Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "LCI" le 26 septembre 2003, sur le budget affecté à son ministère pour 2004, notamment au secteur ferroviaire pour la modernisation du réseau, le TGV Est ou le fonctionnement de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "LCI" le 26 septembre 2003, sur le budget affecté à son ministère pour 2004, notamment au secteur ferroviaire pour la modernisation du réseau, le TGV Est ou le fonctionnement de la SNCF.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, HAUSSER Anita.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer

ti : A. Hausser-. Comment allez-vous défendre votre budget qui est en baisse de 4,2 %, en périmètre constant ?

- "Oui, en périmètre constant. Seulement, l'Etat met maintenant le remboursement de la dette de Réseaux ferrés de France dans le budget de ce ministère. Et maintenant, au lieu d'avoir à gérer 22 milliards et quelques, nous avons à gérer, D. Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, et monsieur Bertrand, secrétaire d'Etat au Tourisme, 24 milliards, donc on a budget en hausse."

J'en étais à 20...

- "C'est 24 milliards, vous pouvez regarder."

C'est de l'habillage ?

- "Ce n'est pas de l'habillage. C'est qu'on a un périmètre plus grand aujourd'hui, donc davantage de crédits ; on a 800 millions de plus."

Le budget Logement est en baisse. On rationalise, quand on dit qu'on va augmenter le budget du logement social ?

- "Ce qui m'importe, c'est le nombre de logements qu'on va construire en 2004. Déjà, en 2003, avec un budget assez étroit, on a construit beaucoup plus de logements sociaux, environ 56 000, par rapport aux socialistes, le gouvernement précédent, qui en construisait plutôt 49 ou 50 000 par an. En 2004, avec le budget que nous avons, nous allons construire 80 000 logements sociaux. Et c'était d'ailleurs un défi que nous avait posé l'Union sociale de l'habitat, qui disait : en France, il faudrait construire au moins 80 000 logements sociaux. Nous allons, en 2004, construire 80 000 logements sociaux. On va s'appuyer sur la baisse des taux d'intérêt qui permet d'avoir des crédits beaucoup moins chers et donc, pour les bailleurs sociaux, de pouvoir emprunter beaucoup plus d'argent en ayant des sommes à rembourser à peu près équivalentes aux années précédentes. On va, avec moins d'argent du contribuable, mieux utilisé, faire plus de logements sociaux."

Comment avez-vous fait ?

- "Tout simplement, on emprunte davantage quand les taux d'intérêt sont plus bas. Et quand on emprunte davantage avec des taux d'intérêt plus bas, on construit beaucoup plus de logements puisque le volume des emprunts et le volume des remboursements restent constants quand le volume des emprunts est beaucoup plus important."

Un effort sur le ferroviaire...

- "Un effort fantastique sur le ferroviaire, parce que Réseaux ferrés de France est très endetté, et le Gouvernement fait un effort de 800 millions d'euros pour Réseaux ferrés de France, et fait un effort aussi pour la modernisation du réseau, à hauteur de 670 millions d'euros. [...] Cela inverse complètement la politique précédente qui était de laisser un peu tomber la SNCF. Nous montrons très clairement aux cheminots que le Gouvernement a une vraie politique ferroviaire et nous montrons aussi aux Français qu'il y a des alternatives à la route."

Pas de crédits gelés ? On continue les chantiers, on en lance de nouveaux ? Lyon-Turin est compromis, nous dit-on...

- "Lyon Turin : on a mis également des crédits pour faire ce qu'on appelle la "descenderie", qui est un tunnel de recherches, d'exploration, qui servira ensuite de tunnel de maintenance. On va faire ces travaux-là en 2004. Quant au ferroutage, dès le mois d'octobre ou le mois de novembre, l'expérimentation de ferroutage, c'est-à-dire les camions sur les trains, nous pourrons aller constater sur place entre Ayrton et Orbassano en Italie, et donc nous espérons bien que derrière cela, il y aura des clients pour pouvoir exploiter cette ligne."

Et le TGV-Est...

- "Et Le TGV-Est qui continue, que nous avons trouvé avec un an de retard, et un milliard supplémentaire, que nous assumons. Et c'est l'Etat qui paiera le milliard supplémentaire pour continuer la ligne de grande vitesse Est jusqu'à Baudrecourt dans un premier temps, et ensuite, il faudra continuer - et c'était l'engagement d'ailleurs du sommet entre les Allemands, entre monsieur Schröder et monsieur Chirac - jusqu'à Strasbourg, puis ensuite, entre interconnexion avec le réseau allemand."

Il fallait baisser les impôts pour tout cela ?

- "Oui, parce que c'est un signal fort. Baisser les impôts, c'est montrer que en France, quand on travaille, on n'est pas montré du doigt. En France, quand on travaille, on encourage ceux qui bossent, qui créent des emplois et donc c'est un encouragement formidable. En plus, c'est une promesse électorale. On a trop dit que les hommes politiques ne respectaient pas les promesses ; quand on les respecte, arrêtons de les critiquer."

