Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à Europe 1 le 19 septembre 2003, sur les mesures prises pour lutter contre la pollution durant la canicule, la recherche sur les voitures propres et l'utilisation des transports collectifs pendant la journée "En ville sans ma voiture". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à Europe 1 le 19 septembre 2003, sur les mesures prises pour lutter contre la pollution durant la canicule, la recherche sur les voitures propres et l'utilisation des transports collectifs pendant la journée "En ville sans ma voiture".

Personnalité, fonction : BACHELOT NARQUIN Roselyne, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

ti : J.-P. Elkabbach-. La météo prévoit un nouveau coup de chaleur, on entendait tout à l'heure L. Cabrol à Europe 1. Paris, la région parisienne, Marseille, Montpellier connaissent depuis quelques jours des pics de pollution 2, avec des conséquences évidentes sur la santé publique. Ce matin, prenez-vous des décisions, et si oui, lesquelles ?

- "Nous avons échappé de peu dans la nuit dernière à un deuxième pic de pollution qui aurait entraîné une circulation alternée pour demain. Mais il faut que nous soyons clairs dans cette affaire : les conditions météorologiques font que ce nouveau pic d'oxyde d'azote, à tout moment, peut arriver et donc les Franciliens doivent se préparer à une mesure de circulation alternée. Nous devons noter que depuis le début de l'été, nous n'avons jamais enregistré autant de jours où la pollution par l'ozone ou les précurseurs de l'ozone, soit aussi forte. Et ce que vient d'annoncer L. Cabrol, nous incite à être extrêmement vigilants."

C'est-à-dire que le seuil d'alerte ne serait pas loin ?

- "Oui, le seuil qui fait que nous déclenchons ces mesures n'est pas loin. Nous le frôlons depuis plusieurs jours. Mais moi, ce que je veux dire aux Franciliens, que ce n'est pas parce que nous prenons pas des mesures autoritaires - nous ne les avons prises aujourd'hui, puisque le seuil n'était ps tout à fait atteint - qu'il ne faut pas avoir un comportement responsable : un, de limitation de la circulation automobile ; de baisse considérable de la vitesse ..."

De combien pour que ce soit efficace ?

- "Pour l'instant, elle est de 20 km/h, mais de circuler d'abord en respectant les limitations de vitesse, telles qu'elles ont été fixées. Et, bien entendu, il n'y a pas un gendarme, un policier pour surveiller tout le monde, donc j'appelle à un comportement citoyen. Et puis, il y a des personnes fragiles, toutes les personnes qui souffrent d'insuffisance cardiaque, d'insuffisance respiratoire, il faut leur déconseiller les exercices physiques et, bien entendu, les attitudes d'exposition."

Au-delà de la région et des Franciliens, vous pensez aux grandes villes qui peuvent être touchées par cette pollution.

- "Oui."

Et est-ce que ça peut être encore durci ?

- "Oui. Alors, moi ce que je veux dire, c'est que la pollution par l'ozone est un phénomène européen. Ce n'est pas un phénomène limité à la région parisienne. On a enregistré tout au long de l'été de la pollution, bien sûr, dans tout le couloir rodhanien, à partir de l'Angleterre..."

De l'Allemagne...

- "...sur les zones industrielles de l'Allemagne et même sur le Nord du Portugal, et sur tout le pourtour du bassin méditerranéen. Et qu'il ne peut y avoir de politique de véritable politique de prévention, qu'au niveau européen. Et, bien entendu, c'est le soleil, c'est la rayonnement solaire qui procure la transformation en ozone, mais les précurseurs de l'ozone - les oxydes d'azote ou les composés organiques volatiles - sont émis toute l'année. Donc, la lutte contre l'ozone, elle ne se fait pas seulement au moment des pics de pollution, mais par des politiques plus fortes, comme des nouveaux carburants, comme ce que nous avons lancé avec le Premier ministre, lundi, avec le plan "Voitures propres"."

Oui, mais il n'y a pas assez de "voitures propres". Vous savez bien que le plan "Voitures propres", et les voitures propres n'intéressent pas assez les Français, peut-être parce que les voitures sont trop chères d'abord.

- "Oui, absolument. L'offre n'est pas économiquement rentable pour l'instant. C'est la raison pour laquelle le plan va mobiliser 155 millions d'euros sur des programmes de recherche, qui vont permettre une commercialisation de véhicules. Quand on voit que la pile à combustible entraîne des véhicules qui sont 100 fois plus chers actuellement qu'une voiture normale, on comprend que le consommateur ne puisse pas les acheter. Mais néanmoins, la recherche permettra de mettre sur le marché des véhicules compétitifs, ou quasi-compétitifs..."

Ca c'est pour 2010...

- "2010, oui mais il faut s'en occuper maintenant."

