managers en biotechnologies est également un point essentiel à la constitution d'une industrie dynamique.

Je crois enfin que des rencontres internationales de haut niveau, comme le carrefour européen des biotechnologies, contribueront notablement à ce que la France devienne un pôle d'attraction international pour les biotechnologies.

Mesdames, Messieurs,

C'est incontestablement dans un cadre européen que cette ambition doit prendre corps.
J'attends beaucoup de cette dynamique de coopération internationale : le carrefour européen des biotechs représente à ce titre une opportunité remarquable dont nous saurons tirer tous les enseignements.

La France peut devenir un des acteurs majeurs des biotechnologies en Europe. Le gouvernement en a la volonté et nous pouvons, ensemble, donner corps à cette ambition.

http://www.recherche.gouv.fr, le 25 septembre 2003)

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