Et ceci malgré votre famille politique qui, elle, dit qu'il faudrait plutôt résorber les déficits ?

- "Cette question ne me dérange pas. Ma famille politique s'est présentée aux élections présidentielles, c'est F. Bayrou. Il a défendu une politique de baisse des charges. Il a le droit de rester sur cette conviction qui est tout à fait honorable. Je suis dans un gouvernement qui s'est engagé à baisser les impôts plutôt que les charges. Cette baisse d'impôts, personne ne dit qu'elle est inutile ; c'est un choix. Elle est à mon avis utile en plus. Eh bien, on tient ce choix et on respecte les engagements. Je crois que c'est bien en politique d'avoir à la fois la diversité, un peu de débat et en même temps, de respecter la parole."

Vous êtes le ministre de tutelle de la SNCF. Vous avez demandé une enquête administrative après le premier incident dont on a vu les images très impressionnantes. Il y en a eu un autre, et peut-être d'autres qu'on ne connaît pas... Il y a un problème à la SNCF ?

- "Il y a au moins ce problème-là. Il y a un problème de dettes et de déficit quasiment chronique, déficit augmenté par les grèves du printemps. Et puis il y a un problème, deux fois de suite, de sécurité, dont l'enquête administrative nous dira si l'origine est humaine, technique, qui permettra de remédier, j'espère bien, à l'avenir, à ce type d'incident."

Quand je vous demande s'il y a un problème, est-ce qu'il y a un problème d'état d'esprit ?

- "Honnêtement, cela fait des années et des années que la SNCF ne fait pas, de la part des pouvoirs publics, l'objet de toute l'attention qu'elle mérite. Et cette très grande entreprise, capable du meilleur - comme les lignes à grande vitesse, comme la régionalisation qui sont deux grandes réussites -, a quand même des lacunes. Et parmi les lacunes, il y a par exemple le transport, le fret ferroviaire qui ne marche pas, qui ne fonctionne pas. Actuellement, il y a un des grands dirigeants de la SNCF, monsieur Véron, qui va nous rendre un rapport. Et sur ce rapport, j'espère qu'il y aura une nouvelle politique de fret ferroviaire pour mettre plus de marchandises sur les voies ferrées, et moins dans les camions, de façon à ce que d'une part, il y ait un peu moins de pollution, un peu moins d'engorgement sur les routes, mais aussi que la SNCF s'y retrouve et soit moins en déficit, et si possible à l'équilibre le plus vite possible en 2004. Et que cette maison retrouve un petit peu de tonus et peu le moral, parce qu'on l'a un peu maltraitée depuis cinq ou six ans."

Je ne sais pas si l'instauration d'un service minimum garanti pour les usagers lui redonnera le moral. En tout cas, vous vous êtes attaqué au problème...

- "Je ne me suis pas attaqué au problème : j'étudie actuellement le problème en pleine concertation avec les partenaires sociaux ; c'est cela qui est important."

Vous avez entrepris un tour d'Europe pour voir ce qu'on fait...

- "Il faut aller voir ailleurs comment ça se passe. On n'est pas dans un monde clos, on est dans une Europe qui s'ouvre et qui s'élargit. Et donc il est normal que ceux qui font le même métier au Portugal, en Italie, en Belgique ou en Allemagne, nous disent un peu comment ils conçoivent à la fois le droit de grève mais en même temps aussi le service public auquel ils sont eux aussi attachés, et comment concilier les deux."

Quel semble être le bon modèle pour vous ?

- "Pour l'instant, je ne dirais pas qu'il y a un modèle, mais il y a de bonnes idées à prendre dans chacun des pays qu'on est allé voir. Et ce que je propose, c'est que les syndicats qui m'ont accompagné... Ils sont très nombreux, ils sont dix sur quinze syndicats et ils ont vraiment l'esprit ouvert, ils veulent étudier cela en toute connaissance de cause avec beaucoup d'objectivité. Je salue leur esprit de responsabilité, parce qu'il y a des bonnes idées à prendre dans chacun des pays, et j'espère qu'on en fera le meilleur projet possible pour la France."

Une petite question sur le tramway parisien, qui s'installe dans le débat politique, mais pas seulement, parce que le chantier embarrasse beaucoup les automobilistes... L'Etat n'a rien à voir là-dedans ?

- "L'Etat suit le dossier avec attention et regarde un petit peu les points de vue des uns et des autres. Je ne prendrai pas parti dans ce débat-là qui devient un débat quand même politique, à la veille des échéances régionales."

Et l'Etat paiera sa part ?

- "L'Etat respecte sa parole. Simplement, pour les années à venir, il faut voir ce que cela deviendra. Mais quand l'Etat prend un engagement, je suis là pour l'assurer ; l'Etat tient sa parole."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 septembre 2003)


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