Il était envisagé à un moment de faire payer l'entrée des villes, comme à Londres, où la décision a de bons effets. Est-ce que ça peut être maintenu cette idée ?

- "Le péage urbain est une solution. J'ai remarqué d'ailleurs que l'adjoint de M. Delanoë n'était pas très chaud là-dessus, avec l'idée effectivement qu'il ne s'agit pas de rejeter à la périphérie des villes la pollution, la population à l'intérieur des villes se protège."

Il n'a pas tort.

- "...Il faut aussi avoir une démarche socialement responsable en ce domaine. Mais l'expérience de Londres mérite d'être analysée et dans tous ses aspects et pas seulement à l'intérieur de Londres. Le péage urbain, je dis : pourquoi pas ?"

Les Echos consacre d'ailleurs deux pages à Paris et Londres, et font des comparaisons. On a l'impression qu'il y a une sorte de hantise de ce qui s'est passé cet été, de la canicule, et que l'on cherche ou par la prévention ou par cette sorte de vigilance que vous exprimez ce matin à être prêts à tout.

- "Oui. Le phénomène que nous avons enregistré cet été, avec cette crise caniculaire, crise de pollution par l'ozone, sécheresse massive avec une sommation des effets considérables sur la santé humaine, est-ce que c'est lié aux questions de réchauffement climatique ? Les scientifiques ne sont pas aussi formels. Mais en tout cas ce qui est intéressant, c'est que cela préfigure les étés que nous vivrons dans les années à venir et tous les signaux de dysfonctionnements, bien sûr, le signal sanitaire a été massif, mais d'autres signaux de dysfonctionnement ont été enregistrés. Et nous devons tous les analyser et nous y préparer."

Il paraît que vous le dites souvent en Conseil des ministres ?

- "Oui, effectivement. Je sonne l'alarme depuis fort longtemps sur les questions de réchauffement climatique. Et c'est un comportement à la fois de la puissance publique, mais c'est aussi un comportement citoyen de chacun de nous, et je ne m'arrêterai pas de sonner le tocsin."

Alors, dans trois jours, c'est-à-dire lundi, il y a 1 millier de villes en Europe, et dont beaucoup de villes de France, "En ville sans ma voiture". Est-ce que vous préconisez, par exemple, ou vous recommandriez à la RATP de décider, au moins pour ce jour-là, la gratuité des métros, des bus, des transports publics ?

- "Ce serait une excellente initiative. Je note que quand certaines villes sont évidemment en responsabilité de transport collectif urbain, des villes ou des communautés de communes, elles pratiquent des opérations de promotion du transport collectif. 85 % des villes concernées préconisent des opérations de transport collectif, de promotion de ces transports avec la gratuité, donc, bien entendu ça pourrait être une piste à explorer même si c'est extrêmement coûteux."

Sur le moment, et plus tard, ou dans l'avenir ça peut avoir de meilleurs effets.

- "Voilà. Toutes les politiques écologiques sont chères sur le moment et ne rapportent des bénéfices qu'un peu plus tard, mais les bénéfices sont tout à fait majeurs."

Est-ce que vous irez en vélo à votre bureau lundi, ou est-ce que vous ferez comme G. Sarre, le maire du XIème arrondissement : il paraît qu'il va arriver à la mairie de Paris, chez B. Delanoë, en calèche à deux chevaux équipée de sacs à crottin ?

- "Alors, je n'irai pas en vélo, j'aurais trop peur de me casser la figure. Mais je dis à G. Sarre qu'il faut qu'il s'arrête de regarder l'avenir dans un rétroviseur."

Et l'Etat français... Parce qu'il y a beaucoup de villes qui se plaignent qu'on va réduire les subventions aux transports collectifs dans la ville. C'est vrai ?

- "Non. Alors, bien entendu, G. de Robien et le Premier ministre présenteront leur budget. Et les aides que l'Etat apporte aux transports collectifs urbains, en particulier dans l'établissement, dans la promotion, ne seront pas supprimées, bien entendu."

30 secondes encore. Quand on vous écoute, ne faut-il pas aider Alstom ? On voit les difficultés actuellement, alors qu'au sommet franco-allemand, on dit : il faut une initiative de croissance européenne qui reposerait sur les technologies de l'environnement. Est-ce que ce n'est pas le moment de tout faire pour sauver Alstom ?

- "Absolument, et je suis tout à fait F. Mer dans ses décisions et dans ses préconisations. L'initiative européenne de croissance c'est d'aider les technologies, c'est d'aider les technologies de l'environnement, même si cela ne nous exonère pas de changer nos production et de consommation. Alstom fait des trains. Le ferroutage et le développement du transport ferré est un des axes forts et écologiques du gouvernement de J.-P. Raffarin, et Alstom nous aide à proposer cette offre de transport collectif."

Donc, il ne faut pas laisser arriver vers le dépôt de bilan ?

- "Absolument."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 22 septembre 2003)

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